III. — Étude microscopique
I. — Examen microscopique du parasite dans l'épiderme corné. L'examen microscopique de la squame de l'herpès circiné tricho-
Fig. 15. — Squame prélevée au bord d'un cercle Irichophylique delà peau glabre, (ï'r. crateriforme). Bleu de Sahli. x 260.
phy tique et du cheveu trichophytique est facile. On peut obtenir
(1) Les plus simples traitements consistent en des frictions avec un pinceau dur chargé d'alcool faiblement iodé tel que :
Teinture d'iode fraîche une partie.
Alcool à 80* neuf parties.
Il se produit une exfoliation épidermique qui élimine, dans l'épiderme caduc, le parasite mort.
SLR LE TRIGHOPUYTON A CULTURE ACUMINEE
des préparations extemporanées par demi-dissolution delà squame ou du cheveu dans une solution de potasse à 40 0/0 chauffée un instant ; ou bien on peut obtenir des préparations colorées au bleu de Sahli, par exemple après mordançage dans l'acide formique à chaud. Ce sont là des techniques que j'ai décrites ailleurs et sur lesquelles je ne m'attarderai pas (1).
Les parasites du groupe Trichophyton sont invariablement constitués, dans les lésions auxqùellesilsdonnentlieu, par des articles
Fig. 16.
- Autre squame provenant de la même malade.
Bleu de Sahli. x 260. Le carton x 800.
mycéliens courts, agminésen chapelets, ou filaments (fig. 15). Ces filaments vivent exclusivement dans l'épiderme, au niveau de ses couches cornées. Ils s'insinuent entre les couches cellulaires horizontalement et y constituent peu à peu, par leurs bifurcations successives, un véritable ré§eau (flff.l6) que l'on aperçoit bien sans coloration, mais que la coloration met en valeur.
Dans répiderme, les éléments cellulaires du parasite affectent presque tous la forme carrée ou rectangulaire, en sorte que les
(1) Sabouhaud, Nouvelles recherches sur les Microsporum. Annales de derma» tologie, 1907, p. 225.
R. SABOURAUD
filaments mycéliens ont des parois rectilignes et paraissent rabanes. Ces articles sont toujours faits d'une enveloppe cellulosique que les colorants indiquent à peine, tandis que leur contenu protoplasmique, très condensé, est coloré par granulations (carton de la fig. 16). Ces cellules mycéliennes ne montrent aucun noyau.
L'examen microscopique de la squame ne nous a pas fourni le moyen de différencier Tune de l'autre les deux espèces trichophytiques : Tr. acuminatum ei Tr. craferi/brme, qui se partagent les tondantes banales.
H. — Envahmement du cheveu par les Trichophyton endothrix.
Il semble bien que l'envahissement du cheveu par les parasites trichophytiques soit toujours consécutif à l'envahissement de l'épi derme. Mais comment le parasite passe-t-il de l'épiderme au cheveu?
C'est là une question qui avait été diversement résolue par les auteurs d'autrefois, les uns tenant que le parasite descendait dans l'épiderme du follicule jusqu'à la papille pilaire pour envahir le cheveu par sa base : théorie du détour. Les autres soutenant la théorie de Vinmsion directe, c'est à-dire le passage du parasite de l'épiderme dans l'épaisseur du cheveu plus ou moins près de l'orifice pilaire. C'est celte dernière opinion qui est véridique, ainsi que Fox et Blaxall l'ont éla bli (1). 11 reste cependant plusieurs points à élucider que ces auteurs n'ont pas traités complètement. Le fait manque du reste tout à fait d'une figuration qui l'établisse.
Il n'y a point de doute que les Trichophyton endothrix, comme
ti);c. Fox and F. Blaxall, On ringworm;an inquiry inlo the plurality of ils Fungi. British Journal of Dermatology, VIII, p. 189. — Some remarks on ringworm. British med. Journal, 2 déc. i889.
Fig. 17. — Envahissement du cheveu humain par un Trichophyton endothrix. En A, les filaments parasitaires soulèvent la cuticule du cheveu et passent au-dessous d'elle. Bleu polychrome. x260.
SUB LE TRICHOPHYTON A CULTURE ACUMLNfcE
les Microsporum (1), n'envahissen»
le cheveu en rampant d'abord à sa surface puis en soulevant une cellule cuticulaire pour passer au des sous d'elle (fig. 17, A).
