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EXAMEN ANATOMIQUE DUN CYSTICERQUE

séparés les uns des autres par une plus grande quantité de tissu conjonctif. Beaucoup de ces faisceaux musculaires sont en dégénérescence vitreuse et entourés de cellules conjonctives munies de de plusieurs noyaux qui appartiennent au sarcolemme. Cette lésion reconnaît pour cause une inflammation chronique des muscles. La surface interne de la poche qui contient le parasite est formée d'une couche de tissu inflammatoire très riche en cellules géantes. Là, les faisceaux musculaires n'existent plus; le tissu conjonctif enflammé qui entourait les flbres musculaires se continue directement avec un tissu conjonctif très vascularisé, flbrillaire, contenant des cellules de tissu conjonctif ou fibroblastes ovoïdes ou étoiles, des leucocytes mononucléaires et de grands mononucléaires à noyau rond ou ovoïde. Les capillaires, de nouvelle formation, situés entre ces cellules sont formés d'une seule couche de grandes cellules endothéliales.

Cette membrane adventice du kyste ne diflérerait pas du tissu des bourgeons charnus des plaies ou inflammations bourgeonnantes banales du tissu conjonctif, s'il n'y avait à sa surface une quantité considérable de cellules géantes.

Nous avons représenté (fig. 1) une coupe de cette membrane. On remarque, dans le bas de la flgure, un tissu conjonctif flbrillaire riche en vaisseaux capillaires (v) possédant de grandes cellules conjonctives très nombreuses, pourvues de noyaux ovoïdes et d'un protoplasme fusiforme et étoile ; on voit aussi des grands mononucléaires (ri), A la surface de cette membrane, c'est-à-dire à la partie supérieure de la figure, les noyaux ovoïdes des cellules conjonctives se multiplient pour former de grandes cellules multinucléées, cellules géantes (a,/^,qui se disposent en une couche ininterrompue, limitant la surface interne de la membrane adventice. L'une de ces cellules géantes (b) est en voie d'expulsion de cette membrane et près de devenir libre ; une autre (d) est tout à fait libérée et se trouve dans le liquide qui lubréfle la surface de la membrane, entourée de quelques leucocytes mononucléaires de grandes dimensions.

Cette tendance constante de la membrane adventice à se recouvrir de cellules géantes est très remarquable. Aussi en donnonsnous un autre dessin qui montre également ce même processus avec des détails un peu diflérents.

Z24 COKML ET Al'VRAY

Dans cette autre partie de la coupe (llg. i), on observe une liffoe de clivage entre )a partie profonde de la membrane et sa surface. Cette dernière [s) est formée par des Tibrilles de fibrine retenant dans leurs mailles des leucocytes mononucléaires et quelques grandes cellules muitiuucléées. Entre cette fausse membrane inflammatoire fibrineuse et la membrane cellulaire (l), il existe un espace vide, où l'on voit des cellules géantes libres [d], avec des

Fi);, S. — Coupn ilc- \a tac.mbraar, advi^nlico du kyste. — (, tissu con|onclif trf^s rlclic en crllulos con|oncllvcs ol présentunt Ji lii surtacR, en a, iIrs criluica k doux ou plusieurs noyaux. Unn grande cellule gt^unto (l>| est en train de s'énuclépr et de devenir libru; d, cellule t<<^ante libre; ni, leuwipytfis ; 8, surface de la membrane tiitventive, pi^sentant au milieu des tllamenls de librinc, des leucocytes cldcBeclluli'Jigi^antrs. X 3jO.

leucocytes. L'une des cellules géantes f/>), qui est en train de s'exfolier, est encore retenue au tissu conjonctif par un long prolongenenl lerminé en pointe.

