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LA LÈPRE EN INDO CHINE

Or, même dans les grands centres européens, les précautions les plus élémentaires pour se prémunir contre la contagion sont négligées. Je pourrais citer quatre Européens qui ont contracté la lèpre dans rindo-Chine française. Et si des mesures énergiques ne sont pas prises, nul doute que la lèpre ne fasse tôt ou tard, parmi les populations blanches de cette colonie, autant de ravages qu'en Nouvelle Calédonie. Sous la domination annamite, les lépreux étaient groupés dans des villages. Mais depuis la conquête, tous ceux qui ne sont pas indigents se sont répandus parmi la population saine.

Un village de lépreux^ tel que celui de Ninh Binh par exemple, est un vaste quadrilatère limité seulement par une levée de terre. Les lépreux, parqués dans cet espace, construisent de misérables paillotes où ils vivent avec leur famille, de sorte que la population saine égale au moins celle des lépreuœ.

Comme l'allocation accordée par le Protectorat est notoirement insuffisante, les lépreux rayonnent dans les localités environnantes pour aller mendier dans les marchés. Ceux qui sont encore en état de travailler, s'engagent au service des paysans voisins pour faire les semailles et la moisson.

Au lieu d'être des foyers d'extinction de la lèpre ces villa>ges sont donc en réalité des foyers de propagation.

Par suite de l'accroissement rapide de la population, le village des lépreux de Hanoï formait il y a quelques années, une véritable enclave dans la ville même. Ce village était adossé à l'hôpital et les logements des infirmiers européens et indigènes étaient coutigus aux cases des lépreux sans (juil y eut aucune démarcation.

Comme la valeur du terrain sur lequel s'étaient établis ces lépreux s'est considérablement accrue, ceux-ci ont été en partie expropriés ou expulsés, et l'on construit actuellement sur ce sol imprégné de sanie lépreusç des habitations pour les colons européens.

Il faut donc, sans hésitation ni retard, appliquer les réformes les plus urgentes. Mais pour qu'elles soient eflicaces, elles doivent être uniformes et coordonnées sur tout le territoire de nos possessions indo-chinoises. Les réglementations imrtielles et locales n'aboutii-aient qu'au déplacement des lépreux fuyant devant les mesures de rigueur, grAce à la complicité de leurs familles et des autorités indigènes.

244 E. JEANSELME

A, — A l'exemple des colonies anglaises, il faut interdire aux lépreux atérés l'exercice de certaines professions, entre autres celles de:

Boulanger, boucher, laitier, cuisinier, porteur d'eau, ou tout métier dans lequel la personne employée manie des aliments, des boissons, des médicaments, du tabac ou de l'opium;

Blanchisseur, tailleur, ou tout métier dans lequel la personne employée manufacture ou manie des vêtements ;

Barbier ou tout métier similaire dans lequel la personne employée vient en contact avec d'autres personnes, serviteur, médecin, nourrice, sage-femme, infirmier, pharmacien, instituteur, conducteur de voiture de louage ou de jinrikisha (vulgairement appelée pousse-pousse), prostituée.

Il faut en outre interdire aux lépreux avérés : de se baigner, de laver des vêtements ou de puiser de l'eau à tout puits public ou réservoir dont l'usage n'est pas spécialement autorisé aux lépreux par les règlements municipaux ; de monter dans les voitures publiques, de loger dans un hôtel garni.

Et ce, sous peine d'une amende dont le montant, et d'un emprisonnement dont la durée seront fixés par une décision du Gouvernement. Les mêmes peines seront encourues par toute personne qui emploie, en connaissance de cause, un lépreux à l'un des métiers ci-dessus désignés.

B. — L'immigration jaune doit être surveillée, en particulier celle des Chinois qui viennent en grand nombre du Quang Toung et du Fokien, province où la lèpre est endémique.

Ces immigrants sont tenus, d'après les règlements en vigueur, de se faire inscrire dès leur arrivée dans la colonie, pour obtenir une carte de séjour, et de se présenter au bureau anthropométrique. II est donc facile de leur faire subir une visite médicale et d'éliminer les lépreux. Ceux ci seraient immédiatement rem barques aux frais du capitaine ou patron du navire qui les aurait débarqués.

Le médecin commis à l'examen des immigrants devra justifier d'une connaissance suffisante de la lèpre. Il sera soustrait au roulement, afin qu'il acquière une compétence spéciale et qu'en cas de négligence les responsabilités puissent être établies. Les instruments nécessaires pour faire un examen micrographique seront mis à la disposition de ce médecin,

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