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ET LE MOYEN DE LEMPÊCHER

PAR

R. SABOURAUD

Tous ceux qui s'intéressent aux dermatoses parasitaires savent ce qu*est le phénomène du pléomorphisme des cultures de Dermatophytes, et combien son intervention perpétuelle rend ardue rétude expérimentale des maladies cryptogamiques (1). La plu-

Fig. 1. — Apparition de trois duvets pléomorphiqnes sur une culture d'Achorion du fa vus âgée de 6 semaines. — Culture de Bodin de Rennes; cliché Doyen et Rothier de Reims. Grandeur naturelle.

Fig. 2. — Apparition de deux touffes de végétation pléomorphique sur une culture trichopby tique de quatre semaines. — Culture de Sabouraud; cliché Doyen etRothier, de Reims. Grandeur naturelle.

part des cultures de Champignons inférieurs passent d*abord par une phase de jeunesse, ensuite par une période de sénilité. Au cours de cette seconde période, qui pour la plupart des cultures dermatophy tiques commence après la troisième ou la quatrième semaine de leur existence, on peut voir la culture prendre des caractères extérieurs très diflférents de ses caractères originaux. Elle se transforme, elle se pléomorphise.

Ordinairement fig. 1, Set 3) la transformation survient d*abord en (1) Cf. La pratique Dermatologique, I, art. Dermatophy tes , p. 791. Archives de Parasitologie, XII, n« 1, 1908. 3

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point, OU bien en deux ou trois. Par exemple, sur une culture poudreuse et jaune, naîtra une petite touffe blanche qui ressemblée une minuscule houppe à poudrer. Cette végétation nouvelle grandira, s*étendra, dépassera même très souvent les limites delà culture mère, en gardant ses caractères objectifs nouveaux et particuliers.

Jusqu*ici, rien qui ne soit assez simple à suivre et à comprendre. Mais voici qui est plus difficile et tout aussi certain. Si nous ensemençons ce duvet blanc avec assez de finesse pour ne toucher que lui, et non la culture primaire sous-jacente, la culture nouvelle que nous obtiendrons aura d*emblée les caractères du duvet blanc, sans rien qui rappelle les caractères de la primitive culture.

Et si nous avons, par des réensemencements suffisamment rapprochés de date, gardé d'autre part des exemplaires intacts de la culture primitive, ce qui est facile, nous nous trouverons en présence de deux êtres différents comme aspect extérieur, comme forme, couleur, structure botanique (fig. 4 et 5) et tous deux seront issus pourtant du même être originel. L'une de ces cultures est une culture primaire ou vraie, Tautre une culture dégénérée, pléomorphique. Or, s*il est toujours ton inguinale de possible avec la culture primaire de donner maUosé.' -^Culture 'i®^» ®û la laissant vieillir, à une culture seconde Sabouraud; cliché de, pléomorphique, nous n*a vous aucun moyen de revenir de la seconde à la première, au moins quant à présent.

Bodin, en étudiant une forme pléomorphique du Microsporum du Cheval, crut pouvoir conclure de ses inoculations, que le passage sur milieu vivant (Cobaye) permettait d'opérer le retour de la culture pléomorphique à la culture originelle. Les premières expériences que j'ai faites sur ce point m'ont semblé confirmatives de cette opinion. Mais une étude plus approfondie m'a fait voir qu'il s'agissait d'erreurs de fuit ou d'interprétation, et que

Fig. 3. — Duvet blanc pléomorphique au centre d'une culture ù'Epidermophy.'

PLÉOMORPHISMË DES CULTURES DE DERMATOPHYTES 35

le retour d'une culture pléomorphique au type de sa culture-mère resie jusqu'à présent impossible par tous moyens (1).

Limitons autant que possible le sujet qui nous occupe, car il prêterait à des développements indéfinis. De ce que nous venons d'exposer il résulte que :

10 Si on laisse vieillir, sans une surveillance continue et des réensemencements perpétuels, des cultures de Dermalophytes, la collection en est complètement ruinée en quelques mois, parce que les cultures, lorsqu'on les renouvellera, auront perdu tout à fait leurs caractères

propres, originaux, et qu'on ne pourra^pas les leur faire récupérer.