Les .cellules cuticulaires du cheveu étant imbriquées en sens inverse des tuiles d'un toit, on comprend que le filament parasitaire qui en soulève une seule pénètre par le fait même dans le corps du cheveu. Ce passage semble se faire au niveau du 1/3 supérieur de la partie radiculaire du cheveu. Le parasite qui rampait dans Tépiderme corné de surface, lorsqu'il rencontre un ostium folliculaire s'infléchit avec répiderme et pénètre dans le follicule. Il semble alors y ramifier beaucoup ses filaments, et d'une façon assez irrégulière pour que la disposition en chaîne des cellules parasitaires devienne peu visible, et que beaucoup d'entre elles figurent des sortes de mosaïques.
On peut quelquefois épiler le cheveu avec celte collerette épidermique et voici (fig. 18) l'aspect qu'elle présente.
(1) SABOURAUD,^Nouvelles recherches sur les Microsporum. Annales de dermalol., mars-juin 1907.
Fig. 18 — Cheveu d'enfant au moment où il est envahi par un Trichophyton endolhrix.
En A, épiderme folliculaire envahi par des filaments irréguliers. En B, le Trichophyton pénètre sous la cuticule et scdichotomise aussitôt. En C, les mycéliums descendent verticalement dans le cheveu. Bleu de SahU. X 260.
R. SABOURAUD
Chose curieuse, aussitôt que le parasite a pénétré dans le
cheveu- et qu'il est devenu intrapilaire, son filament mycélien se
dichotomise, et les deux filaments qui en procèdent descendent
étroitement accolés Tun à l'autre sur une grande longueur. Ces
filaments ont été relevés à la chambre claire
séparément fig. 19. Cette disposition si spéciale
se reproduit plusieurs fois sur un même cheveu
(fig. 18, B), il est curieux qu*elle n'ait pas encore
été signalée.
La figure SO (en A) en montre de nouveaux exemples, aussi démonstratifs que possible.
Tant que le filament parasitaire reste immédiatement sous-cuticulaire, il est coloré. Quand il a pénétré plus profondément, les colorants ne l'atteignent plus. Les rubans mycéliens n'en restent pas moins visibles (fig. 20, D), ainsi que leur modede bifurcation (C) dont la direction indique le sens de la progression du parasite qui se dirige vers la profondeur. A la fin, les filaments, tous plongeants, tous parallèles, remplissent le cheveu (fig. 21) qui devient cassant; audessus de rextrémité fracturée, le parasite est coloré jusqu'à une certaine hauteur (E). Cette fracture se produit au niveau du collet du bulbe. Ainsi se présente à Texamen microscopique la période de l'envahissement par asitaire des cheveux de Tenfant dans les tondantes trichophytiques banales. Très vite le parasitisme de l'épiderme folliculaire disparaît comme le parasitisme actif de l'épiderme circonvoisin au niveau des plaques de tondante. Au contraire le parasitisme du cheveu persiste. Nous allons voir ce qu'il devient.
Fig. 19.
m. — Examen microscopique du parasite dans les cheveux des deux tondantes trichophy tiques.
Lorsqu'on connaît bien les deux types inverses de culture que donnent nos tondantes trichophytiques ordinaires, on s'attend à
Fig. 20 et 21. —Cheveu d'enfant à la période d'envahissement d'un Trichophyton endothrix. En A, le parasite aussitôt qu'il pénètre sous la cuticule se dichotomise. Les filaments restent colorés (B) tant qu'ils sont sous-cuticulaires. Plus bas ils sont plus profonds et sont incolores, D. En C. bifurcations En. E, le parasite remplit le cheveu qui devient cassant. Bleu deSahli. x 260.
R. SABOURAUn
Mwvjîi^inv;^!.
Vh,
ce que Texamen microscopique les confirme, et montre des dilTé rences reconnaissables et constantes entre les cas dont les cheveux donneront lieu à la culture cratériforme, et ceux dont les cheveux fourniront la culture acuminée. C'est bien ce que j'avais avancé en 1892-93 et schématisé en disant : « Les Trichophylons qui font les
deux tondantes sont exclusivement enc/of/irw:, c'est-à dire contenus dans l'intérieur du cheveu, et c'est là leur caractère commun, mais ils se différencient en ce que le Trichophyton à culture cratériforme présente dans le cheveu des filaments mycéliens résistants, tandis que le Trichophyton à culture acuminée présente dans le cheveu un mycélium fragile dont les articles sont facilement déhiscents. »
La première partie de cette affirmation est pleinement véridique. Ces deux Trichophytons sont endothrix et ils le sont complètement et exclusivement dès qu'est passée la période d'envahissement du cheveu, lequel s'opère par le dehors, ainsi que nous l'avons vu. Pour le reste, la vérité est moins simple et d'après mes dernières et plus complètes recherches ne correspond pas^ exactement à mon premier schéma.
