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ÉTAT ACTUEL DE LA QUESTION

PAR

Le Dr F. NOG

Médecin aide major de 1'' classe des troupes coloniales.

Depuis 1898, époque à laquelle le remarquable travail de Simond a établi la théorie du rù\e des Puces dans la propagation de la peste du Rat à THomme, de nombreuses attaques ont été dirigées de divers côtés contre cette théorie. La plupart des objections reposent sur tout sur les expériences de Nuttall en Angleterre, sur celles de KoUc en Allemagne, de Galli-Valerio à Lausanne, de Tiraboschi en Italie. Les faits dominants de ces expériences sont que ces savants n'ont jamais vu les Puces des Rats s'attaquer à l'Homme, même après plusieurs jours de jeûne, ou encore qu'ils n'ont jamais obtenu l'infection de Rats sains en portant sur eux des Puces prises sur des Rats infectés.

Les critiques opposées à la théorie de Simond reposent donc sur des faits négatifs. Or, a priori, un ensemble de faits négatifs ne peut prévaloir contre un seul fait positif bien observé. C'est là le premier point par lequel pèchent les contradicteurs de Simond. Si Ton voulait cependant suivre pied à pied les reproches faits à l'hypothèse et aux expériences positives, on pourrait rassembler un grand nombre de faits d'ordre clinique et d'observation courante qui, accumulés durant ces dernières années en divers pays, sont venus confirmer la théorie de Simond.

Nous préférons rester, dans cette courte revue, sur le terrain exclusivement scientifique et nous examinerons les deux objections les plus sérieuses faites à la théorie. Ces objections sont les suivantes :

1» Les expériences de Simond n'ont été confirmées par aucun expérimentateur;

2" Ces expériences n'ont tenu compte ni des espèces de Puces qui parasitent les Rats, ni de l'aptitude de ces espèces à s'attaquer à l'Homme, ni même de leurs affinités pour les espèces qui parasitent l'Homme.

DU RÔLE DES PUCES DANS LA PROPAGATION DE LA PESTE îiOl

II y a donc là deux problèmes complémentaires à résoudre. Or, sur ces deux points, satisfaction a été donnée aux adversaires de la théorie de Simond. En eflet :

1" Dans un travail plein dintérét, Gauthier et Raybaud (i) ont confirmé par des expériences, qui paraissent faites avec les précautions les plus minutieuses, les expériences positives de Simond. La transmission de la peste du Rat au Rat est possible par le seul intermédiaire des Puces, alors que les animaux sains sont matériellement protégés contre tout contact avec les Rats infectés : telle est la conclusion qui se dégage des recherches de Gauthier et Raybaud. Ce même fait avait été pleinement établi par Simond en ces termes :

(c On peut déterminer la transmission de la peste à la Souris ou au Rat sains, en les faisant cohabiter avec un Rat atteint de peste spontanée et parasité par des Puces dans des conditions telles qu'ils ne puissent avoir de contact direct avec ce dernier. »

29 Au point de vue de la question des espèces de Puces parasites des Rats, un fait intéressant est à retenir des observations mêmes de Tiraboschi. Cet expérimentateur a observé sur les Rats d'Italie six espèces de Puces différentes, dont quatre espèces sur Hfus decumnnns :

Ceratophyllus fasciatus ) . . , „„

^ 11 i. > qui ne piquent pas IHomme;

Ctenopsylla muscuh ) ^ ^ ^

Pulex serraticeps ) . . , ..„

„ , . . > qui piquent 1 Homme.

Pulejc trrttans )

Or, P. serraticeps est très fréquent sur Mus decumanus en Italie.

Voilà une première observaticm qui mérite d'être renouvelée en d'autres pays.

En France d'ailleui^s, Gauthier et Raybaud ont trouvé : Sur 52 Rats de terre et Souris examinés,

Pulex fasciatus 45 fois

Puces non pectînées autres que P, irritans. 3 fois

TyphlopsyllumuscuH 2 fois

Pulex serraticeps 2 fois

(1) c, R. de la Soc. de biologie, déc. 1902. — Reçue d'hygiène, 190:j.