2p Tant que cet obstacle des altérations pléomorphiques existera, les dermatologistes qui s'occupent de ces questions, auront en ^ toute bonne foi, la plus grande peine à s'entendre, car il leur arrivera forcément de comparer des cultures

primaires à des cultures

^ , , Fig. i.—Microsporumfelineum {Fox, et B\bx^\\, pléomorphiques et de les iggg ) culture de trois semaines sur gélose croire d'espèces diflféren- peptone l, glycose 4«/.; culture du labora-

tolre du D' Sabouraud; cliché de Notre, tes, alors que ce seront

seulement des formes diverses d'une même espèce.

3*» Enfin, tant qu'on n'aura pas écarté des études de cryplogamie dermatologique, ce problème du pléomorphisme, certains auteurs" pourront aussi, en toute bonne foi, s'imaginer que des espèces cryptogamiques, en réalité différentes, sont dérivées primitivement d'une même graine et ne diffèrent que par transformation pléomorphique.

11 y a donc le plus haut intérêt théorique et pratique à donner

(1) Cf. E. BoDiN, Le Microsporum du Cheval. Archives de Parasitologie^ I, p. 379, 1898. — E. Bodin, Les Champignons parasites de l'Homme, p. 146. — Sabouradd, Art. Dermalophytes déjà cité, p. 797.

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aux expérimentateurs le moyen d éviter dans leur collection Tintrusion du pléomorphisme et de garder leurs cultures indemnes de toute dégénérescence.

Nombre de cultures qu*on m'a envoyées à identiOer n'avaient plus rien de commun en apparence avec Tespèce dont elles dérivaient. J'ai présenté moi-même dans une étude comparée des divers types de Microsporum (1), une culture du Microsporum canis de Bodin. Or, cette culture est très certainement celle d'une forme pléo-

morphique et n'a plus rien de la culture originelle du même parasite (2). Je m'en aperçus grâce à la différence des formes botaniques qu'elle montrait et de celles que Bodin avait décrites dans la culture originelle.

Ainsi, une culture que nous pensions tous deux primaire était pléomorphique et ne pouvait plus servir à caractériser le parasite dont elle prove naît. On voit par cet exemple combien le pléomorphisme des cultures peut devenir une source d'erreurs, quel dangereux obstacle il oppose à l'étude de ces matières, et combien il importe de fournir un moyen pratique de l'éviter.

Quoique ces phénomènes de pléomorphisme s'observent en presque toutes les cultures vieillies de Mucédinées, aucune règle de botanique cryptogamique générale n'indique encore comment od

Fig.5. — Transformation pléomorpbique du Mi^ croaporum fflineum Fox et Blaxall . Culture de même âge et sur même milieu. Culture du laboratoire du D' Sabouravd cliché de Noire.

(!) Sabouraud, Nouvelles recherches sur les Microsporum, Annales de Dermatol'tgie fl de Syfihiligrapkie, mars 1907; cf. p. 161. — L'erreur que je signale porte sur la plan< he II. fig. 6.

(2) Elle provenait de la collection du D' E. Bodin, qui l'avait obtenue d'un Chien en 1897 et la conservait depuis lors. Au cours d'une maladie qui le Unt éloigné du laboratoire, un réensemencement fait par un préparateur reproduisit une forme pléomorpbique et non la culture mère.

PLÉOMORPHISME DES CULTURES DE DERMATOPHYTES 37

peut faire naître des formes pléoiuorphiques, ou comment faire pour prévenir leur apparition. Ainsi, je ne pouvais me guider en ceci sur des recherches antérieures aux miennes. C*est un hasard d'observation qui m'a mis sur la voie de la méthode à suivre; et depuis six mois que j*ai appliqué cette méthode à des centaines de cultures, je ne l'ai pas une fois prise en défaut. On sait que les géloses peptonisées à 1 0/0 et sucrées à 4 0/0 constituent par excellence les milieux d'étude des Dermatophytes ; sur ces milieux d'étude les cultures atteignent à un développement maximum et les différentes espèces parasitaires y revêtent des caractères différentiels, éminemment reconnaissables.

Malheureusement, sur ces milieux, dits milieux d'épreuve, parce qu'ils servent d'étalon pour la reconnaissance et l'identification des espèces, les formes pléomorphiques se développent fréquemment sur les cultures primaires après la quatrième semaine.

