ACCIDENTS CAUSÉS PAR UNE GHAMINÉE AMÉRICAINE
extrémité supérieure, cette portion renflée s'articule avec la suivante et présente, autour de Tarticulation, une couronne de poils.
30 une arête ou arista, longue de 70"»™ et formée de deux portions réunies Tune à Tautre à angle plus ou moins ouvert. La portion basilaire, longue de 50 à 52"»™, est fortement enroulée sur elle-même en une spirale dextrogyre, mise en évidence par une cannelure dont les bords sont ornés de poils en fer de lance, très courts, mais rigides et oflrant une résistance appréciable, quand on passe la fléchette entre les doigts, du sommet à la base. La portion terminale, non spiralée, est grêle, très effilée, couverte de poils très courts, analogues à ceux de la portion précédente, soyeux quand on les passe entre les doigts de la base au sommet, rugueux et opposant une faible résistance suivant la direction inverse.
Une glumelle ainsi constituée peut produire à la peau des piqûres assez vives, capables de provoquer un écoulement de sang; elle agit encore plus sûrement sur la conjonctive, la cornée, la muqueuse labiale.
L'Homme se débarrasse aisément des flechxUas qui viennent le frapper et qui s'arrêtent sur ses vêtements, sa barbe ou ses cheveux; néglige-ton de les enlever, elles ne tardent pas cependant à s'enfoncer à travers les vêtements même les plus serrés et à pénétrer jusqu'à la peau. Si l'on tente alors de les arracher, l'arista se brise, tandis que la pointe barbelée de la fléchette, grâce à ses poils en rétroversion, reste enfoncée dans le vêtement et ne se laisse extirper qu'avec difficulté.
On conçoit donc que les /Iec/ït7/a.ç puissent être réellement dangereuses pourdes aniraauxincapablesdes'en débarrasser. L'élevagedu Mouton étant la principale industrie des pampas de l'Argentine et de l'Uruguay, c'est surtout à ce Ruminant que laGraminéeest funeste.
Certains individus meurent pour en avoir mangé, à la suite d'ulcérations multiples du tube digestif; toutefois, ce cas semble être assez rare. Il mérite néanmoins d'être mentionné, car il se peut que l'actinomycose, qui est très fréquente dans la République Argentine (1), soit inoculée au Bœuf par de telles piqûres ; elle peut
(1) D. J. Cranwell, Contribucion al estndio de la actinoin icofiis humana, ^a frecuencia en la Republica Àrgentina. Buenos- Aires, in-S"*, de vii-186 p. et 10 pi., 1904. — E. S. DE LA Hoz, Champignons pathogènes et mycoses du continent américain. Paris, in-8« de 127 p., 1905; cf. p. 85.
tout aussi bien être inoculée par la voie cutanée, notamment chez l'Homme. L'attention doit être attirée sur ce point, ainsi que sur les autres mycoses et sur les bactériosesqui peuvent avoir ce môme point de départ.
Les quadrupèdes sont fréquemment atteintsaux yeux : les fkthillas viennent frapper le globe oculaire déterminant une conjonctivite intense, de la kératite, souvent même l'ulcération de la cornée. Le Mouton, dont les yeux suppurent, finit par devenir aveugle; n'y voyant plus pour se guider, il meurt de faim et de soif. En outre de ces accidents, les Moutons de la race de Rambouillet souffrent plus spécialement d'affections aux pattes : celles-ci sont garnies de longs poils dans lesquels s'intriquent les flechillas. Ainsi se forme un feutrage hérissé d'une multitude de pointes acérées, que chaque mouvement enfonce dans les chairs : de là des ulcérations qui suppurent et peuvent deveni r l'origine de septicémies ou d'autres infections, auxquelles il n'est pas rare de voir les Moutons succomber. D'ailleurs, ces accidents ne se manifestent pas seulement aux .pattes, mais aussi en tout autre point de la surface cutanée, ils causent, certaines années, une mortalité importante parmi les troupeaux.