Sans doute il arrive que mon affirmation d'autrefois se justifie, sans quoi je n'aurais pas été conduit à l'émettre. Voici, [par exemple, deux figures qui semblent appuyer cette proposition : l'une (fig. 22) représentant le Trichophyton à culture cratériforme, l'autre (fig. 23) le Trichophyton à culture acuminée. Mais, tandis que le Trichophyton à culture cratériforme garde
FIg. 22. — Trichophyton à culture cralériformedanslechevcu. Remarquer la régularité des articles qui composent les filaments mycéliens et leur forme quadrangulaire. Sans coloration, x 260.
SUR LE TRICHOPHYTON A CULTURE ACUMINEE
presque toujours sa même forme élémentaire sur des spécimens normaux et bien préparés, car sa morphologie dans le cheveu est remarquablement fixe, il s'en faut de beaucoup que Ton puisse dire la même chose du cheveu qui donnera lieu à la culture acuminée. Si j'avais examiné autrefois, par exemple, la préparation qui a fait la figure 24, j'aurais pensé sans nul doute voir un Trichophyton crateriforme. Et il s'agit d'un Trichophyton acuminatum. C'est que le stade représenté par le mycélium fragile composé d'articlessporulairesdéhiscents,correspond,semble-t-il,àunstade de maturité du parasite. Ce stade de maturité est précédé d'un autre dans lequel les cellules mycéliennes incomplètement formées
Fig. 23. — Trichophyton à culture acuminée dans le cheveu. Remarquer que les filaments mycéliens sont presque tous rompus et qu'ils étaient composés de cellules arrondies. Sans coloration, x 260.
sont beaucoup plus adhérentes entre elles et gardent la forme filamenteuse.
La distinction des cheveux trichophytiques par espèce, suivant la résistance à la rupture des articles mycéliens qui le composent, doit donc être considérée comme schématique et ne correspondant pas à la vérité d'une façon assez constante pour que ce caractère puisse assurer un diagnostic différentiel. Il est à remarquer que les diflérences que j'avais voulu exprimer entre les deux Trichophytons des tondantes s'étaient peu à peu schématisées dans mon esprit, maisquand j'avais fourni de ces parasites la première des-
74 R. SABOURAUD
cription différentielle(l), la solidité ou la fragilité de leurs filaments dans le cheveu n'était pas le principal caractère que je leur avais assigné. Je les avais nommés : « Trichophyton endothrix à spore ronde, à mycélium fragile, et Trichophyton endothrix à spore carrée, à mycélium résistant. »
Or, quand j'ai récemment donné àmon dessinateur, M. Bessin, les préparations que ces figures reproduisent, je me suis gardé, sachant
Fig. 24. — Cheveu de Trichophyton actiminatum : trousseau de filaments mycéliens sorti d'un cheveu pendant la préparation par la potasse. Les filaments ont conservé leur forme, et les articles sporulaires leur adhérence réciproque. Remarquer cependant la forme ronde ou ovale de ces éléments. Sans coloration. X 2«).
la fidélité de son dessin, de lui indiquer entre les parasites aucune différence morphologique. Et il est remarquable de voir que son dessin reproduit les caractères différentiels que j*avais donnés douze ans plus tôt aux mêmes parasites. Le Tr. crateriforme est fait d'articles quadrangulaires, à angles mousses, tandis que le Tr. acuminatum est fait d'articles arrondis, quelquefois bosselés, mais grossièrement ronds ou ovales. C'est ce que je disais, dans la forme un peu dogmatique que beaucoup ont reprochée à mes premiers ouvrages : (( On observera que les spores isolées du Tr. acuminatum sont quelquefois irrégulières etbosselées, maisqu'elles
i^ Les irichophyties humaines^ 18d4, p.73.
SUR LE TRÏCHOPHYTON A CULTURE ACUMINEE
se rapprochent toutes de la foi^me ronde, tandis que les spores du mycélium résistant sont invariablement carrées (1). » Ces derniers mots renvoyaient d'ailleurs à une figure dont les « spores » sont bien quadrangulaires mais non pas invariablement.