302 F. xoc

Sur 250 Rats de navire examinés,

Pulex ùritans type 2 fois

Autres Puces non pectinées 64 fois

Typhlopsyllamuacvli 178 fois

Pulex fdsciatus 6 fois

En dehors du fait que Pukx irritans, Puce de l'Homme, s'observe quelquefois dans le pelage des Rats de navire, il est à noter que Pukx fasciatus prédomine sur les Rats de terre capturés dans la ville de Marseille. Or, il est du plus haut intérêt de rapprocher de ce dernier fait les observations du D' Fr. Tidswell, faites à Sydney au cours des épidémies de peste de 1900 et 1902. Sur 100 Rats examinés [Mus decumanus), Tidswell a trouvé les espèces de Puces suivantes:

Pulex fasciatus 10 fois

Typhlopsylla musculi 8 fois

Pulex serraticeps 1 fois

Pulex pallidus 81 fois.

Pulex pallidus, non observé encore en Europe sur le Rat, est un proche parent de Pukx irritans de l'Homme. On a constaté, de plus, en Australie, que Pukx pallidus, P. serraticeps et aussi P, fasciatus sont susceptibles de piquer l'Homme. Il y aurait intérêt à répéter ces expériences en France, au moins pour P. fasciatus, fréquent sur les Rats de terre.

Voilà donc des faits établis, soit en Italie, soit en France, soit en Australie, qui affirment l'existence dans le pelage des Rats (Mus decumanus) de quatre espèces de Puces susceptibles de piquer l'Homme (P. irritans, P. serraticeps, P. fasciatus, P. pallidus). Les faits positifs qui sont la base de la théorie de Simond, confirmés par Gauthier et Raybaud, confirmés par les observations faites sur les Puces parasites du Rat et parasites de l'Homme, viennent établir le bien fondé de l'importante hypothèse. Après examen, comme a priori, les faits négatifs ne sauraient prévaloir.

Des critiques très vives ont été adressées cependant par (ialli- ValeriQ (I), en septembre 1903, aux expériences et aux faits apportés par Gauthier et Raybaud. Aussi avons-nous tenté à cette

(1) VeiUralhlatl fiir UakteriQingie, i903.

DV RÔLE DES PUqCS DANS LA PHOPAGATION DE LA PESTE 303

époque de répéter ces expériences dans des conditions telles que toute voie de propagation de la peste du Rat au Rat, autre que celle des Puces, fut rigoureusement écartée. Cesexpériences, interrompues pendant l'hiver, nous ont permis tout au moins de nous rendre compte des conditions difficiles où se place Texpérimentateur dans 1 étude de la propagation de la peste par les Puces. Ces conditions, très diilérentes de celles qu'on trouve dans la nature, expliquent parfaitement les faits négatifs qu*on a voulu opposer à la théorie de Siniond.

i^ Les Rats infectés au laboratoire par les cultures de peste ne présentent pas toujours une infection pesteuse généralisée et meurent souvent avec des phénomènes d'intoxication et une forte réaction locale, de sorte que les parasites qui les quittent après la mort ne sont pas sûrement porteurs de Coccobacilles pesteux. Au contraire, les Rats trouvés morts de peste dans la nature ont leurs organes et leurs tissus littéralement bourrés de Bacilles pesteux, ce que Ton constate facilement dans les villes où sévit Tépizootie pesteuse : nous en avons fait nous-méme l'observation fréquente en Nouvelle-Calédonie.

2® I^s Rats sauvages se débarrassent de leurs Puces avec la plus grande facilité et ne présentent souvent plus de parasites lorsqu'ils sont apportés en cage au laboratoire. Il est loin d'en être de même dans la nature : on trouve assez souvent, au cours des épizooties pesteuses, des Rats mourants couverts de centaines de Puces, ou des cadavres de Rats encore parsemés de ces parasites. Il paraît nécessaire de s'adresser, jmur une bonne expérimentation, à de vieux Rats (Rats sauvages ou Rats blancs) qui, privés de leurs denLs, sont malhabiles à se débarrasser de leurs parasites.

«> Les espèces de Puces (|ui existent sur les Rats sont très variables suivant les climats et la latitude des villes où on les observe. Il semble donc être d'un grand intérêt d'étudier et de faire connaître les espèces de Puces qui existent en divei-s pays sur les Rats propagateurs de la peste et de se rendre compte également de l'aptitude de ces différentes espèces à s'attaquer à l'Homme.

En résumé, malgré la pleine confirmation que la théorie de Simond a reçue de l'expérimentation et de la pratique sanitaire, il sera intéressant de répéter, dans les laboratoires de nos colonies où la peste a pu ou peut éclater, les exi)ériences de Simond et

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