Syncecnema fragile, novum genus, nova species
Les mêmes Oligochètes du genre Pheritima (Perichœtu), disséqués encore frais, laissent observer un grand nombre de petits Nématodes fort intéressants par leur organisation et principalement par la particularité de se présenter unis par paires, conjugués et fixés par un point de la face ventrale de leurs corps, se conservant accolés et comme enlacés, en dépit des mouvements continuels et incessants qu'ils exécutent lorsqu'ils se trouvent en liberté sur la plaque porte-objet. Chaque paire, constamment constituée par une femelle et un mâle adultes, se maintient de la sorte en union sexuelle permanente. Ce n'est que très exceptionnellement qu'on voit des individus séparés accidentellement, comme il arrive par suite de traumatismes, pendant les procédés de dissection et de dissociation mécaniques ; d'autres fois, des femelles adultes, déjà vidées de tous leurs œufs, isolées, paraissent indiquer une séparation spontanée après la période prolifère de leur vie sexuelle.
L'union permanentede ces Nématodespar couples (fig. 4), nonseulement lorsqu'ils sont vivants, mais encore après leur mort, semble indiquer une condition normale et constante pour cette espèce. Les faits analogues sont extrêmement rares. Parmi les Nématodes, nous avons l'exemple bien connu de l'union sexuelle permanente dans le genre Syngamiis. Parmi les Trématodes, on connaît la jonction par paires d'individus hermaphrodites dans le genre Diplozoon et l'accouplement d'individus à sexes séparés dans le genre Schistosomum, En conséquence, la rareté des cas analogues
NOTES U HELMINTBOLOUIË BRI-:SILIEN.\'k: ;I13
sutTirait k elle seule à rendre bien digne d'attention l'étude du nouveau genre et de l'espèce nouvelle de Néiiiatode parasite en question.
Comme nous l'avons vu à propos des Cysticcrcoldes, les coupes transversales du corps de l'OIigochëte, après fixation et durcissement, permettent seules de constater exactement leur situation respective dans l'organisme de l'hôte. On vérifie facilement que les petits Nématodes parasites ont constamment leur habitat dans la cavité générale du corps de l'Oligochète et plus ordinairement dans la moitié inférieure de cette cavité, où ils trouvent un plus grand
Fig. i. — Syiuecnema fragile, -— X, mAle pI femelle accoupléa; 2, cutrfmlté céphaliquc ; 3, crochet de l'uriflco buccal ; 4, ii>ur cmbryonn^.
espace inoccupé; ils y sont libres,jamatscn%xMs. Ces petits Nématodes habitent en plus grand nombre spécialement la moitié postérieure de la cavité générale de l'Oligoi-hèle.
Six espèces de Nématodes parasites des Oligochëles ont déjà été décrites; je dois les indiquer et les soumettre A une comparaison avec l'espèce que je fais connaître.
I-e Dionix Lacazei, parasite du l'onroilrilus Marhni a été décrit d'une façon très résumée par le Professeur Ed. l'errier dans les Archives de Zoologie expérimenlak, IX, p. 242-243, 1881. Il est
310 P. s. DE MAGÂLHÀES
indiqué simplement en passant dans le Traité de Zoologie du même auteur, p. 1378. La présence de deux petits crochets à la région buccale rapproche cesNématodes de ceux dont je m'occupe; mais leur existence dans des kystes siégeant dans la musculature de TOligochète, la séparation des individus de chaque sexe, chaque individu isolé dans son kyste; la présence de deux spicules et d'une pièce accessoire de soutien chez le mâle, rendent impossible toute confusion des deux espèces.
B. Friedlânder, dans un article sur: « la régénération des parties excisées du système nerveux central des Vers de terre » publié en 1893 (1), y a annexé un appendice à propos des Nématodes parasites rencontrés dans les Vers de terre (2). Deux sortes de Nématodes sont mentionnées par l'auteur; les uns très nombreux, observés dans le tissu de régénération, aussi bien que dans la cavité générale, ont été rencontrés inclus dans un tissu compact et furent rapportés à l'espèce bien connue, Pelodera pellio; les autres, vus dans un seul Oligochète, d'espèce indéterminée, habitaientexclusivement le vaisseau sanguin ventral, etnontétéobservés que dans des coupes et en conséquence incomplètement décrits. B. Friedlânder les attribue à une espèce nouvelle, les dénommant provisoirement Lumbricicola vasorum.
L'enkystement constant du Dionix Lacazeiy aussi bien que la conformation de ses organes génitaux mâles, décrits par le Prof. Ed. Perrier, la localisation exclusivement intravasculaire du parasite observé par Friedlânder, l'épaisseur considérable de la cuticule du Lumbricicola vasorum, l'impénétrabilité de celle-ci, même au carmin, vérifiée par l'auteur, à défaut d'une description plus détaillée, les caractères propres diu Pelodera pellio, su(&senik\^ diilérenciationdu nouveau genre et de la nouvelle espkceSynœcnema fragile et à sa distinction par rapport aux trois autres Nématodes observés en parasites des Oligochètes.
Des trois espèces susmentionnées, la Pelodera pellio seule, d'après les observations de Schneider et de Bûtschli, a été indiquée par Shipley parmi les Nématodes parasites des Vers de terre énumérés dans l'article publié à ce sujet dans ces mêmes Archives (VI, p. 619-623), En revanche, Shipley rapporte trois autres espèces:
(1) Zeilschrift fur wm. Zoologie, LX, p. 249 - 283.
(2) Ibidem, p. 276 - 280.
NOTES D IIELMINTHOLOGIE BRESILIENNE 317
une forme d'Ascaris indéterminée observée par Leuckart; le Discelis filaria rencontré par Dujardin dans les testicules des Vers de terre, à Paris; enfin le Spiroptera turdi Molin, rencontré à un élal de développement incomplet dans le Lumbricus tcrrestris par Cori et plus tard identifié spécifiquement par Linstow. Cori a observé ces larves habitant presque tous les gros spécimens de Vers de terre examinés en deux ou trois localités de l'Europe centrale. Elles se trouvaient: exclusivement dans le vaisseau ventral, dans toute la longueur de celui-ci. Cette localisation, identique à Thabitat attribué par Friedlânder à son Lumbricicola rasorum, fait supposer ridentité de ces deux sortes de parasites et dans ce cas cette dernière dénomination tomberait en synonymie.
Les nouveaux Nématodes ont l'extrémité céphalique semblable ment conformée chez les deux sexes, elle est amincie, comme tronquée et plus fortement atténuée du côté ventral, où elle semble coupée en biseau. L'orifice buccal présente deux petits crochets, très recourbés, implantés sur son bord supérieur; ils sont difîiciles à bien voir et ont à peu près 3,S //. Sur la face ventrale, et au ni veau de lamincissement de l'extrémité céphalique, existe un orifice suivi d'un canal, paraissant représenter un pore excréteur.
Le corps est cylindrique, à partir du niveau de ce pore et dans toute la longueur du reste des deux tiers antérieurs; le tiers postérieur s'amincit graduellement en pointe^ celle-ci est plus allongée, plus fine, et enroulée chez le mâle; l'extrémité caudale de la femelle a sa partie amincie plus courte, plus émousséeetelle n'est pas recourbée ou enroulée.
La femelle est sensiblement plus longue et plus large que le mâle; elle a l'n"^,iD de longueur et 65 à 80 fx à sa plus grande largeur, au milieu du corps. Le mâle a 600 à 900 u de longueur et 35 |:a dans sa plus forte épaisseur. Chez la femelle, le pore excréteur se trouve à 40 ^ en arrière de l'extrémité céphalique, la partie tronquée de celle-ci est de 20 u. L'anus est situé à 210 ^ de la pointe terminale de la queue; Torifice copulateur se rencontre à 400 tz en arrière de l'extrémité céphalique.
Le mâle a la portion tronquée de son extrémité céphalique longue de 30 fi; le pore excréteur siège à 40 u en arrière de l'extrémité céphalique; l'ouverture de l'appareil copulateur est à 350 ^i en arrière de la tête; l'anus est situé à 200 ^a en avant de l'extrémité
318 P. s. DE MAGALHÂES
caudale; celle-ci est très effilée sur une étendue de 10 f* et recourbée.
Inorganisation des appareils génitaux demande une analyse plus détaillée et une étude spéciale. La longueur de la queue, à partir du niveau de Tanus, est à la longueur totale de THelminthe mâle comme 20 : 90 = 1 : 4,5 ; chez la femelle, cette relation est de 2f : 115 = 1 : 5,4. Les œufs, elliptiques, ont 40 f* x 280 .u; leur surface interne semble à première vue comme striée : à une observation plus attentive, les stries se révèlent être des cils ou bâtonnets très délicats, courts et raides. Le corps de ces Helmintes laisse voir par transparence les organes internes, mais sa fragilité extrême rend fort difficile une étude approfondie de leur constitution.
Les matériaux etlesdonnéesfournisparlesobservations mentionnées dans cette note datent de plus de quatre ans, mais la rédaction, toujours ajournée, attendrait longtemps encore l'occasion d'être réalisée. Il y a déjà des années j'ai eu l'honneur de communiquer au professeur Braun des spécimens de mes préparations et je dois profiter de l'occasion pour lui témoigner ici mes remerciements pour la courtoisie et la bonté qu'il a mis à répondre à mes questions. Récemment j'avais eu le désir de communiquer ces recherches et de montrer mes préparations aux membres du Congrès international de Zoologie, réuni à Berne en 1904; des circonstances occasionnelles m'ont empêché de me rendre au siège de la savante réunion. Profitant maintenant d'un désœuvrement forcé, pendant un long voyage, j'ai rédigé à la hâte et bien imparfaitement cette notice, qui risquait de rester définitivement à écrire.
A bord du slcainer Orita, en voyage pour Rîo-de- Janeiro, octobre 1904.
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Em. Freiherrvon Dungern, Die Antikôi^per, ResuUate fruherer Forschungen und neue Versuche, Jena, G. Fischer, in-8* de IV-114 p., 1903.
Le phénomène de Timmunité a été, dans ces dernières années, l'objet de nombreuses recherches; les théories n'ont pas manqué pour l'expliquer, mais la question n'a guère gagné en clarté.
L'auteur donne d'abord (p. 1-71) un résumé complet et méthodique des traraux de ses devanciers; on le consultera avec grand intérêt. Il expose ensuite ses recherches personnelles (p. 71-114) sur les Crustacés décapodes (Maia) et sur les Céphalopodes {Octopm).
Le sérum de ces animaux susdits est étudié d'après la méthode jusqu'alors suivie pour les recherches sur les Vertébrés; les résultats confirment, d'une façon générale, les faits déjà connus. La partie précipitable du sérum est formée d'albuminoîdcs, parmi lesquelles figure une grande partie de l'htmocyanine. Les Invertébrés ne produisent pas de précipitines. Celles ci sont produites, chez les Mammifères, par les globules sanguins.
R. Behla, Die pflanzenparasitàre Ursache des Krebses und die Krebsprophylaxe. Berlin, R. Schoetz, in 8* de 50 p. avec 4 pi., 1903. — Prix : 2 mk.
Personne ne doute que le cancer ne soit une maladie parasitaire; on a proposé, au sujet de son étiologie, les interprétations les plus diverses, mais rien de positif n'est encore connu. Behla discute à son tour la question. Partant des tumeurs végétales, et spécialement de celles de la racine du Chou, dont Cienkovski et Podvlssotzky ont fait une bonne étude, il expose que le cancer est, dans l'espèce humaine, un néoplasme de même nature, causé par une Chytridiacée. Ce parasite, introduit dans l'organisme avec les aliments, envahirait les cellules épithéliales, à l'intérieur desquelles il serait capable de grossir, do se multiplier et de s'enkyster; les spores, nées dans de vrais « sporanges », envahiraient de proche en proche les cellules, qui se multiplieraient sous l'influence du parasite. La théorie est ingénieuse, mais demande confirmation.
Th. VON Wasielewski, Sludien und Mikrophotogramme zur Kenniniss der pathogenen Protozoen, erstes Heft. Leipzig, A. Barlh, in-8' de VIII- 118 p. avec 7 planches et 24 fig. dans le texte, 1904. — Prix : 6 mk.
Sous ce titre, l'auteur entreprend la publication d'un important ouvrage, à en juger par le premier fascicule. Celui-ci traite de la structure, du développement et de la signification patho^^énique des Coccidies.
320 REVCE BIBLIOGRAPHIQUE
Il étudie tout d'abord la coccidiose du foie du Lapin, causée par £t m fria cuniculi; les sporozoîtes, la schizogonie, la sporogonie et la formation des spores sont successivement passés en revue, d'après les recherches personnelles de l'auteur. 11 étudie ensuite la coccidiose intestinale des Oiseaux, causée par DiplosporaLacazei, chez divers Passereaux d'Allemagne et chez le Serin en captivité. Vient ensuite une bonne élude de Diplospora bigemina, quicause la coccidiose intestinale du Chat,duChien. L'ouvrage se termine par un court chapitre sur PfeifferineUaellipsoides, de l'intestin dePlanorbis cometis (que l'auteur appelle PL coimua !) ; il attire l'attention sur ce parasite, qui est fréquent, facile à observer et peut servir d'objet d'étude pour les commençants.
Les planches et les figures dans le texte sont, pour la plupart, d'excellentes reproductions de microphotographies. L'ouvrage se recommande, non seulement par les observations nouvelles qu'il ap|)orte, mais encore par une très bonne mise au point de la question. Le second fascicule sera consacré aux Hémosporidics.
Tenholt, Die Untersuchung auf Anchylostomiasis mit besonderer Beriicksichiiqung der tcurmbehafteten Bergleute. Bochum, W. Stumpf, 2. Auflage, in-8' de 6 p. avec une planche, 1904.
Brochure essentiellement pratique, destinée à faciliter le diagnostic de l'uncinariose par la reconnaissance des Vers et de leurs œufs dans les déjections.
H. GoLDMANN, Die Hygiène des Bergmannes, seine Berufskrankheilen, eiste Hilfeleistung und die Wunnkrankheit (Ankylostomiasis). Halle a. S.,W. Knapp, in-8* de IV 102, avec une planche, 1903. — Prix: 3 mk.
L'auteur est médecin des mines de Brennberg près Odenburg (Hongrie), depuis nombre d'années. Il était donc bien qualifié pour écrire un ouvrage sur l'hygiène du mineur et sur ses maladies professionnelles. L'uncinariose est, parmi ces dernières, la seule qui relève de la parasitologie. L'auteur en fait une bonne étude (p. 60 - 102), en grande partie basée sur son expérience personnelle; on la consultera avec intérêt, en ce qui concerne la pathogénicetlépidémiologie. Il dénomme le parasite in/ci/(os(onia hominis, contrairement à la loi de priorité.
(j. M. GiLEs, /( revision of the Anophelinae heing a firsl supplément to the second édition of « À Handbook of the Gnats or Mosquitoes ». London, J. Baie, sons and Danielsson, in 8* de 47 p., 1904.
C'est parmi les Anophelinae que se rencontrent les Moustiques qui transmettent le paludisme; leur étude est donc particulièrement urgente; aussi fait-elle des progrès importants, d'une année à l'autre. Giles a eu l'heu-
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 321
reuse pensée de résumer dans ce très utile fascicule tous les travaux descriptifs récents et de publier ainsi une révision du groupe. Un tel ouvrage est appelé à rendre les plus grands services.
6. M. GiLES, Climak and health in hot countries and the ouiUnes of tropical climaiology. À popular Treatise on personal hygiène in the hotter parts of the world, and on the climates that icill be met wiih within them. London, John Baie, sons and Danielsson, in 8*deXlX-186-109p.,1904. — Prix, cartonné : 7 sh. 6 d. = 9 fr. 50.
Le lieutenant-colonel (médecin) G. M. Giles, bien connu pour son Handbook of the Gnats or Mosquitoes, doit à sa longue pratique de la mé* decine aux Indes d'avoir pu écrire un excellent ouvrage sur le climat et la santé dans les pays chauds. Il prend pour base les plus récentes acquisitions de la pathologie et de Tépidémiologie tropicales et passe en revue, avec une compétence supérieure et une science approfondie, conséquence d'une longue expérience personnelle, les différents problèmes qui touchent au bien-être, à racclimatement et à la conservation de la santé des européens.
Dans une première partie, l'auteur donne les meilleurs renseignements sur les conditions que doivent réaliser les maisons et autres constructions coloniales; sur le vêtement, la nourriture et la boisson, la répartition du travail entre les différentes heures de la journée, sur l'art d'élever les enfants, de dresser les tentes et les camps. Il s'étend très longuement, comme il convient, sur la prophylaxie du paludisme; il est plus bref, mais non moins précis, sur la prévention et le traitement de certaines autres maladies tropicales, choléra, dysenterie, diarrhée, peste, variole, maladie du sommeil, coup de chaleur. Il consacre aussi quelques pages, trop courtes, à notre avis, aux principaux Helminthes.
La seconde partie de cet important ouvrage est un excellent traité de climatologie tropicale. Le régime des pluies, les variations de la température et l'état hygrométrique de l'air sont l'objet d'une étude approfondie. Un très grand nombre de tableaux montrent les variations mensuelles de ces divers phénomènes, dans les régions les plus variées de la zone intertropicale.
L'ouvrage ne peut manquer d'être très utile à tous ceux qui vivent dans les pays chauds, médecins, voyageurs ou colons. Il est écrit avec humour, ce qui en rend* la lecture très attrayante. Signalons, pour Unir, une innovation qui mérite d'être approuvée : c'est l'adoption du système métrique concurremment avec le système duodécimal.
Archives de Parasitologie, IX, n» 2, 1905. 21
NOTES ET INFORMATIONS
Trichocéphales chez les typhiques. — Depuis que le Professeur R. Blanchard a développé devant TAcadémie, à propos d'un travail du D' J. Gui ART, l'importance du parasitisme vermineux dans la fièvre typhoïde, j'ai eu l'occasion de pratiquer deux autopsies de vérification. Un pneumonique, mort trois mois après toute évolution typboîdique terminée, n'a fourni que des résultats négatifs; en revanche, les deux observations suivantes méritent de fixer l'attention à certains égards.
Le premier cas concerne un soldat, canonnier à Oran et ayant déjà deux ans de service. 11 était coiffeur avant son incorporation et originaire de Jonzac (Charente-Inférieure). Son histoire clinique est simple et schématique.
Sans antécédents particuliers, il est pris de malaises dans les derniers jours d'octobre. Le 1" novembre, sa température dépasse 40*; le 3, il entre à l'hôpital, avec tous les symptômes classiques d'une fièvre typhoïde d'intensité moyenne. On l'isole, le 7, au service spécial; ou le traite, surtout par la balnéation froide. 11 présente une albuminurie assez marquée, sans autre complication. Le 12, la température fléchit, sans bénéfice pour le malade; le collapsus cardiaque s'établit progressivement, malgré tous les essais thérapeutiques, et la mort survient le 14.
L'autopsie confirme les prévisions de la clinique; il convient de n'en retenir que les données positives. Au cœur droit, ventricule, oreillette et infundibulum, pleins de sang, mous, à paroi décolorée, amincie, comme papyracée, et extrêmement dilatés. Le cœur gauche participe de loin aux mêmes altérations. Poumons congestifs, œdémateux et fortement hypostasiés. Rien de spécial au foie. Rate très grosse, diflduente. Ganglions mésentériques tuméfiés. Reins volumineux, à substance corticale très pâle.
L'ouverture de l'intestin grêle est faite avec soin, après des ligatures préalables. On y trouve des ulcérations assez rares, occupant les plaques de Peyeret les follicules clos des parties inférieures de l'iléon; plus haut, les lésions sont moins avancées. Vu liquide sanguinolent baigne les ulcérations vers la valvule de Bauhin, mais il n'existe pas de parasites à cet endroit. Par contre, l'ouverture du ciecuni offre à la vue d'autres ulcérations, remontant à plus d'un travers de main dans le gros intestin, non conflucntes, séparées par plusieurs centimètres de muqueuse saine, de profondeur et de dimensions variables. Six Trichocéphales sont immédiatement reconuaissables.
I^ pièce, emportée au laboratoire, à plat, a été lavée sous un très mince filet d'eau, mais les parasites se sont tous détachés avec les matières
NOTES ET INFORMATIONS 323
fécales. CoroiDe, avant cette opération, l'on n'apercevait que la partie volumineuse du Ver, il a été impossible de reconnaître les rapports de l'extrémité effilée Qvec la muqueuse, rapports que jlespérais étudier sur des coupes. L'un des Vers gisait cependant au fond d'une ulcération. Les trois individus recueillis étaient des femelles.