En faisant la part du schéma que comportent toujours de pareilles différenciations, ces distinctions gardent donc encore une vérité.
J'ajoutais dans ma description première que le filament mycélien de la culture cratériforme avait, dans le cheveu, la forme d'un ruban et celui de la culture acuminée celle d'un chapelet. Les figures ci-contre appuient encore ce détail.
Sans doute on pourra trouver ces distinctions biensubtilesetelleslesoni; elles existent cependant.
Des préparations colorées mettront mieux en opposition les caractères des cheveux trichophytiques suivant leur espèce (fig. 27 et 28.).
Et aussi les figures suivantes (fig. 29 et 30), fragments énormément grossis des précédentes,
Il est difficile d'exprimer un fait scientifique avec sa valeur vraie sans l'amoindrir ni l'amplifier. Je voudrais garder ce texte du reproche qu'on a fait aux précédents. Les différences observées entre le mycélium qui donnera la culture acuminée et celui qui donnera la culture cratériforme ne sont pas de celles
(1) Le» trichophyiies humaines, 1894, p. 74; cf. aUas, fig. 71.
Fig. fô. — Cheveu de Trichophyton cratériforme : filaments composés d'arUcles quadrangulaires, formant des mycéliums en rubans. Sans coloration, x 260.
R. SABOURAUD
qui s^affirment d*elles-inénies et dans tous les cas; et, chose remarquable, lorsqu'on examine ces deux parasites dans le che-
Fig. 26. — Cheveu de Trichophyton acuminatum : filaments composés d'articles ordinairemeDt ovalaires formant des mycéliums moniliformes ou en chapelet. Remarquer au contraire la forme ruhanée de quelques mycéliums extrapilaires. Sans coloration. X 260. .
SUR LE TRICHOPHYTON A CULTURE ACUMINÉE
Fig. 27. — TroDÇon de cheveu envahi par le Tr. craten forme.
Remarquer la régularité de dispositioD des filaments parasitaires etlaformequadrangulaire de ses éléments. Bleu de Sahli. x 260.
veu à d'énormes grossissements, sans coloration, on a de leurs dissemblances une notion moins nette que quand on prend du cheveu une vue d'ensemble à un grossissement trois fois moindre. Ainsi les figures 31, 32 et 33 sont elles moins différentielles que les précédentes.
Et il en est de même à Texamen microscopique direct.
Vf.
Fig. 28. — Tronçon de cheveu envahi par le Tr. acuminatutn. Remarquer l'irrégularité de disposition des filaments parasitaires, la forme ronde ou ovale de ces éléments et leur déhiscence à maturité. Bleu de Sahli. x 260.
Enfin j'ajouterai que la forme arrondie des éléments du Tricho-
R. SABOURAUD
phyton acuminatum se prononce avec leur malurité, ainsi du reste que leur facilité de déhiscence. C*estceque montre la figure 3i et son carton.
K. tigurc
KïK- 3J el lia, — fcli'mruh du îi crùltnfnttnt
Fig. 30, — F nig moût lie la Ugurf^ 2U. X WO.
On voit par la figure 34 comparée à la figure 22 ou 23, par exemple, que j'avais raison d'écrire en 1894 : Dans le cheveu, « les files régu
FIg. 33. — Éléments du Tri. aanninatum, hors du cheveu, examinés dans la potasse à 40 0/0. Sans coloration, x 800.
SUK LE TRICHOPHYTON A CULTURE ACUMINÉE
lières de spores seront beaucoup plus visibles, plus faciles à suivre de rœil, pour le TricJiophyton à mycélium résistant (T, craieriforme), que pour le Trichophyton à mycélium fragile (T. acummatum). Le cheveu de ce dernier ressemble à un sac rempli de noix ...» etc.. Mais ce qu'il faut ajouter, c'est que ces différences microscopiques sont loin d*étre éclatantes, que même un œil très habitué à les faire peut demeurer dans l'incertitude
Fig. 34. — Fracture latérale d'un cheveu rempli de Trich, acuminatum. Les files de spores sont presque partout méconnaissables. Les « spores » libres sont rondes. Préparation sans coloration par la potasse, x 2C0. — Le carton représente les mêmes éléments. X 800.
ou même se tromper si la préparation est défavorable; enfin, que la culture est le seul moyen sans réplique de différencier les deux espèces trichophytiques qui font nos tondantes banales.