Areôhavalela attribue aux fléchettes des propriétés hygroscopiques qui doivent jouer un certain rôle dans leur action malfaisante. L'arisla se tord et se raccourcit en milieu sec, mais se détord et s'allonge sous l'influence de l'humidité : la /Iec/it//a tourne alors sur elle-même d'un mouvement régulier; elle est donc poussée en avant et s'enfonce davantage. Normalement, c'est dans le sol que cette pénétration doit se faire, pour amener la graine là où elle doit germer ; dans le cas spécial qui- nous occupe, c'est à travers les vêtements, le pelage ou la peau qu'elle s'accomplit sous cette influence. Survienne la sécheresse, larista tend à se raccourcir; mais ses poils en rétroversion s'opposent à son retrait et tendent, par conséquent, à l'enfoncer davantage. L'animal, qui se sent piquée se gratte et contribue ainsi à faire pénétrer encore plus la fléchette*
On conçoit donc que les flechillas puissent causer parmi les troupeaux de véritables désastres. Pour y obvier autant que possible, on a recours à divers procédés. On n'amène les Moutons dans les champs à Stipa qu'après que ces plantes ont perdu leurs graines: elles constituent alors une pAture un peu coriace, mais abondante et que les Brebis mangent volontiers. Ou bien on ne laisse paître les
ACCIDENTS CAi;âi:S PAR UNE GRAMINKE AMERICAINE
troupeaux qu'après avoir abattu les Stipa et les avoir couchées sur le sol par le foulage, avant la nialurité des foraines. Ou bien encore on procède k la tonte des Moutons quelque temps avant la maturité : on risque ainsi d'exposer les animaux aux intempéries du printemps ; mais les pertes qui résultent des variations atmosphériques
sont souvent peu élevées et, eu tout cas, sont bien moins importantes que celles que ne manqueraient pas de causer les flechillas.
Les Moutons ne sont pas les seuls animaux dans la chair vive desquels les fléchettes puissent s'enfoncer. Malgré l'absence d'observations positives, on doit admeltre que des ravages lout semblables s'exercent aussi chez d'autres espèces domestiques ou sauvages. l,e fait suivant en donne la démonstration.
Je présente la photographie d'une pelote volumineuse, uniquement formée par un enchevêtrement de fléchettes de Stipa Neesiana
(fig. 2). Cette pelote est entrée récemment dans les collections du Laboratoire de zoologie appliquée de Buenos Aires; je dois ce document à Tamabilité de M. Iches. Il s*agit d'une sorte de bézoard ou d'égagropile, long de 0'"20, large de 0»ni8 et épais de 0™08; on jugedunombre énorme deglumelles ainsi agglomérées. Cettemasse très dense s'était constituée entre les cuisses d*un Nandou (Rliea americana), dans la province de Santa Fé; elle avait déterminé une vaste ulcération, qui avait occasionné la mort de TOiseau.
Le genre Stipa est représenté par une centaine d'espèces disséminées dans les régions chaudes et tempérées; la plupart sont de l'Amérique du Nord. On n'en connaît qu'un petit nombre en Europe, dont quatre en France : S. pennata L., S. capiUatah,^ S, juncea L., L. et 5. tortilUi Desf . Ces Graminées ont dû rétrocéder partout devant les cultures, aussi ne les trouve-t on jamais en abondance; elles sont confinées dans les rocailles et les sables.
Leur glumelle a la môme structure générale que chez S, Neesiana, ce qui indique à priori qu'elle ne doit pas être moins oflensive. Celle de 5. pennata, par exemple, est de très grande taille : elle atteint 265™»" de longueur, le cône basilaire et la graine mesurant ensemble 17""™, la première portion de l'arisla ayant 73™™ de longueur et la deuxième 175™™. Le cône basilaire est très aigu et perce facilement la peau et les muqueuses, mais la nature soyeuse des poils qui le recouvrent fait qu'il lAche prise très aisément. La première portion de larista est faiblement rugueuse à rebroussepoil, mais sans constituer une résistance appréciable; quanta la seconde portion, elle estornée d'une double rangée de poils blancs, longs de 5™™ et donnant l'aspect d'une plume soyeuse. Grâce à cette élégante disposition, les glumelles de S. pennata sont recherchées comme ornement, sous le nom de marabout.
Que les glumelles d'autres espèces européennes, égalementaiguès à la base, aient des poils plus rudes que la précédente, elles seront capablesde produire desaccidentsidentiquesàceuxquenous venons de relater dans l'Amérique du Sud. Nous n'avons pas connaissance qu'on ait jamais signalé rien de semblable parmi le bétail français, mais il n'en est pas de même en Russie. Voilà quelques années, on a observé aux abattoirs de Paris des Bœufs et des Moutons de provenance russe, chez lesquels des glumelles d'une Stipa d'espèce indéterminée s'étaient enfoncées dans la muqueuse buccale.
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