II. — Trichophyton cratcri forme
Les formes de fructification inférieure du Trichophyton crateriforme sont du même type mais elles sont déjà plus complexes.
Fig. 40. — Culture en goutte pendante du Tr. crateriforme. Age : 13 jours. Fixation à l'acide acétique pur. Eosine à l/oOO. x 60.
Quand on vient d'examiner à un faible grossissement une culture en goutte pendante de Tr, acuminatum, et qu*on examine une semblable culture du Tr, crateriforme de môme âge, ce qu'on remarque d'abord, ce sont des groupes de spores plus tassées (fig. 40). Les spores ne forment plus seulement des thyrses comme dans le Tr, aouminatum, mais bien de vraies grappes (fig. 41).
Les thyrses existent dans cette seconde espèce comme dans la première. On voit môme des filaments porter des spores latérales sur une très grande longueur (fig, 41, A, B), mais cet appareil est
SUR LE TRICHOPHTTON A CULTURE ACUMINEE
Fig. 41. — Formes inférieures de fructification du Trichophytan crateriforine Thyrses, grappes, massues, etc.. Culture en goutte pendante ftgée de 13 jours. X 270.
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moins élégant, moins évidemment diflérencié que dans le Tr. acuminatum. Ainsi les spores externes varient en dimensions du simple au double. On en voit même (fig. 41, C) être remplacées par de grosses cellules renflées et pointues qui sont les ébauches des chfemydospores à éperon, fréquentes en d'autres espèces trichophy tiques.
'Mais ce qu'on observe surtout chez le Tr, cratcriforme, c'est le développement du thyrse sporifère du Tr. acuminatum, qui prend ici la forme dune grappe compliquée (fig. 41, F, G, H, I). Un rameau terminal ou latéral se divise et se subdivise, et chacune de ses ramifications se couvre de spores, tout l'appareil prenant ainsi une forme assez élégante.
Il est important de noter ici un phénomène que l'on retrouve à chaque pas, dans l'étude des Trichophyton cultivés, c'est le phénomène de la migration protoplasmique que j'ai signalé et figuré en d'autres études sur le môme sujet (1). Quand on colore des filaments sporifères des cultures trichophy tiques, on observe (fig. 41, B, C, F, P) que, par place, le protoplasma prend la couleur, et que, en d'autres points, il ne la prend pas. Le plus souvent (fig. 41, B) le filament se vide de son protoplasma au profit des spores externes qu'il émet. Quand une certaine portion du filament n'émet aucune spore (fig. 41, E), on la voit garder sa coloration, et là où elle émet des spores, la perdre. Ce phénomène est pris sur le vif par la figure 41, F, où Ton voit non seulement des spores externes colorées, mais aussi des réserves protoplasmiques sur le trajet des filaments sporifères, comme sur le trajet des rameaux infertiles (fig. 41, P).
Enfin, on trouve encore chez le Tr, crateriforme des fragments massues terminaux (fig. 41, C, M, N) ou latéraux (fig. 41, K) plus caractérisés que dans le Tr, acuminatum. On voit donc que le Tr. crateriforme fournit matière à de nombreuses remarques pouvant intéresser plus tard la classification définitive des Champignons dermatophytes^
Pour ce motif, nous insisterons encore un peu sur ce point. En examinant ces mômes préparations à de plus forts grossissements (fig. 42) on se rendra compte plus exactement de la matérialité des faits que nous venons d énoncer.
Il) Art. Dermatophytes delà Pratique Dermatologique, fig. 130, 1152. 153. 162, etc..
Sl'R LE TRICHOPHYTON A CULTURE AGUMINEE
Fig. 42. — Appareils inférieurs de reproduction du Trichophyton cratertforme. Tiges sporifëres (forme Àcladium de Bodinj ; réserves protoplasmiques Intramycéliennes (forme Endoconidium de Bodin). Coloration : éoslne ù 1/500. X 800.
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J'ai dit, après Duclaux et -avant plusieurs autres, que la grappe était la première et la plus fréquente des formes inférieures de reproduction des Trichophyton, ce qui les rapprochait des Botrytis et des Sporotrichum, Mais cette ressemblance est lointaine. Voici (fig. 42, D) une tige sporifère du Tr. crateriforme : on remarquera que si plusieurs spores externes piriformes se ressemblent entre elles, en forme et en dimension, d'autres sont informes, et que toutes sont sessiles, sauf une qui est portée sur un long stérigmate, ébauche probable d'une des branches secondaires de la grappe.
Le thyrse que représente la figure 42 D est également de forme assez régulière et d^aspect bien différencié, mais ce sont là dans une culture des exceptions qu'il faut chercher. La règle est représentée par A-C; en C, les spores externes varient du simple au triple, leur disposition sur la tige sporifère perd toute espèce de régularité. En outre, la tige mycélienne garde, par places, des cellules remplies de protoplasma condensé, alors que, sur la plus grande partie de sa longueur, la même tige, réduite à son écorce, est vide.