La cause de cette irritation confiante de la membrane adventice et de la formation de cellules géantes à sa surface est facile à com ))rendre : le réaction du tissu intlammatoire conjonctif aboutit en ellet loujours à dos cellules géantes, toules les fois qu'une membrane à bourgeons cliarnus enserre un corps étranger. 11 y a plus de vingt ans que j'ai montré refait autour du sé(|ueslredu muscle pectoral, dans la clioléra des Poules. Eu rapport avec la cuticule

KXAMEX AN'ATOMIQUF. D IN CYSTICERQL'E

du Cysiicerque, Ir membrane adventice a d'autaut plus de raisons de réagir par des cellules géantes, que la cuticule est garnie d'une iiirinité de petites papilles dures (tig. 3).

La surface papillaire de la cuticule est en rapport immédiat avec la meml>rane adventice vivante et enflammée, appartenant au sujet porteur du parasite.

Après avoir étudié la membrane musculo-celluleuse qui entourait le Cysticerque, nous avons fait des préparations du parasite lui-même. La membrane de sa vésicule était plissée et revenue sur

h'ijf. rt. — Ccmpi' minco ito la cuticule ilu Cyslic(iri|ue. — A, wctlon mince <ln lu cutlcuk qui vst plisséc nn en pulnl; p, paplllns; /, tissu cuniunctll MbrillHliv, contCDiinl (1rs cellules t^toilëps, c. :x,SQ.— B, deux puplllos plus groKsics. X XiO.

elli'-mème ;elle avait été mise dans l'alcool aussilât après l'opéra tion, ce qui rendait diflicile l'orientation des coupes. Sur ces dernières, la cuticule était très facile £) étudier avec son tissu conjonctif niirillaire, sescellulesconjonctiveset ses papilles externes (Tig. Z). Sur deux préparations, nous avons pu voir la tête enfoncée au milieu des plis du receptaculum capilis. Elle présentait quatre ventouses el une rangée de gros crochets. Sur une des coupes nous avons compté dix crochets, mais il y en avait assurément davantage. Le corps du parasite contenait une grande quantité de corpuscules calcaires. Lciy J.liitiarL, à qui nous avons montré la préparation, nous a conlînné{lnns l'opinion qu'il s'agissait d'un Cyslkercus celhihsae, larve du Tœnia xolium.

.IrcftuTs Je ruruail'tt'tgie. X, n' i. lUOU. 13

r 226 CORNIL ET AUVRAY

Si nous publions aujourd'hui cette note, c'est dans le but «de décrire la structure de la membrane adventice et de ses cellules géantes. Des formations de ce genre ne sont pas spéciales aux Cysticerques, nous en avons vu plusieurs fois autour des kystes hydatiques, surtout quand la membrane hyaline du parasite est en voie de destruction et réduite à de minces et petits fragments. Cest ainsi que, dans deux cas d'ablation de kystes hydatiques du foie, opérés par le D' Schwartz et suivis de récidive de kystes sous-cutanés au niveau de la cicatrice, la paroi adventice cellulaire de ces kystes présentait de très nombreuses cellules géantes. Celles-ci siégeaient surtout autour des petits débris de membranes hydatiques qu'elles entouraient et dont elles hâtaient la résorption. On peut même trouver, au milieu de cellules géantes, des fragments de membrane hydatique.

PAR

le D' FONTOYNONT

Professeur à l'Ecole de Médecine de Tananarive

Notre maître, le Professeur R. Blanchard, m'a demandé de vous parler de la médecine coloniale et de vous dire, en particulier, l'organisation des services médicaux à Madagascar qui, plus avancés dans cette colonie que dans aucune autre de nos possessions, vous permettra de comprendre mieux le rôle dont vous pouvez quelque jour être les acteurs. J'ai accepté et ma seule excuse est un séjour de huit années à Madagascar, pendant lesquelles j'ai assisté à l'organisation médicale actuelle.

Pour bien saisir les choses, il faut regarder ce qui se passait, il y a quelques années. Alors existait le corps des médecins de la marine qui, à lui seul, assumait la lourde tâche de fournir de médecins et les navires de la flotte et les hôpitaux des colonies. Un jour vint, où l'expansion coloniale nécessita un dédoublement, 11 fut donc créé un corps de santé militaire colonial. Dès lors, les médecins de la marine furent affectés exclusivement aux services de la marine et le corps de santé colonial aux colonies. Bientôt après, rinfanteriedile ie marine, devenue l'infanterie coloniale, passa au ministère de la guerre et les médecins du corps de santé colonial devinrent ce qu'ils sont à l'heure actuelle, leurs attributions restant d'ailleurs les mêmes.

