I. — Recherche de l'acide libre du poumon frais
Pendant les froids du mois de février, on consacre séparément à l'extraction de l'acide pneumique deux poumons de bœuf et un de mouton qu'on met en œuvre aussitôt après la mort des animaux. Le procédé suivi est celui deVerdeU(C.R. t. 33, p. 604). On obtient finalement par cristallisation dans l'alcool absolu, avec les poumons de bœuf, quelques longues etfmes aiguilles blanc jaunâtre, à réaction très acide, mais qui disparaissent dans une tentative de purification. Aucune des trois opérations ne donne de résultat final; il ne m'appartient donc pas de me prononcer sur l'existence de l'acide pneumique en tant qu'espèce chimique ; mais il est une observation que l'on a faite dans chacune des opérations : le tissu pulmonaire frais, haché finement, et broyé avec de l'eau distillée, a été exprimé à la presse; on a constamment trouvé que le liquide obtenu, bien que mélangé au sang alcalin, rougissait faiblement mais nettement le tournesol.
II. — Réaction du poumon après éliminaiion du sang par injection d'eau distillée.
Dans cette partie de mes recherches, ainsi que dans l'examen histologique des poumons de cobayes relaté dans le troisième paragraphe, j'ai eu recours à l'obligeance de mon collègue M. Baraban, agrégé, chargé de cours, que je remercie de l'aide qu'il a bien voulu me prêter.
Le 13 mars et le 21 avril, on soumet deux chiens de 16 et 10 kilogrammes au procédé opératoire suivant : le chien, étendu et lié sur la planche à opération, est endormi par le chloroforme; on lui ouvre la paroi abdominale et l'on isole la veine cave inférieure en détournant le paquet intestinal; ou y introduit une canule qui amène un courant continu d'eau distillée récemment bouillie et refroidie, sous une pression de l-.âO. On ouvre l'aorte abdominale pour laisser sortir l'eau. L'animal passe insensiblement de vie à trépas, et le lavage du poumon s'effectue sans qu'un caillot vienne faire obstacle
.d.,Goot^[c
RÔLE PHTBIOLOOTQUE DU Tl
au courant d'eau qu'on laisse circuler pendant une heure. La quantité de liquide employée a été de 20 litres dans la première opération, de 7 dans la seconde.
On ouvre la cage thoracique et l'on en retire les poumons gorgés d'une grande quantité d'eau qui s'écoule en abondance par le fait de la rétraction du tissu pulmonaire. Le poumon est blanc grisâtre et ne présente plus que quelques rares points sanguinolents à la coupe.
On soumet à l'action des réactifs une partie du liquide aqueux qui s'est écoulé du poumon et de petits fragments du tissu pulmonaire. Les résultats sont les mêmes dansles. deux cas :
Tissa pulmoaiir«. Liquide du poumoa.
Tournesol lëgèremeot bleui Robb violacé. Rose violacé.
Acide roealique légèrement rosé. Jaane. Jaune.
Phtaléïne rougie par alcali Décoloration. Décotoratioa.
Eau de baryte . lég.pp.ins.dansHCI.
Eau de chaux s Rien
Le lendemain de la première expérience (chien de 16 kilogrammes), le poumon qui a passé la nuit â l'air est gelé ; après une demi-heure de contact avec l'atmosphère du laboratoire, il donne un liquide qui présente les mêmes réactions de coloration que précédemment, mais plus rapides et plus intenses.
Ces résultats démontrent, dans le tissu pulmonaire exsangue, une certaine propriété acide qui ne doit pas être attribuée à l'acide carbonique, l'eau de chaux n'ayant donné aucun précipité avec le liquide d'imprégnation, et le trouble fourni par l'eau de baryte restant insoluble dans l'acide chlorhydrique (sulfates). L'acidité ainsi constatée n'est pas très prononcée, mais cela n'a rien d'étonnant si l'on tient compte du lavage par imbibition qu'a subi le parenchyme pulmonaire, sous l'influence de la masse d'eau qui l'a traversé.
IIL — Transformations de l'outremer bleu injecté en pulvérisation sur le poumon vivant.
L'outremer bleu est un corps dont la constitution très com-
plexe est encore incertaine , et qui résulte de la réactioD à chaud du kaolin sur un mélange de soufre, carbonate de soude et résine ; le produit lavé à l'eau constitue une poudre bleue qui se décolore sous l'influence des acides minéraux forts en virant au blanc jaunâtre, en même temps qu'il se dégage de l'acide sulfureux et de l'hydrogène sulfuré.
