‹ Archives de parasitologie (volume 5)Chapitre 32 sur 110 · RÔLE DU TRICHOCÉPHALE DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

RÔLE DU TRICHOCÉPHALE DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE

breux Trichocéphales dans rintestin des typhiques, alors que ces mêmes parasites sont rares ou très peu abondants cliez les personnes saines ou atteintes d*al!ections non intestinales.

Du reste, M. Guiart ne méconnaît pas que ces faits sont connus depuis longtemps. Dès Tannée 1762, Rœderer et Wagler donnèrent, sous le nom de Morbv,s mucosus, la première relation d'une épidémie de fièvre typhoïde, qu'ils attribuèrent précisément au grand nombre de Vers intestinaux qu'ils rencontraient aux autopsies. Ces Vers, déjà vus antérieurement par Morgagni, mais nouveaux pour eux, n'étaient autres que le Trichocéphale, qu'ils décrivirent sous le nom de Trkhuris. En 1807, Pinel, dans sa Nosographie phibsophiquey indique qu'il faut toujours soupçonner l'existence des Vers intestinaux dans les fièvres muqueuses. Rokitansky émet une opinion analogue à celle de Rœderer et Wagler. Pour Raspail, le terme de fièvre typhoïde serait synonyme de pullulation du Trichocéphale dans les intestins (1). Enfin, Davaine lui-même a noté l'abondance frappante des Trichocéphales dans la fièvre typhoïde. Cette dernière observation tire un intérêt tout spécial de ce que Davaine, en refusant tout rôle infectieux aux Vers intestinaux, a entraîné les conceptions médicales actuelles.

Nombre de bons observateurs ont donc été frappés de la fréquence des Trichocéphales dans l'intestin des typhiques et ont admis une relation entre les Helminthes et la maladie infectieuse.

M. Guiart est également de cet avis : (( Qu'on ne nous fasse point dire, écrit-il, que la fièvre typhoïde a pour agent le Trichocéphale I Nous ne songeons nullement à enlever au Bacille d'Eberth sa spécificité. Mais ce que nous croyons fermement, c'est qu'un individu^ dont l'intestin est libre de Vers intestinaux, peut boire impunément l'eau souillée par le redoutable Bacille. Mais que cette même eau parvienne dans un intestin renfermant des Trichocéphales, comme ceux-ci, pour puiser le sang dont ils se nourrissent, pénètrent profondément dans la muqueuse intestinale par leur extrémité antérieure effilée, ils inoculent du même coup les Bactéries dans cette muqueuse et font éclater Tinfection. On comprend mieux, dès lors, pourquoi, dans une population buvant une eau contaminée, il y a en réalité si peu d'individus frappés :

(1) RA8PA1L, Santé et maladie, II, p. 483.

ce sont ceux qui hébergent des Vers intestinaux et plus particulièrement des Trichocéphales, Comment, du reste^ s'expliquer autrement que le Bacille puisse franchir la barrière que lui oflre répithélium intestinal I il est bien évident qu'un Ascaride, une larve de Mouche (1), un parasite quelconque capable de léser l'intestin, pourront agir de même, mais, comme le Trichocéphale est le Ver intestinal le plus commun et en même temps celui qui lèse le plus profondément la muqueuse, il en résulte que c'est lui qu'il faudra presque toujours incriminer. »

Nous ne pouvons que nous rallier à cette opinion, car, à l'heure actuelle, il ne fait plus de doute pour personne que le Trichocéphale s'implante profondément dans la muqueuse intestinale par son extrémité antérieure effilée ; Askanazy (2) a montré qu'il se nourrit de sang et qu'il a besoin, par suite, d'aller à la recherche d'un vaisseau sanguin. Peu de temps après la mort, le Trichocéphale, ne trouvant plus de sang en circulation, se détache de la muqueuse et devient libre dans la lumière de l'intestin. Si donc, à l'autopsie, on examine le tube digestif, après l'avoir lavé sous un robinet d'eau, on ne devra pas s'étonner de ne pas rencontrer de Trichocéphales : se trouvant libres dans les matières fécales, ils ont été entraînés au courant de l'eau. C'est du reste la raison pour laquelle tant de Vers intestinaux passent inaperçus aux autopsies. Et puisqu'il est prouvé que le Trichocéphale lèse la muqueuse intestinale, comment peut-on raisonnablement admettre que, vivant dans un milieu aussi infecté que l'intestin, il puisse en déchirer impunément les vaisseaux, alors que tout le monde admet qu'une simple piqûre d'aiguille peut ouvrir la porte aux Bactéries pyogènes, que la piqûre d'une Puce peut nous inoculer la peste, celle du Moustique le paludisme, la filariose ou la fièvre jaune ?

On ne manquera pas d'objecter que les lésions de la fièvre typhoïde siègent particulièrement au niveau de l'intestin grêle,

(1) V. TnéBAULT, Hémorragie intestinale et affection typhoïde causée par des larves de Diptère. Archives de Parasitologie^ IV, p. 353, 1901. — Cette intéressante observation est on ne peut plus démonstrative ; elle concerne une jeune fille qui avait Ibabilude de manger du fromage où grouillaient les larves du Piopfiila casei.

{t) AsKANAZT, Dcr Peitschenwurm, ein blulsaugcnder Parasit. Deulschex Archic fiir klin. Medicin^ LVII, p. ICI.

