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I. —Observation; sujet d'étude

Le 10 novembre 1905, M. Boudeaud, vétérinaire à Bordeaux, nous priait d'examiner le liquide péritonéal d'un Chien malade, confié à ses soins et porteur d'une volumineuse ascite. Cet animal, originaire des environs de Toulouse, était un Épagneul noir de haute taille, qui malgré le gonflement énorme de son abdomen, ne paraissait pas très incommodé par sa maladie. Il avait conservé l'appétit et la gaité.

Nous pratiquâmes une ponction au trocart, qui donna issue à environ cinq litres d'un liquide crémeux qui avait toute l'apparence d'un bouillon de semoule. En effet, il tenait en suspension une infinité de granules semi-transparents, vésiculeux, très réguliers, et du volume d'une grosse tête d'épingle. Après avoir reposé longtemps, ce liquide montrait un dépôt et se divisait nette-

HELMINTHES PATHOGENES DES MAMMIFERES

ment en deux couches superposées. Tune supérieure transparente et légèrement citrine, l'autre basale, blanchâtre et constituée par les vésicules claires signalées plus haut. Cette zone inférieure avait une hauteur à peu près double de celle de la première.

Les vésicules, examinées en elles mêmes, mesuraient de 1 à 3mm ^Q diamètre. Chaque centimètre cube en renfermait à peu près cinquante, ce qui, dans Tensemble de cinq litres, donne un total

Hg. 1. — Un groupe de vésicules dans leur milieu naturel.

approximatif de 250 000 individus. A un examen superficiel, chaque vésicule se montrait formée d'une paroi mince, semi-transparente, contenant dans son intérieur un abondant liquide hyalin la remplissant totalement et la rendant turgescente. Toutefois, en un point se remarquait une tache opaque d'où parlait souvent un prolongement opaque, sombre et court. 11 y en avait un ou deux et le plus souvent ces derniers étaient diamétralement opposés. Quelquefois, il y en avait plusieurs. De prime abord, un tel examen préliminaire était de nature à faire penser à l'existence de vésicules issues d'un kyste hydatique, la portion opaque représentant Je début de la tête du futur scolex, et l'ensemble ressemblant à s'y

Fig. 2. — Vue superficielle du parenchyme constitutif de la vésicule.

inépreDdre,toules réserves faites sur les dimensions, au Cysticerque pisiforme que l*on rencontre en si grande abondance dans Tépiploon du Lapin.

L*examen microscopique d'individus vivants, récemment

extraits du liquide péritonéal, donne lieu à quelques observations intéressantes (fig. i). On voit très bien les vésicules transparentes, à parois fort minces^consl i tuées par un tissu parenchymateux fibrocellulaire à éléments fusiformes ou étoiles avec des fibres formant un ensemble réticulé à tractus entre-croisés et très élastiques, dans les mailles duquel certains individus présentent de petits corpuscules calcaires arrondis ou lobules avec un bile central (fig. 2 et 3).

Sous le poids du couvre.

./, ;%;^^, objet, certaines de ces vési-

cules sont broyées et éclatent en mettant en liberté un liquide clair et albumineux se coagulant peu sous l'influence de Talcool. La tache sombre polaire est due à Texistence d'une portion de tissu plus dense de forme lobée et présentant une série de plissements îrréguliers, évidemment dus à une contraction. Un développement plus ou moins considérable de cette zone opaque se prolongeant sous la forme d'un lobe pseudopodique pouvant atteindre quelques millimètres, constitue essentiellement les prolongements ci-dessus signalés. Il n'est pas rare de trouver des vésicules présentant deux ou plusieurs de ces saillies lobulées et plissées.

Fig. 3. — Vue superficielle du même avec corpuscules calcaires présentant un bile central, quelques-uns bigéminés.

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L*examen microscopique à Tétat vivant aboutit à des constatations intéressantes. Ces prolongemeets opaques sont mobiles et irritables; ils sont extensibles et rétractiles. On y Irouve réellement Taspect de modifications pseudopodiques et Ton y constate des mouvements lents de contraction ou d'extension. A cela parait s'arrêter toute parenté avec les pseudopodes ordinaires, car ils semblent greffes en des points plus ou moins précis sur le corps vésiculeux et paraissent jouir d'une fixité relative. L'une de leurs caractéristiques les plus remarquables semble se trouver dans une

Fig. 4. — Différentes formes de vésicules dessinées d'après nature. On en remarque quelques-unes en voie de scissiparité, x 30.

exquise sensibilité. Au moindre contact, un prolongement en voie d'extension se rétracte sur lui-même, et c'est un spectacle curieux de voir ces sortes d'extrémités tactiles s'étendre avec une extrême délicatesse de toucher et se retirer simultanément sur elles-mêmes. Leurs dimensions sont généralement restreintes; mais, dans bien des cas, ils peuvent dépasser plusieurs fois la longueur du diamètre de la vésicule sur laquelle ils sont greffés. Leur volume, leur forme, leur mobilité, sont choses éminemment variables. Il en est qui se ramifient véritablement; d'autres fois, on les voit se dilater en vésicules secondaires, se séparer par un étranglement fort net de la vésicule originelle et rappeler, dans bien des cas, l'image dune scissiparité des plus faciles, et, du reste, réelle (fig. 4). L'examen le plus attentif portant sur des quantités aussi consi-

dérables que possible d'individus, n'arrive jamais à décelerla présence, dans ces vésicules, de crochets ou d'autresorganesdefixalion.

Le liquide péritonéal, lui-même, soit directement, soit après centrifugation, ne présente aucune trace de semblables formations. Tout au plus peut on re marquer, dans quelques rares cas, une sorte de vague début d'invagination qui pourrait rappeler une cupule proligère. Mais, étant donnés les caractères polymorphes de ces formations, il n'est pas possible d'attacher une importance bien précise à desapparences aussi variables.

Placés en dehors de leur milieu naturel, nos parasites démontrent leur vitalité par leurs déplacements pseudopodiques actifs et la persistance en eux de toutes les apparences d'une santé plus ou moins parfaite (fig. 5). Du liquide péritonéal, conservé pendant huit jours, montre des individus encore très aptesà se mouvoir et très capables de déformations amiboïdes plus ou moins vives. Ils ne succombent généralement qu'après deux semaines et même plus à l'infection microbienne.

Fig. 5. — Une forme vésiculaire, la plus répandue de toutes, montrant un pseudopode en voie de formation.

La vésicule présente quelques plissements.

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