Dressler' a trouvé qu'en faisant respirer pendant un mois de la poudre d'outremer à des animaux, il se produit un encombrement pulmonaire par la poussière de bleu qui ne colore pas le tissu de l'organe. Le poumon de ces animaux sacrifiés, au bout d'un certain temps, ne présente plus aucune infiltration bleue, alors que l'incinération démontre la fixation des éléments constituants de l'outremer; mais l'auteur ne donne aucune explication de la modification chimique éprouvée par le bleu.
Cette décoloralion ne serait-elle pas de même ordre que celle qui se produit au laboratoire sous l'influence des acides? Il m'a semblé que la réponse devait être affirmative, et qu'il y aurait dans ce phénomène, s'il se vérifie, une preuve nouvelle et décisive à l'appui de la théorie de l'acidité du tissu pulmonaire ; aussi ai-je repris les expériences de Dressler.
Quatre cobayes sont soumis pendant quinze jours à partir du 27 mars, deux fois par jour et pendant dix minutes chaque fois, à l'action d'une atmosphère tenant en suspension du bleu d'outremer. On sacrifie ensuite périodiquement les animaux dont on examine les poumons, que l'on fait dnrcir au préalable par un séjour de quarante-huit heures au moins dans l'alcool à 95 degrés.
Cobaye o" i ; examiné le 13 avril, trois jours après la dernière polvériaatiOD. — Les graias de bleu sont disséminds dans tout le parauchyme, aussi bien dans les parais alvéolaires sous-pleurdles qu'au niveau du hile. Ces grains sont logés soit dans l'épaisseur des parois ellesmëmes, soit dans des cellules épithéliales devenues globuleuses et qui sont tombées dans l'intérieur des alvéoles. En eertainee places et surtoul près du hile, ces cellules épilhéliales remplissent complètemenl les alvéoles, comme dans la pneumonie catarrhale.
* Abnould, Ribrication du bleu d'ouircmer. [Ana. byg. pub , 1884, I. Il
HÔLE patSIOLOOlQUB DU TISSU PULMONAIBE. 307
Cobaye n" % ; examiné le 6 mai, vingt-six jours après les inhalations. — Les granulations bleues ont complètement disparu et sont remplacées par des grains de teinte jaune brun, également logés dans les parois alvéolaires ou dans les cellules granuleuses qui remplissent les alvéoles. Ces granulations jaunes sont beaucoup moins nombreuses, sauf dans les amas cellulaires des alvéoles auprès du hile.
Cobaye n" 3; examiné le 27 mai, quaranle-sept jours après les inhalations. — Même résultat que pour le n" 3; mais, en outre, au niveau du hile et le long des grossesbronches, quelques départements pulmonaires renferment, à c6té des grains jaune brun, des grains encore bleus, mais dont la teinte vire plus ou moins au vert sale. Ces grains bleus sont contenus dans de gros éléments granuleux agglomérés soUdans les alvéoles, soit dans le tissu conjonctif péribronchique, et qui représentent des éléments inflammatoires en voie de dégénérescence granulo-graisseuse. C'est à l'accumulation de ces produits inflammatoires, plus ou moins soustraits aux échanges nutritifs, qu'il faut attribuer la persistance des grains bleus qui se sont décolorés partout ailleurs où le poumon n'ofTre pas de lésion inflammatoire 1res prononcée.
Cobaye n° 4 ; examiné le 15 juin, soixante-cinq jours après la pulvérisation. — Résultat identique à celui du n" â. Aucune granulation bleue, mais nombreuses granulations jaune brun disséminées partout, et logées dans les parois alvéolaires ou dans les éléments granuleux libres dans les alvéoles.
Les ganglions bronchiques très volumineux renferment des granulations-jaunes, mais aussi des grains bleus peu nombreux qui ont été transportés là par la lymphe , avant d'avoir été décolorés dans le poumon.
Les granulations jaune brunâtre qui ont remplacé les grains bleus d'outremer dérivent bien de ces derniers; elles occupent en effet les mêmes éléments anatomiques, sont anguleuses et de dimensions très variables. Leur coloration, relativement plus foncée que ne l'est au microscope celle des grains d'outremer décolorés par un acide, est probablement due à une imprégnation par un peu de pigment sanguin. D'ailleurs, l'intensité de leur coloration varie du jaune pâle au jaune brun, avec la mise au point.