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alors que le Trichocéphale est considéré comme an bdte normal du caecum. Il est exact, en eflet, que le Trichocéphale adulte se fixe dans la muqueuse du caBCuoi, mais on sait, depuis les expériences de Davaine, quel'œaf embryonné écI6t dans Testomcf. Il est donc permis de supposer que les premières phaM9 de ta vie libre se passent dans l'intestin grêle et qu'on peut, par suite, observer dans ce dernier des Trichocéphales à (fifTérents degrés de développement. En effet, Wrisberg en a rencontré dans le duodénum, et son observation est particulièrement intéressante en ce qu'il dit les avoir vus pénétrer par Tune de leurs extrémités dans Vorifice des glandes de Peyer et des follicules muqueux. De même, Heller a vu à plusieurs reprises, dans l'intestin grêle, quelques exemplaires qui semblaient plus petits que ceux du caecum ; Werner et Bellingham en ont trouvé dans la partie inférieure de l'iléon ; enfin Davaine dit que l'on en trouve quelquefois dans l'intestin grêle (1).

Du reste, même en supposant que le Trichocéphale vive uniquement dans le caecum, la contradiction ne serait encore qu'apparente. Les recherches de nombi^ux auteurs ont établi, en effet, que l'inoculation aux animaux de cultures du Bacille typhique, même en injection intra-veineuse ou intra-péritonéale, peut reproduire les lésions intestinales. A plus forte raison, ne doit-on pas s^étonner d'observer ces lésions à la suite de l'inoculation du Bacille dans la région du caecum. Ce qu'il importe de retenir, c'est que la lièvre typhoïde est une maladie iufectieuse microbienne, à porte d'entrée intestinale, et que c'est le Trichocéphale, parasite intestinal, qui, dans la plupart des cas, ouvrela porte à l'infection.

Les conséquences pratiques de ces observations sont de la plus haute importance. En effet, si, dans la fièvre typhoïde, l'agent étiologique initial n^est autre que le Trichocéphale, c'est à lui qu'il faut raisonnablement s'attaquer. D'ordinaire, on se contente de faire de l'expectation armée et l'on respecte avec le plus grand soin l'intestin, de peur d'activer l'ulcération ; or, les Trichocéphales continuent leurs inoculations et l'on fait par là même tout ce qu'il faut pour augmenter l'infection. Aussi les conclusions de l'auteur nous semblent-elles très justes.* « En présence d'une

(1) R. Blanchard, Traité de zoologie médicale, 2 vol. iD-8% 18S5-I889; cf. I, p. 782-787.

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entérite fébrile quelconque, avant même de savoir si le séro-diagnostic.est positif et s*il faut incriminer le Bacille d'Eberth, on doit instituer, le plus vite possible, le traitement anthelminthique, et évacuer Tintestin pour chasser du même coup Microbes et Helminthes, et empêcher Tauto-inoculation constante du malade. Il serait évidemment mieux de faire un examen de matières fécales et de faire varier le traitement (thymol, santonine, etc..) suivant les œufs d'Helminthes rencontrés. Mais, dans la pratique, puisqu'il s'agit presque toujours du Trichocéphale, on peut se contenter d'instituer le plus rapidement possible le traitement anthelminthique parle thymol. »

Telle est, avec les commentaires qu'elle appelait, la note envoyée par M. le D' Guiart. Je propose à l'Académie de déposer honorablement ce travail dans ses Archives, et d'adresser des remerciements à l'auteur pour sou intéressante communication.

— Les conclusions du présent rapport sont mises aux voix et adoptées.

PAR

le Professeur R. BLiANCHABD.

La question qui va nous occuper n'est pas nouvelle. Je pourrais citer un bon nombre de discours académiques ou de dissertations inaugurales qui discutent les rapports de la zoologie avec la médecine; suivant les préoccupations philosophiques ou les doctrines médicales de l'époque, ces essais littéraires envisagent la questioQ à des points de vue différents, mais la plupart d'entre eux planent dans les hauteurs nébuleuses de la métaphysique et tous se ressemblent par l'absence complète d'une base véritablement scientifique.

Au cours du XIX*" siècle sont nées diverses sciences, telles que l'anatomie comparée, la physiologie, l'anthropologie, la médecine expérimentale et la parasitologié : chacune d'elles a éclairé d'un jour nouveau le problème de la nature et de l'origine de THomme, et spécialement celui de ses relations avec les Vertébrés supérieurs. Ce serait une recherche assurément très intéressante, mais dépassant singulièrement les limites d'une simple conférence, que de dégager les notions scientifiques qui dérivent de ces récentes études. Je n*ai pas l'intention d'aborder devant vous une discussion aussi technique, pour laquelle je ne disposerais pas d'assez de temps; mon rôle sera plus modeste et je veux me borner à vous faire toucher du doigt, par quelques exemples, de quels progrès décisifs les doctrines médicales sont redevables à la zoologie, quelles découvertes capitales ont résulté d'une connaissance plus exacte des parasites animaux, quelle lumière inattendue à été projetée par ces notions nouvelles sur l'origine des maladies les plus meurtrières, quelles heureuses indications pratiques en découlent et, à cette époque de vastes entreprises coloniales, à quel point Taccli maternent et le succès de notre race dans les pays chauds sont liés aux progrès de la Zoologie médicale.

(I) Conférence faite à Berne, le 15 août 190i, à la première séance générale du ftixlèoie Congrès International de Zoologie.