La deuxième observation est cliniquement comparable à la précédente. Soldat atteint de lièvre typhoïde dé forme adynamique, mort d'infection progressive. A l'autopsie, ganglions mésentériques énormes, abcédés par places; lésions de l'intestin grêle profondes et étendues, celles du cœcum et du colon beaucoup plus discrètes, remontant néanmoins jusqu'à vingt centimètres de la valvule. Quatre Trichocéphales, tous femelles, sont trouvés dans le caecum ; l'un d'eux, au niveau d'une ulcération, traversait un |)ont de muqueuse et se pendait au-delà de l'ulcération.
Deux des Vers de la première observation et les quatre de la seconde observation ont été envoyés au Laboratoire de parasitologie de la Faculté de médecine de Paris, où l'exactitude de mes déterminations a été confirmée. Ils ont été incorporés à la collection de parasites (collection R. Blanchard, n' 861). — D' Niclot, Médecin-major de 1" classe, chargé du Laboratoire de bactériologie de riiùpital militaire d'Oran.
Troisidme session de rinstitnt de Médecine coloniale. — La troisième session de cours de l'Institut de médecine coloniale s'est ouverte le 17 octobre 1904 et s'est close le 24 décembre suivant. Vingt- six élèves t>nt été admis à suivre les cours. Ces vingt-six élèves se répartissent ainsi :
1* Répartition des élèves suivant leur situation médicale : Professeur d'Université Colombie (Prof. Obregon, de Carthagène. 1
Docteurs en médecine (non compris M. le Prof. Obregon.) 20
Officier de santé colonial 1
Interne des hôpitaux de Paris 1
Étudiants de 5' année à la Faculté de Paris 3
2* Répartition des docteurs suivant l'origine de leur diplôme :
Docteurs français pourvus du diplôme français 8
Docteurs étrangers pourvus du diplôme français 2
Docteurs étrangers pourvus d'un diplôme étranger (y compris le
Prof. Obregon) 11
3* Répartition des élèves suivant leur nationalité :
Français de la métropole 11
Français des colonies (Martinique) 1
Belgique 1
Colombie 4
Costa Rica 1
Grèce 1
Italie 1
Maurice 1
Paraguay 1
324 NOTES ET INFORMATIOKS
Pérou 1
Portugais 1
Venezuela 2
Les étrangers représentent donc près de 54 0/0 des élèves de l' Institut, chiffre à peu près égal à celui des sessions précédentes. Les docteurs sont en progression très marquée: ils passent de 60 ô 800/0; parmi eux figure un professeur de clinique chirurgicale de l'Université de Carthagènc (Colombie).
A la suite des examens finaux, vingt-quatre élèves ont obtenu avec distinction le diplôme de Médecin colonial de l'Université de Paris, savoir :
MM. Bërté, français, ofïicier de santé à la Martinique ; D' Big.nami, italien ; D' Bouchet, français ; D' Brito, vénézuélien ; D' Collard, français ; D' Creordio, vénézuélien ; M. Guénot, interne des hôpitaux de Paris ; M. Hennon, étudiant à la Faculté de Paris ; M. Hernandez, de Costa-Rica, étudiant à la Faculté de Paris ; M. de la Hoz, colombien, docteur de la Faculté de Carthagène, étudiant à la Faculté de Paris; D' Irujo, péruvien ; D' Javaux, belge ; D' Kyrtsoms, grec ; D' Laborde, français ; D' Laurent, français ; D' Lorcin, français ; D' Michel, français ; D' Némorin, lie Maurice ; Prof. Obregon, colombien ; D' Orion, français ; D' Perdomo, colombien ; D' Poncetton, français ; D' Posada. colombien ; D' Romero, du Paraguay.
M. Hernandez a^té classé premier, avec la note exlrêmement satisfait, MM. Javaux et Lorcin viennent ensuite, ex œquo, avec la note très satisfait.
La distribution des diplômes a eu lieu le 21) décembre, â l'hôpital de l'Association des Dames Françaises, sous la présidence de M. Liard. recteur de l'Université de Paris.
MM. les D" Bouchet, Collard, Laborde, Laurent et Némorin ont été engagés par le Gouverneur de la colonie du Soudan pour occuper des postes de médecin civil créés pour eux. Leur traitement est de 12.000 francs par an, avec interdiction de faire de la clientèle payante.
M. Berté et M. le D' Lorcin ont été engagés au même titre parle Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, au traitement de 7,000 francs par an, mais avec faculté de faire de la clientèle payante.
MM. les D" Perdomo, Poncetton et Posada sont sur le point de contracter un engagement envers la Société des Chemins de fer de l'Indo- Chine, au traitement de 10.000 francs par an.
C'est la première fois que les Gouvernements coloniaux et les Compagnies particulières s'adressent à l'institut de médecine coloniale pour recruter leur personnel médical. Un tel fait est assez significatif : il dit assez haut en quelle estime est tenu le diplôme de Médecin colonial de l'Université de Paris.
Tous les ouvrages reçus sont annoncés.
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U Editeur-Gérant : F. R. de Rudeval.
École ProlL'.Sbioniielle d'Imprimerie, à Noisy-le-Gi*and (Seine*etOise>.
BILHARZIOSE INTESTINALE
PAR
le Dr Maurice LETULLE
Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris Médecin des hôpitaux de Paris.
/Planches I et II)
Parmi les maladies exotiques causées par des parasites, la bilharziose, décrite depuis plus d'un demi-siècle, compte au premier rang, non seulement à cause de son extrême fréquence sur le continent africain et ses dépendances, mais encore en égard aux nombreux travaux suscités par \e Schistosomumhœmatobiumde^uis la mémorable découverte de Bilharz.
Les recherches contemporaines ont établi que le domaine de la maladie bilharzienne dépasse de beaucoup la circonscription que lui assignaient les premiers observateurs. L'Inde, le Japon, les Antilles, tout au moins les Antilles françaises, lui payent un tribut plus considérable peut-être qu'on ne le soupçonnait, et qui ne fera que s'accroître encore lorsque les formes cliniques de la maladie seront, je n'ose dire mieux connues, mais recherchées d'une façon plus rigoureuse. En outre, la bilharziose, qui constitue une affection pathologique de longue durée, peut être transportée en Europe tant par des immigrés que par des Européens l'ayant contractée à leur passage dans les régions où elle règne à l'état endémique. Pour ne citer (|ue la France, la remarquable observation de Lortet et de Vialleton(l) recueillieà I-.yon, a servi de point de départ à une étude très soignée du parasite et de ses produits. De mon côté, je viens d'avoir la bonne fortune de suivre, à Paris, un cas de bilharziose à forme intestinale pure et de le compléter par une autopsie détaillée. Comme il me semblait utile de publier cette observation, la bienveillante amitié du Professeur R. Blanchard m'a ouvert les
i\) LonTET et ViALLETON, Éludc sur le IHlharzia hœmatohia et la bilharziose. Aimalfs de VUnirer$ité de Lyon, IX, l'«" fascicule, avec 8 pi. et iîg. dans le texte. Paris, Masson, 1Hi)i.
Archives de Paranitologie, IX, n» 3, 190i>. i2
330 MAI'RICE LETULLE
Archives de Parasitologie avec une généreuse sollicitude dont je ne saurais trop le remercier.
En ne tenant compte que des deux formes cliniques les mieux étudiées de la bilharziose, la forme hématurique, ou urinaire, et la forme diarrhéique ou mieux intestinale, il est évident que nombre de cas ont dû passer et passeraient encore inaperçus ; on doit prendre soin d'examiner au microscope les urines et les selles de tout malade ayant vécu dans les pays contaminés par le Schktosomum hœma tobium et présentant quelque manifestation pathologique, même bénigne, relevant soit des voies urinaires, soit du tube intestinal.
Autant l'hématurie bilharzienne est commune et bien dépistée, dans les pays infestés, autant la diarrhée chronique produite par l'infestation de la muqueuse du rectum et du côlon iliaque risque de demeurer méconnue, dans les contrées où les diverses formes de la dysenterie s'observent à Tétat permanent et dans celles où la bilharziose n'a pas encore couramment droit de cité. De même, en se plaçant au point de vue anatomo-pathologique, on ne peut douter que la bilharziose intestinale, si fouillées qu'en aient été les lésions microscopiques, ne permette encore aux histologistes de glaner quelques détails intéressants. Pour ne citer qu'un point, d'une réelle importance en vue de l'étude pathogénique des désordres produits par les Vers adultes et par leurs œufs, il m'a semblé que les lésions des veines de l'abdomen, en particulier des réseaux de la petite mésaraïque, n'avaient peut être pas encore été analysées avec tous les détails nécessaires. I^ description méthodique desendophlébitesbilharziennesdoitapporterunecontributîon fructueuse à la pathogénie, encore obscure sur bien des points, de la maladie causale. De même pour l'histologie pathologique de Tentérite spéciale, spécifique au sens propre, causée par les œufs du Schistosomum : les effractions des tissus et l'irritation hypernu tritive des organes qui en résulte méritent, si j'en juge d'après mes recherches, une enquête plus attentive. Les détails les moins importants, en apparence, peuvent revêtir un intérêt de premier ordre, au cours de ces sortes de révisions. Aussi, n'ai-je pas craint de les accumuler dans les chapitres spéciaux qui vont suivre, avec l'espoir de servir utilement aux autres observateurs, lors des moissons futures. Là sera, je l'espère, l'excuse des longs développements dans lesquels nous allons entrer.
bilharziose intestinale 331
Observation clinique.
Avant tout, il est bon de rapporter le lait clinique qui servira de base au présent travail. Un vieillard, né à la Martinique et y ayant passé toute sa vie, arrive à Paris, chassé par les terribles événements de Saint-Pierre, qui lont ruiné. 11 est atteint d'une aflection chronique du gros intestin, réputée incurable et considérée comme de nature cancéreuse. La tuberculose pulmonaire vient mettre un terme à sa misère et Tautopsie nous révèle, outre une infection circonscrite du poumon par le Bacille deKoch, fbronchopneumonie caséeuse compliquée d'endocardite tuberculeuse bacillaire aijçuë), Texislence, insoupçonnée durant la vie, d'une bilharziose intestinale pure, exactement circonscrite à la portion pelvienne du gros intestin.
Voici l'observation, résumée dans ses grandes lignes.
Observation. — Diarrhée chronique dysentérifarme, tuberculose pulmanaire, A Vautopsie, bilharziose intestinale recto colique ; caséiftcation bacillaire du parenchyme pulmonaire; endocardite tuberculeuse.
Le 22 décembre 1903, entrait dans mon service à l'hôpital Boucicaut, sur la recommandation de mon collègue et ami le ly Morestin, le nommé Dev... Adolphe, <i8 ans. Ce malade, ancien pharmacien à Saint Pierre (Martinique), ruiné par les désastres causés par les éruptions récentes du Mont Pelé, s'était réfugié depuis quelques mois à Paris. Depuis plusieurs années, malade de l'intestin, jugé inopérable par les divers chirurgiens qui l'avaient vu et le considéraient comme atteint de rectite dysentérique, peut-être même cancéreuse, il n'avaitpas tardé à contracter chez nous la maladie qui décime les faibles et les malheureux, la tuberculose pulmonaire.
Épuisé par les chagrins, la misère et la diarrhée, il m'arrivait dans un état de cachexie profonde. Sa maigreur extrême, la décoloration de sa peau, des selles innombrables, d'une extrême fétidité, souvent sanguinolentes, révélaient la déchéance organique avancée de ce pauvre homme, d'ailleurs fort intelligent.
L examen des poumons ne laissait aucun doute sur l'existence dune tuberculose circonscrite au sommet droit, où la toux faisait éclater quel(|ues raies sous-crépilanls déjà plutôt humides;
332 MAURICE LETULLE
l'examen des crachats, assez rares, mais puriformes, montrait des Bacilles de Koch en abondance.
Restait l'intestin. Le malade affirmait que les médecins de la Martinique avaient examiné maintes fois son rectum et qu'ils y avaient reconnu une inflammation chronique, une rectite, pour laquelle on avait ordonné de nombreux topiques et une foule de lavements, tous plus inefficaces les uns que les autres. Bref, on avait trouvé cette lésion inaccessible à une intervention opératoire. L'anus apparaissait lâche, flasque; un suintement d'odeur putride, presque gangreneuse, s'y produisait, incessant. Le toucher rectal révélait une coarctation cylindrique générale, uniforme, avec induration profonde, remontant aussi haut que le doigt pouvait atteindre. Aucune adénopathie inguinale, crurale, axillaire ni cervicale. L'abdomen paraissait normal; le foie, en particulier, et la rate n'offraient aucune altération appréciable. Les urines étaient rares, mais saines.
Malgré ces désordres graves de l'intestin, l'appétit était encore à peu près satisfaisant et la température rectale, d'abord normale, devint bientôt hypothermique pendant toute la durée du séjour à l'hôpital. Au bout de quelques jours, les forces s'affaiblirent davantage, la maigreur se fit squeleltique, rien ne pouvant arrêter la lientérie, rebelle. Le malade succomba dans le marasme un mois après son entrée.
La faute commise par moi et par mes élèves fut de n'avoir pas hésité d'une manière suffisante dans notre diagnostic. J'étais arrivé trop vite à la conviction qu'il s'agissait d'un cancer du rectum proclamé inopérable. L'autopsie, en me révélant un cas de bilharziose intestinale, devait me faire amèrement regretter de n'avoir pas pris le soin de pratiquer l'examen microscopique desselles du malade, manœuvre que j'exige cependant et que je pratique d'une façon méthodique, dans mon service, toutes les fois que la diarrhée s'installe chez l'un quelconque de mes malades. J'ajoute, pour confesser pleinement mon erreur, que j'ignorais alors Texistence de la bilharziose à la Martinique et que, pas un instant, je ne songeai à cette infection parasitaire. Les urines étaient, du reste, demeurées normales jusqu'à la fin et le malade insistait volontiers sur l'intégrité parfaite de ses voies urinaires, tant uréthrales que vésicales, fier qu'il était d'avoir pu, jadis, mettre sa jeunesse.
BILHARZIOSE INTESTINALE 333
quelque peu fougueuse, à Tabri de la blennorrhagie et de la syjjhilis.
Autopsie macroscopique et microscopique.
L autopsie me ménageait des surprises multiples autant qu'intéressantes. Les détails dans lesquels je vais entrer me semblent indispensables; ils mettront en lumière une observation, rare en somme, de laveu de tous les auteurs compétents, et dans laquelle la bilharziose s'est circonscrite d'une façon rigoureuse, en tant que lésions viscérales, à la portion terminale du gros intestin.
Suivons donc l'autopsie telle que le protocole, dicté par moimême, s en poursuit. J'ai l'habitude de pratiquer toujours, sur les cadavres que j'ouvre, la manœuvre opératoire appelée (1) étiscération totale d'emblée. Grâce à ce procédé d'extraction des viscères, l'ensemble de la masse contenue dans les cavités antérieures du corps, depuis le pharynx jusqu'à l'anus inclusivement, est enlevé en bloc; on évacue ainsi, sans les mutiler, la totalité des parties molles, tous les organes et tous les vaisseaux, nerfs et ganglions qui leur correspondent.
Pour ce qui est de l'excavation pelvienne, en particulier, le décollement du péritoine pariétal et la mobilisation des vaisseaux et nerfs qui doublent sa surface externe permettent d'amener, sans le moindre traumatisme et en maintenant leurs rapports réciproques, l'ensemble des organes digestifs et génito urinaires accompagnés de leurs vaisseaux respectifs, non entamés. Les veines hémorrhoïdales et tout le jeu des mésaraïques, jusqu'à la veine porte inclusivement, suivent, sans exception, le paquet pelvien sur la table d'autopsie, sans avoir même été touchées par le couteau. Dans le cas actuel, cette manœuvre était, pourrait on dire, la manœuvre idéale.
Un premier détail nous arrêtera. Pendant le temps opératoire qui consiste à décoller de l'excavation pelvienne le péritoine pariétal et à former, de la sorte, ce que j'appelle le pédicule pelvien (dans lequel sont compris le rectum, les organes génitaux internes avec les uretères et la vessie), j'éprouvai et lis noter une extrême difficulté à séparer le rectum de la face antérieure du sacrum. Le
(1) M. Letlxle, La pratique des autopsiea. Paris, Masson, avec 136 flgurcs.
334 MAURICE LETULLE
tissu cellulo-adipeux rétro-rectal, lâche à l'ordinaire, était, dans ce cas, dur, sclérosé, fort adhérent aussi bien à la face postérieure du rectum qu'au bassin. Il n'existait en ce point cependant aucune infiltration carcinomateuse, aucun foyer de suppuration chronique et les ganglions sous péritonéaux logés dans l'excavation pelvienne, faciles à reconnaître, ne semblaient atteints d aucune altération spéciale. Le rectum lui-même était dur, serré, plutôt petit.
Un tel contraste entre l'adhérence intime du rectum aux parois osseuses et l'absence apparente d'une altération cancéreuse me frappa dès l'abord et éveilla mes premiers doutes. On termina l'éviscération totale en isolant les téguments péri-anaux et l'autopsie détaillée de la masse viscérale mise en place sur la table commença, dans l'ordre habituel.
Il me parait utile, dans l'intérêt môme de l'observation, de ne pas suivre ici, pour la relation des désordres anatomo pathologiques, l'ordre méthodique, mais de commencer par les points qui nous intéressent d'une façon spéciale, c'est-à-dire par la fin du gros intestin, quitte à rapporter ensuite le reste des altérations viscé raies, afin de compléter d'une manière saisissante ce cas remarquable. 11 me semble, de même, avantageux de poursuivre à fond les lésions du tube digestif et de donner aussitôt après l'examen macroscopique les résultats de l'étude microscopique, ce qui permettra de grouper et de coordonner les éléments du problème.
Le cadavre, émacié d'une façon extrême, mesure, comme taille, 1™68 et ne pèse que 28 kilogrammes, 100 grammes.
Autopsie du tube digestif. — Commençons par le tube digestif, en procédant de bas en haut. L'anus est sain; quelques saillies hémorrhoïdaires, peu volumineuses s'y montrent, très communes chez le vieillard.
Le rectum (pi. I), dès son origine, et dans toute son étendue, est le siège de lésions chroniques, très remarquables et, à vrai dire, tout à fait particulières, car elles ne ressemblent, à première vue, à aucune des altérations habituellement observées, au coure d'une autopsie, du moins dans nos climats.
Tout d'abord, avant incision, le rectum et la partie terminale du colon iliaque, sur une longueur totale de 0™43 centimètres environ, apparaissent contractés, durs, blanchâtres; le cylindre coarcté qui
BILHARZIOSE INTESTINALE 335
en résulte est ferme, surtout dans ses 15 ou 20 derniers centimètres et presque rigide. Le volume général de cette portion terminale du tube intestinal est réduit, sa forme étant régulièrement cylindrique, plus serrée cependant au niveau du rectum et de plus en plus lâche à mesure que l'on remonte le long du colon iliaque. Plus haut, le gros intestin reprend sa mollesse, sa laxité et sa consistance ordinaires.
On incise le gros intestin, le long de la face postérieure du rectum et en allant de l'anus vers le caecum. Les parois, dans toute la région coarctée, sont dures, fibroïdes et résistent fort aux ciseaux. On sent que l'on coupe des couches denses et épaissies; aucun suc ne s'échappe sur la coupe, qui reste remarquablement sèche.
Le rectum et le colon ouverts (planche I) mettent à jour la surface de la muqueuse et dégagent la cavité intestinale. Cette cavité est vide, ou à peu près. A peine quelques îlots de mucus grisâtre sont-ils adhérents à la face interne de l'organe; ils ne peuvent modifier Taspect général de la muqueuse. La surface muqueuse offre, d'une façon très nette, une coloration gris-noirâtre, presque ar doisée surtout au niveau du colon. Sur ce fond terne, lisse, au moins en apparence, dépourvu de plicatures ou de pertes de substance visibles à l'œil nu, apparaissent une trentaine de saillies verruqueuses, d'un rouge brunâtre vif, dont la couleur et le relief tranchent violemment. Ces saillies, qui rappellent d'une manière saisissante les adénomes sessiles du rectum, sont peu volumineuses, ne dépassant guère la grosseur d'un pois. Quelquesunes d'entre elles, les plus apparentes, sont pédiculées et ont une forme régulièrement sphérique; elles sont toutes bien isolées, sans qu'autour d'elles la muqueuse offre la moindre trace de pertes de substance quelconques, ulcérations, escharres, ou décollements en voie de suppuration.