Les poumons provenant du cobaye n'>4, ainsi que ceux d'un cinquième animal non soumis aux inhalations, ont été incinérés séparément, et leurs cendres, fondues avec du carbonate de soude, consacrées k ta recherche de la silice et de l'alumine, dont on a caractérisé nettement la présence dans les organes du cobaye à l'outremer, tandis que le dernier n'a donné qu'un résultat négatif. La fixation des éléments du kaolin dans le poumon de l'animal soumis aux inhalations d'outremer coïncide donc exactement avec la préaence des granulations jaunes aux lieux et places qu'occupaient primitivement les grains colorés en bleu.
Les expériences qui viennent d'être rapportées démontrent donc bien que, par un séjour prolongé dans le poumon vivant, l'outremer bleu perd peu à peu sa coloration, ses éléments principaux, silice et alumine, se localisant dans le parenchyme pulmonaire. Or, ce changement de teinte ne peut se produire qu'au contact d'un acide ; la taurine n'a aucune action sur l'outremer; il en est de même de l'acide carbonique et des alcalis.
Conclusion. — La conclusion qui découle des trois séries d'expériences que je viens de relater ne peut être que la suivante : il existe dans le tissu pulmonaire un corps à fonctioa acide, différent de la taurine, auquel doit être attribuée l'action de ce parenchyme sur les divers réactifs de coloration employés dans les recherches.
Quant à dire que ce corps est ou n'est pas l'acide pneumique de Verdeil , il ne m'appartient pas de me prononcer pour les raisons que j'ai données; mais le résultat n'en a pas moins une grande importance au point de vue physiologique.
On a vu précédemment combien il est difficile de comprendre que le gaz carbonique pût passer du sang veineux dans l'atmosphère des alvéoles, par diffusion à travers la paroi des capillaires, en vertu de sa seule tension de dissociation, cellfr*i étant contrebalancée en grande partie, sinon en totalité, par la tension propre à l'acide carbonique qui se trouve déjà dans les alvéoles. Il n'en est plus de même si l'on recourt à la théorie de la réaction acide du parenchyme pulmonaire, car la tension de dissociation de l'acide fixé sur les carbonates et phosphates du sang se trouve singulièrement aidée et augmentée par suite de la réaction chimique qui doit se produire entre ces même sels et l'acide qui imprègne le tissu du poumon. Celte réaction aboutit à la mise en liberté du gaz carbonique qui acquiert ainsi une tension certainement de beaucoup supérieure à la simple tension de dissociation qu'il possède dans les combinaisons qu'on a mentionnées.
Mais , dira-t-on , cette acidité du poumon est en tout cas bien faible ; ce n'est pas ce qui résulte de la troisième série
HÔLE PHTSIOLOOIOUS DU Tl
d'expériences, où l'on voit l'outremer se décolorer dans le parenchyme vivant comme sous l'influence des acides forts; et d'ailleurs il n'est nullement nécessaire que cette acidité soit bien grande, puisque si d'un côté le sang reste alcalin après son passage dans le poumon, il ne perd dans ce passage qu'une fraction minime, environ 11 à 18 0/0 de la quantité totale d'acide carbonique qu'il renferme.
Enfin, cette conception d'un parenchyme pulmonaire acide, qui révolte tant certains esprits, ne présente en elle-même rien de plus extraordinaire que l'action décomposante des globules rouges à l'égard des carbonates du sérum, action que tous les physiologistes admettent aujourd'hui, après Schôfier et Preyer.
SUR LE PROCÉDÉ DE DIVISION INDIRECTE DES NOYAUX ET DES CELLULES ÉPITHÉLIALES DANS LES TUMEURS
(ÉPITHÉLIOHE, CARCINOME, PAPILLOME),
Par V. COHNII.,
Professeur d'analomie palhologique à la Faealté de mâdecine de Paris.
Nous supposons que le lecteur connaît les phénomènes généraux delà division indirecte des cellules, ou karyokinèse. Leur histoire a été élucidée presque complètement dans ces dernières années par les travaux successifs de Strasbùrger et H- Fol, de Flemming, Balbiani, Guignard, Bizzozero, Duval, etc., pour ce qui concerne les tissus normaux en voie de développement ou de régénération ' .