Archives de Parasitologié, IX, n» 1, 1905. U

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Le sang, la lymplie et le tissu conjonclifrenfermenl des éléments anatoniiques depuis longlemps cunuus sous le nom de leucocytes ou globules blancs. C'est une expression banale que de les comparer aux Amibes, auxquelles ils ressemblent, en effet, par leur mode de locomotion et par la façon dont ils englobent les corpuscules solides. On en connaît plusieurs variétés, dont la distinction n'était, naguère encore, qu'une curiosité d'histologisle. Or, il se trouve que ces éléments, que leur structure et leur physiologie rapprochent des' animaux les plus inférieurs, jouent dans l'organisme un rôle capital.

L'équilibre physiologique, qui constitue la santé, n'est assuré que par Tincessante surveillance qu'ils exercent : partout disséminés, ils veillent en tous les points du corps et s'opposent aux perturbations diverses qui peuvent à chaque instant se manifester dans nos organes ; en particulier, ils ont pour mission d'arrêter au passage les corps étrangers, les microbes et, d'une façon générale, les parasites qui envahissent notre économie par les voies les plus diverses. Suivant que ces derniers sont plus ou moins gros, les leucocytes varient leur moyen d'attaque : ils interviennent isolément ou, au contraire, mettent eu commun leurs efforts pour arrêter dans sa marche envahissante l'élément parasitaire. Si l'agent infectieux n'est pas représenté par un être figuré, mais consiste en des substances chimiques, douées de propriétés toxiques, ils interviennent d'une autre manière et, s*adaptant à ces conditions nouvelles, élaborent, eux aussi, et déversent dans les humeurs de 1 organisme, des substances capables de neutraliser les premières.

La théorie de la phagocytose, que Ton doit aux sagaces observations de Metshnikov, n'est-elle pas de ce nombre ? Chacun sait en quoi elle consiste; chacun, du moins, connaît les Amibes, qui vivent dans les eaux stagnantes. Ces animalcules représentent le dernier degré de Tanimalilé : leur sarcode ou substance plastique émet des prolongements qui lui permettent d'englober les corpuscules solides qui se trouvent à son contact; suivant leur nature, ces derniers sont digérés et assimilés par l'Amibe ou, au contraire, rejetés au bout d'un certain temps. Rien n'est mieux connu que ce phénomène; Dujardin et d'autres l'ont très bien étudié; ils y voyaient la manifestation la plus simple de l'acte de la nutrition.

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C esl bien cela, ea effet, mais c'est aussi ua acte d'une exceplionuellc importance, puiscju'il a été le point de départ de lu découverle de la phagocytose, doctrine qui touche aux problèmes les plus obscurs de la physiologie.

Ainsi, un simple fait d'observation zoologique bien interprété par un esprit d*une rare pénétration, est venu ruiner de fond en comble les conceptions hésitantes et nuageuses, dérivées de Thumorisme, par lesquelles la médecine essayait d'expliquer le grand fait de la résistance de l'organisme aux infections. La phagocytose a donné la clef du problème. Elle permet aussi, ou va bientôt permettre de comprendre d'une façon tout aussi nette les lois de la vaccination et de l'immunité, au sujet desquelles la médecine ne pouvait même pas émettre une hypothèse acceptable.

Telles sont les conséquences de la théorie phagocy taire. On chercherait vainement, dans une autre branche des sciences biologiques, l'exemple d'une révolution doctrinale aussi profonde, basée sur un fait d'aussi minime apparence.

Voilà trois ans, notre savant collègue, le professeur B. Grassi, a exposé au Congrès ses admirables découvertes sur le rôle des Moustiques dans la propagation du paludisme ; j'aurais garde de revenir sur ce sujet, qu'il a traité avec tant d'autorité, mais il n'est pas inutile de nous arrêter un instant sur ces Insectes qui sont bien plus dangereux qu'on ne le pourrait croire d'après sa brillante conférence. En effet, s'ils propagent le paludisme à la surface près-. que entière du globe, ils sont, dans des contrées moins vastes, mais encore trop étendues, les agents de dissémination de diverses maladies qui sont au premier rang des fléaux de l'humanité. Dans toute la zone intertropicale, ils inoculent les Pilaires du sang : ces Nématodes vivent dans le tissu conjonctif ou l'appareil circulatoire; leurs embryons sont entraînés par le torrent sanguin; ils sont en relation avec divers états pathologiques, tels que l'hématurie des pays chauds et peut-être aussi l'éléphantiasis des Arabes.

Dans une zone plus restreinte, les Moustiques inoculent la fièvre jaune, dont le domaine, limité jadis à l'Amérique tropicale, s*étend maintenant à la côte occidentale d'Afrique, atteint parfois l'Europe et est peut-être à la veille de gagner jusqu a TExtrême-Orient, quand le canal de Panama sera achevé. Les Moustiques ne sont pas, comme on pourrait le croire, de simples transmetteurs inertes

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des parasites, connus ou non, qui sont ici en cause ; ceux-ci, bien au contraire, subissent dans leur organisme des métamorphoses plus ou moins compliquées.

L'un des problèmes les plus urgents de l'bygiëne des pays chauds est donc, depuis que ces faits sont connus, l'étude des Moustiques qui se rencontrent dans les différentes parties du globe. La connaissance exacte de la faune d'un pays, à ce point de vue spécial, est, comme on le voit, du plus haut intérêt pour la santé publique, puisque, suivant la présence ou l'absence des espèces reconnues pathogènes, le pays qui est l'objet d'une telle investigation, peut être déclaré dangereux ou salubre.