Hormis ces saillies verruqueuses, la muqueuse, dans toute son étendue, apparaît unie, lisse, plane; à peine, sur quelques points, semble-t-elle quelque peu tomenteuse et veloutée. Nous verrons, sur les coupes microscopiques, combien Tœil nu peut tromper dans cette interprétation de l'état d'une muqueuse chroniquement enflammée.
Au palper, on contaste cependant l'adhérence intime de la surface interne de l'intestin aux couches sous jacentes. La muqueuse ne
336 MArRICE LETULLE
glisse plus sur les plans qui la supportent, indice certain d'une lésion chronique de Tintestin, d'une symphyse entre la muqueuse et les couches musculeuses. D'ailleurs, s'il est difficile, par suite de cette adhérence, de noter l'épaisseur de la muqueuse, on reconnaît sans peine, sur la tranche, que les couches sous jacentes, en particulier les couches musculeuses du rectum, sont fort épaissies et très nettement reconnaissables; cette hypertrophie des couches musculaires est tout à fait comparable à celle qui accompagne leur infiltration diffuse par les cellules cancéreuses dans le carcinome du rectum ; nouvelle source d'hésitation etd'embarras, qui nous empêche de nous prononcer, avant l'examen microscopique des parties jugées à bon droit suspectes.
On s'empresse d'étudier la surface du rectum et tout le péritoine pelvien, réceptacle habituel de tant de lésions infectieuses ou cancéreuses. Le péritoine pelvien est de toutes façons sain ; aucune adhérence, aucune tumeur, aucun infiltrât n'altère la surface de la séreuse. Tous les glanglions pelviens péri-rectaux, péri-vésicaux, péri-prostatiques sont recherchés, palpés, coupés avec soin ; ils ^ont intacts, à l'inverse de ce qui a lieu dans les alTections cancéreuses de l'excavation pelvienne, ayant duré quelque temps.
A coup sûr, il s'agit d'une affection peu ordinaire, aussi différente de la dysenterie chronique, d'ailleurs, que du cancer. La dysenterie chronique, même circonscrite au rectum, accident rare, n'infiltre pas de cette façon la totalité des couches constitutives de l'organe par une sclérose diffuse, hyperplasique, à ce point; sinon, elle occasionne des sténoses étroites, partielles, annulaires, mais ne trans forme jamais en un cylindre fibreux régulier trente à quarante centimètres du gros intestin.
En examinant le reste des organes contenus dans l'excavation pelvienne, afin de dégager sur le champ les données du problème anatomo-pathologiciue qui se présentait à nous, nous trouvons quelques détails dont l'importance deviendra capitale par la suite.
La vessie, dont les lésions auraient pu retentir sur le rectum, est petite, ferme, contractée ; sa muqueuse, plissée et assez molle, est intacte.
r^a prostate fait au niveau du col vésical une saillie notable et y dessine une esquisse de lobe moyen bilobé, de consistance modérée, semblable à celle des deux lobes latéraux légèrement augmentés
BILHARZIOSE INSTESTÏNALE 337
de volume, mais indemnes quant à l'existence d'une lésion tumorale.
Les uretères, faciles à dégager dans leur partie supérieure iliaque et lombaire, sont au contraire épaissis et tuméfiés dans leur portion pelvienne, à partir de 12 centimètres au dessous du bassinet. Leur consistance est augmentée, d'une façon très manifeste, et leur couleur blanchâtre, comme nacrée, est des plus significatives; à mesure qu'ils s'enfoncent derrière la vessie, il faut les sculpter à proprement parler au milieu des tissus fortement sclérosés. L'incision des uretères montre, toutefois, l'intégrité parfaite de leur muqueuse.
Les reins sont petits, atteints de néphrite chronique atrophique, avec quelques petits kystes à leur surface.
Le dégagement des canaux déférents et la mise à nu des deux vésicules séminales est malaisé, pour la même cause, qui est l'épaississement fibroïde des tissus constituant le plancher pelvien. A l'œil nu, cependant, rien ne donne l'impression d'une infiltration tumorale, sarcomateuse ou cancéreuse : il semble bien quil s'agisse uniquement d'une inflammation chronique bizarre, fibreuse, toutàfait exceptionnelle et exempte de toute suppuration.
Des deux testicuks, le droit est sain et le gauche atteint d'hydrocèle vaginale très légère, ancienne.
Les os du bafsin, le sacrum et le coccyx, en particulier, sont examinés avec toute l'attention nécessaire et ne montrent aucune lésion, soit tuberculeuse, soit actinomycosique; le périoste qui les recouvre est d'ailleurs de consistance normale et a résisté au processus inflammatoire sclérosant du voisinage.
Terminant l'étude du tube digestif, on note les détails suivants: le reste des colons est normal et la muqueuse y montre ses caractères habituels de mollesse de laxité; elle glisse bien sur les tissus sous-jacents.
Le csecum est libre et ne contient pas de Trichocéphales. L'appendice vermiforme, long de 0,05 centimètres, est entouré d'anciennes adhérences fibroïdes peu étendues. Son extrémité libre se rétrécit brusquement à un centimètre environ du bout de l'organe et la cavité de l'appendice, normale par en haut, est oblitérée sur ce dernier centimètre. Cette lésion, minime, révèle l'existence d'une ancienne appendicite oblitérante, très commune chez tout individu
338 mai:hick letulle
ayant dépassé îiO ans (3i) à 33 pour 100, d'après mes observations).
Vintestin grêk est normal dans toute son étendue, et Yest€ma4:, sain, ne présente, vers la partie moyenne de sa petite courbure, qu'une petite saillie blanchâtre, produite par une masse logée dans la sous-muqueuse, de la grosseur d'un pois, et que TeKamen microscopique a démontré être un ganglion lymphatique sous-muqueux, normal.
Examen microscopiqlte du tibe digestif. Bilharziose
Di: RECTl'M ET D[' COLON ILIAQUE.
Pour être complète et utile, l'étude des lésions intestinales demande à être poursuivie d'une façon méthodique. Elle doit porter successivement sur les différentes couches et sur les multiples tissus dont le groupement constitue l'organe digestif.
Tout d'abord, il est utile de constater que, sitôt les préparations microscopiques obtenues, le diagnostic anatomo-pathologique de la maladie causale allait s'imposer : il s'agissait d'une infection par \e Schistosomumhœmatobium, aussi facileà reconnaître sur les coupes histologiques du rectum que l'étude séméiotique des altérations macroscopiques avait été, comme on vient de le voir, ardue et hasardeuse. On peut même avancer qu'à peine les fragments durcis du rectum eurent été mis en coupe, le diagnostic aurait pu déjà, sans le secours du microscope, se formuler presqu'à coup sûr. En effet, on sentait le rasoir passer à cha(|ue instant sur des fragments calcifiés, microscopiques ou inappréciablesà l'œil nu pour la plupart et, s'y ébréchant, donner,*de la sorte, à prévoirqu'il s'agissait d'une affection chronique parasitaire. En l'espèce, la bilharziose devenait donc des plus probables. Les préparations microscopiques fournirent aussitôt des renseignements formels.
D'une façon générale, la tolalité du rectum et du colon adjacent est envahie par une inffammation chronique diffuse, prédominante au niveau des couches muqueuse et sous muqueuse. Cette entérite chronique s'est installée, de la sorte, à la face interne de l'orgaûe et n'en a respecté presqu'aucune partie. A peine si, de place en place, par îlots, la muqueuse rectale présente encore ses caractères normaux; nous verrons bientôt que, même dans la zone réputée saine, des lésions existent, aisées à reconnaître.
BILHARZIOSË INTESTINALE 3îi9
MCQUEl'SE INTESTINALE.
Suivant les points examinés, la muqueuse montre tantôt les signes d'une inflammation chronique diffuse, à tendance ulcérative, tantôt les caractères d'une hyperplasie générale de ses tissus fondamentaux, hyperplasie telle, surtout au niveau des saillies verruqueuses décrites au début de l'autopsie, que l'ensemble des lésions correspond à un véritable adénome glandulaire.
Étudions sucessivement ces différents aspects.
LÉSIONS uLCÉRATivES. La muqucusc (lîg. 1), sur les points ulcérés, montre ses glandes en tube en voie d'atrophie, réduites de nombre, raccourcies; souvent même elles ont totalement disparu sur une large surface (pi. Il, lig. i). La persistance de quelques rares culsde-sac glandulaires, ou, suivant l'obliquité plus ou moins grande de la coupe, de quelques goulots des glandes de Lieberkûhn permet cependant de différencier la couche de tissu conjonctif immédiatement en rapport avec le contenu intestinal et d'apprécier l'épaisseur de la muqueuse. Partout où leprocessusulcératif est en évolution, on peut constater la transformation de la muqueuse en une sorte de tissu de bourgeons charnus, couche de tissu conjonctivo-vasculaire chroniquement enffammé, qui affecte, en maints endroits, une épaisseur égale, sinon même supérieure à celle de la muqueuse normale. C'est qu'en effet, le travail inflammatoire qui a envahi la muqueuse rectale n'est, en aucune façon, comparable aux lésions dysentériques ou dysentériformes de l'intestin. Avant même de découvrir dans la charpente interstitielle delà muqueuse la cause spécifique de ses souffrances, on peut établir la marche des lésions.
Sous l'influence d'une irritation chronique persistante ou tout au moins durable, la gangue interstitielle s'est laissée envahir par deux sortes de désordres trophiques. Le premier peut être en date a consisté en une infiltration des espaces conjonctifs par un grand nombre d'éléments cellulaires, mononucléaires; de ces éléments, les uns sont, à n'en pas douter, des cellules lixes interstitielles tuméfiées, gorgées de sucs; elles ont proliféré et se sont accumulées dans les fentes inteï'-flbrillaires du squelette conjonctif; d'autres sont des éléments provenant du sang et ayant, franchi, par diapé-
3W MAimCE LET[:LLF.
dëse, les piiroisdes vaisseauxcapillairesetdes reioulesdelarégion. Sur nombre de points, en elTet, il est facile de reconnaître une large palissade d'éléments rellulaires groupés autour des vaisseaux sanguins dilatés, remplis de sang et de leucocytes (llg. 1),
■s do la bilharziosc
La coupe pnsse par une r^Rjun (*n voie d'uld^ralion ; la muqueusR n'est roppndunl pa» lout h luit délruitt^ ; on roconnill rneore Irois coupes de f(landes de Liebcrkohn au milieu des rentes d'un siguetelle intersUtiel inllltre d'elt'ineiits InOammaloires.
La couche sous muqueuiie, 1res épaissie, Itbroidc, permet de diltéreneler eneore la muiculdris nivcosaf sous forme d'une bande parulieie ii la surface el envahie par do nombreux Ilots de cellules embryonnaires. En plusieurs pointe, «d reconnaît des vaisseaux lymphatî(|uos remplis de leucueyles.
Au bas de la préparaUon, la zone interne dn la couche musculeuse Inlerne du roclum se dessine, saine quant i<ses faisceaux musculaires.
En même temps, ou peu de temps après ce travail désorganisateur, les fibrilles connectives ont ressenti pour leur part les conséquences de l'irritation phlogogénique subie par l'ensemble
BILHARZIOSE INTESTINALE 341
de la muqueuse : elles se sont épaissies, se vsont durcies, ont resserré les travées formées par leurs faisceaux, tant autour des vaisseaux ou des nerfs qu'au niveau des culs-de-sac glandulaires. Une sclérose diffuse, désordonnée, en est résultée, transformant en un tissu dur, lardacé, fibroïde, la muqueuse, molle et souple à rétat normal.
Sous la môme cause et subissant, sans doute, à distance, les mêmes* intoxications destructives, les glandes de Lieberkûhn se désagrégeaient (fig. 2). La façon dont s'altèrent les glandes en tube deTintestin, dans cette variété si remarquable d'entérite chronique, n'est pas unique, ainsi que nous le verrons par la suite. Le procédé commun, celui qui accompagne linflammation dystrophique dont l'expression ultime est la formation d'une ulcération, est fort simple. Sous l'influence du processus décrit plus haut et, autant qu'on en peut juger, en même temps que la gangue interstitielle s'infiltre d'éléments inflammatoires, la glande de Lieberkûhn se resserre, se tasse et se laisse envahir, de dehors en dedans, par de nombreuses cellules lymphatiques, mono et polynucléaires (fig. 2). Les épithéliuins sécréteurs perdent leurs caractères spécifiques; de cylindriques et clairs qu'ils étaient à l'état normal ils deviennent cubiques; leur protoplasma s'assombrit et perd la faculté de sécréter du mucus. Bientôt même, la forme générale de la glande se modifie, au point qu'avec les techniques colorantes ordinaires, les épithéliums sont diflicilement reconnaissablesà un faible grossissement. Enfin, toute trace d'un organe glandulaire disparait et le tissu conjonctivo-vasculaire de la muqueuse semble dépourvu tout à fait des cavités épithéliales normalement réparties dans son épaisseur. Lorsque la mortification ulcérative de la surface de la muqueuse ainsi altérée survient, il est possible de saisir sur le fait Télimitation dans la cavité intestinale des épilhéliums et des glandes qu'ils constituaient (fv^. 2). Les cellules secrétoires sont disloquées, infiltrées de microbes, entourées de nombreux leucocytes, surtout polynucléaires, et quittent le territoire qui leur donnait asile.
L'ulcération de la muqueuse se [poursuit et se complique inévitablement de lésions infectieuses aiguës ou subaiguës qui activent, si elles ne l'ont pas déterminée primordialement, la mortification parcellaire, sinon élémentaire, de la surface de la membrane adultérée. Les vaisseaux lymphatiques de la région se montrent, ça et
3W Maiiuce letlxle
là, bourrés de cellules embryonnaires. Toute trace des tollicules lympliatiquein niuro sous-muqueux, norm<itemeiit répartis par larf^es espaces dans l'organe, s'est fondue dans rinlillmtion embryonnaii'e du sijueletle îuterstilîel; ^ vrai dire, les follicules
<1jO.
Di^lHil, k un [nrt grossi sscmont, <lo la flRure pn^Menlo (partie mojrnnne ttc 1» aurfHCfi ulri^ri^). On Hporcoit, au miliou iIps Ussun morllllés qui limitent le haut de la llfturc, une (tlando en tnbr, rpconnaUsabl<' à spu i|ueli|uc<>< épltbi^liama nncurr cylindrlijui's. Los rcllulefi fflandutaircs, inDItr^e de l(-urocyteB cl de microbes, sont en train de sn dissocier.
Touln la KHn)(ur> conjcrllvo-vascutairc lnl<>rslltlp|le, m1i<|Unt du iMinclpItC dr I* muifuense. exl inlllir>W> d'inmimbrabli-s l'-li^inrnig cmhryunnatres ()<■' tormcnt, T» Fl lit, di'H plucnrdit vivement tcInti^H. Ir» vaisseaux y sonl dlnicilfs il rooonnatire, gorfii^s dn leuciicytns ri entoiiri's dn ccllnles diaptyf's*^!».
Au-d<^s<ius du Imncon de Iiiglandu iln LletHTkAhn on vole de destruction et duo loin d'elln, apparfliswnl deux ii-uFs de Bllharziit, caracti^rlstlques, vldi's de leur embryon, el fnllltn's de leucorj'IeK m kurycilyse pour Ih plupart.
Iymphati(iues y sontdevenus inérotmiiissabies. En tout cas, jumais ils ne donnent lieu à un abcès ciiTonsrril; jamais ilis ne s'avamenl il Ih surface de l'ulcération, jamais non plus on ne trouve à leur
BILHARZIOSE INTESTINALE 343
place quelque cavité, mise en communication avec la surface intestinale, et tapissée d'un revêtement épithélial cylindrique, lésion commune et pour ainsi dire pathognomonique, au coursdela dysenterie vraie.
L'ulcération de la muqueuse n'en atteint, d'ailleurs, nulle part les couches les plus profondes; aussi la muscnlaris muœsae n'ailleure-t-elle pas au fond des pertes de substance. On peut donc, à coup sûr, afïirmer ici que celte lésion entéritique diffère profondément des altérations propres à la dysenterie chronique. Au reste, la cause déterminante de l'affection présente sihs cril d'une façon tellement saisissante, dans les couches mêmes de la muqueuse, au voisinage de toute ulcération, que le doute est impossible. Tout au plus pourrait on se demander si, aux lésions bilharziennesdu rectum et du colon iliaque, la dysenterie ne serait venue se surajouter. Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, ceux qui vont suivre, permettront d'éliminer l'hypothèse d'une combinaison de deux affections intestinales si distinctes, et, à coup sûr, si dissemblables.
Dans l'épaisseur de la muqueuse en voie d'ulcération, on aperçoit fréquemment sur les coupes (fig. 2 et pi. 11, fig. l) la cause de la lésion représentée par un certain nombre d'œufs de Bilharzie. Ces œufs, sur lesquels nous aurons à revenir a propos des détails histologiques auxquelsils donneront lieu,semontrent,dansrépaiS' seur de la muqueuse ulcérée, sous deux aspects différents : tantôt, il s'agit d'œufs remplis par un embryon caractéristique, ovoïdes, munis pour la plupart d'un éperon, soit latéral, soit polaire, (pi. 11, fig. 4 et î>); tantôt, l'œuf s'est évacué, l'embryon a disparu, la coque est rompue (pi. 11, fig. 6 et 7) ; elle risquerait d'être méconnaissable, même à un fort grossissement, si la technique colorante n'intervenait pour la déceler à coup sôr dans l'intimité des tissus (1).
LÉSIONS HYPERPLASiQUEs. — La secoudc série des altérations subies par la muqueuse du gros intestin consiste, à l'inverse des précé dentés, en un travail d'hypertrophie excessive, en une hyperplasie
(1) I>a technique colorante usitt^e et lu plus commode consiste on l'action successive de rhi^matoxylino et de IVosine. Les œufs sont vivement leinli's (pi. II). Li»$ œufs vidés sont très faciles à reconnaître sur les coupes colorées à rh<^niatoxyline-orcéine : ils ont un ton jaunâtre sale qui tranche vivement sur le ton bleu ou violàtrc des éléments cellulaires avoisinants.
:(U MAURICE LETULLE
considérable, souvent même désordonnée, des deux plus importantes des parties constitutives de la muqueuse : lit ^ugue cunjonclivo-vasculaire et le lissu glandulaire épithélial.
l'ourétiuliercoinmeillaut ces désordres d'origine inflammatoire et dont la cause, spécifique à n'en pas douter, est toujours facile à reconnaître, le mieux est de commencer par les poinls où ils sont
Dt^tail d'une des saillies adi'nomateuses di^rllrs h In surface ilc la mnqoeuse rcclule. Toutes lf« glundos de LIebcrkOtiD, prollléréns dans une proportion conMdèrubltv, sont dëtormérs, allongi^es, souvent dilatées, «urlnut au voisinage de leur embouchure à la surface de la muqueuse. L'orientation de ces glandes hj'perplieiées csl Irrégulicre; leur paralItïKsme habituel a disparu ; elles s'onloncenl siw ordre dans la muqueuse hyperplasite. Leurs dimensions sont, de mfmc, aus»i irri^gul 1ères que désordonnées. A cet égard, l'aspect de la coupe rappelle d'une manière saisissante celui d'un adénome ordinaire du rectum. Il faut noter l'iDl^griti^ parfaite do la mnscularif mucofae i(ui limite, par en bas, la muqueuse et n'a, sur aucun point, été entamée parles proliférations glandulaires.
Au somme! de la masse, le tissu interstitiel, hyperplasié, très vasculalrc, couronne la coupe â la façon d'un énorme tKiurgeon charnu, en forme de c4ne.
développés au maximum, par les ilôts adénomateux décrits au moment de l'autopsie Ipl. 1) sous le nom de « saillies verrnqueuses h de la muqueuse.
Sur les coupes passant par ces saillies (pi. Il, flg. t, 2 et 3), rien n'est plus facile que d'établir la part revenant à la gangue et celle
BILHARZIOSE INTESTINALE 345
ressortissant aux appareils glandulaires, aux glandes de Lieberkûhn.