Toutefois, dès 1898, ou commença à penser que des médecins civils pourraient trouver aux colonies à exercer utilement leur savoir et leuraclivité. Deux médecins obtinrent mêmedu ministre des colonies d'être envoyés, en quelque sorte à titre d'essai, dans une de nos colonies. Ce furent Manceau, à l'heure actuelle encore à Nossi-Bé, et moi-même, depuis cette époque à Tananarive.

Peu après, des maîtres à l'esprit large et au courant des énormes

(1) Conférence faite à rinstilul de Médecine coloniale do Paris, le Udécembre 1905.

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progrès faits par les Anglais dans la médecine coloniale, grâce à leurs admirables écoles de Liverpool et de Londres, entreprirent de doter notre pays d'institutions dil même genre. Ils suppléèrent aux ressources insuffisantes, aux laboratoires trop étroits, par un dévouement et une patience inépuisables, auxquels je crois pouvoir, profitant de l'occasion et en votre nom, rendre hommage en les assurant de toute notre gratitude. C'est, vous le savez, notre maître le Professeur R. Blanchard qui, avec enthousiasme, conçut Ui chose et le premier fut sur la brèche. Malgré sa modestie il voudra bien nous permettre de lui dire que nous lui sommes tous profondément reconnaissants de fintialive généreuse et patriotique qu'il a prise en fondant l'Institut de médecine coloniale, qui a déjà rendu d'éminents services à la cause de la science et de la colonisation. L'utilité d'une telle création est d'ailleurs attestée parl'importante subvention que lui donne chaque année le Gouvernement de l'Indo-Chine, ainsi que par la fondation des Instituts coloniaux de Marseille et de Bordeaux.

Vous-mêmes, mes chers camarades, venus de tous les points du monde pour goûter les cours et les travaux de l'Institut colonial de Paris, donnez là une preuve vivante et certaine de l'utilité et de la nécessité de l'institulion. C'est la plus belle récompense, la seule d'ailleurs, que souhaitaient nos éminents maîtres, si j'en juge par leurs confidences.

Les Instituts de Paris, de Marseille et de Bordeaux ont rapidement acquis la prospérité que vous leur connaissez. Ils ontvu,cha que année, le nombre de leurs élèves s'accroître, et cela parce que l'expansion coloniale augmente chaque année et qu'ils répondent à un besoin.

C'est alors ({ue toutes nos colonies commencèrent à suivre l'impulsion et à organiser une véritable assistance médicale indigène, suivant ainsi l'exemple donné par Madagascar. La véritable formule de cette sorte de colonisation médicale est encore à trouver.

Pour résoudre la question, il faut poser en principe qu'à cette organisation d'ordre purement civil il faut adjoindre un corps médical également civil. Comme l'indiquait déjà M. le Professeur Blanchard de la façon la plus expresse (i), c'est précisément dans

(1) R. Blanchard, Créalion à Paris d'un Institut de médecine coloniale. Àrchiif8 de Parasitologie, IV, p. SC)2, UK)I.

nos Instituts de médecine coloniale que l'on peut trouver les médecins nécessaires pour doter peu à peu chaque colonie d*une organisation médicale complète. Vous le voyez, nous entrons donc depuis peu dans une phase nouvelle de la question.

Comment à Madagascar ont été organisées les choses médicales et comment fonctionnent-elles à l'heure actuelle ? Sachez d'abord qu'elles sont encore en voie de transformation. L'organisation est encore presque purement militaire ; mais il est facile de voir déjà une différenciation. En effet, le directeur du service de santé, médecin principal des colonies, exerce son autorité sur deux formations sanitaires juxtaposées en quelque sorte et essentiellement différentes, le service de santé des troupes coloniales et l'assistance médicale indigène. Le jour n'est pas loin où chacune des deux institutions aura son indépendance.