A vrai dire, on ne peut exiger que tout médecin soit capable de déterminer avec toute la rigueur scientifique les différentes espèces de Moustiques qui peuvent s'offrir à lui, d'autant plus qu'il faut savoir, suivant les circonstances, les reconnaître à l'état d'œuf, de larve ou de nymphe, tout aussi bien qu'à l'état adulte. De telles constatations ne peuvent être que Tœuvre de naturalistes spécialisés dans ce sens et voici que, par un singulier phénomène, Tentomologiste de cabinet, auquel on aura recours pour la détermination des Insectes ailés, recueillis dans les habitations, ou des larves et des nymphes, pêchées au filet (in dans les flaques d'eau, devient non seulement l'auxiliaire obligé, mais même le conseiller et le guide autorisé de l'hygiéniste et du médecin. La question se complique encore, car il est utile de rechercher expérimentalement, chez diverses espèces de Moustiques, le développement éventuel d'organismes parasitaires rencontrés dans le sang de THomme ou des animaux. Cela entraîne aux recherches histologiques les plus délicates et aux expérimentations les plus difficiles. Les récentes découvertes relatives à la fflariose et à la fièvre jaune l'ont bien montré.

On connaît environ quatre cents espèces de Moustiques : c'est dire l'ampleur imprévue des études qui se poursuivent en ce moment et quel rôle prépondérant l'entomologie a conquis dans nos études. Je donnerais une idée très incomplète de son importance, si je m'en tenais à ce qui vient d'être dit. D'autres Diptères attirent également l'attention des parasitologues, parce qu'ils transmettent certaines maladies très meurtrières. Chacun connaît ces épidémies de cause mystérieuse dont sont frappés les animaux

domestiques européens que l'on tente d'introduire dans certaines régions de l'Afrique tropicale. Livingstone a reconnu qu'elles sont occasionnées par la piqûre de la Mouche Tséisé (Glossinàmorsitans), mais on est resté longtemps sans comprendre le mécanisme intime de l'infection. Le problème est actuellement résolu. La Tsétsé inocule au bétail un Protozoaire qu'elle a puisé dans le sang d'un animal malade : le parasite inoculé de la sorte se multiplie très activement dans le sang de son nouvel hôte et celui-ci ne tarde pas à présenter les symptômes caractéristique du nagana.

L'animalcule en question est un simple Flagellé, connu sous le nom de Trypanosoma Brucei. Il nage dans le plasma, s'y reproduit par division longitudinale et le sang se charge ainsi de parasites chaque jour plus nombreux. Il est dûment établi par l'expérience que ceux-ci sont effectivement la cause de la maladie, qui est presque toujours mortelle. Les Trypanosomes sont donc de redoutables parasites et leur histoire doit singulièrement intéresser le médecin, s'il est prouvé que l'espèce humaine puisse être attaquée, elle aussi, par des organismes semblables.

Or, la maladie du sommeil, qui sévit dans l'Afrique tropicale avec une redoudable intensité, au point de dévaster des territoires très étendus comme elle l'a fait ces années dernières au Congo et dans l'Ouganda, n'est pas autre chose qu'une^ trypanosomose : le parasite spécifique est ici le Trypanosoma gamhiense, que transmettent la Glossina palpalis et, vraisemblablement aussi, d'autres espèces du même genre. On connaît, chez divers animaux, d'autres trypanosomoses, dont les agents de transmission nesont pas des Glossines, mais des Muscides d'autres types ou divers Tabanides. Bien plus, on sait qu'il existe en Algérie une . trypanosomose humaine qui, vu l'absence des Glossines en cette région, rentre également dans cette dernière catégorie. Il s'ensuit que le concours du diptérologiste dans les questions d'épidémiologie est encore plus important que nous ne l'avions supposé.

Au surplus, il ne s'agit pas seulement de préciser la nature des Insectes pathogènes, d'élucider leurs mœurs et leurs métamorphoses, de trouver les moyens les plus aptes à les détruire ou à les écarter, de suivre dans ses moindres détails le cycle évolutif que le parasite peut subir à l'intérieur de leurs organes : tout cela n'est qu'une face de la question et j'ose dire que ce n'est pas la

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plus importante. En effet, il est indispens<able d'expérimenter sur le parasite lui-même, afin d'arrêter, si faire se peut, sa marche envahissante et de déterminer les conditions capables d atténuer son action pathogène ou de rendre l'organisme de son hâte indidé- ' rent à ses attaques. Un Trypanosome pullule dans le sang du Rat, sans que celui-ci en soit incommodé d'une façon appréciable : une telle endurance est sans doute le résultat d'une accoutumance progressive et héréditaire; cela nous donne à penser que l'Homme et les animaux qui sont actuellement sans défense à l'égard des Trypanosomes sont capables d'acquérir, eux aussi, l'immunité. La recherche des conditions suivant lesquelles celle-ci peut s'établir est assurément l'un des plus importants problèmes de Theure actuelle. Cela nous ramène à la question toujours présente de la phagocytose et de la physiologie pathologique des globules blancs.

Hier inconnus en parasitologie humaine, les Trypanosomes ont donc acquis une place importante dans ce domaine particulier de la médecine. Même en supposant résolus les problèmes qui les concernent, ils sont loin de nous avoir livré toute leur histoire et nous en sommes à nous demander maintenant si ces êtres dangereux sont vraiment des Flagellés, comme on l'avait cru jusqu'à présent. Le zoologiste a ses classifications bien tranchées, dans lesquelles les classes sont comme des compartiments voisins, mais sans communication les uns avec les autres. On s'entendait pour rattacher les Trypanosomes aux Flagellés et l'Hématozoaire du paludisme ou, d'une façon plus large, les Hémosporidies aux Sporozoaires. Les arguments étaient bons, sur lesquels reposait cette répartition.