La gangue coxjonctivo-vasciilaire. — Partout où la muqueuse est épaisse, et surtout dans les points où la saillie devient adénonialeuseet forme un relief tumoral, à proprement parler, le tissu conjonctîf s'élève, s'étale et prend des proportions anormales; il s'hyperplasie jusqu'à atteindre et dépasser parfois un centimètre, un centimètre et demi d'épaisseur. Les travées connectives sont plus larges et plus denses qu'à l'état normal (lig. 3 etfig. 4); elles s'entrecroisent dans tous les sens, cloisonnant la coupe de nombreux tractus fibreux et de vaisseaux capillaires dilatés, et prenant en maints endroits la place des glandes de Lieberkùhn atrophiées (pi. II, fîg. 2), pendant que les œufs de Bilharzie s'incrustent, en proportions variables, dans les espaces interstitiels élargis.
Lorsque, comme nous allons le dire, les glandes muqueuses subissent un processus analogue, se développent ets'hyperplasient, le squelette connectif qui les entoure suit l'évolution hypernutritiye qui entraine tout l'organe intestinal et s'hypertrophie, de son côté, proportionnellement au molimen hyperglandulaire du voisinage. Souvent alors, il arrive (on peut l'observer fig. 3 et 4) que le sommet du relief adénomateux qui a bourgeonné au-dessus de la muqueuse, se couronne pour ainsi dire d'un vaste dôme conjonctixo-vdsculaire privé entièrement de glandes de Lieberkùhn et monstrueusement hyperplasié. La surface même de la muqueuse intestinale dépourvue de revêtement épithélial (par suite des altérations cadavériques) n'est point ulcérée: les dernières strates connectives et les anses capillaires qui les accompagnent ne présentent, en effet, aucune trace d'un processus de nécrobiose quelconque. 11 est donc probable que, durant la vie, ces bourgeons énormes qui coiffent la saillie de l'adénome, étaient recouverts de la couclie d'épithélium cylindrique appartenant en propre à l'intestin. J'ai pu, pour ma part, retrouver sur quelques coupes ce revêtement épithélial (à une seule couche) à la base de plusieurs adénomes, au niveau du pédicule qui les reliait à la muqueuse intestinale.
Quoiqu'il en soit de ce détail, la saillie bourgeonnante de Tadénonie est constituée (fig. 4) par un énoruïe amas de tissu conjonctivo-vasculaire extraordinairement riche en vaisseaux ca[)illaires. Le squelette interstitiel s'y montre sous forme de tractus fibroïdes,
Archhesi de Parasiiologie, IX, n" 3, ilXKJ. 23
346 MAiniCE LETIXLR
iort denses, comiae creusés d'innombrables rigoles occupées par autant de vaisseaux sanguins très dilatés. Les parois de ces vais seaux eapillairessontelles-niéniesti'ès denses, épaissies, nelleiiieat
Kiu,
r>élHlt de la llgiirc pr<^(^denl«. l'n [raftmrDl du sommet de la saillie ad^nomateuse. La coupe entame peu, en ec pâlot, iFKRlandnH de Lieberkahn hj'perpta.sîi^s el montre qu'il lu surface mâmc ilc la inui|ueuHe un amas de tissu conjonclivuvasculalrc cxttV'mcmcnl vi^Ri^lant laisait aaillin; il y devait ^tiv l'une des twarcs dps lii^morrliaftieH [rÉ(|ucnles, siftnaWes pendant la vie. I^a surface m(^me df wl i^normo llssu de buurgcun charnu est peu irriti'e; les leucocytes s'y moutrcnl peu nombreux, preuve d'un i^tat alonique permanent de celle n'fiion en conlarl direrl avec les matières intestinale».
La gan^iue conjonctive est librolde, dense, riinime creti.soc d'innombrables canaux capillaires ttangulns. Les purulaileecs vaisseaux so^tetles-ml^mesden^ies, bien dessInf^H, biird<^s par unn couclin endoUi^liule salllanle, vivement colora.
Au bas du la pr<>pa ration, Imis glandes de LlcberknhnliypcrpIasIi^sJtrenIrOnif el RorKées de mucus,
dessinées. Lesendolliéliiinisquilornient lu lumière de ces vaisseaux
y [ont saillie el les léarlifs coloiiints les mettent bien en valeur.
I-a direction générale de res liou])i>es vasculaires est. (riiiiefaçiiii
BILHARZIOSE INTESTINALE 347
assez régulière, perpendiculaire à la surface de la muqueuse intestinale, détail qui cadre bien avec la notion première d'un énorme cône de bourgeons charnus, exubérants, ayant débordé le travail hyperplasique subi par les glandes de Lieberkùhn.
Enfin, le tissu en question était, semble t-il, bien peu sollicité par les causes irrilatives secondaires qui devaient, cependant, menacer sans cesse la masse verruqueuse faisant saillie dans l'intestin ; car on ne trouve pour ainsi dire pas de cellules lymphatiques dans les espaces inter- capillaires et en particulier à la surface même du bourgeon charnu; tout y est silencieux, rien n'est nécrosé, aucun microbe colorable par les moyens ordinaires ne semble s'être infiltré dans les fentes interstitielles.
Par contre, dans la profondeur des dits bourgeons charnus, il m'a été souvent donné de trouver des œufs de Bilharzie, soit à Tétai isolé, soit réunis en amas copieux (pi. II, fig. 2). Quelquefois même, mais plus rarement, un œuf encore plein affleure h la surface de la masse bourgeonnante, tout prêt à tomber dans la cavité intestinale.
Jamais je n'ai pu observer d'îlots calcifiés (œufs morts) dans l'épaisseur de ces gros bourgeons conjonctivo vasculaires; jamais non plus, et ce point méritera quelques remarques plus tard, aucune trace de la plus minime hémorrhagie interstitielle, tant ancienne (pigments), que récente (hématies) n'a pu être trouvée dans ces îlots d* a entérite végétante subaigiie », pas plus, d'ailleurs, que dans aucun endroit d'une partie quelconque des parois de l'intestin malade. La bilharziose intestinale n'occasionne jamais d'hémorrhagies interstitielles. Inversement, il paraît très admissible que ces saillies, vascularisées au maximum, ont été l'origine des selles sanglantes si communément observées dans la bilharziose intestinale.
Les glandes de LieberkChn. — En principe, on peutavancerque, dans les zones hyperplasiées de la muc^ueuse rectale ou colique, les glandes de Lieberkùhn, partie foiuiamentale et pour ainsi dire spécifique de la mu([ueuse intestinale, sont altérées. Quelques-unes, et c'en est à vrai dire, en apparence, le plus petit nombre, se montrent en voie d'atrophie, réduites, sectionnées peutélre par les végétations de la gangue interstitielle; sur de larges espaces même, toute trace de glande muqueuse peut avoir disparu (pi. H, fig. 2, partie droite delà préparation). Ailleurs, les glandes
348 MAURICE LETULLE
en voie d*atrophie alternent d'une façon toute irrégulière, avec d'autres glandes en évolution hyperplasique manifeste et devenant de véritables adénomes.
La caractéristique des îlots adénomateux est donnée par deux sortes de lésions hypernutritives frappant les glandes en tube simple de l'intestin : Y hypertrophie et Vhjperplasie glandulaires. Si l'on examine les coupes passant par une des régions adénomateuses {fig. 3, 4 et o ; pi. Il, fig. i, 2 et 3), on distingue sans peine et l'on différencie l'un de l'autre ces deux processus, souvent combinés d'ailleurs d'une façon saisissante. Sur les points où la muqueuse apparaît considérablement épaissie (pi. II, fig. 2), les glandes de Lieberkùhn suivent l'évolution bypernutritive de la membrane et s'allongent en proportion. C'est ainsi cfue la glande de Lieberkùhn qui mesure, en moyenne, 160 à IGo t* de long et 65 à 72 u de large, sur une muqueuse normale, peut atteindre 600 u, 780 a et même, dépassant ces dimensions déjà énormes, se prolonger avec tous les caractères normaux d'une glande en tube simple, non raniitiée, jusqu'à 1000 et lOoO a, c'est-à-dire dépasser un millimètre de hauteur. Le diamètre de la glande hypertrophiée peut atteindre (quand les épithéliums sont aussi très allongés) jusqu'à lîiOaet 180 ;i. OttehypertrophiesimpledelaglandedeLieberkùhn, trèscommune dans les cas où la muqueuse irritée subit un épaississement considérable, s'accompagne soit d'un état parfaitement normal de sa couche unique d'épithéliums glandulaires cylindriques, soit de leur hypertrophie corrélative.
L'épithélium normal, mucigène, de la glande de Lieberkùhn saine mesure, en moyenne, 19, t/.,6à 24 a, l'épithélium cylindrique de revétenientdela muqueuse ayant, en moyenne, 20 a,8 = à 22a. Dans les glandes simplement bypertrophiées, allongées à l'extrême ainsi qu'on vient de le voir, l'épithélium sécrétoire, mucigène comme à l'état normal, atteint d'ordinaire 2;') et 32u,8, se mettant, lui aussi, en voie d'hypertrophie. Souvent, surtout lorsque l'hypertrophie de la glande est devenue excessive, l'épithélium qui la tapisse, tout en restant typique, c'est à dire cylindrique, avec un noyau unique etun protoplasma gorgé de mucine, s'hypertrophie de même et s'accroîl jusqu'à iJO/jiet même 50 a, 5, c'est à-dire plus du double de sa longueur normale, sa largeur n'augmentant pas en proportion. D'ordinaire alors, la glande s'est fort élargie, et sa cavité, denieu
RILHAUZIOSE INTESTINALE 349
rant étroite proportionnellement à l'épaisseur de la paroi, l'épithéliuin cylindrique serréloire subit une modifiralion déstructure très apparente, presque constante, qui est la suivante : à la limite interne du protoplasma (fig. 5) et le séparant de la cavité glandulaire, le plateau finement strié s'accuse dans toutes les glandes qui ne sont pas encore détruites par la suppuration ou par un processus anévrj sinalique dont nous aurons plus loin à étudier les détails.
Ce plateau strié alTecte une épaisseur à peu près constante de 4 w, ?;> àiîu. Les fines hachures qui le parcourent sont toutes perpendiculaires à la surface libre de la cellule et par conséquent parallèles à son grand axe longitudinal. Elles s'arrêtent exactement à la base du plateau sur la ligne de contact qui le sépare du reste du protoplasma, clair, granuleux et souvent gorgé de mucus. Jamais on ne trouve enclavés dans les interstices de ces stries du plateau ni microbes, ni cellules lymphati(|ues.
Ia\ lumière glandulaire, dans ces cas d'hypertrophie simple, reste souvent étroite et n'est remplie que d'une petite quantité de mucus, en tout semblable au mucus intestinal ordinaire. Mais il arrive fréquemment, surtout dans les îlots adénomateux très irrités, que la lumière s'élargisse et que le mucus s'accumule en larges flocons dans la cavité dilatée. En ce cas, l'infection secondaire de la glande est la règle et ne diffère en aucune façon de celle qui ne fait jamais défaut au niveau des glandes de Lieberkùhn hyperplasiées, adénomateuses, ainsi que nous le verrons bientôt.
Étudions d'abord les hyperplasies glandulaires. Lorsque le processus irritatif qui entrelient la glande dans un état de nutrition exagérée se prohmge à l'excès, et lorsque le molimen inflammatoire est tel que l'organe entier subit une exacerbation générale dans son développement, une lésion nouvelle se surajoute à l'hypertrophie simple : c'est l'hyperplasie.
Sous la poussée qu'entretiennent non loin d'elle les œufs de Bilharzie (pi. II, fig. 6 et 7), la glande force ses limites et rompt ses entraves héréditaires, qui avaient fait d'elle un simple tube cylindrique : elle se ramifie (flg. (5). Les épithéliums cylindriques, qui lîïpissent sur une seule couche sa face interne, se tuméfient, s'allongent et prolifèrent; leurs noyaux subissent, à l'ehvi, la multiplication karyokinétique, au fur et à mesure que [des culs de-sac
XiO MAinlt^i: LETULLC
unuveaux foiil saillie à la surface externe de la glande ainsi soumise à une hyperlrapliie monstrueuse. Le tissu conjonrlivo vasculaire qui entoure la ;tlande, vaincu par cet eltorl incessant exeriT
La coupe dp Ih Klondc la plus inti'ricure monlrn V hypertrophie pxcpssivn de» cellules épilhi^lialcs cylindriques qui titpisscnt 1h lumière de. la gtandn considprablnmcnl agniDdio {hijperplasieglandiUaire). La plupart des épHh(^liuins)iiftantesquea, bien plni^i's sur la coupe, ont leur proloplasma gorgà do goutleletle» di' mucus, et sont limit'^s, du c<^tË de la eaviti^ de. la glande, par un plaleau nnemoat slrl^. prouvant que la glande n'est pas di^truite, soil par suppuration endog^Dc, soit par ulcération des couches constitutivfs de la muqueuse.
Nombre de cellules migratrices, phagocytes, se sont inlillr<W dans les Inlcrsllcesqui st^parcnt les Opllhéliums; quelques-uns ont allelDllacavIti^ glu ad u luire.
La glande supi^rieure est en vole d'atrophie; ses i^pithi^lfums onl perdu leur lor me cylindrique et sont devenus IrrÉguIKTement cubiques; leurs noyaux onl proliFéri^, les leucocytes envahissent la couche l'pilhtMiale et pi^parcnl la dt>5organisation terminale du cul-de-sac glandulaire.
sur lui par le tissu épitliélial, cède, recule, tout en s'hyperpla siant lui aussi; mais jamais, du moins dans les innombrables coupes examinées par moi à ce point de vue, révolution adénomateuse, tumorale au sens absolu du mot, qui entraîne hors de leur
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volume et de leur forme anceslrale les glandes de Lieberkûhii, ne lésa menées jusqu'à répithélioma glandulaire, jusqu'au cancer. La règle anatomo-[>hysiologique qui imposa aux épithéliums glandulaires de la muqueuse intestinale une barrière conjonctive n'a été, sur aucun point, violée. La lêsioyi si curieuse décrite ici est en rapport immédiat acec la présence des œufs de Bilharzie ainsi qu'on va voir; elle ne relève que d'une irritation inflammatoire, hypertrophique au sens le plus élevé du terme; elle n'a pu parvenir à créer de toutes pièces, in situ, une dégénérescence carcinomateuse.
Devenues adénomateuses, les glandes affectent donc une forme, une direction et un volume des plus inattendus. Sur les coupes les plus heureuses, on en voit qui, perpendiculaires à la surface de l'intestin, s'enfoncent dans l'intérieur de la muqueuse sous forme de vastes canaux bifides, dont les deux branches, à peine divergentes, ontchacune une longueur égale, démesurée, et se rejoignent en un conduit commun, plus long lui-môme qu'une glande de Lieberkûhn normale. D'autres, et ces dernières sont surtout nombreuses dans les points les plus saillants des bourrelets adénomateux de la muqueuse rectale, se montrent déformées de fond en comble : il ne s'agit plus de glande en tube, mais d'une énorme cavité multifide, enfonçant dans la gangue interstitielle 3, 4, 5 prolongements digîtiformes (fig. H) plus ou moins allongés, selon l'orientation de la coupe. I^ face interne de ce cloaque est tapissée, sur toute son étendue, par une couche unique de volumineuses cellules épitlïéliales cylindriques.
Ces épithéliums vsont gigantesques, munis d'un énorme noyau, qui présente très souvent les signes d'une division karyokinétique. Les dimensions de ces épithéliums sont extraordinaires. C'est ainsi que j'en ai pu mesurer qui atteignaient, dans toute l'étendue de la glande60u, et 79 ,u, 2. Il m'a été même donné d'en trouver, dans desculs de sac énormes, qui atteignaient jusqu'à 9o£a, 2, leur plateau constamment strié n'ayant que o^jl de haut et leur noyau 15 /x. Le protoplasma de la cellule recouvert d'un plateau strié estclair, peu granuleux, gorgé à l'ordinaire de boules de mucus, sauf lorsque iépithélium est en état de division. De nombreuses figures montrant les diverses phases de la division indirecte (fig. 0) s'observent sur tous les points de la couche épithéliale de ces glandes monstrueusement développées.
!i2 MAL'ItlCK LËTULLIH
Les hasards de la coupe mettent à iiiénie d'étudier les déforma
Vw. G, — l.'nc Riande de Licborkùhn aili^nomalcusr ; prulitira lions i^iiilhéliali-K. x iiOU.
Coupe passant pHrallJ'Iemcnt à l'axe il'unp glaDile de Liobrrhohn prollfirn' d'une lacoD monslrufusi;, La cavitt' k''")^"I"'''<'i ''lu^Ki*' d'une miini^rc pxcessivp, est circonscrite pur plusicuni replis bourfceonnuiils ; on en rrronnatl au moiii'^ trois sur lo cAli.^ droit.
Les ^pilhi^liumi' qui limitenl celte cavlti^ <ie iii ({iandc mnt cfllndriqur». én«rin(>s, ticfumuli^s sciuvcnt sur drux ou piusiours couches. De nombreux éii' ments épithi^liaux montrent leur noynu en mulliplIcHtion kHrjoklnétli|ue, Atfor donni^e. l-es autres ci'lliiles i-pillii''1iales imt des noyaux souvent dMormi'i^. vésiculeux, avec une sulwtjince etiromatiquo plus ou moins pâle, indice d'un l'iat de souffrance subi par l'i^lément. I.e mucus s'est accumult^ en utwndAnndans In cavili'iftandululre.
lions et le volume de ces gluudei: géuntes, l'uut* quelques iine.s qui,
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sur les points où elles ont la plus grande largeur, ne dépassent guère I80a, et 200u, une foule d'autres, à côté, apparaissent dilatées à Textréme; cette dilatation est tantôt régulière, la glande ectasiée conservant partout une forme cylindrique, et tantôt irrégulière, dessinant ainsi sur les coupes transversales les contours les plus sinueux qu'on puisse imaginer. Il en résulte que la mensuration transversale (permettant d'apprécier le volume exact d'une glande hyperplasiée) est presque toujours impraticable. J'ai pu, sur de bonnes coupes, obtenir les chitïres extrêmes suivants : 400 a est la dimension transversale la plus commune dans les glandes dilatées et hyperplasiées. Souvent aussi, j'ai obtenu 4()S u pour un diamètre, et 34i5^a à 330;* pour le diamètre perpendiculaire au précédent. Sur des glandes déformées, irrégulières, j'ai trouvé plus d'une fois un grand diamètre transversal de 750 a, le diamètre perpendiculaire au précédant atteignant et même dépassant 450 v.. Ces chiffres montrent, d'une façon saisissante, le volume invraisemblable atteint par les glandes de Lieberkiihn en voie d'hyperplasie, si l'on se rappelle que la longueur d'une glande normale étant de 162 u, en moyenne, son diamètre transversal ne dépasse guère 65 à 72 a. Il résulte des chitTres précédents que les glandes les plus hyperplasiées sont visibles à l'œil nu ; sur les coupes bien préfiarées, en effet, la muqueuse apparaît trouée d'espaces clairs qui ne sontautresque les glandes monstrueuses en (jueslion. llestànoter(|uelemaximum de ces désordres glandulaires (hyperplasies et dilatations désordonnées) correspond d'ordinaire aux parties les plus saillantes, par conséquent les plus anciennes, des bourrelets verruqueux décrits à la surface de la mucjueuse rectale.
DÉCHÉANCES ciLANDiLAmEs. — Si, coiumc OU ne saurait trop le redire, les signes d'une transformation cancéreuse font toujours et régulièrement défaut dans les glandes adénomateuses, il n'en est pas moins certain que la plupart, sinon la totalité de celles ([ui ont subi au plus haut point le travail hyperplasique ci-dessus décrit, ne tardent pas à être envahies par des lésions dégénéi*atives. L'ectasie, la dilatation chronique de la cavité glandulaire accumule à l'intérieur de l'organe des paquets. énormes de mucus; elle y appelle les ennemis du dehors, les cellules lymphatiques et leurs satellites, les germes microbiens qui font partie de la flore intestinale. Lesglobulesr blancs franchissent la paroi épithéliale (fig. 5et
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pi. II, iig. 7); ils s'iiifillreiit dans les espaces inter-cellulaire»< el tombent dans la cavilé glandiilnire; ils s'y rencontrent avec des détritus variés, {laniii les(|uelsi>ii pt!iit reiuiiuaitreon même temps de nombreux microlies et des épithéliuiiis desquames, altérés.