Le service de santé des troupes coloniales est aux colonies ce qu'est dans la métropole le service de santé de l'armée. Il est le même dans toutes nos colonies. L'assistance médicale indigène, au contraire, 3st une œuvre toute spéciale, unique en son genre, pouvant différer dans chacune de nos colonies, devant, en tout cas, s'adapter aux besoins des populations pour qui elle est créée.

Voyons ce qui revient à chacun de ces organismes bien distincts et commençons par le service de santé.

Le service de santé des troupes coloniales est payé par la métropole, à rencontre des autres formations sanitaires locales qui, elles, sont entretenues par lesbudgels locaux. Disposantd'hôpilaux pour la troupe, il les met en partie à la disposition des fonctionnaires civils etdes colons, à charge pour le budget local de reverser à la métropole les frais de séjour et de traitement de son personnel civil. De ce fait se trouve réalisée une grande économie, puisqu'il n'est pas nécessaire de construire des hôpitaux. C'est dans ces conditions que fonctionnent à Madagascar les quatre grands hôpitaux de ïananarive, Tamatave, Diégo-Suarez et Majunga. Il ne reçoivent donc que des Européens ou des assimilés. En outre le service des troupes en campagne dispose d'ambulances où la population civile peut trouver des soins et l'hospitalisation ; ces ambulances sont au nombre de six : Fianarantsoa, Fort- Dauphin, Analalava, Maevatanana,Morondava, Tulear.

Du service de santé relèvent encore les infirmeries de garnison,

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qui ne reçoivent exclusivement que des malades militaires ; elles sont au nombre de six : Antsirane, Cap d'Ambre, Ankorika, Cap Diego, Sakaraniy, Maintirano. Les cinq premières sont situées dans le territoire de Diégo-Suarez. Cela résulte de ce que Diego, point d'appui de la flotte, est l'endroit où se trouve massée la plus grande partie du corps d'occupation.

Ajoutons encore une Infirmerie régimentaire, analogue à nos infirmeries de régiment de France ; elle est jusqu'à présent unique et siège à Tananarive : elle est exclusivement réservée aux militaires.

Enfin, nous arrivons à une formation spéciale provisoire, destinée

à disparaître au fur et à mesure que la pacification des provinces aura permis d'installer l'assistance médicale indigène. Je veux parler des postes médicaux, formation essentiellement mobile, ne comprenant pas d'hôpital et destinée simplement à donner des consultations et des médicamments. Ces postes sont au nombre de neuf :

Midongy du Sud (district de Midongy, province de Farafangann)

Amborombe, ) i j ip . n i -

^ . > cercle de tort-uauphtn

Tsttory, \

Manja, cercle de Morandata

Ankarandra, cercle de Maintirano

Besalampy, cercle de la Mehavamj

Tulear, province de TuUar

C'est tout pour les formations militaires.

Les formations civiles constituent, dans leur ensemble, l'assistance médicale indigène, à laquelle se trouvent en quelque sorte an nexés deux organismes : l'Institut Pasteur de Tananarive etle parc vaccinogène de Diego, d'une part; l'Ecole de médecine, de l'autre.

L'institut Pasteur fut inauguré à Tananarive en 1899. C'est à l'un des anciens élèves de l'Institut de médecine coloniale de Paris que revient l'honneur de l'avoir organisé de toutes pièces, au D' Thiroux. Il répondait à un besoin impérieux, à la lutte contre la variole et contre la rage. En elîet, il y a quelques années seulement, la variole était pour Madagascar un véritable fléau : les épidémies revenaient presque chaque année ravager le pays, tantôt en un point, tantôt en un autre. Depuis 1899, grAce à l'excellent vaccin

fourni par l'Institut Pasteur de Tananarive et aux nombreuses inoculations faites à la population indigène, la variole a partout cédé; en certains points même, comme le plateau central, elle n'existe plus. C'est un exemple à donner à nos compatriotes de France ; c'est une véritable leçon de choses. 11 est vrai que les vaccinations ont été nombreuses, puisqu'elles se chiffrent à l'heure actuelle à deux millions environ, c'est-à-dire plus de la moitié de la population totale de l'île.