La figure A et la figure B (fig. 42) doivent, pour être comprises, être placées bout à bout, comme elles étaient. Elles représentent une tige sporifère de la plus grande irrégularité. Le filament sporifère est tantôt grêle et tantôt renflé, formé de cellules longues et vides, ou de cellules courtes et remplies de protoplasma. Cette longue tige porte, par places, des spores externes qui, en d'autres points, sont remplacées par deux ou trois articles, sortes de branches latérales qui présentent la même irrégularité que le filament
JtJ^-
Fig. 43. — Détail des réserves protoplasmiques enkystées dans un filament sporifère. Eosine 1/500. X730.
exile. En outre beaucoup de spores externes, les plus arrondies, ont libres et flottent à côté du filament.
De ces préparations, il résulte donc que si ces spores externes semblent bien jouer dans ce mode de fructification inférieure un
SUR LE TRICHOPHYTON A CULTURE ACUMINEE
rôle de graine, néanmoins, l'appareil sporifère manque de ré^ularité. Quand on examine, après ces préparations, d'autres montrant les mêmes organes du Botrytis Bassiana par exemple, ces appareils sporifères apparaissent beaucoup mieux différenciés et plus constants en leur forme que ceux des Trichophyton qu'on leur compare. Enfin, on ne peut pas ne pas faire la môme remarque si on compare les réserves protoplasmiques intra-cellulaires dis-
Fig. 44. — Massues terminales du Tr, crateriforme. Eosine i/500. x 800.
persées de ci de là sur les filaments sporifères des Trichophyton aux formes régulières des mêmes réserves protoplasmiqnes enkystées de ïEndoconidium, au moins d'après les figurations qui en .sont données.
Il y a peut-être quelque raison d'insister sur ce point, car, d'après ce qu'ont dit certains auteurs, on pourrait conclure à des parentés foncières entre les Trichophyton et les Acladium par exemple, ou entre les Trichophyton et les Endoconidium, alors que les ressemblances decesMicrophytes sont lointaines et que les affinités réelles des Trichophyton pourraient être très différentes.
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Si on veut pousser plus loin l'élude des organes différenciés des Trichophylons, il reste à examiner les extrémités massuées et les grappes (fig. 44 et 45). Les massues terminales sont tantôt unicellulaires (fxg. 44, A) et tantôt pluricellulaires (B, C, D); on en voit (C) qui portent des rudiments de spores externes et d'autres (D) des
spores externes bien typi-
ques. Enfin même (fig. 44, E) on en voit supporter des spores biloculaires ou, si Ton veut, des spores pédiculées, quoiqu'ici Je pédicule semble bien de même nature et signification que la spore externe. Ces formes n'évoquent pas non plus ridée d'un appareil de forme constante.
Les grappes sont incontestablement des appareils plus différenciés. La figure 45 en fait foi.
Ici, les spores externes prennent un aspect pi riforme plus constant et des dimensions plus égales.
On y trouve pourtant de faux stérigmates ayant la valeur des spores externes, et des extrémités bi ou tri-cellulaires massuées qui sont peut-être un rappel des massues terminales figurées plus haut (fig. 44).
Quoi [qu'il en soit, ces faits doivent être enregistrés par nous, sans commentaires prématurés. Qu'on appelle ces éléments « conidies » ou « spores externes » avec Bodin, ou « chlamydospores » avec Matruchot, cela ne change pas les faits qui seuls importent, et, dans un sujet aussi peu élucidé, quelques figures relevées exactement nous semblent primer toute théorie.
Fig. 45. — Grappe sporifëre du Tr. crateriforme. Eoslne l/oOO. x 800.
SLR LE TRICHOPHYTON A CLLTURE ACUMINEE
m. — Pléomorphisme du Tr. crateriforme.
J'ai [dit qu'on voyait quelquefois, quoique raremenl, apparaître une forme pléomorphique du Tr. craterifanne sur de très vieilles cultures en milieux sucrés, comme une transformation de la culture-mère, qui après avoir été, en son âge adulte, poudreuse, blanche, devient veloutée. En transférant ce velours sur un milieu
Kig. 46 — CuUures de la forme duvelcusc blanche pléomorphique du Tr. crateriforme après 13 jours, en bouillon glycosê. x 60. Le carton x 260.
neuf, on obtient la culture pure de la forme pléomorphique désormais irréversible à la culture-mère dont elle dérive (fig. 10).
On peut faire de cette nouvelle forme des cultures en goutte pendante. En voici un dessin fait à un faible grossissement. On n'y voit plus rien qui rappelle les palmettes des cultures trichophy tiques.primitives (fig. 46).
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Et rexamen à un fort grossissement montre l'absolue stérilité de tous les filaments mycéliens qui composent cette nouvelle culture, à un âge (13 jours) où la culture-mère serait couverte de spores externes.
Toutefois, après un mois, un mois et demi, si l'on fait des préparations extern poranées de ces cultures blanches pléomorphiques, on trouve des multitudes de spores piriformes appendues aux tiges mycéliennes par leur col rétréci. Ces spores sont beaucoup plus égales et semblables entre elles, que celles de la culture première. Les rameaux qui les portent sont aussi plus réguliers et plus régulièrement septés; ils sont enchevêtrés et comme feutrés, en sorte qu'on ne peut voir leur détail que sur des fragments tout à fait dissociés, qui ne montrent plus que quelques éléments épars.
La forme pléomorphique du Tr. craieriforme appartient donc à la catégorie despléomorphismestrichophytiquesqui montrent des formes de fructification, et qui sont inoculables.