Lh chvïU- filunilulaîrrt, niUïidi'rablomoiit/'lHrftic, est cncnm tapisKi^p par une founhf ili' d'Ilulfs l'pilhftliiilPH. Tous vm l'-pillii'ljums sont alWrés. m^mnn'ux qui, il droilcot i^n bas (la la lumk-re ftlandulain', unlronscrvâ la dixpusilioii lioemept strli'n iIp lour plati>au, mais Nont cnbiqiii^ cl non pluf cylindriques. Au haut dp la cavlti^, les l'pttht^llums se «ml cuucIk's ubilquoment et Icorii noyaus pnraisspnt iVrasi's. A (tauchr, cnlio, la rouclin l'plllii^llalc Iri-s ili^lormi^ eitt iDiiltn'ë de nombreux Inucoryli's qui la traveriicnt de dehors on dn«lans ni vJi'no''nt se juinilre aux phagoeytns d^jù înrius dans la ravlti' de la glande.
Le muco-pni qnl remplit d'uno mtiniJ-re incomplète la cavilé glandulaire e>t CBracirTlMliiiue,|crAee ii sck lllaments sinueux, à la proportion eonKldi-ruble de leu rocylex polynucléaires qu'il cunllenl etii l 'adhérence intime qu'il allectc aveo la couche épîlhéliale. (.>ueli|ui-s houles clain-s sa ilétachcnl île [a surface des r-pithéliums encore slrirâ.
Lo tissu conjonctif pérl-Rlundulain' esl lusse, tibrorile. incrusti^ de leucocytes.
Lorsque la dilatation de. la glande est devenue extrême (Iig. 1), la lumière se remplit de muco-pus : au milieu des tilamcnts librll laires de mucine et de bbiine, flotlent d'iiinumbi'Hbles cellules lymphatiques, parmi lesquelles prédominent les leucocytes poiy-
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nucléaires. Le mucus adhère intimement à la plus grande partie dcila surface épithéliale. Les épithéliums eux-mêmes s'altèrent profondément. Ils perdent leur forme cylindrique et deviennent cubiques. Bientôt, leur plateau finement strié disparaît (fig. 7). Sous la pression centrifuge exercée sur elles par le contenu de plus en plus abondant, certaines zones épithéliales se couchent obliquement, ou, s'aplatissant, reviennent à leur épaisseur normale, ^lfA,4 par exemple, pour, peu à peu, s'amincir à Tétatde lambeaux flottants, de 14, de 12 et même de S^ d'épaisseur, en perdant leurs noyaux cellulaires jusqu'au point de disparaître tout à fait. La cavité glandulaire se transforme en un abcès; communiquant avec l'extérieur par le goulot glandulaire habituellement très évasé, l'abcès ainsi formé n'est jamais distendu par le pus; au contraire, il paraît très accessible aux matières intestinales. Jamais, sur aucune coupe, on ne peut observer,, à l'intérieur de ces cavités abcédées, d'œufs de Bilharzie, alors qu'autour des glandes hyperplasiées la présence de ces œufs est très fréquemment notée (pi. II, fig. 6 et 7).
La cause de ce processus hyperplasique général est aussi facile à déterminer à propos des appareils glandulaires qu'elle l'était pour le tissu interstitiel. Ici encore, ce sont les parasites infiltrés, dans l'épaisseur de la muqueuse, les œufs de Bilharzie, qui sont, à n'en pas douter, l'élément pathog&nique des hyperplasies glandulaires que nous venons de décrire. Sur les coupes bien colorées à ce point de vue, on reconnaît à chaque pas, tout près des culs de-sac glandulaires, ou le long de la paroi de la glande, dans l'espace inter-glandulaire élargi, quelque coquille d'œuf, rompue, évacuée, mais aussi caractéristique que i)ossible, grâce à sa couleur jaunâtre sale, à sa transparence, et à l'éperon acéré, d'ordinaire latéral, qu'elle enfonce dans le tissu conjonctivo-vasculaire périglandulaire (pi. Il, fig. 6 et 7).
Il y a mieux. Sur les coupes les plus heureuses, il m'a été donné de constater, assez rarement à la vérité, la preuve de 1 élimination possible, sinon certaine, de l'embryon bilharzien à travers la cavité des glandes de Lieberkuhn hyperplasiées (pi. II, fig. 7). Dans ces cas, en effet, la déhiscence de l'œuf s'étant effectuée aux dépens de la région du pôle le plus ténu (sommet de l'œuf), on aperçoit la coquille ouverte largement; son ouverture affleure de plus ou
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moins près la paroi d'une glande hyperplasiée. La rupture est, certes, déjà ancienne, car la cavité de l'œuf est presque toujours,en partie occupée par des leucocytes mono ou polynucléaires en état de méiopragie évidente, sinon mémeen karyolyseavancée (fig 16). I^ pénétration deremhryon,par voie d'effraction, dans la caviléglandulaire élargie nepeul être prouvée; pourcela il faudrait, ce que je n'ai jamais observé, trouver trace d'un embryon dans unecavitéglandulaire. Les embryons font défaut dans les interstices du squelette de la muqueuse, aussi bien qu'à la surface de l'organe, au milieu des détritus accolés aux ulcérations. Toutefois, ce mode d'évacuation est des plus vraisemblables et résulte des constatations précédentes. La glande de Uebcrkulm hypertrophiée et dilatée est une voir d^évacuation pour lea ffufs et pour les embryons de Bilharzie, Celte constatation avait d'ailleurs été faite par mon maître le professeur l)amaschino(t).
MrscrLAiiis mucosae.
La musrularis mucosae, qui joue, à l'état normal comme à l'état pathologique, un rôle capital dans la vitalité et dans le fonctionne ment de la muqueuse, mérite d'attirer l'attention. Bien qu'elle fasse partie intégrante du scjuelette de la membrane interne de l'intestin, elle ne participe pas, dans l'observation aciuelle, à toutes ses altérations. (l'est ainsi, pour procéder selon l'ordre suivi jusqu'à présent, que les lésions ulcératives, atrophiques, l'ont partout respectée. Sur aucun des nombreux points examinés au microscope, on n'observe jamaisqu'une seule ulcération ait mordu surelle; partout et toujours, la nn/.sTM/on.s* reste à l'abri du processus destructif, alors même qu'il a détruit une partie plus ou moinsconsidérable du s<juelette conjoncîtivo vasculaire delà muqueuse; bien plus, les couches les plus superficielles des bandes de flbres musculaires lisses qui constituent (de muscle de la muqueuse «ne sont pas côtoyées par le fond de l'ulcère : constamment, une bande de tissu fibreux persiste assez épaisse pour tapisser le fond delà perle de substance; elle jïrotège contre les germes et les poisons de la cavité intestinale les cellules musculaires couchées parallèlement à la surface. Tout au plus, les faisceaux contractiles de la witiscM/am
(1) Damascbino. BuUetinn et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de /'«ris, p. IjO et suivantes, 1882.
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muœsae sont-ils plus denses, à ce niveau, plus serrés qu'à l'état normal. Souvent enfin, les bandes musculaires toujours bien reconnaissables, paraissent mieux enchâssées dans les tractus de tissu élastique (mis en lumii»re par l'orcéine) qui les soutiennent; d'ordinaire aussi, les fascicules des muscles lisses y sont plus épais que normalement et semblent en voie d'hyperplasie manifeste.
Lorsque l'ulcération s'est infectée à fond, les bandes musculaires {û^. i) se laissent envahir par des îlots de cellules embryonnaires. Sur toute l'étendue du rectum et de la réfçion du cùlon iliaque devenue pathologique, \n muscidaris mucosae tend h s'hyperlrophier d*une façon plus ou moins considérable. (]et épaississement hypernutritif se caractérise surtout par une prolifération très marquée des bandes musculaires, les éléments contractiles n'augmentant, chacun, quedune faible et peu appréciable manière. Sur un rectum normal, la musculaire de la muqueuse atteint, d'ordinaire, une épaisvseur variant entre 60 u, 72 ,?/ et 90 u, ce dernier chiffre représentant un maximum relatif, en rapport, semble-t-il, avec l'état de « mort en contraction » des fibres musculaires lisses de l'organe (f]^, i et pi. Il, fig. 1).
Sur notre rectum bilharzien, même au niveau des régions ulcératives et dans les points où la muqueuse est simplement épaissie, sans transformation adénomateuse, la musculaire de la muqueuse atteint souvent 120 u; il n'est pas rare de lui trouver 155 f* et 180 f*, le double du chiffre fort noté à l'état normal.
Mais (|uand l'irritaticm subie par la muqueuse intestinale a donné libre cours aux travaux hypernutrilifs des couches qui la constituent, au dessous et au voisinage des verrues adénomateuses pré cédemment décrites, l'épaisseur des couches musculeuses devient excessive ; elles y atteignent 440 w., j)ar exemple, 468 a et vont, maintes fois, jusqu'à 504 u, un demi millimètre, (ju'elles peuvent «lépasser encore, pour arriver à 750 et même 825 ;ji, comme j'ai pu m'en assurer sur quelques bonnes i)réparalions. Dans ces cas, lorsque l'hyperplasie est devenue très marf|uée, et à plus forte
raison, lorsqu'elle est poussée au maximum, la structure générale de la membrane musculeuse se transforme. Au lieu dune seule couche, bien limitée, de fibres musculaires lisses réunies en faisceaux minces, toujours parallèles à la surface de l'intestin, le muscle de la muqueuse se décompose en plusieurs couches plus ou
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moins marquées, dans lesquelles l'allure générale des faisceaux contractiles, tout en demeurant parallèles, tend à se disloquer. Souvent alors, on peut' y compter trois couches distinctes : l'une, interne, plus ou moins rapprochée des culs de sac glandulaires de Lieberkûhn, reste assez bien dessinée, n'envoie que quelques rares faisceaux musculaires du côté des espaces inter glandulaires et, pour tout dire, conserve partout des tendancesà peu près normales. L'autre, la seconde, sous-jacente à la première, est presque toujours boulevereée, composée de faisceaux contractiles irréguliers comme forme et comme direction; un grand nombre de placards libroïdes ou d'amas vasculaires s'intercalent aux libres musculaires et rendraient cette zone méconnaissable, n'était la troisième et dernière couche de la musculaire; celle-ci limite la membrane par en bas, du côté de la couche sous muqueuse, et y maintient nette ment, à l'ordinaire du moins, les distinctions morphologiques, comme elle y réglait les séparations fonctionnelles (fig. 3, 8 et 9 et pi. II, lîg. 2). Là, les cellules musculaires dessinent une ligne horizontale très nette, continue, sauf aux points où passent les follicules lymphatiques et les vaisseaux nourriciers de la muqueuse.
Quelle que soit l'épaisseur de la musculaire de la muqueuse, sa résistance apparaît toujours remarquable, les cellules contractiles qui la composent pour la plus grande partie sont normales et n'olïrent pas traces de lésions dégénératives, preuve que, pendant la vie, le tissu musculaire a lutté vigoureusement contre tous les obstacles semés dans l'épaisseur de la muqueuse qu'il supportait. Partout où les faisceaux musculaires se dessinent, on les voit ae compagnes par une gangue de fibres élastiques, fines, sinueuses, onduleuses, peu épaisses, bien mises en valeur par l'orcéine. L'hypergenèse élastique est corrélative de Thypergenèse musculaire, et lui est proportionnée. Le tissu élastique sert ainsi à spécifier la muficularis inucosac car il fait régulièrement défaut dans l'épaisseur de la mucjueuse proprement dite, si étendue et dé.^^ordonnée (|u y soit l'hyperplasie du tissu conjonclivo-vasculaire.
Sur un grand nombre de points, surtout dans les zones ulcéra tives, la membrane musculaire présente des sectionnements qui coupent, sans transition, laconlinuitédesesfaisceauxcontractiles. Os sectionnements sont, d'une façon générale, de deux ordres : les uns, les plus fréquents et les plus régulièrement répartis, sont dus
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au passade des vaisseaux sanguins ou lymphatiques desservant la membrane muqueuse proprement dite. Il est bon de remarquer que ces vaisseaux sont, pour le plus grand nombre, des artérioles, des veinules plus ou moins dilatées, sans cependant que leurs dimensions dépassent de beaucoup celles ordinairement notées à l'étal normal dans la même région. La plupart mesurent de 36 ^ à 72 {A et 80 u. Sil est fréquentde noter, dans les régions correspondant aux ulcérations de la muqueuse, la présence de vaisseaux lymphatiques distendus, remplis de cellules rondes (fig. 1), la plupart des vaisseaux^ en particulier les veines de la muscularis ne sont pas malades; leurs parois semblent régulièrement intactes, à l'inverse de ce que nous constaterons dans la sous-muqueuse.
Les autres échancrures de la muscularis sont formées par des amas de cellules rondes, amas eux-mêmes arrondis ou ovalaires et placés, le plus souvent, à cheval sur la muscularis, et remontant dans la muqueuse autant, plus même qu'ils ne descendent dans la zone la plus superficielle de la couche sous-muqueuse. Un examen attentif pernïet de reconnaître parmi ces îlots cellulaires, rares à la vérité dans les régions non ulcérées, des follicules lymphatiques, petits ganglions lymphatiques microscopiques appendus normalement à la muqueuse intestinale. Ces organes sont peut-être aussi souvent hyperplasiés; jamais ce|)eiulanl ils n'alteignent des dimensions excessives, comparables à celles signalées plus haut à propos de l'épaisseur totale de la muscularis hyperplasiée. Sur aucune des nombreuses coupes examinées, je n'ai pu, non plus, constater k leur niveau le moindre signe d'une inflammation aiguë destructive; jamais un seul de ces follicules ne s'était rompu dans la cavité de l'intestin;* aucun d'eux ne contenait de gros parasites (œufs de Bilharzie). Une seule fois, sur une coupe quelque peu oblique (pi. II, fig. 3), j'ai trouvé unœuf de Bilharzie vivantencore, infiltré dans un îlot folliculaire lymphati(|ue, mais ce follicule siégeait manifestement au dessous de la 7nuscularis mucosae, dans l'épaisseur de la couche sous-muqueuse.
On peut conclure de ce qui précède (jue les œufs de liilharzie n'usent pas de la voie hjmphalique, en particulier du tissu réticulé, rare en ces régions, pour passer de la sous mufjueuse dans la muqueuse.
Par contre, il est fréquent dedécouvrircpiehpies œufs de Biliiarzie en plein tissu musculaire, au milieu des faisceaux lisses. La règle.
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pour ainsi dire eouslante, dans ce cas, est la suivante : les œufs de Bilharzie s'infi,ltrent toujours entre les faisceaux de fibres contractiles et s'y montrent couchés parallèlement à la surface de la muqueuse, jusqu'à ce qu'ils en soient sortis par un mouvement oblique (dont je n'ai pu constater les manifestations) pour gagner de proche en proche les autres couches de la membrane muqueuse proprement dite.
(^OlCHK sors Mt'QrEI'SE.
La couche sous-muqueuse se montre, sur toute retendue du segment reclo colique infecté par la bilharziose, profondément altérée. Elle y perd, partout, d'une façon continue, ses caractères normaux. Au lieu de trouver entre la muqueuse et les muscles de l'intestin un tissu cellulaire lAche, parsemé de nombreux îlots de cellules adipeuses et parcouru par des vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques flottant comme à l'aise au milieu de fibrilles connectives ténues (et donnant bien l'impression de la sou[)lesse et de la laxité si nécessaires au bon fonctionnement des parties), on voit la mu([ueuse doublée par un cylindre fibreux dont la rigidité et la dureté apparaissent des plus caractéristiques. La muqueuse, en effet, (|uelles que soient ses lésions, s'est soudée d'une manière intime à la sous muqueuse et, par son intermédiaire, aux couches musculeu.ses de l'intestin. Cette sortede symphyse qui fixe et rend adhérentes les unes aux autres toutes les couches de l'organe est particulièrement intéressante et pour ainsi dire pathognomonique.
L'épaisseur de la sous muqueuse, très variable à l'état normal, (selon la technique suivie pour la préparation des couches de l'intestin et étant donné la laxité extrême de ses travées connectives), se révèle dans le cas présent notoirement excessive; la nature des altérations subies par la muqueuse nlnilue pas d'une façon notable sur lé degré de l'hyperplasie fibreuse de la sous-muqueuse. L'intestin, à la vérité, s'est resserré, coarcté, comme nous l'avons dit au début de ce mémoire, et cette réduction de volume s'est accompagnée nécessairement d'une sorte de tassement de la muqueuse et surtout de la sous muqueuse. Néanmoins, l'épaississementde la sous muqueuse est pathologique, à n'en pas douter, et, sa sclérose aidant, le travail subi par les lames connectives de la région est d'autant plus frappant (ju'il peut être apprécié d'une façon rigoureuse.
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Sur tout son parcours, la sous-muqueusé s'est transformée en un large placard fibreux. Elle mesure presque partout la même épaisseur, qui atteint en maints endroits 800 f* et 900 pt, chiffres qu'elle ne tarde pas à dépasser en certains points, qu*il s'agisse des zones ulcérées aussi bien que des régions adénomateuses. C'est ainsi que j'ai pu lui trouver 1000 a et 1100 /a, autrement dit un millimètre au moins, sur un grand nombre de coupes passant par quelqu'une des régions ulcérées (fig. 1).
Au niveau des bourgeonnements adénomateux décrits à propos de la muqueuse, la sous-muqueuse offre une disposition intéres santé. On voit souvent se détacher de sa surface interne un énorme bourgeon fibreux, conique, dont la base part de la sous-muqueuse et le sommet s'élève perpendiculaire en traversant la musctilaris mucosae ou l'entraînant avec lui; il semble se coiffer d'un énorme champignon, évasé ou sphérique, selon les cas, et formé par la muqueuse hypertrophiée, remplie de glandes de Lieberkûhn adénomateuses. De gros vaisseaux sanguins accompagnent cette poussée végétante de tissu fibreux et se détachent, en même temps que la masse bourgeonnante, de la surface du bloc formé parla sous-muqueuse hyperplasiée et sclérosée.
La structure microscopique de la sous-muqueuse mérite une sérieuse attention. C'est dans cette couche que s'est déroulé, en effet, (fig. 1, 8 et 9) le drame pathogénique qui constitue l'un des chapitres les plus intéressants de la bilharziose intestinale. C'est là que les œufs ont été apportés par le Verfemelle et de là, semble t il, qu'ils sont passés dans la couche muqueuse, où nous les avons vus à l'œuvre. Par ses canaux vasculaires veineux, la sous-muqueuse a donné accès à la Bilharzie femelle qui n'a pu aller plus loin, incapable qu'elle est de franchir la muscularis mucosae (dont les vaisseaux sont trop étroits pour elle). Le Ver, ainsi, s'est trouvé obligé de pondre loin encore de la surface de l'intestin, où ses embryons trouveraient une issue vers l'extérieur, c'est à-dire le salut. Nous verrons plus tard évoluer le parasite; étudions, pour le moment, les lésions matérielles produites par sa présence, soit d'une manière directe, soit grâce à un procédé plus compliqué, secondaire, deuléropalhique selon l'expression consacrée.
Lésions sclérenses de la sous -muqueuse. — Sur les coupes microscopiques, la couche sous muqueuse apparaît transformée en une
Archives de Parasitologie, IX, n« 3, 1905. 2i
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large plaque de tissu fibreux condensé, ayant un aspect souvent comme lamellaire. Les trousseaux de fibres conjonctives qui, à l'état normal, sillonnaient Tespace réparti entre la mu-scii/ammucoso^; et la couche musculeuse interne de l'intestin, et qui, d'une façon générale, affectaient une disposition plus ou moins parallèle à la surface de la muqueuse, se sont accolés, tassés, tout en s'hyperpla siant d'une façon extrême. Le travail pathologique qui s'est passé dans cette couche sous-muqueuse est assurément de date ancienne. Que l'on examine, en effet, des zones correspondant aux régions où la muqueuse n'est pas ulcérée : on n'y trouve que des bandes fibreuses pauvres en éléments cellulaires, très densifiées, et n'offrant aucun des caractères habituels à une inllammation subaiguë, végétante. Tout s'est éteint, si tant est que les désordres aient été quelque peu aigus, aussi bien dans la gangue interstitielle que dans les vaisseaux, les veines en particulier (fig. 8et9). Les espaces interstitiels sont étroits, plats, pauvres en cellules fixes; ce sont des sortes de fentes linéaires, à moins qu'un vaisseau sanguin ou lymphatique n'y marque son passage.