A côté de la variole, la rage mérite malheureusement une place d'honneur. Elle a quelques particularités qui méritent d'attirer votre attention : sa fréquence d'aune part, sa gravité de l'autre, La fréquence n'a rien d'extraordinaire, si l'on songe à la quantité de Chiens errants qui infestent l'ile. Les indigènes n'aiment pas les Chiens et ne les gardent pas autour d'eux, ce qui explique peut-être, malgré leur nombre, l'absence totale du kyste hydatique à Madagascar. En quatre années seulement, 400 individus ont été mordus par des Chiens reconnus atteints d'hydrophobie, dont 88 Européens et 312 Malgaches. D'ailleurs, voici les chiffres par année :

En 1901, on compte 74 individus mordus, dont 0 mort, soit 0 0/0. En 1902 --186 - — -1-— 0, 530/0.

En 1903 - - 95 - - - 0 - - 0 0/0.

En 1904 - - 45 - - - 1 — - 2,220/0.

au total 400 ayant donné 2 morts, soit 0,500/0.

Cette statistique, établie conformément aux usages des Instituts Pasteur, ne contient pas les cas de mort survenus pendant le traitement ou moins de quinze jours après ; pour avoir le nombre exact de victimes de la rage, il faut ajouter chaque année deux ou trois morts de ce genre. Les Lapins, inoculés par trépanation avec le bulbe des Chiens, meurent, en général, dans un délai de 12 à 17 jours. Enfin, les personnes atteintes sont souvent des enfants gardant les troupeaux dans la brousse et les blessures sont fréquentes au visage.

C'est pour cela que le traitement classique, usité à l'Institut Pasteur de Paris, a dû être modifié à Tananarive.

J'insistesurcefait, parce que vous pouvezêtreobligésquelque jour de procéder comme l'a fait à Madagascar le D' Neiret, directeur

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actuel de Tlnslitut Pasteur. Il emploie un traitement très intensif: toutes les personnes en traitement reçoivent de la moelle N® 1 et de la moelle N® 0. S'il s'agit d*enfants mordus à la face, on arrive au bout de quelques jours seulement à ces moelles virulentes. Depuis que le traitement est ainsi modifié, les résultats sont bien meilleurs.

Outre la variole et la rage, l'Institut s'occupe de toutes les recherches bactériologiques.

Vous savez tous que le vaccin, quand il est soumis à des températures élevées ou à des variations de température, s'atténue ou même se stérilise. Ilarrivait donc que le vaccin, fait pourtant dans de bonnes conditions à Tananarive, n'était plus aussi virulent une fois arrivé à la côte. Pour y remédier, il fut créé à Diégo-Suarez un parc vaccinogène. La mesure fut excellente, puisque sur 370.000 indigènes inoculés depuis 1902 avec du vaccin de Diego, on compte 243.000 succès. Le vaccin peut, en effet, être transporté dans les glacières des bateaux et arriver ainsi en bon état de fraîcheur et de virulence aux différentes escales de la côte est et de la côte ouest.

L'Ecole de médecine fut fondée au commencement de 1897. Son but est de former des médecins indigènes pour en doter les formations de l'assistance médicale indigène. Son utilité a été et est encore discutée. Beaucoup ont prétendu qu'en créant des médecins indigènes on fermait un débouché aux médecins français et que c'était ainsi se préparer des déboires pour l'avenir. Je ne le crois pas, pour ma part; car, de bien longtemps, l'indigène ne sera pas assez riche pour rémunérer suffisamment un médecin européen. Le praticien établi à Madagascar ne devra compter que sur la clientèle purement européenne et escompter les postes officiels que lui procurera le gouvernement de la colonie. Dans ces conditions, il n'y a pas à redouter la concurrence faite par le médecin indigène, d'autant plus qu'employé généralement par l'administration il devient l'aide et le sous-ordre du médecin européen dans les dif férentes formations sanitaires.

