‹ Archives de parasitologieChapitre 25 sur 161 · IV. — Anatomie pathologique des tondantes banales · texte numérisé non relu

IV. — Anatomie pathologique des tondantes banales

L'étude anatomo-pathologique des cheveux teigneux dans leur follicule reliera entre eux plusieurs des faits que la clinique et l'étude microscopique des cheveux malades nous ont appris et les éclaircira les uns et les autres.

L'anatomie pathologique nous éclaire principalement sur trois points. Elle nous montre la disposition du cheveu trichophytique dans son étui folliculaire; ensuite la réaction dermique au voisi-

H. SABOURAUD

nage des cheveux infectés; enfin la réaction épidermique de surface. Nous envisagerons successivement ces trois points. La première préparation que nous étudierons (fig. 35) correspond à une pièce de trichophytie enlevée post mortem sur un enfant teigneux mort de maladie aiguë intercurrente. 11 s'agissait d'une trichophytie à culture cratériforme.

La 'première remarque que permet cette préparation est l'absence de toute réaction leucocytaire iutradermique.lln'enexistepastrace, pas plus que si les cheveux étaient sains.

Un second fait bien frappant est la singulière disposition du cheveu et du follicule.

Le cheveu est contourné sur lui-même, si bien qu'en un certain point de sa longueur intrafolliculaire, il apparaît couché en travers de sa direction normale, horizontalement.

Ainsi la coupe étant parfaitement dans l'axe du follicule, on voit le cheveu paraître et disparaître, sortir du plan delà préparalion et y rentrer. Je n'ai jamais observé cette disposition spiroïde du cheveu que dans les trichophyties.

Fig. 35. — Cheveu et foUiculc pilaire daos la tondante Irichophytique à culture cratériforme.

En A, le cheveu dans son follicule. Il y est rarement droit, souvent oblique, quelquefois couché en travers. Remarquer l'endothricité absolue du parasite. Gram-picro-carmin.

SUn LE THICHOPHYTON A CULTURE ACUMLNEE

Fig. 36. — Un oriHce folliculaire conlcnant un cheveu malade dans la trichophylie à culture acumincc. — A, fragmcnls du cheveu malade contourné, sectionné suivant un môme plan; H, parakératosc épidermiquc constituant la squame; C, strates épidcrmiques cornées folliculaires entourant le cheveu; en D, un fragment de cheveu s'est échappé de sa place. Remarquer autour du follicule une réaction leucocytaire intense dans le derme et le corps papillairc. Carmin orange, bleu polychrome, x 80.

Archives de Parasilologie, XII, n'» 1, 190a li

R. SABOURAUD

Je l'explique par ce fait que le cheveu Irichophytique a perdu toute résistance, il est devenu mou et comme plastique. Il n'est plus poussé au dehors que par la tisatergo, la papille continuant de créer le cheveu, celui-ci se replie sur lui-même en tous sens.

Le troisième fait que montre celte préparation c'est la parakératose et l'hyperkératose de surface constituant la squame.

La préparation suivante (fig. 36) montre des faits assez dltfctTnt^. A

Il s'd^W d'une tricliophytie à eut ^ ture aeuminée. Au premier coup

Fïïf. a". — Oriflcc follloiilairp irtiD rhnvnu -itLcinL de t r i c h i> h y t i e à

ol ctm.^lHuUun de La sqminio A ^ui couchera le cheveu sur lépiderme. — B, squame se délitant; D, hyperkéraloso folliculaire. Carmin-orange, bleu polychrome, x 80.

d'œil rinfiltralion leucocytaire assez abondante dans le derme, autour des follicules infectés, contraste étrangement avecTabsence de cette réaction dans la préparation précédente. Il ne faudrait cependant pas conclure de ces deux seuls cas que la tricliophytie à culture cralériforme ne s'accompagne /amaw de réaction inflammatoire histologique et pas d'avantage que la trichophytie à culture acuminée s'en accompagne toujours.

Mais la vraie raradéristique de la trichophytie à culture acuminée est l'aspect spécial de l'oslium folliculaire distendu contenant un cheveu malade replié sur lui-même en tous sens au point

SUli LE TRICHOPHYTON A CULTIRE ACUMIN'KE 83

que la coupe verticale que je présente le partage en onze fragments. C'est cette accumulation du cheveu, contourné et comprimé dans la bouche du follicule, qui fait le cône pilaire si bien représenté dans la fig. 36. Rien ne peut être aussi explicite qu'une telle coupe, on y trouve les débris du cheveu trichophytique. A, enrobés dans des lames épidermiques concentriques qui représentent Texfoliation cornée du follicule. En surface une épaisse squame faite de tissu corné plus ou moins parfait, hyperkératosique ou parakératosique, B, contribue à obturer l'orifice folliculaire et à coucher sous elle et suf la peau le cheveu malade, à son issue hors du follicule.

La trpisième préparation que je fournirai (fig. 37), provient également d'une trichophytie à culture acuminée. Elle montre surtout le processus de formation des squames de surface qui signalent, à l'œil du médecin, chaque petit point de tondante. Nous retrouvons, en C, les divers fragments du cheveu sorti du follicule qui centre la préparation. Ce cheveu est entouré des strates épidermiques folliculaires, U, qui témoignent de la réaction de l'épiderme au corps étranger que constitue désormais le cheveu malade; cette hyperkératose se continue en surface. En surface, on voit se mêler au-dessus de l'éperon du follicule les trois processus d'hyper kératose, de parakératose (kératinisation incomplète avec conservation du noyau cellulaire qui devrait disparaître lors de la maturité cellulaire) et enfin d'exosérose, ce processus d'exsudation séreuse qui va constitueren A, entre les lits hyperkératosiques, des boules de sérum coagulé, qui s'émielteront en surface, B.

Cette préparation est des plus démonstratives pour exposer la manière dont se font, autour des orifices pilaires, les squames qui engloberont le cheveu teigneux à ^a sortie et le coucheront sous elles à la surface de la peau.

Il est tout à fait intéressant de remarquer, dans toutes ces préparations, à quel point l'endothricité du parasite est un fait vrai et constant. L*épiderme folliculaire qui réagit pourtant à distance ne contient aucun élément parasitaire; les squames de surface représentent de simples phénomènes réactionnels de voisinage. Quand on y trouve des spores, c'est au sein des tronçons de cheveu qu'elles englobent.

En résumé, les préparations anatomo-pathologiques font admirablement comprendre les phénomènes objectifs que la clinique

84 R. SABOURAUD

nous a montrés : Tenroulement du cheveu dans le follicule et à son oriQce, la formation des squames qui occupent en surface chaque point de tondante trichophytique et englobent les cheveux malades, la réaction leucocytaire de voisinage qui peut être nulle ou assez vive, lors même que la réaction inflammatoire est peu visible à l'œil nu, et enfin, je le répète, l'endothricilé absolue du parasite et la formation des squames autour du cheveu malade sans qu'elles soient déterminées par un parasitisme épidermique direct.

Page 1