Nulle part, on n'observe traces de pelotons adipeux, ou même de quelque cellule graisseuse, isolée, respectée par le processus sclérosant diffus, qui règne ici d'une façon uniforme et généralisée. En certains points cependant, les lames tibroïdes qui côtoyent la face interne de la couche musculeuse interne semblent plus denses encore que partout ailleurs.
Quelques rares follicules [lymphatiques pai'sèment de loin en loin les coupes et tranchent, grâce à leurs éléments nucléaires réunis en amas, sur l'aspect uniforme, semiaponévrotique, de la sous muqueuse. Ces ganglions lymphatiques, microscopiques, peu nom breux d'ordinaire à la face profonde de la muqueuse rectale, semblent ici encore réduilsde nombre. Ils forment une petite tache ovalaire, fusiforme ou arrondie, très peu saillante au dessous de la muscularis mucosae qu'ils traversent de part en part. La gangue connective qui les entoure ne diffère pas du reste des placards fîbroïdes propres à la sous- muqueuse transformée.
Les artères qui traversent les différentes couches de cette région pathologique sont remarquables parleurétat normal. Elles semblent incrustées, comme sculptées, dans cette gangue fibreuse qui sépare les couches musculeuses de la région muqueuse. A part un petit
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nombre d arlérioles, de moyen calibre, dont la membrane interne apparaît, par places, atteinte de dégénérescence hyaline (lésion très fréquente chez le vieillard) tout le système artériel du rectum et, en particulier, les bandes conjonctives péri-vasculaires qui constituent ce qu'on est convenu d'appeler la périartère, sont intactes ; tout au plus peut on reconnaître que la périartère est dense et fibroîde, à Tinstar de tout le tissu conjonctif delà couche sousmuqueuse.
Pour ce qui est des veines, l'aspect est tout autre et mérite d'être étudié avec soin. Tout d'abord un grand nombre des veines de la couche sous-muqueuse sont altérées. Il n'est pas une coupe de Tintestin où l'on ne puisse, en y prêtant quelqu'attention, reconnaître une ou plusieurs coupes de veines pathologiques. Ajoutons que toutes les régions^de l'intestin, quelles qu'en soient les lésions, ulcératives, hypertrophiques ou adénoniateuses, portent de même ainsi la signature de lésions veineuses remarquables. Et disons, en plus, que les veines les plus grosses, comme les veines moyennes à l'exception des plus ténues, ainsi que les capillaires veineux payent indifféremment le même tribut à celte affection.
En quoi consistent les lésions des parois veinexises? H s'agit, incon testablement, d'une inflammation de la veine; mais cette lésion inflammatoire présente des caractères si tranchés, si différents de celles que nous sommes accoutumés h étudier en pathologie humaine non exotique, qu'on pourrait, sans paradoxe aucun, les considérer comme spécifiques, c'est-à-dire propres à la bilharziose humaine. Nous aurons, d'ailleurs, l'occasion d'insister sur ces détails dont l'intérêt est capital. Pour le moment, qu'il nous suffise de signaler les traits principaux de la lésion. La paroi interne de la veine, Tendo-veine, est le siège à peu près exclusif de l'altération inflammatoire. Il s'agit, en somme, bien plus d'une endophUbite que d'une phlébite générale, car la couche musculeuse ou moyenne (musculo-élastique devrait-on dire) de la veine est fort peu atteinte, le plus souvent même normale. La couche externe ou péri- veine, composée de tissu conjonctivo-élastique et des vaisseaux satellites du conduit musculo séreux, se montre aussi fibrosée que le reste de la sousmuqueuse, mais pas davantage et nulle part d'une façon prédomi nante.
L-endophlébite qui constitue, pardessus tout, la lésionveineuse est
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caraclérisée en première ligne |iar -ses signesdechronicilé patente: c'est une endtiphiéiii le jincii'nne.tibroïde, elle aussi, à l'instar de la flbrose qui a tranfonné eu lolalilé le tissu conjoiictif compo-
l'ni' colonie imporlanic d'ivuf-i dr Hilhiirzlr^ occuponl \f tissu inl(^^stitil'1 df la mwiui'iise intcsliniilr Ion cd compte plus ilf suixunlr sur lu coupi'l ; lu plupart (IcM k'""*'*'^ '*'■ tube ont di^pnru, atrophii^i's pur l'inflammiition vi^fiétanteinfllcment panisitaircl, i|ul acrompH}{Dn les tvuU ilans leur i>rolution vers la cavité de t'intcstln.
Lu musculari» viucotae est hyperplasié* et inlecifr, comme \e. moDtrpnt plu- Kleum plaçants de cellules embryon nu ires, lu)(('-es, pour quelques- unes au moins dani) des vaisseaux lyin]>hali(|ueM.
La (wus-muqueuse iiit chranii|iiemenl*enllHmmi'-e, IranHlormi'e en une bande àr (issus flbreuK, d<^paurvue de tout Ilot de cellules adipeuses et parcourue par de Dombreui vais«euux KanftulDKCt lympliiitli|ues.
A louche, VPT* la ftutUf. umyenne, la soiis-n)ui|ucuse contient une veine importante, couchtk^ transversalement, aplatie, etdunt la lumi(^rc est rétrécic par suile dertipaissixsenient notable de l'enitovelne. L'épii liseur des parois est dispropurtionni'e par rapport au volume ite la veine.
siinl la sous-inuqtietise du rertuiu. Toutefois, ici, à liulérieur de la veine, les désordres subis ont une allure plus exubérante encorr, sinon plus néo- forma live : en etiet, sur les coupes bien orientées.
BILHARZIOSE INTESTINALE .%5
c esl-à dire assez régulièrement perpendiculaires à l'axe du vaisseau veineux, la technique colorante montre la membrane interne déformée dune façon irrégulière, et faisant dans la lumière vasculaire une saillie très marquée, parfois même extraordinaire. D'une façon générale, l'endophlébite rétrécit la cavité veineuse dans une proportion plus ou moins considérable (fig. 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14.) Sur quelques coupes même, j'ai pu trouver sans peine (grâce à la méthode de coloration par l'orcéine) des veines complètement oblitérées. Et dans ces cas, il ne s'agissait pas seu lement de veinules ténues, mais de veines de moyennes dimensions, mesurant par exemple 370 y. sur 270 ,u.
Donc, à un moment donné, au début des désordres occasionnés par la présence des parasites dans le sang veineux, il s'est produit une inflammation végétante de la membrane interne, uneendophlébite végétante, identique dans son évolution aux bourgeon nements déjà étudiés à la surface de la muqueuse intestinale hyperplasiée; avec cette différence toutefois, (tenant à la structure invasculaire de la membrane interne de la veine), que le développe ment hyperplasique du tissu connectif composant, à l'état normal, lacouche sous-endothéliale, s'est produit sansou presque sans néoformations vasculaires.
Sous l'influence de l'irritation locale résultant delà présence de la Bilharzie, accrochée, sans doute, à l'endothélium veineux au moyen de ses deux ventouses, la couche sous endothéliale a proliféré et les bourgeonnements de la membrane interne sont devenus plus ou moins saillants dans la cavité sanguine.
Diverses déformations résultent de ce processus inflammatoire essentiellement parasitaire. Souvent, lerétrécissemenldela lumière vasculaire est concentrique à l'axe du vaisseau et occasionne une sténose veineuse des plus remarquables. C'est ainsi, pour donner un exemple de ce type de déformation, que, sur une veine de moyen calibre, très rétrécie et dont la coupe, bien arrondie, avait 178 u,li de diamètre, jai trouvé les dispositions suivantes : la membrane interne prenait, à elle seule, 130 ^tz (sur ce diamètre de 178 ,a, l)) et la lumière vasculaire était réduite à 23 ,u,8, les 24 a, 7 de différence appartenant à la couche musculaire de la veine.
Le rétrécissement de la lumière du vaisseau veineux est rarement régulier; presque toujours il apparaît ou sinueux, grâce aux îlot?
366 MAURICE LETULLE
d'endophlébite partielle qui bombent dans la cavité vasculaire, ou ovalaire ; plus souvent encore, Tendophlébite semble avoir pris naissance sur deux points diamétralement opposés de la paroi veineuse et avoir végété ses bourgeons à la rencontre l'un de l'autre. De ces dispositions curieuses résultent toutes sortes de figures microscopiques, fort utiles, du reste, pour la recherche des lésions veineuses, les fentes irrégulières que présentent ces vaisseaux ainsi altérés ne pouvant passer inaperçues. Deux aspects méritent d'être signalés, à cet égard, car ils se montrent très fréquents sur les nombreuses coupes du rectum, et même sur celles du côlon ilia que. L'endophlébite, dans le premier cas, a bourgeonné surquatre points diamétralement opposés et, ses saillies mamelonnées s'avan çant les unes vers les autres, la lumière vasculaire prend une forme cruciale des plus singulières. Dans le second cas, l'endophlébite végétante occupe les trois quarts ou les quatre cinquièmes du pourtour du vaisseau ; elle s'avance, en demi-cercle, vers la cavité vasculaire qu'elle comble latéralement à la façon d'un écran, une petite portion de la membrane interne demeurant intacte et assu rant la perméabilité, fort réduite, de la veine. C'est ainsi que, sur une grosse veine sous-muqueuse de 17i)0 p, (ayant donc près de deux millimètres dans son grand diamètre), j'ai pu constater que le bourgeonnement latéral oblitérait la lumière vasculaire sur une étendue de 600 /a, c'est-à dire de plusdu tiers. Une autre veine, ayant 440 ii dans un grand diamètre, montrait sa lumière oblitérée latéralement sur près de 300 u, les deux tiers de l'endoveine ayant ainsi bourgeonné et s'étant soudés face à face.
Un point intéressant au sujetde la pathogénie, consistera à rechercher la répartition topographique des reines atteintes d'endophUlnie bilharzienne. D'une façon générale, toutes les veines de la sous muqueuse, aussi bien celles qui correspondent à sa région profonde, prémusculeuse, qu'à sa surface (au-dessous de l^muscularis mucosae), sont indifféremment envahies par l'endophlébite. Détail curieux, cependant, les veines qui vont pénétrer dans la mtisculam, ou pour mieux dire les x^eines effércntes de la couche profonde de la muqueuse, celles en somme qui sont le plus rapprochées possible de la muscularis mucosae, sont le moins atteintes; du moins, si je m'en rapporte à mes nombreuses préparations, elles m'ont paru le plus ordinairement normales, dilatées, largement béantes et non pas
BILHARZIOSE INTESTINALE 367
rétrécies. 11 faut noter d'ailleurs le petit volume relatif de ces canaux veineux, si on les compare aux énormes vaisseaux de déversement qui sillonnent la couche sous-maqueuse et dont les dimensions les rendent souvent visibles à l'œil nu.
Dans le môme ordre d'idées, il est important d'établir jusqu'à quelles limites inférieures l'endophlébite végétante a pu pénétrer le long des ramifications de plus en plus ténues du système veineux saus-muqueux. A cet égard, les chilTres micrométriques, malgré leur valeur, ne peuvent répondre aussi bien que les figures microscopiques. Les veines, en effet, se montrent, sur les coupes, diversement sectionnées, d'une part, et de l'autre ces organes sont toujours aplatis, déformés par la mort, vides de sang, alors que les artères, plus richement élastiques à l'état normal, restent béantes et conservent à peu près leurs proportions physiologiques. Lorsqu'il s'agit de mesurer une coupe d'une veine, il est important de prendre les deux diamètres opposés, de noter le plus grand diamètre d'abord, puis de choisir le diamètre qui lui est perpendiculaire, ce que l'on pourrait appeler le petit diamètre.
Muni de ces chiffresapproximatifs, on peut répondre assez bien à la question posée : quelles sont les plus petites des veines atteintes par rendophlébitt? car, pour les grosses veines, il n'y a pas de limites : les plus volumineuses sont très souvent touchées. Et cette observationserade plus en plus vraie, à mesure que nous passerons par des régions où le système des veines mésaraïques suivra son évolution progressive vers la veine porte. On peut accepter, à cet égard, qu'une veine de 300 à 2o0p est une veine de faibles dimensions; au dessous de2o0fA on pénètre dans le système des veinules. En cherchant avec soin, j'ai maintes fois reconnu malades et mesuré des veinules de 230 u, de 219 fx, de 198 /x et même de 178 f*, (je parle des mesures obtenues sur le grand diamètre de ces vaisseaux aplatis, le petit diamètre étant, par exemple, de 108 ii (pour une veine de 230), de 72 f* (pour une veine de 219) et de 46 p (pour une veine de 198 fx). Plusieurs de mes veines de 180 et de 178 fx étaient parfaitement arrondies, distendues par suite précisément de leur bourgeonnement endophlébi tique énorme, concentrique à la lumière du vaisseau.
Au dessous de ce chiffre minimum de 178 /x, je n'ai plus pu trouver de veinules atteintes d'endophlébite. Ce détail a sa valeur, comme
368 MAURICE LETULLE
nous le verrons plus lard, à propos de la patho^énie des lésions bilharziennes. Le maximum des lésions, s'accompagnanl d'oblitération totale de la lumière vasculaire, atteint des veines de calibre moyen 468 ^ sur 324 f*, 370 f* sur 270 f* et même 288 pjsur 126 /x, le dernier de ces chifires étant exceptionnel.
On ne saurait trop insister sur les détails, dans ces lésions si remarquables à plus d'un titre. Je signalerai donc, en terminant, l'état du tissu élastique. Celui-ci, àl'étatnormal, dessineautourdes veines de l'intestin un réseau élégant et discret qui, doublant la couche cellulo-vasculaire de la péri veine, s'insinue au milieu des bandes musculaires delà couche moyenneetvient, enfin, se terminer k la surface externe de la couche sous-endothélialeoù il formeune « lame élastique interne » beaucoup plus mince que sur les artères. Dans toutes les veines atteintes d'endophlébite bourgeonnante chronique, le tissu élastique s'est hyperplasié d'une façon extrême. Ses trousseaux anastomotiques enserrent la couche péri veineuse de bandes très denses; les fibres musculaires de la membrane moyenne sont littéralement disséquées par des fibres élastiques intercalaires très épaisses. Enfin, la membrane interne ne résiste pas, d'ordinaire, à l'envahissement du tissu élastique: la lame élastique interne, hyperplasiée d'une façon extraordinaire, envoie, dans l'épaisseur des bandes fibroïdes de la couche sousendothéliale, d'innombrables filaments élastiques fortement colorés par l'orcéine et gagnant jusqu'aux confins de la surface endothéliale. Cette hypergenèse élastique dans VendophUbite bilharzienne constitue un caractère particulier, exceptionnel.
Pour finir l'étude des veines de la sous muqueuse, signalons l'absence, constante à l'intérieur de toutes les veines, non seulement de la Bilharzie femelle, mais même d'un œuf. La membrane interne altérée n'est jamais infiltrée d'œufs, et ne contient non plus jamais de grains de pigment ocre, reliquat habituel des processus inflammatoires hémorrhagiques ou thrombosiques, qu'on est habitué à rencontrer sur les coupes d'une phlébite ordinaire.
Il faut encore noter que les capillaires de nouvelle formation sont exceptionnellement rares dans l'intérieur des bourgeons endophlébitiques ; de plus, l'intégrité de Vendothélium qui tapisse l^s surfaces atteintes d'endophlébite est larègle, constante et absolue. Jamais?, eu eflet, sur aucune des innombrables veines examinées à ce po'ût
BILHAUZIOSK INTESTINALE 369
de vue, je n'ai pu constater la trace d'une thrombose ancienne ou récente, même partielle. Toujours, la couche unique des endothéliums vasculaires s'est offerte à nous absolument saine. On peut en conclure que les altérations déterminées par la présence du Ver ne sont pas susceptibles de provoquer la coagulation du sang dans les veines, et que la phlébite bilharzi^nTie ne peut pa>s reconnaUre une origine thromlwsique.
Le reste des parties constitutives de la sous-muqueuse ne présente pas de lésions bien notables, dans les zones ne correspondant pas aux régions ulcérées de la muqueuse intestinale. Les vaisseaux lymphatiqueji s y monivexii souvent remplis de leucocytes; quelquesuns d'entre eux mont paru parfois atteints, eux aussi, d'inflammation chronique, dendolymphangite végétante, mais ces cas demeurent exceptionnels, et n'ont pas la valeur primordiale des lésions veineuses.
Quant aux ganglions nerveux et aux plexus nerveux qui sillonnent dans tous les sens la sous-muqueuse, ils semblent intacts, tout encastrés qu'ils soient au milieu des bandes de tissu fibreux qui les enserrent.
Toutes les lésions que nous venons de passer en revue se compliquent, au niveau des régions ulcérées, d'une série d'ulcérations secondaires, aiguës ou subaiguës, que l'on peut caractériser d'un seul mot : la sous-muqueuse est infectée au-dessous de la muqueuse ulcérée (fig. i). La pénétration des substances toxiques et des germes pathogènes à la surface de l'ulcération a été reconnue précédemment, à propos de l'étude de la muqueuse intestinale. Arrivés à la sous-muqueuse, qu'ils pénètrent verticalement, les éléments infectieux marquent la trace de leur passage : on voit un nombre souvent considérable de cellules embryonnaires, mononucléaires pour le plus grand nombre, s'accumuler en amas irréguliers dans les intervalles que leur laissent les travées fibreuses condensées qui constituent le squelette de la sous-muqueuse. Les couches les plus superficielles de lasous-muqueuse sont toujours plus largement infiltrées de globules blancs que les couches profondes. Sur certains points, souvent fort éloignés de la muqueuise, la réunion de ces éléments migrateurs est telle qu'on pourrait croire à la formation d'un petit abcès microscopique, n'étaient les signes de vitalité fournis par tous ces éléments leucocytaires conglomérés.
:no MAintce letlxle
Maintes fois, d'ailleurs, la loinie régulièrement arrondie ou les
Kl.;. 9. - Lésion <!.■•( vi-iiii-s wtus-nmqiifuscs. y :«•
l^ mu<|ucusi' lilont on ne roll i|uo 1» piirtic profon<li>l montm les signes *^ ^L^ IrrIlHtion chronli|uc. L-oxylamli-Kile LlnLorkOhn conscrvi'iss sont en voie il'ï''!-'|(. plHsn' évidente: â gHuctie, par rxempif-, une Rtîindp, appamll notlemenl l»»'' „„' d'autres sont ililntiW-s, «ïrc leurs ^pflhNiums eylinilriqurs hyperlropbji's. "^—ot coup de glandes ont ilUpani, la gangue inter»litlelle élnnl chronUiu^'^ tintlnmm^e. j^
La sou8< muqueuse esl liyper(rophli.'p, llbrolde, lamellaire par endroits e* *" 13 lement di^pourrue lie pelotons adipeux. Au las de "colle couche, au-dessus u*
couetieDiuNcuieusc interne (dont on n'aperçoit que lu surface), plusieurs ''"1****^^»-groupés en Ilots sD montrent, tin y reconnaît une grosse veine couchée traV*^ gt salement et atteinte d'endophli'hllc tri-» accusée : la lumière du vaisscM^^ |^ ri^duite A une lente étroite, en dlsproportlun exi-ésslve avec l'épaisseur <'csp'*'~V^
Plus bus, et a droite, sur les con lin s de la cnuehe musculeuse, une autre ^'•"''VcToi beaucoup plus Une, est également épaissie ; sa lumière dessine un cr la concavité regarde en haut.
«le
limites précises de la collcclioo de cellules blanches permette»* * reconnaître qu'il s'agit de taisseaux lymphatiques distendus à '
BILHARZIOSE INTESTINALE .'Hl
ces et gorgés de cellules lymphatiques, dont la masse refoule d'une manière excentrique la paroi vasculaire, mince et nettement élastique. Parfois cependant, les éléments diapédésés et tassés en un amas mal circonscrit, sont parvenus à disloquer nombre de fibres connectives ou quelques tronçons élastiques et, par conséquent, à détruire, sur un point très circonscrit à la vérité, le squelette de la sous-muqueuse. Jamais, en aucun de ces flots infectieux, je n'ai pu découvrir trace d'un œuf, normal ou rompu, de Bilharzie; jamais^ non plus, je n'ai pu y colorer de microbes prenant ou non le Gram.