Quoi qu'il en soit, l'Ecole comprend, comme personnel fixe, un médecin militaire directeur, un médecin civil européen, un médecin indigène depuis longtemps docteur en médecine de la Faculté de Lyon auxquels se trouvent adjoints trois autres médecins ou pharmaciens militaires fréquemment changés. L'enseignement comprend cinq années d'études: à Pâques et à la lin de l'année.

des examens sont subis par les ^Uèves qui, s'ils sont refusés, se trouvent obligés de redoubler leuriiqnée. Un trop grand nombre

d'ajournements entraîne l'exclusion. A la fin de la scolarité, un diplôme de médecin est décerné, donnant le droit d'exercer dans toute l'étendue de Madagascar et dépendances, mais avec des restrictions analogues à celles de nos anciens officiers de santé.

En outre des élèves médecins, l'Ecole comprend aussi des élèves sages-femmes.

Depuis sa création, l'École a fourni 120 médecins et 96 sages: femmes.

La plupart de ces médecins sont devenus des médecins de colonisation ; plusieurs des sages-femmes sont également au service de ladministration. Médecins et sages femmes sont employés par le service de l'assistance publique médicale indigène.

C'est qu'en effet dans chaque province, a été ou sera créée une formation sanitaire qui n'a son analogue nulle part ailleurs. A la tùte de celte formation se trouve un médecin européen ayant le titre de médecin-inspecteur de l'assistance médicale indigène, ayant sous ses ordres directs autant de médecins de colonisation indigènes et de sages femmes qu'il est nécessaire, surveillant un plus ou moins grand nombre d'hopilaux indigènes, suivant que la la popufetion de la province est plus ou moins dense, renseignant l'administrateur sur tous les points d'hj'^giène, faisant à tout moment des tournées d'inspection, résidant au chef-lieu de la province, mais devant fréquemment aller se rendre compte sur place de ce qui peut se passer d'anormal. On comprend combien est intéressant un tel rôle pour quelqu'un d'actif et quelle mine inépuisable de choses nouvelles peut y glaner celui qui sait voir, regarder et faire travailler sous ses ordres. Ce sont ces situations qui, je l'espère bien, seront quelque jour toutes occupées par d'anciens élèves des Instituts coloniaux de France.

A l'heure actuelle, l'assistance médicale fonctionne dans les provinces suivantes :

Ville de Tananarive, provinces de l'Imérina centrale, de l'Angavo-Mangoro, de l'Imérina du nord, del'Itasy, du Vakin'Ankaratra, d'Ambositra, de Fianarantsoa, de Maroantsetra, de Fénérive, de Tamatave, d'Andévorante, de Vatomandry, de Majunga, de Mandritsara, de Tulear, Cercles d'Analalava et de Maevatanana.

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Le nombre en sera certainement aug^menté.

Envisageonsquelques unesde ces formations, celles du plateau central, par exemple, et vous verrez combien leur importance est grande.

Dans rimérina centrale, il y a 7 hôpitaux, 1 maternité, 2 léproseries, 7 postes médicaux; dans l'Angavo-Mangoro, 2 hôpitaux,

5 postes médicaux, une maternité ; dans l'Imérina du nord, 2 hôpitaux et 2 postes médicaux ; dans l'Ilasy, S hôpitaux, 2 léproseries, un poste médical, 3 maternités ; dans la province de Fianarantsoa,

6 hôpitaux, 4 postes médicaux et 4 léproseries.

Ne pensez pas, toutefois, voir dans ces hôpitaux des immeubles comme ceux de l'Assistance publique de Paris; ramenez-les h des proportions plus modestes : quelques pavillons en pisé ou en briques, abritant en moyenne une cinquantaine de lits. Nempéche que, même réduits à ces proportions, ils n'en rendent pas moins de très grands services et n'en sont pas moins remplis de malades très intéressants.