Or, Schaudinn nous a récemment appris que ces deux types, en apparence si distincts, pouvaient successivement passer de Tun à l'autre, soit daus le sang d'un môme Oiseau, soit du Vertébré au Moustique. Vous n'attendez pas de moi la description des métamorphoses vraiment compliquées que subissent les animalcules en question. J'en aurai indiqué toute la valeur en disant que la découverte de Schaudinn, que d'autres observateurs ont déjà contrôlée pour des types parasitaires différents de ceux qu'il avait envisagés, bienloia de résoudre la question des migrations et des métamorphoses des Hématozoaires, nous montre, je ne dirai pas

l'erreur de nos notions actuelles, mais leur très grande insufllsance. Aussi bien pour les Hémosporidies que pour les Trypanosomes, les phases évolutives admises par tous les observateurs ne sont qu'un simple état passager, se reliant à d'autres formes encore inconnues qu'il va falloir maintenant déceler dans toute leur succession. C'est ainsi que la science progresse, que les questions changent sans cesse de face, que les faits cx)nsidérés comme les plus définitifs ne sont qu'une simple étape sur la route infinie du progrès; c'est ainsi, pour rappeler un mot familier h Claude Bernard, que la science du jour est l'erreur du lendemain.

Il va sans dire que ce n'est pas seulement l'histoire des Hématozoaires des Oiseaux qui se trouve ainsi remise en question, mais que l'incertitude plane également sur les Hématozaires du paludisme et sur d'autres parasites dont l'existence est certaine, bien que nous n'ayons pas encore su les découvrir. De ce nombre est celui de la fièvre jaune: on connaît sa transmission par les Moustiques {Stegnmyia calopns), on sait que ceux-ci ne sont infectieux qu'à partir du douzième jour après qu'ils ont piqué un individu atteint de fièvre jaune, ce qui revient à dire que le parasite subit dans leur organisme des transformations plus ou moins analogues h celles dont l'Hématozoaire du paludisme nous donne un si remarquable exemple. Malgré ces indications précises, toute recherche de l'agent infectieux est demeurée vaine, sans doute parce qu'il est de trop petite taille pour être accessible à nos moyens d'investigation. H n'est point le seul dont on en puisse dire autant et, selon toute apparence, la syphilis, la fièvre biUeuse hématurique, la rage, pour ne citer que celles-là, appartiennent à cette catégorie d'atîections parasitaires dont le germe demeure inconnu. Anssi bien, les recherches de Schaudinn nous ont appris que certaines formes de Trypanosomes et de Spirochètes, dérivées des Hématozoaires des Oiseaux et produites dans le tube digestif du Moustique (Culex pipiem), sont assez petites pour traverser les filtres de porcelaine et ne deviennent apparentes, malgré les plus forts grossissements, que lorsqu'elles se rassemblent en nombre considérable. On découvrira sans doute des combinaisons optiques permettant de voir et d'étudier ces êtres d'une extraordinaire petitesse : leur investigation ouvre la voie à des recherches particulièrement délicates et intéressantes.

Les fdîts nouvellement acquis ou les questions récemment soulevées daos le domaine de Thelminthologie ne sont pas non plus sans importance. Voilà vingt-cinq ans à peine, la zoologie médicale se restreignait à une description, voire à une énumération sommaire des quatre ou cinq Helminthes lés plus répandus en Europe, c'est-à-dire les deux Ténias inerme et armé, l'Ascaride, rOxyure et le Trichocéphale. Pour être complet, on citait aussi la Pilaire de Médine, à titre de curiosité exotique : pour paraître amateur de raretés, on mentionnait encore le Strongle géant. Quant aux Trématodes, on s'en tenait à la grande et à la petite Douve du foie et on faisait une allusion discrète, et pour cause, à la Bilharzie. Cela prenait, dans l'enseignement de nos Facultés de médecine, trois ou quatre leçons. J'en sais quelque chose, puisque c'est à ce régime que j'ai été éduqué.

Et notez que les Facultés et Ecoles de médecine françaises'sont, dans le monde entier, à peu près les seules à posséder une chaire magistrale d'histoire naturelle. Il est vrai que le professeur devait enseigner en même temps la zoologie et la botanique dans leurs applications à la médecine, comme s'il se pouvait trouver, daos l'état actuel du progrès scientifique, des hommes capables d'enseigner avec autorité deux branches de Thistoire naturelle depuis longtemps si profondément différenciées. Dans la pratique, cette difficulté était tournée, puisque le professeur enseignait telle branche de la science qui lui était plus familière, laissant à Tagrégé le soin d'enseigner lautre. C'est ainsi que mon savant prédécesseur, M. le Professeur Bâillon, qui a occupés! longtemps la chaire d'histoire naturelle médicale de la Faculté de Paris et dont les travaux de botanique jouissent de la plus grande réputation, se réservait Renseignement de la botanique ; l'agrégé devait donc enseigner la zoologie.

Jusqu'en 1883, date à laquelle j'ai eu l'honneur de commencer mon enseignement à la Faculté de Paris, le cours de zoologie médicale n'était en réalité qu'un cours élémentaire de Faculté des sciences. Il n'y avait à cela que demi-mal, puisqu'il fallait dégrossir des jeunes gens frais émoulus du collège, dont les connaissances en histoire naturelle étaient tout à fait insuffisantes ; mais il eût été nécessaire de compléter ces éléments de zoologie géuérale par une étude aussi détaillée que possible des parasites d'origine animale.