Les vaisseaux sanguins, les veines en particulier, qui sillonnent la sous-muqueuse au niveau de ces régions infectées, ne subissent pas d*atteintes inflammatoires aiguës secondaires. Plus d'une fois cependant, les espaces interstitiels qui sectionnent la péri-veine sont bourrés d'éléments cellulaires lymphatiques, beaucoup plus abondants que dans les zones non infectées de la sous-muqueuse. Les vaisseaux lymphatiques s'y montrent, de même, très habituellement distendus, faciles à reconnaître; leur lumière est remplie de cellules blanches, parmi lesquelles on distingue une forte proportion de polynucléaires et de gros mononucléaires ; il n'est pas rare d'y trouver, mélangés au Ilot des leucocytes, des éléments en désintégration manifeste, dont le noyau est en karyolyse souvent avancée. Jamais non plus, on ne trouve d'œufs de Bilharzie dans ces gros vaisseaux lymphatiques.
Quant aux ganglions nerveux et aux troncs nerveux répartis en grand nombre parmi ces zones infectées de la sous muqueuse, les cellules migratrices s'accumulent en couronnes plus ou moins épaisses autour d'eux, sans cependant altérer dune façon apparente leur intégrité. La palissade lymphocytaire formée autour d'organes aussi puissamment défendus par leur tissu fibreux périphérique reste partout modérément active.
I^ cause de tant de désordres chroniques, l'infection bilhar zienne, est, dans l'épaisseur de la sous-muqueuse, assurément présente et se manifeste par les éléments pathogènes qu'elle y a semés : les œufs s'y montrent, mais en proportion aussi peu considérable ici, qu'on la trouvait extrême dans la muqueuse proprement dite. Les œufs, normaux encore ou déjà morts, et dans ce dernier cas, rompus, ou entiers encore et calcillés, se placent un peu partout, de préférence toutefois non loin de la musculam
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mucosae. Ces petits corps étrangers s'opposent, lorsqu'ils sont calcaires, au passage du rasoir et en ébrèchent plus d'une fois la lame. La région profonde, qu'on peut appeler pré inusculeuse, de la couche sous-muqueuse offre rarement asile aux œufs du parasite. J'ai pu, une seule fois, en observer un, bien vivant encore, presqu'au contact des cellules musculaires lisses les plus superfi cielles de la couche musculaire interne, tout contre un grand espace conjonctivo-vasculaire inter-musculaire.
En résumé, les lésions chroniques de la sous-muqueuse, révélatricesd'un processus inflammatoire ancien très marqué, paraîtraient disproportionnées, si l'on ne tenait compte que du petit nombre d'œufs de Bilharzie présents dans cette région. Il est indiscutable qu'il faudra arguer, à propos. de la pathogénie, du passage réitéré d'une foule incalculable d'œufs de Bilharzie à travers les couches de la sous-muqueuse, dès le début de la maladie. Ces innombrables traumalismes, qui sont autant de blessures ainsi subies, ont dû jouer un rôle décisif dans la genèse de la sclérose diffuse de la couche sous-muqueuse. A ce point de vue, on ne saurait trop insister sur rabsence, constamment constatée, rte la moindre trace de foyers hémorrhagiques anciens et de granulations pigmentaires ocreuses dans les différentes strates de la sous-muqueuse. La progression des œufs n'y a jamais, sur aucun point, occasionné de ruptures vasculaires ni d'épanchements sanguins. Ici, comme nous l'avons déjà noté pour la muqueuse, le fait est patent et entrera, de droit, en ligne dans l'étude générale de la maladie parasitaire qui nous occupe.
CorCHES MUSCLLErSES.
L'état des couches musculeuses du rectum et du côlon est remarquable par son intégrité manifeste; toute trace de sclérose inflammatoire y fait défaut; la gangue interstitielle, les travées inter-musculaires et péri musculaires, les espaces conjonctivo vasculaires de tous ordres n'y offrent aucune lésion appréciable. Les faisceaux de flbres musculaires lisses se montrent, sur toutes les coupes, avec leur aspect le mieux ordonné. Chaque cellule contractile, quand la coupe est bien perpendiculaire au faisceau auquel elle appartient, se dessine, nette et pleine, avec, au centre du tissu contractile non strié, un novau étroit, allongé, normal Le
BILHARZIOSE INTESTINALE 373
volume des couches musculaires est toutefois considérable; il est impossible, vu l'état de coarctation de l'intestin, d'établir s'il y a eu vraiment hyperplasie des couches m usculeuses, ou s'il ne s'est agi que d'un état de contracture permanente de ces mômes masses : attirées d'abord puis immobilisées d'une manière concentrique, elles ont été réduites à former un cylindre rigide tout autour de la muqueuse intestinale scélérosée.
Sur les bonnes coupes du rectum, l'épaisseur des deux couches Constitutives de la couche musculeuse est facile à déterminer. On trouve en moyenne, pour la couche interne 1.550 p, c'est-à-dire un millimètre et demi passé, et pour la couche externe 350^w, ce qui donne un total de 1.900 f/, près de deux millimètres, pour la totalité des blocs musculaires engainant la muqueuse rectale. Remarquons, à ce sujet, que la musculeuse interne s'est fortement soudée à la sous-muqueuse et qu'elle a dû en subir une gène fonctionnelle, origine possible de son hypertrophie extrême, signalée plus haut.
Les vaisseaux sanguins et lymphatiques, les plexus nerveux et leurs ganglions satellites sont absolument intacts, quelle que soit la région observée. On ne saurait trop attirer l'attention sur le contraste saisissant qui existe entre les muscles et la muqueuse et, tout particulièrement sur Y état normalde tous les conduits veineux sillonnant les espaces intermusculaires. Ils charriaient le sang veineux provenant de la muqueuse et de la sous muqueuse vers la couche sous-péritonéale, voie normale pour le passage des ramifications de plus en plus larges du système des veines mésaraïques. Comment expliquer cette intégrité constante des veines musculaires, surtout si l'on tient compte de l'existence, comme nous allons voir, de lésions graves dans les veines sous séreuses de l'intestin? Semblable constatation a, du reste, été faite, par Lortet et Vialletton, pour les couches musculeuses de la vessie, dans la bilharziose des voies urinaires (1), où ces auteurs signalaient déjà et l'absence d'œufs et l'intégrité des ramifications veineuses dans toute l'épaisseur des couches musculaires de la vessie. Or, le Ver femelle a pénétré, on le sait, dans la sous-muqueuse intestinale où il dépose ses œufs. Force est donc d'émettre une hypothèse grâce à laquelle
(1) LoRTKT et ViALLETON, loco cHalo, p. 105.
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les con tractions vcrmiculaîres iiiressantes deia couche musculeiise derintestin s'opposent. pouraiii.si dire, ii la stagnation des parasites femelles dans ré|>aisseur des interstices musculaires. La nio
I^ coupe moniro unn sérir <tc franiies pi':rilnnéHlos tinncxons h In surfaro du griis inli-stin ||Kirlion ■iriginiil'^ ilu rectum'. Au milieu de la frange la plus »aillanlc, il est lucile île reeonnnllre lu roupe d'une firusxe vnlne mi^sarHliiue, <te forme viiKuemenl i[uiiJnin)tiilHirit. Lh lutni^n^ «le 1h veine okI lonfi^tudinale el camldi^ par le sHDft- Le^* ri'lJetH liirmi^ii k l'inti^rieur île la couelie musculaire île la veine itar Ma membrane interne i'nutrxIn^memenlHrcuHr^s(enilnphli>blteehronlque violante). [>ar leur rt^ftularilé île Forme et par l'inlégrilù de leur membrane Interne, les artêreg vui^iincs font rontraste.
Une veine moins volumineuse se trouve coneWe presiju'au contact de la couche m nseulnuse externe de l'intestin (on n'en voit que la surtacc); f-» lumière est triangulaire et [icrmet di' con>taler de mi^mc l'épiiississemcnt, par llols, <ie»tt membrane interne chroni<|uementenllammée.
bilité de la région hâte, sans doute, leur évolution en sens inverse du sang veineux, jusqu'aux approches delà muqueuse intestinale.
bilharziose intestinale ^75
Couche solts-séheuse.
Au sortir de la couche musculeuse externe, toujours saine, les lésions reparaissent aussi aj)préciables que généralisées dans 1h sous-séreuse, comme si les bandes musculaires intercalées entre la sous-muqueuse et la sous séreuse, n'avaient eu à subir aucune action morbide, aucun contre-coup des désordres inilammatoires circonvoisins.
Le tissu cellulo-adipeux, très abondant en certains points de la surface de l'intestin, notamment au niveau du rnéso et des franges épiploïques, est manifestement altéré. Les altérations sont, comme pour la sous muqueuse, caractérisées parla transformatiimscléreuse des lames connectives; mais le degré de ces lésions est beaucoup moins accusé qu'au dessous de la mucfueuse. Les bandes libreuses sont étroites, espacées; dans leurs intervalles se reconnaissent encore de nombreux flots adipeux caractéristiques. Toutefois, les cellules graisseuses y sont tassées, petites, réduites assurément de volume et même de nombre, les globules de graisse qu'elles contiennent étant en grande partie résorbés. Souvent même, sur quelques points plus atteints, les paquets adipeux sont émaciés, et des cellules fixes occupent leur place, à mesure que la graisse tend à disparaître.
La lésion capitale est re[)résentée, dans cette couche sous séreuse, (qui est la voie de passage des vaisseaux et nerfs nourriciers de rîntestin), parles nombreuses veines mésaraïques atteintes d'endophlébite chronique végétante (fig. 10 et il).
Cette endophlébite est identique à celle décrite pour les veines de la sous-muqueuse ; la seule différence réside dans le volume, souvent considérable, des veines atteintes. C'est ainsi que j'ai pu mesurer ici des troncs veineux de 187i) u et de 19î)0 u dont la lumière était considérablement rétrérie par un énorme bourgeon endophlébitique, pour ainsi dire visible à l'œil nu.
Couche péiutonéale.
La membrane séreuse qui constitue le revêtement externe de l'intestin est, elleaussi, le siège d'une sclérose aisément reconnaissable, du moins du niveau des reliefs épiploïques qui font saillie à la surface du rectum et du colon iliaque. Là (fig. il), les replis du
MAI ntCF. I.ETULLE
péritoine sont jilus apparents, plus nombreux aussi qu'à l'état noriii:il. I.a pansue qui les ronstilue est lilimïde, et lendoihéiium
KiG. 11. — Lt^xlons lies vpIhok aousst'rouscR et <]u pi^ritoinR vis^i'-ral duDS lu bilhamosc InlesliDiilp. x Go.
WIM de Ih ligure pn^ciklontr> destiné à montrer l'cndophlébilo et l'irritation pérUnn^alc.
l^a reine Idont on n'upercolt que Ih partie inli^rieurc) est le tlèfte d'anr lodammutlon rhroniquo Hnelenne, pn^dominuDlcau niveau de la membrane intenf' L'end ophli^i>i te ctironique sii ('ariiel''rjse par la tumi^faetion excessive de Ih mi'iii' brano interne et par la prolifération lifperplH-iiquc dos Iniri'es oonneiliv*» ft Invasculaires de Ih courlic souK-enilotliéllali?.
L'endotlitlium veineux est inlHct et uiicune Imct- de Ihronibopliléblte n'y peut *tre déeelée, contorméraent Si la r('nle. Un volt une artère normale il b partie infi^rieui'C de la préparation.
Le. péritoine s'est tuméfié ; «es franges sont épaissies, denses, Gbroldcs, L'cnili>thélium i|ui les rei'ouvre est remarquable ment conservé.
qui les recouvre forme une couche unique, continue, de cellules arrondies on euboïdes. remarquablement conservées maigre l'heirre tardive à laquelle fut pratiquée l'autopsie du cadavre.
BILHARZIOSE INTESTINALE 377
Nulle trace, dans l'épaisseur de la séreuse et de la sous-séreuse, de dépôts parasitaires, calcifiés, comme on en a signalé maints exemples dans des observations antérieures. Aucune adhérence péritoniti(iue entre le rectum et les organes voisins.
('ÙLON ILIAQIE ET MKSOCÙLON.
Le segment inférieur du cùlon iliaque atteint de la maladie bilharzienne montre les mêmes lésions que celles étudiées au niveau du rectum. Les seules dilTérences, bien légères à la vérité, consistent en un moins grand nombre de bourgeonnements hyper plasiques de la muqueuse (pi. 1). Le travail ulcéralif, dans les zones intermédiaires, est plus discret, plus circonscrit que dans le segment rectal. Enfin, il m'a semblé que les îlots parasitaires (œufs) logés dans l'épaisseur de la muqueuse étaient moins nombreux sur le côlon que sur le rectum. Quant au système veineux, les détails des lésions de l'endoveine sont identiques à ceux que nous avons relatés plus haut, à propos du rectum.
Le méso-côlan qui, au moment de l'autopsie, avait paru plus dur et plus épais qu'à l'état normal a fourni des coupes microscopiques fort intéressantes. Le feuillet péritonéal, aux deux extrêmes limites de la coupe, est intact et recouvert d'une couche endothéliale bien conservée. Toute la gangue conjonctive qui comble l'espace compris entre les deux feuillets péritonéaux est dense et fibroïde; elle dessine des lacunes irrégulières remplies de pelotons adipeux en voie d'atrophie scléreuse. Les vaisseaux artériels sont intacts, à part quelques placards de dégénérescence hyaline parsemés dans l'épaisseur de Tendartère de diverses branches artérielles peu volumineuses. Les lymphatiques qui courent assez nombreux dans l'épaisseur du tissu f)éritonéal sont aisés à reconnaître, par ce fait qu'un grand nombre d'entre eux sont remplis de cellules lymphatiques et forment une tache violette très circonscrite, au milieu des pelotons adipeux. Les nerfs sont sains.
Seules, les veines mésaraïques dont les coupes parsèment le tissu fibro -adipeux, sont le siège de lésions très fréquentes, bien marquées et pour ainsi dire spécifiques (fig. 12).. Ce sont en particulier les canaux veineux de fort calibre, ceux qui représentent,
Archives de Parasilologie, IX, n» 3, 1905. Zj
MAi:mOE LETLLLE
dans la texture générale du méso-cùlon iliaque, les grandes voies d 'élimina lion du sang veineux provenant du segment le plus
Km. 12. — Li-slons îles vcinoH mc^sciraiiiiics dm
Coupo d'une voinpméiuiriiiquptinporliint'^lufi
Coloralion il l'orcfine-hématoxylinr. x '■!&■
Lu Irctiniquc suivies a pcirmis <!r mnltro pn rcllol, d'une iHcnn saisi ssa nie, l'hyperplasin ciinsidi^rnble iIpk fibres éiasliquns eonsU(iilivi>s du cjiindre vhsculairp. La tiffurc (mndue en tioirj rn h pris un aspect parliciiiier.
A ia pfripln'rie, in l'ouclie externe, eonjonclivc, de la veine esl neUe, atfr «m vaUaeaux nourriciers.
La cuuche moyenne, m u se uio élastique, apparaît vivement dessinée cl li^ faisceaux musculaires y forment des retlela marqufls, enserrés dans les HgnfS noirâtres, sinueuses, des libres élastiques hyperplasiées.
La membrane Interne ent le Hiége de deux placards il'endophlébite véKélanli> qui n'trécissent, chacun de son cAté, la lumlj'rc vasculatre. Le lissu conjonclil y est dense, parcouru par des vaissi'aux nt^-formés el couturé de taclies élasliqui? (en noir fort) qui y dcs.sinent des ren force menU parallèles h 1» surlace du
inférieur du tube digestif, (|ui ont le plus soufTerl. Les grosses veines, qui tranchent vivement sur le reste des tissus, s'y montrent
BILHARZIOSE INTESTINALE 379
serties d*un anneau peu épais, mais très dense, de tissu connectif fibrosé; la péri-veine enserre, de la sorte, le canal vasculaire dans une gangue bien isolée, pauvre en flots adipeux. La membrane moyenne, ou méso-veine, dessine un fortanneau musculo-élastique concentrique à la lumière du vaisseau. Les faisceaux musculaires y sont nombreux, riches en cellules contractiles bien groupées par pelotons à peu près égaux, séparés les uns des autres par des trousseaux de fibres élastiques extrêmement nombreux et épais. L'hypergenèse du tissu musculaire (1) et du tissu élastique se montre très évidente, dans cette zone moyenne de la veine, et ressortit, on n*en peut douter, à un processus de réaction, d'irritation lormative en rapport avec les désordres intimes subis par le conduit vasculaire.
L*état de la membrane interne de la veine, de l'endo veine, vient confirmer cette notion et l'éclairer d'un jour nouveau. La lumière du vaisseau se trouve, en effet, réduite dans une proportion extrême par suite du développement exubérant de la couche sous-endothéliale de la membrane interne. De part et d'autre, sur les quatre-cinquièmes environ du pourtour de la cavité, uneendophlébite végétante a pris naissance, poussant en face l'une de l'autre deux masses bourgeonnantes énormes, constituées par du tissu conjonctivo vasculaire et par des trousseaux puissants de fibres élastiques. Irrégulièrement réparties, surtout à la base des bourgeons endophlébitiques, ces fibres élastiques forment, par endroits, des strates on bandes parallèles à la lame élastique interne, elle même fort épaissie et circonscrivant d'une manière très accusée la limite externe de l'endoveine.
Un tel échafaudage conjonctivo-élastique et néo vasculaire, formé aux dépens de la couche invasculaire et non élastique de la veine, révèle un processus infiammatoire très prolongé, très lent, et tout à fait particulier, puisque, sur aucune des nombreuses coupes étudiées à ce sujet, la moindre trace d'une coagulation sanguine n'a pu être relevée. L'endothéliuin de ces veines enflammées est.
( I) Il est poul-èlrc bon tic rapprocher de celle production hyperplasi(|ue de libres musculaires la présence, souvent conslatée par moi, d'ilols musculaires listes aberranLsau milieu des couches du méso-côlon. Os fibres, éloignées de tout vaisseau, forment des paquets contractiles assez volumineux et irrégulièrement répartis dans la masse des pelotons scléroadipeux de l'organe.
380 MAURICE LETULLE
au contraire, partout et toujours intact, bien accolé à la surface des bourgeons endo-vasculaires. Ici, comme pour l'intestin proprement dit, la phlébite est végétante et ne peut pas avoir ététhrombosique*
La Bilharzie vivant dans le sang veineux porte enflamme les parois vasculaires et s'oppose à la coagulation du fibrinoghne, à l'inverse de la plupart des microbes pathogènes qui, lorsqu'ils deviennent les hôtes immobiles des cavités vasculaires sanguines, veineuses ou artérielles, y déterminent d'ordinaire une inflammation d'abord thrombosique et secondairement végétante.
Les ganglions lymphatiques logés dans l'épaisseur des replis du rectum et du côlon sont remarquables par leur état pour ainsi dire normal. Sur un très petit nombre de coupes, quelques rares œufs de Bilharzie se montrent incrustés dans l'épaisseur du tissu réticulé, sans aucun phénomène réactionnel autour d'eux.
Excavation pfxvienne.
L'ordre naturel des faits devrait nous amènera terminer l'étude du tube digestif en remontant le long de l'intestin. Toutefois, la connaissance méthodique de l'état des organes pelviens a, dans le cas actuel, une haute importance. L'enquête sur les vaisseaux veineux de la cavité du petit bassin (dont les connexions anatoniiques avec les veines mésaraïques sont connues) demande à être réglée. Enfin, la fréquence des lésions bilharziennes des organes génito-urinaires est si grande qu'elle est comme la suite attendue de la bilharziose de l'intestin. Terminons donc l'examen des organes et tissus de l'excavation pelvienne, afin de bien établir la forme anatomo-pathologique de l'observation qui fait la base du présent mémoire.
La vessie, la prostate et VurHhre sont tout à fait sains. Tout au plus peut-on noter un épaississementfibro-musculaire du squelette de la glande prostatique, surtout accusé vers la partie moyenne, audessous du col vésical ; mais ces désordres séniles n'ont rien à voir avec l'alïection parasitaire qui nous occupe.
Les canaux déférents et les uretères sont normaux ; le tissu conjonc tivo-vasculaire entourant ces dernière est épaissi, fibroïde, et les vaisseaux veineux qui le parcourent sont dilatés, sinueux, surtout
BILHADZIOSE INTESTINALE 381
dans la partie correspondant à la région du bas fond vésical, au voisinage de la prostate.