Mais si, au lieu de cultiver les Dermatophytes sur de tels milieux peu azotés et très sucrés, on les porte, au contraire, sur des milieux exclusivement azotés et ncm sucrés, ou pour parler plus exactement sur un milieu nutritif ne contenant pas d hydrates de carbone, on verra que les différentes espèces mycosiques, si elles y prennent des caractères moins différentiels, n'y montreront, du moins, aucune dégénérescence pléomorphique, quel que soit le temps pendant lequel on les observe, fût-ce six mois. En d'autres termes, c'est la présence ou l'absence des hydrates de carbone (glycérine ou sucres) dans les milieux nutritifs qui provoque ou empêche l'apparition des formas pléomorphiques dans les cultures de dermatophytes^ et, quand le milieu, nutritif n'en contient pas, il n'y a pas de pléom^phisme. Et alors la culture gardera, jusqu'à la dessication du milieu, les caractères spéciaux que ce milieu lui donne, sans en acquérir de nouveaux.

A la vérité, un milieu exclusivement et pauvrement azoté tel que

Eau distillée 100 gr.

Peptone granulée Chassaing. ... 1 gr.

Agar-Agar 1 gr. 8

peut suffire, et il ne me semble pas qu'aucune forme pléomorphique s'y produise, mais il vaut mieux prendre un milieu beaucoup plus azoté, et par exemple peptonisé à 3 ou à 5 0/0. Il est d'avance

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probable que les Champignons n'utilisent pas toulTazote albaminoideque contient un milieu si riche. Mais ce qui est certain, c'est que les Champignons parasites, poilés sur ce milieu, y prennent une physionomie beaucoup plus personnelle et plus tranchée que sur les milieux plus pauvres.

Il va sans dire que sur ces milieux fortement et exclusivement peptonisés, que j appellerai mî/tfux deconservation^Xes cultures dermatophytiques assument, toutes et chacune, de nouveaux caractères, totalement diflérents de ceux qu'elles offrent sur les habituels milieux dépreute. Car on sait, comme je Vai montré en 1894 (1), que la composition variable du milieu nutritif fait varier 1 aspect extérieur de chaque culture de Dermatophyte. Mais d'ailleurs, sur ce milieu comme sur tous autres, les caractères de chaque culture restent stables, et pour une même espèce, toujours semblables, ce qui est une loi désormais bien connue en la matière.

Ainsi, une collection de Dermatophytes, transportée sur un mt/t^u de conservation, donnera des cultures qui pour un œil habitué aux cultures sur milieux d'épreuve seront devenues méconnaissables. Maisrœil se familiarise vite avec ces nouveaux aspects et apprend vite à y faire des identifications. Celles-ci sont toujours faciles d'ailleurs, car il suffit de replacer sur un milieu maltoséà 40/0, etpeptonisé au centième, toute culture que l'on voudra, pour retrouver ses caractères-étalon, après quelque temps que ce soit.

En conséquence, dorénavant, tous les expérimentateurs devront, pour les conserver intactes, porter toutes leurs espèces dermatophy tiques sur le milieu de conservation, peplonisé à 3 ou à 5 0/0, et ne contenant ni sucre, ni glycérine. Ils pourront même, pour les préserver de la dessiccation, capuchonner de caoutchouc les tubes ainsi ensemencés. Quand ils auront besoin d'une culture neuve, pure, non pléomorphique, c'est ce tube qui leur en fournira la se mence.

Cette technique achève de ruiner l'opinion si hmgtemps soutenue par l'École de Prague, qui attribuait au pléomorphisme la variété des espèces, en réalité multiples et fixes, de Trichophytons. Car le milieu de conservation peptonisé à S 0/0 est, lui aussi, très différentiel, et montre d'une façon évidente la diversité des espè-

(1) Sabouraud, Les trtchophyties humaines, 1894; cf. p. 32.

PLÉOMORPHISMB DES CULTURES DE DERMATOPHTTES 39

ces de dermatophytes, en des cultures où le pléomorphisme n'est plus possible.

Cette technique est surtout précieuse parce qu*elle enlève du sujet la plus fréquente et la plus sérieuse des causes d*erreur que l'on y pouvait rencontrer, et celle qui a certainement déterminé les plus fréquentes et les plus graves confusions. Quelques essais que j'ai faits avec des Mucédinées non parasitaires deTHomme me semblent donner à cette technique une valeur plus générale encore. 11 y a au moins un certain nombre de Mucédinées, autres que les Champignons des teignes, que la transportation sur milieux peptonisés non sucrés préserve de tout pléomorphisme.

