L. MOREAU et H. SOULIÉ
Professeurs à l'École de médecine d'Alger.
Comme complément à notre communication sur la lutte contre le Paludisme en Algérie, nous nous proposons de dire quelques mots de la répartition de ce fléau dans notre colonie nord-africaine.
Ces données que nous allons exposer, nous les avons recueillies au cours des années 1900 et 1901, dans le but de dresser une carte que nous avions été chargés d'établir, par le Comité d'études algériennes, fondé à Alger par M. le Professeur Trolard, et que nous avons présentée, pour la première fois, au Congrès de géographie d'Oran, le 5 avril 1902. Ce Congrès voulut bien nous accorder ses encouragements et émit un vote favorable à la publication de notre travail.
Depuis, le Gouvernement général de V Algérie, aux bons offices duquel nous avions dû la précieuse collaboration du Service topographique et de nos confrères, médecine communaux et de circonscription, ne nous a point abandonnés; c'est grâce à lui que nous avons pu éditer notre carte et les documents qui ont servi à l'établir. C est ce volume que nous avons Thonneur de vous présenter aujourd'hui. Nous saisissons avec empressement cette occasion d'adresser de nouveau et publi([uement nos remerciements bien sincères à M. le (îouverneur de l'Algérie et à tous ceux qui nous ont aidés dans notre tâche.
Pour la remplir, voici la marche que nous avons suivie :
Nous avons prié nos collaborateurs de vouloir bien nous indiquer, chacun pour la circonscription où il exerçait :
1« Les foyers paludiques donnant naissance, tous les ans, à une endémie palustre;
2« Les foyers paludiques engendrant le paludisme suivant l'état pluvîométrique des années;
3« Les foyers paludiques transitoires, prenant naissance à l'occasion des grands travaux du sol (construction d'une route.
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d'une ligne de chemin de fer, défoncements en vue de colonisation, etc.);
4« Les foyers, jadis paludiques et assainis depuis par la culture ou par des travaux d'art.
En adoptant cette base pour notre carte, nous ne nous sommes pas dissimulé qu'elle était toute stibjectke et nous exposait en conséquence à des erreurs dues à la variabilité du point de vue personnel. Nous dûmes cependant nous en contenter; car les éléments nous manquaient pour une base objective, plus mathématique, reposant, par exemple, sur le nombre des décès imputables au paludisme, comparé au chiffre de la population.
Une pareille statistique n'est pas possible, en ce moment, en Algérie; car si Tétat civil y enregistre les décès, il n'indique pas les causes de la mort. Nous avons obtenu du (iouvernement des mesures qui, désormais, rendront possible une telle enquête. Celle-ci permettra d'établir les proportions respectives des premières atteintes du mal, des rechutes, des réinfections, des cas de cachexie et des décès. Lorsqu'elle sera terminée, nous pourrons reconstituer notre carie sur cette nouvelle base, celle-là même qui a été adoptée pour une carte très estimée de la répartition du paludisme en Italie.
Mais, à notre avis, et c'est aussi celui de M. le Professeur Laveran, ce ne sera pas encore là le dernier mot du problème : la vraie base, capable de donner le plus haut degré d'exactitude possible à cette carte, c'est ïindex e/nd&mique, c'est à dire la proportion d'enfants impaludés(dans lesquels on trouve l'Hématozoaire carac téristique) au chiffre global de la population. Malheureusement, pour recueillir cet index dans toutes les localités de la colonie, de longues et patientes recherches sont nécessaires, et bien du temps passera avant qu'elles aient pu être effectuées.
Telle qu'elle est, notre carte donne une idée de la répartition du paludisme en Algérie.
Elle le montre sévissant dans les plaines et le long des cours d'eau, des chotts, des marais, des routes et des voies ferrées en construction, partout où la terre est le plus fertile et où elle est, pour la première fois, profondément remuée, et respectant en général les montagnes et les hauts-plateaux. De là cette première constatation, qu'on ne peut renoncer à habiterces terrains palustres