Je n'ai pas parlé des villes deTamatave et de Majunga ; c'est que la situation y est tout autre que dans le reste de lîle. Ces villes, déjà anciennes, comptent beaucoup d'Européens ou assimilés et peu d'indigènes. Le médecin qui y exerce se trouve donc dans une situation qui tend à se rapprocher de celle de l'Europe. Ces villes, par raison d'économie, se contentent de l'hôpital militaire, devenu mixte par ce fait. Quand elles seront riches, elles auront, sans nul doute, un hôpital municipal, leur appartenant en propre.

A Tananarive, c'est encore autre chose : il y a 60.000 habitants, dont 4.000 Européens, y compris les militaires et les fonctionnaires.

Cette agglomération et la juxtaposition des deux éléments européen et indigène, qui vivent porte à porte, ont obligé de perfectionner les institutions de l'assistance médicale et de la mettre sur un pied qui se réalisera peut-être un jour partout, quand les ressources le permettront.

Tananarive a deux hôpitaux distincts. L'u-", l'hôpital militaire, est mixte, c'est à-dire qu'on y traite non seulement les militaires, européens ou indigènes, mais encore les civils européens de toute catégorie et de tout sexe, fonctionnaires et colons. L'autre hôpital est purement indigène; il a ses infirmiers et ses infirmières indigènes,

et ne traite que d6s indigènes. Il sert, vu sa situation, d'hôpital d'application à TEcole de médecine et c'est là que siègent les deux cliniques médicale et chirurgicale.

Ce n'est pas un de ces superbes hôpitaux comme on en voit en Europe. Supposez une série de maisons réunies les unes aux autres simplement parce qu'elles étaient proches et englobées dans une enceinte circulaire. Voilà l'hôpital, avec ses maisons utilisées le mieux possible, assez grand toutefois pour contenir deux cents

malades ; îl est divisé en quatre groupements séparés : service de médecine, service de chirurgie aseptique, service de chirurgie septique et pavillon d'isolement pour les maladies contagieuses. Quelques lits du pavillon de chirurgie aseptique sont réservés, en cas de besoin, aux accouchements. Il existe en outre, en un autre point de la ville, une maternité privée, appartenant auD' Villetle, lui même professeur d'obstétrique à l'École de médecine.

Je ne saurais trop insister sur la nécessité, dans les colonies, d'avoir deux services de chirurgie distincts. C'est plus important encore qu'en Europe, car là-bas on se trouve souvent aux prises avec des infections, pour ainsi dire inconnues maintenant chez nous, telles que la pourriture d'hôpital, les septicémies gazeuses et le tétanos. Il est donc indispensable de séparer complètement les malades du personnel infirmier et même, s'il est possible, du personnel médical traitant. Une telle séparation est réalisée à l'hôpital indigène de Tananarive.

Un autre point des plus importants est la salle d'opérations, dont la construction aux colonies pourra rencontrer de grandes difficultés. Nous avons, je crois, réalisé à Tananarive un des meilleurs modèles. Laissez-moi vous en parler, caril ne faudrait pas, en pays tropical, vouloir procédercomme en paysd'Europe. Là-bas, un point fondamental domine toute l'hygiène en matière de construction, c'est le besoin de se garantir, non seulement du soleil, mais aussi de la lumière diffuse. Aux colonies, nous demandons de la lumière mais le minimum nécessaire pourlrèsbienvoir.^ Les photographies que je fais circuler vous montreront comment nous avons résolu la question :

Une large vérandah à toit très incliné, pour bien garantir du soleil, fait le tour d'une pièce octogonale, dont chaque face est percée d'une fenêtre donnantsur celte vérandah. Seuls, les aides du chirur-

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gien pénètrent dans la pièce; les élèves restent ^ous la vérandah et regardent par les fenêtres. Comme ils interceptent la lumière, on a ménagé au-dessus de chaque fenêtre, entre la vérandah et le toit, une imposte vitrée, munie d'un store k l'intérieur. La lumière arrive donc de haut par desimpostes, en quantitésuffisante pour bien éclairer, mais insuffisante pour provoquer une insolation ou même un simple mal de tête. A l'intérieur, les murs sont enduits de ripolin; ils peuvent donc être lavés aussi souvent qu'il est néces saire. Le sol est recouvert de ciment.