Convaincu du rôle chaque jour plus important que les parasites de cette nature jouent en pathologie humaine, rôle évidemment méconnu dans une foule de circonstances; instruit par la découverte de nouveaux parasites, en Extrême Orient, par exemple ; persuadé que les expéditions coloniales, qui retrouvaient alors un regain de vogue en Europe, ne tarderaient pas à nous faire connattre, dans ce même ordre didées, beaucoup de faits nouveaux, je résolus de rompre avec ces errements et de consacrer mon enseigement presque entier à l'étude des maladies parasitaires. Les résultats ne se firent pas attendre ; d'abord un peu déconcertés par la nouveauté de cet enseignement, les étudiants ne tardèrent pas à en saisir toute l'importance. Il ne m'appartient pas de dire si le succès fut ou non à la hauteur de Teffort, mais je crois avoir le droit de déclarer qu'une telle innovation, qui équivalait à la création d'un enseignement nouveau, répondait aux besoins de Tépoque ; j'en vois la preuve dans ce fait, que toutes les Facultés et Ecoles de France suivirent mon exemple et s'en trouvèrent fort bien. Il en fut de même pour quelques pays, particulièrement pour la Roumanie, où furent créées des chaires d'histoire naturelle médicale.

Ce que j'avais pu réaliser dès 1883 comme agrégé, j'ai pu le compléter depuis 1897 comme professeur titulaire. J'ai eu la bonne fortune de monter dans ma chaire au moment où le programme des études médicales venait d'être modifié d'une façon très heureuse. L'histoire naturelle médicale, puisque tel est encore le titre officiel de mon enseignement, figurait désormais au programme de la troisième année d'études, ce qui permettait de serrer de plus près les importantes questions ressortissant à la parasitologie et d'entrer dans des détails de clinique, de physiologie et d'anatomie pathologique, auxquels jadis les étudiants de première année n'eussent pas compris grand'chose. 11 en est résulté une spécialisation beaucoup plus grande de l'enseignement, ainsi qu'une orienlation toute nouvelle des travaux pratiques et du laboratoire. La création des Archives de Pflrasitologie, dont le huitième volume est maintenant achevé, est encore un témoignage de la profonde •réforme que j'ai pu accomplir.

Il va sans dire que, dans un tel enseignement, c'est l'histoire naturelle qui domine et qu'il ne saurait être donné avec la compé-

tence requise par un homme dont Téducation serait surtout médicale. En effet, l'helminthologie n'en est plus à Tâje d'or que je décrivais tout à l'heure. Quel immense chemin parcouru en vingtcinq ans I Combien d'espèces parasitaires ajoutées à la liste alors si restreinte! L'étude complète de ces animaux nécessite des connaissances très techniques de zoologie ; il ne suiTit pas de déterminer leur structure, de suivre leurs migrations et leurs métamorphoses, de les reconnaître dans leurs diverses transformations, de préciser les lésions dont elles sont la cause, il faut encore connaître assez bien les parasites des animaux les plus divers pour discerner les liens de parenté qui peuvent exister entre ces Helminthes de l'Homme et ceux de différentes espèces animales.

Davaine a décrit, d'après des échantillons très incomplets, un petit Ténia provenant des Comores, auquel il a donné le nom de Tœnia mada^/ascariensis ; Cobbold a fait connaître sous celui de Distoma Ringeri un Trématode qui vit au Japon et en Chine dans le poumon de l'Homme et cause des hémoptysies fréquentes. Qui donc, sans posséder les notions que je viens d'indiquer et qui ne peuvent s'acquérir que par une longue pratique de la zoologie, aurait pu se douter que le premier de ces parasites appartient à un type qui ne se trouve chez les Mammifères et chez l'Homme qu'à titre tout à fait exceptionnel, mais qui appartieni normalement aux Gallinacés ? Qui donc, de môme, aurait pu reconnaître dans le second un Helminthe déjà signalé par Herbert chez le Tigre ? De tels rapprochements ne constituent point de simples curiosités, comme des esprits superficiels pourraient le croire : ils sont de la plus haute importance, puisqu'ils peuvent mettre sur la voie de l'origine des maladies parasitaires de l'Homme, les seules en somme iiTtéressantes pour le médecin. Il me serait facile de citer d'autres exemples démontrant d'une façon toute aussi nette celle proposition.

A un point de vue plus strictement médical, les Helminthes sont en train de reprendre en médecine un rôle qui leur était anciennement attribué sans conteste, nraisdont les progrès de la bactériologie les avaient dépossédés. La découverte du rôle pathogêne des Microbes a été l'origine de. progrès surprenants dans l'étiologie, la prophylaxie et le traitement des maladies infectieuses. Par une exagération très compréhensible, on a voulu tout

rapporter aux Microbes et ce fut un soulagement singulier pour la médecine que de trouver enfin en euxTexplicntion de phénomènes pathologiques qui, depuis des siècles, refusaient obstinément de livrer leur secret. Loin de moi l'intention de contester le rôle capital que jouent les infiniment petits dans la production des maladies, mais je suis nettement d*avis que souvent ils ne sont nuisibles que parce qu'ils sont précédés dans leur œuvre néfaste par divers Helminthes qui leur ouvrent la voie et leur permettent d'exercer leur action malfaisante.