Dans les études de botanique cryptogamique générale, on cherche plus souvent à provoquer le pléomorphisme qu'à l'éviter. Peu importe. Car ce travail montre l'importance des hydrates de carbone dans l'apparition des formes pléomorphiques. Sans formuler la loi tant cherchée du développement des pléomorphismes cryptogamiques, cette note éclaire au moins en partie les inconnues de ce problème.

LE TRICHOPHITON A CULTURE ACUMINÉE

ET lE TRICHOPHYTON A CULTURE CRATÉRIFORME

(TV. acuminatum, Tr. cratmforme Sabouraud)

PAR

R. SABOURAUD

En 1892-1894, lorsque j'appliquai pour la première fois, aux maladies cryptogamiques humaines, les méthodes expérimentales de culture, je dus constater d abord que les teignes tondantes, que Ton croyait une maladie univoque, se partageaient' inégalement en deux groupes morbides.

Une partie des teignes tondantes avait pour cause un Champignon spécial, à petites spores, qui n'était autre que le Microsporum Audouini, découvert en 1843 parGruby et dont tous les dermatologistes considéraient alors la description comme fabuleuse. L'autre groupe avait pour parasite causal un Cryptogame fait d'articles mycéliens plus ou moins ovales, réunis en lilaments, d'apparence articulée, contenus dans le cheveu. C'était un parasite également décrit par Gruby en 1844 et connu depuis Hardy sous le nom de Trichophyton. Ainsi, il y avait deux teignes tondantes, l'une «à petites spores » ou mkrosporie, l'autre « à grosses spores » ou trichophytie. C'est de cette dernière seulement que je veux m*occupericî.

La tondante trichophy tique n'est pas encore une maladie de cause unique. Dès 1893 je reconnus l'extrême pluralité des Champignons trichophytiques, j'en isolai environ 18 espèces que l'on commença de catégoriser et de classifier; en ce qui concerne les tondantes, j'écrivais :

« L'immense majorité des tondantes trichophytiques est causée par l'une ou par l'autre de deux espèces dont la première est la plus fréquente :

« 1» Le Trichophyton endothrix à mycélium résistant à culture cratêriforme.

(( 2° Le Trichophyton endothrix à mycélium fragile à culture acuminée)) (1).

(1) Sabouraud, Les trichophy lies humaines. Paris, 1894; cf. AUas, p. 82.

LE TRÏCHOPHYTON A CULTURK ACUMINÉE 41

C^esi précisément à ces deux espèces mycosiques, qui se partagent les tondantes trichophy tiques banales, que je voudrais consacrer le présent mémoire. J*ai plusieurs raisons pour l'écrire. D'abord ces deux espèces trichophytiques constituent des types de maladies mycosiques qui sont les plus nets et les plus fréquents qu*on puisse rencontrer.

D*autre part, personne n'a jamais fait de ces espèces l'étude monographique qu'elles valent, et qu'elles valent d'autant plus, pourraiton dire, qu'elles sont plus banales en nos régions. ËnOn dans les quelques paragraphes que j'ai consacrés, il y a treize ans, à chacune d'elles, plusieurs erreurs se sont glissées que j'ai à cœur de rectifier.

Le moyen d'étudier ces maladies est des plus simples lorsqu'on est dans un centre dermatologique tel que l'hdpital S^-Louis. Il s'agit de mettre systématiquement en culture tous les cas de teigne tondante qui s'y présentent, quels qu'ils soient. Prenons 150 cas de tondante, en ce moment, 50 seront des tondantes mtcrospariçues, et 100 cas correspondront à des tondantes trichophytiques. Parmi ces derniers, 50 seront dus au Trichophy ton à culture cratériforme, 30 au Trichophyton à culture acuminée. Et il restera 20 0/0 des cas de tondante trichophytique, que l'on trouvera causés par des Trichophytons différents (1), auxquels on devra bien, quelque jour, consacrer l'étude spéciale qu'ils réclament, mais dont je ne compte pas m'occuper pour le moment.

I. — Différenciation DU Tr. ACUMiNATUM et du Tr. crateriforme

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