J'ai déjà fait allusion aux léproseries. C'est qu'en effet il en existe plusieurs, de n)ême qu'il existe de très nombreux lépreux. Les léproseries officielles (je ne parle que de celles-là) ont à leur tête un médecin indigène, sous la surveillance du médecin inspecteur. Ce sont des cases agglomérées, formant un véritable village qui ressemble totalement à une autre agglomération malgache, avec la seule différence que les habitants sont internés et ne doivent en sortir sous aucun prétexte. Une telle organisation est toute à l'honneur de la colonie de Madagascar. Trop souvent, il n'en est pas ainsi. Rappelez-vous ce que nous disait notre maître, le professeur Gaucher, lorsqu'il déplorait la liberté laissée aux lépreux, pour le grand malheur des gens indemnes.

Vous connaissez maintenant sous toutes ses faces la question médicale à Madagascar. Permettez à mon expérience de vous dire combien notre profession est plus attrayante dans ces régions que dans les pays d'Europe, où toutes les questions ont été étudiées et ressassées, où il faut un travail acharné pour trouver quelque chose de nouveau. En pays exotique, presque tout est neuf et je ne crois pas exagérer en assurant, à tous ceux qui voudront aller s'y installer quelques années, la certitude de faire une moisson abondante de documents intéressants; peut-être même y trouveront-ils une célébrité justement acquise!

Je crois vous avoir convaincus de l'intérêt intellectuel que vous avez tous à vous expatrier et à aller au loin chercher du nouveau ; reste l'importante queslion matérielle.

Il ne faut pas se faire d'illusions : presque partout la clientèle vous sera d'un maigre appoint et il ne faut pas compter sur les indigènes pour suffire à remplir votre porte monnaie. Il faut donc que les colonies vous procurent un fixe suffisant pour que vous

puissiez y vivre honorablement. Ce fixe doit-il être une simple indemnité ou un traitement? Doit-on vous allouer, dès le début, une somme assez ronde et non progressive ou, au contraire, une somme relativement minime, avec des augmentations successives et progressives? Je me range pleinement ù cette dernière idée. A m on avis, la solution la meilleure, permettant aux colonies d'avoir un cadre de médecins sérieux et instruits, est l'avancement progressif avec retraite; car, à celui qui s'établit aux colonies, se trouvent à l'heure actuelle complètement fermées les associations de prévoyance de toutes sortes qui existent en France.

Je fais le plus chaleureux appel à l'esprit d'entente et de solidarité qui doit tous nous unir. Profitons du moment où nous sommes ensemble, depuis trois mois travaillant chaque jour côte à côte, pour sceller une véritable entente cordiale! Qu'une fois égrenés dans tous les coins du monde nous sachions qu'ici, à Paris, Plnstilut de médecine coloniale doit être notre point de ralliement. Restons en cohésion et n'oublions pas que l'union fait la force. M. le Professeur R. Blanchard nous a dit maintes fois que, toutes les fois que nous serions en France, nous serions chez nous dans son laboratoire. De même la Société de médecine tropicale nous ouvre toutes grandes ses portes. Vivifions l'Institut de médecine coloniale, en apportant ou envoyant des documents scientifiques à nos maîtres, qui nous ont donné tant de preuves de dévouement : nous ne pouvons leur témoigner notre reconnaissance d'une façon qui leur soit plus agréable qu'en leur montrant que nous avons profilé de leurs savantes leçons et qu'ils nous ont rendus capables de contribuer à notre tour au progrès de la science.

Enfin, si quelques-uns de nous restent en France, qu'ils se rappellent leurs camarades exilés! qu'ils mettent à leur service leur influence, leurs relations, et qu'ils les défendent parla plume et par la parole.

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