Sur les coupes microscopiques qui embrassent en même temps
Pjc. 13. — Lésions des veines pclviennc^s dan Coupe (l'une veine de l'excavation pelvk'ni DOD loin de lu proHtale.
La caviti! de la VPine est presque totalement combli^ pardas vi'gétatlona endopbli'blliques anciennes. On peut toutelols reconnaître trace de la lumière vascuûirp, tout d'atM>r>l aux deux grandes fentes remplies de sang qui occupent la n'gioD supi^rieure ilu vaisseau, en dedans de sa couche musculaire bien conservi^e ; l'nsuite au placard librolde blanchâtre, parsemé de cavili^s vasculaires (ni^o-lur< mations vascnlaircs|, qui s'étend au-dessous de ces deux fentes et rejoint, par en bas, la couche musculaire do la veine, fort épaisse à ce niveau.
L'endophlétille végétante a gfaé le cours du san|{ dans la veine, au point d'avoir forcé ses vaisseaux nourriciers; de nombreux vaisseaux gorgiSs de sang sillonnent en fltel, la couche musculaire.
Aa dessous et a droile de ce vaisseau veineux se trouve une autre veinule, également rétrécie ; â gauche, un petit ganglion nerveux, sain.
une partie de la prostate, la vésicule séminale, le canal déférent et l'uretère, on trouve un assez grand noinbi'e de veines pelviennes gravement altérées.
382 MAURICE LETULLE
Je parle de veines importantes, mesurant par exemple loOO fi à 1800 f*; mais bien des veinules aussi sont atteintes, qui ont 700 a à7oO p(fig.i3).
Il n'est pas rare d'observer sur tous ces canaux veineux des signes manifestes d'une endophlébite végétante ancienne, en tout identique à celle décrite à propos des vaisseaux sanguins d'origine mésaraïque : même hyperplasie musculaire et élastique, mômes bourgeonnements de la couche sous-endothéliale de la membrane interne, môme absence de lésions thrombosiques. En plus, cependant, il m'a été donné de trouver, non loin de l'uretère droit, plusieurs veines touchées au maximum, au point que la lumière vasculaire avait pour ainsi dire totalement disparu (flg. 13). Les végétations conjonctivo-vasculaires de la membrane interne ont été si loin dans ces cas qu'on n'aperçoit plus guère que quelques fentes perméables au sang et comme perdues au milieu des blocs fibroïdes formés aux dépens de l'endoveine; si bien, qu'il devient à peu près impossible de savoir si telle fente remplie de sang appartient encore à l'ancienne lumière vasculaire, considérablement sténosée, ou si, au contraire, il s'agit d'un vaisseau de nouvelle formation ectasié et forcé par le torrent circulatoire, par la vis a tergo.
Dans ces lésions, du reste, les vaso-vasorum répartis parmi les couches musculaires de la veine sont dilatés et rétablissent, du mieux qu'ils peuvent, la circulation entravée à l'intérieur de la veine oblitérée. Ici, encore, on ne saurait trop le répéter, aucune thrombose inflammatoire n'a existé et l'obstruction de la lumière vasculaire résulte, à coup sûr, d'une végétation luxuriante de la membrane interne, et non de la nécrose coagulante de sa couche endothéliale. Pour le démontrer, il sufTit de constater que les bourgeons fibreux qui comblent la veine ne portent, dans les interstices de leurs trousseaux connectivo-vasculaires, aucune trace de la moindre granulation pigmentaire, reliquat d'un caillot sanguin résorbé.
La vésicule séminale est remarquable par son état normal. Sur une seule coupe, une dépression de la muqueuse montrait un petit corps étranger, oviforme, logé immédiatement au dessous de l'épithélium ; la couche épithéliale, unique, était quelque peu soulevée par celte masse. Mais les dimensions de ce petit calcul, qui
ne dépassait pas 32;*, 4 sur 25, a, 2, me permirent d'affirmer qu'il ne s'agissait que d'un simple ralcul génital (sympexion). Les œufs de Bilharzie sont toujours, même ralcifiés, beaucoup plus volumineux : pleins, ils n'ont pas moins de 133 à 140 j/, et, vidés ou calcifiés, ils mesurent encore, le plus souvent, 95 à lOOfx de longueur, sur 40 à 45 ;a de largeur.
La vésicule séminale était, par le fait, exemple d'infection bilharzienne, à l'instar de tous les organes pelviens autres que le rectum.
Toutefois, les veines qui sillonnent le tissu conjonctivo-vasculaire de l'excavation pelvienne épaissi et libroïde sont elles-mêmes souvent maladesaupourtour des vésicules séminales, comme elles l'étaient autour delà portion pelvienne des uretères. Là, les veines de ISOOa à 1900 ,a sont, pour un assez grand nombre d'entre elles, atteintes des lésions décrites plus haut. L'endophlébite lésa touchées et, cela, depuis longtemps, si l'on en juge par le degré des altérations qu'on y observe (f\g. 14). C'est ainsi que sur plusieurs coupes, j'ai pu relever la présence de vastes bourgeonnements endophlébitiques, et, de plus, y constater des lésions régressives ou dégénératives installées au sein de ces mêmes masses bourgeonnantes. Alors, en effet, qu'on voit la lumière du vaisseau réduite par exemple, à une fente linéaire, tapissée sur toute son étendue par un endothélium intact, le placard fibreux qui obture le vaisseau apparaît lâche, mucoïde par endroits. Bien qu'on y puisse encore découvrir des vaisseaux capillaires néoformés, béants, de nombreuses fibrilles, connectives ou élastiques, et même quelques cellules musculaires aberrantes, on remarque en son centre, non loin de la couche endothéliale, un placard invasculaire, très pauvre en éléments cellulaires. Les noyaux (fig. 14) s'y montrent rares, petits, pâles; au-dessous s'étale une large bande de tissu conjonctif en involution mucoïde; celte bande double le placard sclérosé et montre les signes d'une sénilité partielle déjà avancée, peut-être ancienne, subie par le bourgeonnement parasitaire de l'endoveine. Nul doute que, là, les altérations veineuses ne diffèrent du tout au tout de celles que nous avons étudiées précédemment. Il est à noter que les veines de l'intestin ne m'ont jamais montré, sur aucune coupe, de lésions aussi manifestement involutives; d'où, la conclusion, acceptable sinon certaine, que l'endophlébite
;i8l MAL'niŒ LETLXLE
est plus ancienne dans les veines pelvienoes el qu'elle f rinllaiiiiiialion dt-s veines de l'inleslin.
Lh lumîitrc (lu vaiss«Hu nsl roduiln a une fente verticale, timilée par un endO' Ihiïlhiin inliict. Toute la eavili^ île la veine est, puur ainsi dire, remplie par un éDormn bouri^eunnement de la meinbrnnc Inli^rnc, bourj^eonne oient provenant de la parlic ^uclie de la paroi.
La mince bande muscuteuse de lu vein(>, bien coupi^. montre ce qu'était 1t rytinitrc vasculalro a\ant il'iHrc atteint d cniloptilc'bite végétante
Dana te placard librcux i)iil a comhli de la sorte la lumiCrc du vaisseau, on reconnaît un \ai«$ean neo-Jorm* , le tis^u conjonctif exubi^rant est sillonné de libres musculdircs lisses, de ci'lluli<s conjonctites fusllormes II commenta i soullrir, car on le voit, de pince en place, lAclie, mucoldn, presque tolslcmeni di^pouFvu dVIiments cellulaires imliee de l'antienneti^ des lésions endoph)i<-
Lo tissu cctluldire qui entoure la icinc est denvilii, tibrolde, chroniquemeal enflummi^.
L'autopsie partielle qui précède a rassemblé toutes les lésions
BILHARZIOSE INTESTINALE 38;)
directement imputables à la maladie hilharzienne. Plus haut, en remontant le long de l'intestin, comme en parcourant le reste des organes du corps, nous n*allons plus constater la même signature anatomo-pathologique. 11 nous faut cependant étudier le reste de cette observation, afin de la compléter autant que possible.
Fin de l'autopsie du tube digestif.
Tout d'abord, il est nécessaire de signaler qu'après la constatation de la nature bilharzienne des* altérations du rectum, je m'empressai de revenir sur l'examen des veines constituant le système porte. Au moment de l'autopsie macroscopique, j'avais, d'ailleurs, conformément à mon habitude de la pratique des autop sies (1), pris soin d'ouvrir la veine porte encore en place et sur toute sa longueur, y compris ses trois branches d'origine, la veine splénique, la grande et la petite mésaraïques. Ces vaisseaux avaient été notés comme sains; par malheur, notre attention n'était pas attirée, à ce moment, sur leur contenu et il peut se faire que la présence des Vers parasites intraveineux ait passé inaperçue. Le diagnostic des lésions intestinales une fois porté, je repris les rameaux inférieurs de la mésaraïque, le long du côlon iliaque et ne pus x)arvenir à y déceler une seule Bilharzie. Tout ce que je puis affirmer c'est que le nombre des Vers hématobies ne devait pas être considérable dans les diverses branches d'origine de la veine porte, non plus que dans la portion sous-hépatique de ce volumineux canal qui furent examinées avec la plus scrupuleuse attention.
Pour en revenir à l'étude microscopique du tube digestif, il me sufTira de signaler l'inlégrité com[)lète de la muqueuse du reste du gros intestin, en particulier du côlon descendant, au dessus de l'anse oméga.
l/appendice vermiforme, dans sa portion oblitérée, montre les signes indélébiles d'une intlammation ulcérative ancienne, terminée par soudure des régions sous muqueuses mises à nu. Toute la muqueuse a disparu, et le tissu cicatriciel, qui comble la cavité appendiculaire, s'étale à la façondun bloccylindrique, concentrique à l'axe de l'organe. Toute trace de Bilharzie, en particulier de
(1) Maurice Lstullb, Pratique des autopsies^ p. 152 et ûg. ti et 2i bis.
386 MAURICE LETULLE
coquilles d'œufs, fait défaut au milieu des tractus cicatriciels; les veinules qui sillonnent le tissu sous-muqueux symphyse sont exemptes d'endophlébite végétante. Ces constatations permettent, d'une part, d'atfirmer l'ancienneté des lésions inflammatoires subies par Textrémité libre de l'appendice (appendicite oblitérante) et, d'autre part, de repousser toute relation entre ces désordres invétérés et la bilharziose rçcto colique.
Vintestin grêle est normal et Vestomac ne montre, au dessous des coupes de sa muqueuse à peu près saine, que la présence d'une petite tumeur sous muqueuse composée presqu'uniquement de longues cellules fusiformes qui contiennent, chacune en leur centre, un noyau cylindrique mince, allongé. Ces détails de structure sont suffisants pour faire reconnaître la nature musculaire des éléments tumoraux. Ce myome sous-muqueux nattaque en aucun point la muqueuse gastrique et reste, par ailleurs, indépendant des couches musculeuses de l'estomac.
Fin de l'autopsie macroscopique lt microscopique des organes.
Le reste de l'autopsie mérite d'être rapidement rapporté, afin de réunir les données du problème pathogéniquc que nous pourrons bientôt aborder.
Le canal thoracique est normal, dans toute son étendue. L'une des branches qui constituent par leur conOuence la citerne de Pecquet, et qui provient de l'intestin, au milieu des masses adipeuses accumulées en avant de la colonne vertébrale, est blanchâtre, plus épaisse et moins souple que les autres et que le canal thoracique lui-même; elle est cepen dant bien perméable et ne parait pas autrement atteinte.
L'aor(e, dans son ensemble, depuis son origine intra-péricardique, jusqu'à sa bifurcation en deux iliaques primitives, est légèrementépaissie, quelque peu athéromateuse. Son poids total est de 90 grammes. Les iliaques et leurs ramifications sont, au contraire, envahies par un athérome bien accusé.
La veine cave inféineure est saine dans tout son trajet.
Le pharynx, le voile du palais, les amygdales et la langue n'offrent rien à noter.
Les glandes sun^énales, dont le poids total n'est que de 9 grammes, sont remarquablement peu graisseuses, à l'inverse de ce qu'on observe, d'ordinaire, sur le vieillard.
Le foie, qui pèse 980 grammes, est petit, arrondi, presque hémisphérique; il est congestionné; de plus, son parenchyme parait d'un rouge
BILHARZIOSE INTESTINALE 387
brun foncé; il n'est pas dur, et semble sain, ainsi que la vésicule biliaire.
Les gangliotis de hile du foie sont assez gros, et colorés en jaune brunâtre, aspect qui donne à penser que la glande hépatique est probablement surchargée de pigments d'origine hématique. Les coupes microscopiques de foie montrent quelques espaces portes un peu élargis, et en voie de sclérose discrète : les néo canalicules biliaires parsèment, ça et là, les travées fibreuses. Dans la plupart des espaces portes, les artérioles sont rétrécies d'une façon très apparente, par suite de la dégénérescence hyaline d'une zone plus ou moins étendue de leur membrane interne.
Les cellules hépatiques groupées en trabécules régulières à l'intérieur des lobules sont modérément graisseuses.
La rat^e, petite, ferme, pèseoo grammes. Sauf l'état hyalin de la membrane interne d'un grand nombre d'arlères, les coupes microscopiques n'y montrent rien d'important.
L'encéphale et la moelle sont recueillis. La masse encéphalique pèse 1.2âO grammes, et les artères de la base sont peu athéromateuses. La cavité du ventricule latéral gauche est quelque peu dilatée, sans qu'on trouve trace de lésions des noyaux de la base non plus que des circonvolutions cérébrales.
Les coupes de la moelle permettent de constater son état normal.
Larbre respiratoire présente des lésions importantes. Le larynx et la trachée sont sains. Les poumons, atteints d'emphysème chronique, n'adhéraient que peu à la paroi thoracique, surtout au sommet droit, et à la face diaphragma tique du lobe inférieur gauche. Ces vieilles adhérences se rattachaient à une tuberculose ancienne du sommet droit, où l'on trouvait, au milieu d'un placard do pneumonie ardoisée, un nodule calcitîé, de la grosseur d'un noyau de cerise, et entouré d'une zone anthracosique peu étendue. Le poumon droit pesait 280 grammes, et le gauche 245 grammes. Ce dernier, atteint d'emphysème atrophique très marqué, portait, de plus, un foyer tuberculeux récent, logé au haut du bord antérieur du lobe supérieur. Là, en effet, existe un noyau de broncho-pneumonie tuberculeuse, de la grosseur d'une forte noix; il est formé par la confluence de nodules tuberculeux casécux. blanchâtres, friables, ramollis, pour quelques uns du moins, à leur centre. A la périphérie de ce bloc de pneumonie lobulaire caséeuso, une couche fibreuse s'est formée, encore discrète et très peu envahie par l'anthracose pulmonaire.
Le sommet de ce poumon gauche est, comme le droit, atteint de pneumonie fibreuse ardoisée, à peine tatouée d'anthracose. Les ganglions du hile sont, de même, fort peu incrustés de charbon, preuve que le malade séjournait à Paris depuis peu de temps.
L'examen microscopique des zones tuberculisées du poumon montre toutes les lésions classiques de la tuberculose caséeuse lobulaire conglomérée; de plus, sur de nombreuses coupes, on peut trouver, outre les alvéoles remplis de matière caséeuse gorgée de Bacilles de Kocb, des
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bronchioles cartilagineuses en voie de tuberculisation pariétale avancée. La plupart des bronchioles intra-lobuiaires sont même, soit oblitérées par le caséum bacillifère, soit ulcérées et en voie de cavcrnulisation très apparente.
Enfin, sur plusieurs coupes, on reconnaît sans peine, grâce aux colorations à l'orcéine, des veinules pulmonaires péri-lobulaires, en Iraiu de se tuberculiser sur une partie plus ou moins étendue de leur circonférence. La phlébite tuberculeuse pulmonaire qui en est la conséquence est d'autant plus intéressante ici qu'elle a eu, sur le cœur, des résultats éloignés remarquables. ,
Le ccpur, en effet, qui pèse 230 grammes, montre lorilice aorlique serti de trois valvules quelque peu épaissies; l'origine même de l'aorte, au fond des nids valvulaires, est le siège de plusieurs placards athéromateux. Les deux coronaires, larges, béantes, dilatées, sont incrustées de plaques calcaires. L'orilice aortique est cependant suffisant.
L'orifîce mitral montre sur sa grande valve, à quelque distance de son bord libre, le long de la facette de Firket, une culture récente d*endocardite fibrineuse, discrète, mais formelle, et des plus caractéristiques. L exsudât endocarditique est grisâtre, ferme, un peu saillant à la surface de la valvule, sans y dessiner cependant de bourgeons ou de papules très marquées.
L'examen microscopique de cette région valvulaire permet d'y reconnaître des lésions aigués cxsudatives et régressives très remarquables : à la surface de l'endocarde privé de sa couche endothéliale et se confon dant intimement avec les strates llbroîdes du squelette de la valvule, s'élèvent des blocs de fibrine amorphe, au milieu desquels il est presqu'impossible de trouver d'éléments cellulaires encore colorables. Toutefois, à l'union de l'endocarde et de l'exsudat inflammatoire, on observe, sur quelques coupes, la présence de rares cellules géantes^ volumineuses, anguleuses, peu riches en noyaux. Sur les confins même du bloc fibrineux. non loin des parties où les cellules fixes interstitielles du squelette fibreux sont encore en place et colorables, on découvre aussi, parfois, une cellule géante, enclavée entre les travées fibroldes et formée, selon toute probabilité, aux dépens dune des cellules fixes de la région.
La multiplicité de ces cellules géantes autour et à l'intérieur des exsudais endocardiliques, l'existence de la tuberculose pulmonaire ayant infecté les veinules péri-lobulaires, nous ont amené à soupçonner la nature tuberculeuse de l'endocardite aiguë en question. La recherche des Bacilles de Koch et leur coloration par le Ziehl a confirmé nos prévisions en nous permettant de déceler, sur plusieurs coupes, quelques Bacilles caractéristiques, au milieu de l'exsudat fibrinolde.
BILHARZIOSE INTESTINALE 389
ÉTUDE PATH06ÉNIQUE
Les détails circonstanciés dans lesquels nous venons d'entrer à propos d'une observation anatomo-pathologique à peu près complète de biiharziose intestinale vont nous permettre d'aborder l'étude pathogénique de cette variété, assez rare en somme, d'infection produite par le Schistosomum liœmatobiiim. Nous essayerons de résoudre à ce sujet, d'une façon un peu plus précise, différents problèmes laissés en suspens par les auteurs.
En comparant les travaux antérieîirs aux documents positifs que nos préparations microscopiques nous ont fournis, nous arriverons à plusieurs conclusions différentes de celles ayant habituellement cours. De toute façon, les éléments d'appréciation seront livrés au lecteur et lui permettront de juger en connaissance de cause.
La circonscription précise de l'infection bilharzienne au segment inférieur du tube digestif est connue; mais les faits aussi formels que le nôtre sont plutôt exceptionnels. I^ pénurie des détails anatomo-pathologiques publiés par la plupart des auteurs ne saurait nous autoriser cependant à croire que les lésions décrites par nous diffèrent en quoi que ce soit de celles relatées dans les observations antérieures. La biiharziose intestinale produit donc, selon toute vraisemblance, les mêmes désordres dans tous les cas. Seul, le degré de ces altérations, à vraiment dire spécilîques, varie selon les individus et proportionnellement aussi, sans doute, aux complications qui se sont surajoutées à la maladie primitive. C'est ainsi que la dysenterie accompagne maintes fois l'entérite bilharzienne (1) et risque de la rendre méconnaissable pendant la vie comme après la mort.
Pour mettre quelque ordre dans l'examen critique et dans l'étude de la genèse des lésions bilharziennes proprement dites, nous considérerons tout d'abord le Schistosomum hœmatobium et les désordres qu'il cause: i^ dans les veines qui lui servent d'habitat, 2^ dans les tissm environnants. Après quoi, nous passerons en revue les œufs du Distome, dont le rôle est capital dans la marche de la maladie, et nous verrons tour à tour: [^ les détails las tologiquesiutéressants qui les concernent; 2^ leurs modes dévolution et leurs péré-
(1} Damaschino, loco citato, p. 153.
:^ MAURICE LETULLE
//ri/mfiOTîA* à travers les tissus; 30 les lésions matérielles qui en ont résulté. Il nous sera sans doute loisible de rechercher, pour finir, le déterminisme de la circonscription au seul gros intestin pelvien des lésions viscérales occasionnées parla Bilharzie.