‹ Archives de parasitologie (volume 5)Chapitre 31 sur 110 · RÔLE DU TRICHOCÉPHALE DANS LA FIÈVRE TYPHOÎDB · texte numérisé non relu

RÔLE DU TRICHOCÉPHALE DANS LA FIÈVRE TYPHOÎDB

Reprenant rhistorique de la question, il a montré que les Helminthes avaient joué le principal rôle dans la pathologie intestinale, jusqu*au jour où ils furent détrônés par les Bactéries. Assurément celles-ci sont nuisibles et nul ne peut me supposer la pensée de révoquer en doute leurs méfaits, mais nous estimons, et les preuves en abondent, que les Helminthes intestinaux ne sont pas moins redoutables. Ce sont des êtres plus hautement différenciés, ils se nourrissent généralement de sang et sont bien armés pour la lutte, ayant souvent des crochets pour déchirer la muqueuse et des poisons tout prêts à être inoculés.

En se basant sur ces considérations préliminaires, M. Guiart montrait avec preuves à Tappui le rôle des Vers intestinaux comme agents d'inoculation de certaines maladies des pays tempérés et des pays chauds, notamment de l'appendicite, du choléra et de la dysenterie. Reprenant une hypothèse émise par lui dès Tannée 190t, dans une communication présentée à la Société de biologie (1), il montrait en outre que, suivant toute vraisemblance, les Helminthes devaient être les agents d'inoculation du Bacille d'Eberth dans la muqueuse intestinale. C'est là le point de départ du travail qu'il a présenté à l'Académie.

Se trouvant à Brest en septembre dernier, au début d'une épidémie de fièvre typhoïde, il eut Toccasion de vérifier l'exactitude

(i) J. Guiart, Le Trichocéphale et les associations parasitaires. Comptes rendus de la Société de biologie^ 16 mars 1901. — « J'espère, ôcrlt-tl, qu*on ne me fera pas dire que je considère le Trictiocépliale comme étant la cause de la fièvre typhoïde ; ce serait aussi exagéré que de faire dire à M. Melshnil^ov que cet Helminthe est l'agent spécifique de l'appendicite. Son vrai rôle, le voici : notre intestin héberge une flore bactérienne des plus riches et où se rencontrent nombre de Bactéries pathogènes ; mais heureusement, à l'état normal, Tépitbélium leur ofTre une barrière infranchissable. Il en est en réalité comme de notre tégument externe, toujours souillé par les Bactéries, mais qui no se laisse pénétrer par elles qu'A la faveur d'une coupure ou d'une plaie. Do môme, dans l'intestin, les Bactéries pathogènes restent sans action, tant que la muqueuse ne se trouve pas éraillée par un corps étranger ou une particule solide ingérée avec les aliments ou n'est pas entamée par un Helminthe quelconque vivant dans sa cavité. En effet, cet Helminthe, en se fixant sur la muqueuse pour ne pas se trouver entraîné par le cours des matières fécales, la déchire, et dès lors les conditions changent : les Bactéries, inoculées par le parasite, se développent sous la muqueuse et produiront, suivant les cas, une entérite, une appendicite, un simple abcès, voire une péritonite. Comme, dans nos pays, le Bacille typhique est l'un des plus abondants, 11 en résulte que les parasites intestinaux ouvrent surtout la porte à la fièvre typhoïde; dans d'autres pays, ils produisent l'inoculation de la dysenterie ou du choléra. »

de son hypothèse. Admis à examiner les malades en traitement à l'hôpital de la marine, il prélève à plusieurs reprises les matières fécales de douze typhiques et trouve d'une façon constante, chez dix d'entre eux, des œufs de Trichocéphale. Il lui suffisait pour cela de faire chaque fois trois préparations microscopiques. Il put ainsi trouver de un à vingt-huit œufs sur trois préparations et pour l'ensemble une moyenne de plus de deux œufs par préparation. Or, si l'on songe que dans l'appendicite vermineuse il faut souvent faire une douzaine de préparations avant de trouver un œuf de parasite et que chaque préparation microscopique néces* site une parcelle extrêmement faible des matières fécales, on comprend que, pour trouver si facilement des œufs de Trichocéphale chez les typhiques, il faut que les Vers adultes soient particulièrement abondants dans l'intestin.

Restent deux malades chez lesquels on n a pas trouvé les œufs de Trichocéphales. Or, l'un de ces deux malades étant mort, on reconnut à l'autopsie la présence de six Trichocéphales vivants dans le csecum. Y eut-il interruption dans la ponte ou s'agissait-il seulement de Trichocéphales mâles? Ce sont là deux hypothèses vraisemblables, mais qui n'ont pu être vérifiées, M. Guiart n'assistant malheureusement pas à l'autopsie. Reste un dernier cas négatif, pour lequel il n'y a pas eu d'autopsie^ mais qui trouve peut-être son explication dans le précédent.

Le parasite, à Paris du moins, n'est jamais aussi fréquent ni aussi abondant ; il importait de savoir s'il offrait la même fréquence chez les autres militaires en traitement à l'hôpital. Les matières fécales de quatre individus furent examinées : deux étaient atteints de conjonctivite, un autre d'hydarthrose, le quatrième avait été amputé du médius droit. Chez les trois premiers, il ne fut pas possible de trouver un seul œuf, malgré de nombreuses préparations. Chez l'amputé, on trouva un œuf sur six préparations, proportion bien faible, si l'on songe que les typhiques présentent une moyenne de sept œufs sur trois préparations, c'est-à-dire une moyenne quatorze fois supérieure. L'existence de cet œuf chez l'amputé expliquerait peut-être une atteinte de dysenterie nostras dont il avait souffert antérieurement.

Telles sont les observations que M. Guiart soumet à l'appréciation de TAcadémie. On reste frappé du fait qu'il existe de nom-

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