Flagrellés
Les Flagellés sont des animalcules toujours dépourvus de cils, munis d'un ou plusieurs flagellums, d'un noyau et de vacuoles contractiles.
Les Flagellés, parasites des Culicides, observés jusqu'ici, sont en très petit nombre, quelques auteurs seulement les ont signalés, et ils ne semblent exercer aucune action pathogène sur le Culicide parasité. L'intérêt de leur étude et de leur recherche systématique chez les Culicides est néanmoins considérable, étant donnée la proche parenté de ces parasites avec des Flagellés qui, depuis quelques années, ont pris, en pathologie coloniale, une grande importance : nous voulons parler des Trypanosomes. Nous verrons du reste que ce rapprochement a été fait par les auteurs qui ont étudié jusqu'ici ces Flagellés parasites des Culicides.
Chattergie, en 1901, au cours de la dissection de différents Anophèles, a rencontré une fois, dans la cavité abdominale d*un de ces Culicides, des organismes qui lui parurent très voisins des Trypanosomes flagellés, parasites du surra. Ces organismes étaient très mobiles et animes de mouvements rapides. « En disséquant l'estomac d'un Anophèles^ dit cet auteur, je remarquai à l'examen au microscope avec un faible grossissement, des particules de sang désagrégé, qui se remuaient très violemment dans l'intérieur de l'estomac. En examinant à un grossissement beaucoup plus fort, je pus reconnaître une quantité d'organismes se mouvant dans le champ du microscope, avec rapidité, au milieu des particules. Après un court espace de temps, leurs mouvements se ralentirent et je pus reconnaître la structure de l'organisme. Il possède un flagellum et un noyau ovale ; le flagellum est fin et long ; il est plus
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long que le corps». Cbattergie a également retrouvé, chez le même Moustique, dans la musculature de la tête, une forme parasitaire enkystée dans une capsule : il ne rattache pas cette forme à la précédente et, ne sachant où la classer, il se borne à la signaler.
En 1902, Léger a décrit, chez le Moustique, un Flagellé qu'il appelle Chrithidia fasciculata, trouvé dans l'intestin de femelles d*À7iopheles maculipennis^ capturées dans le Dauphiné.
L'étude de ce parasite du Culicide est intéressante en raison des analogies qu'elle peut présenter avec celle du développement des Trypanosomes dans le corps du Moustique. Nous croyons donc devoir suivre l'auteur dans la description précise qu'il en a faite.
Les parasites de très petite taille (4 à 10 fji), sont souvent réunis en très grand nombre, par amas, disposés en faisceaux radiés, le long de la paroi intestinale, et principalement aux points de jonction des tubes de Malpigbi avec l'intestin. On peut les ramener à deux types principaux, entre lesquels se voient toutes les formes de transition possibles :
l^ Une forme omlaire, rappelant celle d'un grain d'orge légèrement aplati et tronqué à Textrémité antérieure. Cette extrémité porte un flagelle de la longueur du corps. C'est la forme de beaucoup la plus fréquente. Ces parasites mesurent depuis 3 à 4 [j. de long jusqu'à 6 à 8{a. Leur corps est hyalin, à peine granuleux et on peut y distinguer une ou plusieurs vacuoles. Le flagelle se prolonge à l'intérieur du corps jusqu'à un centrosome, vivement colorable. « Ce centrosome est tout à fait comparable au corpuscule basilaire du flagelle des Trypanosomes ». A côté de ce centrosome se trouve le noyau asâez gros et à contour circulaire. La multiplication du parasite a lieu par division longitudinale : le centrosome, puis le noyau se divisent successivement transversalement, et la division du centrosome a pour conséquence celle du flagelle ; ensuite, le corps se partage en deux, longitudinalement. L'évolution du parasite est donc analogue à celle des Trypanosomes. «De même que chez les Trypanosomes, chez les formes très jeunes peuvent s'observer des divisions multiples, précédées de la multiplication des centrosomes, et aboutissant à des formes en rosace qui constituent, sans doute, l'origine des colonies radiées ».
2o Une forme effilée, chez laquelle le flagelle de la forme ovalaire perd son individualité par suite de l'allongement du corps, ce qui
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rapproche, encore plus, ces formes des Trypanosomes. « Elles ressemblent tout à fait à de minuscules Trypanosomes, de 8 à 14 (i de longueur, y compris la partie effilée, d'autant mieux que sur Tun des côtés, le corps plus aminci et à contour ondulé montre comme un rudiment de membrane ondulante. » Ces formes effilées sont le plus souvent libres, elles se relient aux premières par des formes intermédiaires. Elles se reproduisent également par division longitudinale.
L'auteur ne semble attribuer, à ces parasites des Culicides, aucun rôle pathogène pour le Culicide ; mais, frappé par Tanalogie que présentent les formes effilées du Chiithidia faêciculata avec les Trypanosomes, il se demande si, en raison du mode d'alimentation des Anophèles, ces Chrithidia a ne représenteraient pas un certain stade évolutif de quelque Hématozoaire flagellé des Vertébrés. »
Léger et Duboscq ont retrouvé la même année, en Corse, dans l'intestin de larves A' Anophèles, recueillies en diflérents points palustres, ce même Chrithidia fasciculata. Le parasite se présentait soit sous la forme libre, effilée, soit sous la forme ovalaire,en grain d'orge, avec stade en rosace comprenant de nombreux individus : l'intestin des larves en était parfois complètement recouvert.
En plein hiver, les mêmes auteurs ont également trouvé, dans VAnopheles maculipennis femelle hibernant, ces mêmes Chrithidia.
Le mémoire de Schaudinn est venu montrer combien étalent exactes les hypothèses de Chattergie, Léger et Duboscq, sur la présence de formes vraies de Trypanosomes chez le Moustique.
Nous avons vu que cet auteur avait trouvé des formes Trypanosomes dans le cycle évolutif, chez le Culicide, de deux Hématozoaires du sang des Oiseaux^ Plasmodium Ziemanni et Halteridium Danilevskyi, auxquels il a donné respectivement les noms de Spirochmte Ziemanni et de Trypanosoma noctuae.
Enfin, tout récemment (juin 1904), Rogers annonce, mais ces résultats demandent confirmation, qu'il a obtenu des Trypanosomes, en cultivant le Leishmania Donovani.
On voit donc que toute celte classe des Protozoaires, où l'on avait rangé les Flagellés, semble appelée sous peu, si les découvertes de Schaudinn et de Rogers se vérifient, à subir un remaniement complet. Ces nouvelles notions vont bouleverser toutes les notions acquises, relativement aux Trypanosomes : elles ne
teodent, en effet, à rien moins qu'à faire disparaître les barrières qui semblaient exister entre deux grandes classes de Protozoaires, les Sporozoaires et les Flagellés*