Guiart a reconnu que ÏÀscaris co)wcephalus produit dans la muqueuse intestinale du Dauphin des érosions assez profondes, grâce aux trois puissants nodules dont sa bouche est armée ; T^^carix lumlnHcoïdes agit de même chez THomme, toute proportion gardée. Et, en eflet, les cliniciens ont maintes fois noté, mais sans attacher à ce fait l'importance qu'il mérite, Texistence d'Ascarides plus ou moins nombreux chez les individus atteints d'affections intestinales et spécialement de fièvre typhoïde. Rœderer et Wagler, en 1760, ont observé à Gôttingen une violente épidémie de fièvre typhoïde ou de morbus mucosus, comme ils disaient, au cours de laquelle ils découvrirent le Trichocéphale ; ce parasite se trouvait en abondance dans l'intestin des individus dont ils purent faire Tautopsie. On n'ignore pas qu*à une époque tout à fait récente, le professeur Metshnikova reconnu que ce même Helminthe était la cause fréquente, mais non exclusive, de Tappendicite.

Est-ce à dire que les Helminthes soient infectieux? En aucune façon; leur rôle pathogène est indubitable, mais il n'est, en quelque sorte, que préparatoire. L'Ascaride, nous l'avons vu, érode et ulcère la muqueuse intestinale; les dégAts éprouvés par celle ci sont enoore plus graves, quand elle est attaquée par le Trichocéphale, rUncinaire et d'autres Helminthes qui, armés ou non de crochets, la transpercent et s'enfoncent à son intérieur jusqu'au contact des capillaires sanguins. Il se produit de la sorte une série de pertuis minuscules, pir où les microbes pathogènes, qui se rencontrent si fréquemment à Télnt de saprophytes dans l'intestin d'individus en bonnn santé, peuvent envahir l'organisme et y causer l'infection. On peut donc proclamer cet aphorisme: pas d'infection intestinale sans Helminthes pour frayer la voie aux Microbes infectieux. Voilà qui rendrait aux Helminthes un regain

lU) R. BLANCHARD

d'actualilé, s'il n'était démontré, d'autre part, grâce aux récentes acquisitions dans le domaine de ia médecine coloniale, que les parasites animaux sont beaucoup plus redoutables qu'on ne le croit généralement ; ils jouent, en eflet, dans la pathologie des pays chauds, un rùle absolument prépondérant.

J'en reviens ainsi à une question qui m*est particulièrement chère. Je suis un partisan convaincu de l'expansion coloniale et je crois fermement que celle-ci no peut avoir de guide plus sûr que la médecine. Or, les maladies des pays chauds sont en grande majorité de cause parasitaire, et les parasites dont elles relèvent sont pourla plupart de nature animale. Comme la science fait de grands progrès dans ce domaine particulier et que, d'une année à l'autre, il surgit des questions véritablement imprévues, il m'a semblé nécessaire de créer à Paris, à côté de la Faculté de médecine, un enseignement complémentaire, d'allure rapide, grâce auquel les médecins coloniaux revenus dans la métropole pussent se mettre au courant de ces questions nouvelles. De cette préoccupation est né l'Institut de Médecine coloniale, que j'ai été assez heureux pour fonder, grâce à l'appui de l'Université de Paris. Les personnes qui en suivent les cours sont pour la plupart des médecins ayant vécu sous les tropiques et désireux de se perfectionner dans les nouvelles méthodes d*investigation. lU retournent là-bas mieux armés pour la recherche scientifique, connaissant les desiderata de l'heure présente, capables de poursuivre des recherches toujours délicates, l'esprit en éveil et animés du plus vif désir de faire œuvre utile. Il y a lieu d'espérer que leurs efforts ne seront pas vains, mais qu'ils pourront élucider quelques-unes des nombreuses questions qui sont encore obscures.

En effet, en élargissant ainsi notre cadre et en étendant nos études à la pathologie exotique, on peut dire qu'un champ immense s'ouvre devant la Zoologie médicale. Si je parlais devant des médecins, je pourrais mentionner toute une série de maladies dont l'éliologie est plongée dans la plus profonde obscurité et qui cependant, pour diverses raisons, doivent être envisagées a priori comme relevant de la parasitologie animale. La fièvre bilieuse hématurique est apparemment de ce nombre. Elle n'est pas sans analogie avec certaines affections parasitaires du bétail, qui sont transmises parla piqûre des Ixodes; il est donc urgent de recher-

ZOOLOGIE ET MÉDECINE lit

cher si elle ne résulterait pas également de l'inoculation de petits parasites tels que les Babesia.

On a récemment attribué à ces derniers une forme parasitaire qui se trouve soit dans la peau, dans les cas d'ulcère des pays chauds, soit dans la pulpe splénique, dans les cas de kala-azar et de splénomégalie apyrétique. Les organismes qu'on a confondus avec des Babésies sont, en réalité, bien différents de celles-ci. Imaginez un Trypanosome, qui aurait perdu son flagelle et sa membrane ondulante et dont le corps se serait condensé en une petite masse ovoïde ayant encore son blépharoplaste : telle est la structure très simple des Leishmania.

Ces parasites ont donc des affinités manifestes avec les Flagellés, bien plus qu'avec les parasites endoglobulaires. Or, quand on les cultive en milieu artificiel, on obtient des petits Trypanosomes. Ces derniers se présentent donc à nous de nouveau comme des organismes paradoxaux qui dérivent, dans certains cas, de formes parasitaires bien différentes d*aspect.

Ces quelques exemples suffisent à montrer l'intérêt des questions que soulève la parasitologie des pays chauds. D'autres problèmes non moins importants seront étudiés demain, et parmi eux figure au premier rang la question de la toxicité des animaux parasites.

On est familiarisé avec Tidée que les Microbes éliminent des toxines : Roux et Yersin ont établi Texistence et le rôle de ces substances dans la diphtérie; depuis cette démonstration magistrale, personne ne doute plus que, dans les maladies infectieuses, certains symptômes ne soient causés par des substances nocives éliminées par les Microbes. Une telle notion doit- elle être généralisée? Les Helminthes et les autres parasites animaux produisentils des substances analogues? Dans quelle mesure agissent-elles et certains phénomènes morbides peuvent-ils leur être attribués? Oui, sans .doute, les parasites de nature animale se comportent de la même façon que les Microbes et il est vraiment surprenant que Ton ne l'ait pas reconnu plus tôt.

J'en trouve un exemple très démonstratif dans la fièvre paludéenne, Taccès fébrile n'étant que le résultat d'une intoxication de Toi^anisme. En effet, THématozoaire, qui se loge, grandit et se multiplie à Tintérieur du globule rouge, obéit à la règle commune, c'est à-dire qu'il assimile des substances étrangères à son orga-

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nisine, eo même temps qu'il désassimile et rejette autour de lui des déchets solubles. Ceux-ci s'accumulent à Tiotérieur du globule et ne sont déversés dans le sang qu'au moment où le globule se rompt. Ils sont d'abord trop dilués pour être actifs, mais leur quantité augmente ù mesure que le nombre des parasites s'élève lui-même et bientôt ils déterminent une première réaction fébrile. Il est de notion courante que les accès deviennent de plus en plus violents quand la maladie n'est pas traitée par la quinine : c'est dire que les toxines sont déversées dans le plasma sanguin en quantité de plus en plus grande. Cet exemple est, je crois, assez caractéristique ; il a du moins le mérite d'être emprunté à une maladie dont tout le monde connaît la marche et, d'autre part, de donner de la fièvre la seule explication rationnelle.

Cela étant connu, on ne sera pas surpris que les Trypanosomes produisent également des substances toxiques, auxquelles on doit attribuer quelques-uns des symptômes de la maladie du sommeil. On sait déjà que le Bothriocéphale cause parfois l'anémie pernicieuse progressive, non pas parce qu'il cause une hémorrhagie intestinale, mais par suite de l'absorption de substances qu'il excrète et qui se trouvent déversées dans l'intestin ; on entrevoit que d'autres Helminthes puissent être doués de la même faculté, à un degré plus ou moins accentué. Voilà donc que s'ouvre tout un nouveau chapitre de la chimie physiologique et l'on peut dire qfie, dès maintenant, il se montre hérissé des pires difficultés.

En vous entretenant de ces questions, je n'ai pas la prétention de vous avoir montré toutes les faces par lesquelles la Zoologie entre en contact avec la Médecine. L'union de ces deux sciences devient chaque jour plus étroite, a Le temps est proche, me disait récemment sir Patrick Manson, où chaque Ecole de médecine devra posséder une chaire de zoologie ; en France, vous avez tranché la question avant les autres pays, m

Il est très exact que les Facultés et Ecoles françaises sont pourvues d'un enseignement méthodique et complet de la parasitologie animale, mais il ne faut pas oublier que, par suite de l'insuffisance des crédits qui lui sont alloués, cet enseignement n'a guère, le plus souvent, qu'un caractère Ihéorique. Or, nous avons mis en évidence quelles questions capitales il est urgent de résoudre et dans quelles voies la science doit maintenant s'engager. Les recherches dont on

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attend Ici solution ne peuvent être conduites à un bon résultat que si l'on dispose de moyens d'action puissants, je veux dire de crédits suffisamment élevés. L'argent n*est pas seulement le nerf de la guerre, il est bien plus encore celui de la science. Le succès sourit à ceux qui, sortant des spéculations théoriques et abstraites, luttent corps à corps avec les problèmes et leur arrachent leur secret.

Les Ecoles de médecine tropicale de Londres et de Liverpool ont fait dans ces dernières années une remarquable besogne dans le domaine de la parasitologie des pays chauds, non pas tant à cause de la valeur, d'ailleurs incontestable, des hommes éminents qui ont pris la direction de ce mouvement nouveau, qu'à cause des subsides considérables que la générosité publique a mis à leur disposition. D'autres pays ont ultaqué la question sous une autre forme. L'Allemagne, par exemple, a créée près de TOfRce impérial de lapante publique (/fTaiser/ic/iei (icsundlieUnamt) une section de Parasitologie animale, à la tète de laquelle le D^" Schaudinn vient d'élre placé avec le litre de conseiller d'Etat ; c'est un heureux complément d'une Institution qui a rendu déjà les plus éminents services et c'est pour elle le point de départ de nouveaux progrès. Les Etats Unis, de leur côté, devenus puissance coloniale par la conquête de PorloRico et des Philippines, ont créé à Washington, comme dépendance du Service de l'Hôpital maritime, une Division de zoologie médicale dont le chef éminent est le D^ Ch. Wardell Stiles : le passé répond de l'avenir et, sous son impulsion féconde, la nouvelle Division ne va pas tarder à devenir l'un des foyers de recherche scientifique les plus actifs et les plus productifs. Les deux savants dont je viens de prononcer le nom sont assis dans cet amphithéâtre; il m'est particulièrement agréable de leur rendre publiquement hommage, de les féliciter de la haute situation scientifique à laquelle ils ont été récemment appelés et de leur souhaiter bon augure pour les recherches dont ils vont être les instigateurs.

De tels exemples mériteraient d'être suivis par tous les pays possédant des colonies intertropicales ; il ne sulfit pas, en effet, de constater le progrès du voisin, il faut aussi savoir consacrer à la recherche scientifique les sommes qui lui sont nécessaires. Espérons que les pays qui se sont montrés jusqu'à présent réfractaires

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