Comme les cellules et les tissus suivent, à l'état pathologique, les mêmes lois de développement, de nutrition et de reproduction qu'à l'état physiologique, il était facile de pré-
' La récente Ihèse d'agrégatloa de M. P. Gilis, sur la prolirération de la cellule par karyokinèse (1886), renferme l'historique complet de la question et l'exposé des phénomènes de la division indirecte. Nous conseillons aussi la lecture dea divers mémoires de M. Guignard sur cette question :
GuioNABD, Nouvelles observations sur la structure et la division du novau cellulaire {Balletln de laSociélô botanique de Lyon, i884|. — Bechercbes sur la structure et la division du noyau cellulaire {Annales dea scieocea nalarelles. Botanique, 1884, 6* série, l. XVII}. — Nouvelles recherches sur ie noyau cellulaire et les phénomënea de la division communs aux végétaux et aux
voir qu'on y retrouverait aussi les phénomènes de la division indirecte. On peut, en effet assimiler complètement, à priori, ce qui se passe dans une néoformation pathologique, dans un épithéllome ou un papillome, par exemple, avec ce qu'on observe dans la genèse physiologique des organes ou tissus dans lesquels il entre une notable proportion de cellules épithéliales. Il en est de même pour les réparations cicatricielles des tissus normaux : la cicatrisation des plaies faites expérimentalement dans les membres, au niveau des os, ou dans certains organes glandulaires, offre la même série de néoformations réparatrices que le développement embryonnaire de ces mêmes tissus ou organes. Enfin, dans les exagérations de la nutrition qui constituent le mode de réaction des tissus sous l'intlaence des agents irritants de quelque nature qu'ils soient, parasitaires, physiques ou chimiques, c'est-à-dire dans les inflammations aiguës ou chroniques, les éléments histologiques nouveaux qui naissent et qui s'accroissent aux dépens des éléments préexistants devaient présenter aussi, au début de leur néoformation, les phénomènes de la karyokinèse. C'est ce que l'on n'a pas manqué d'observer directement. 11 en résulte que ce mode de naissance des éléments anatomiques est un acte des plus essentiels à connaître et à constater pour qui veut se rendre compte de l'origine des lésions pathologiques.' Il partage aujourd'hui, avec la division directe des cellules constatée autrefois par Remack et Virchow, le rôle initial dans les phénomènes les plus importants du développement normal et morbide. On peut même dire déjà qu'il y a pris la place dominante.
Les recherches sur la karyokinèse dans les néoformations pathologiques ne sont pas encore très nombreuses. Nous pouvons citer celles de Julius Arnold' qui portent spécialement sur la division directe et indirecte de cellules de la moelle et des globules blancs. J. Arnold a montré que ces
' Ueber Teinere Zellen noter aormalen und palhologischca Bedingungen IVirehow's Archiv, 1879, t. LXXVII). — Weilere Beobachlungen uber die TheiluDgsvorgange ao den KnochBDinarkzellen und weissen BlutlEorperchen {Vircbow's Arehir, t. XCVII, 1884). — Uber Kariithcilung und vielkcrnige ZcUcn (jfrtd., (. XCVEII).
deux processus pouvaient être combinés dans la même cellule. Ainsi, pendant qu'un noyau offre la forme lobulée plus ou moins compliquée qui aboutira à sa division en deux ou plasieurs noyaux, on peut y observer en même temps un accroissement de la substance chromatique et des figures de karyokinése; un bourgeon nucléaire, émanant d'un noyau par division directe peut présenter lui-même une figure de karyokinèse. Martin* a vu la division indirecte des cellules dans le cancer ; Brigidi et Tafani ^ dans le sarcome.
Unna '' a montré la division indirecte des cellules dans les condylomes cutanés; Ostry ' l'a vue dans le chancre initial, dans les plaques muqueuses, les syphilides et dans les inflammations de la peau. J'ai souvent trouvé aussi des figures ' de karyokinèse dans les diverses inflammations cutanées et en particulier dans la variole où nous les avons dessinées, Babès et moi, à propos d'une note communiquée en commun à la Société médicale des hôpitaux (10 août 1883). Tizzoni' l'a observée dans le mal perforant du pied, Majocohi * dans le molluscum tontagiosum et Sébastiano Giovanni ' a fait récemment un travail d'ensemble sur ce processus observé dans la plupart des lésions imflammatoires et néoplasiques de la peau. Dans toutes ces observations, il s'agit toujours de la division indirecte des cellules du corps muqueux qui se multiplient à l'état normal par ce procédé, comme on le sait depuis le mémoire de Flemming sur la régénération de l'épiderme des animaux ; mais les figures de division sont très nombreuses, tandis qu'elles sont assez rares à l'état normal chez les animaux adultes. Les inflammations artificielles de la peau des animaux permettent de faire des constatations analogues.
' W.-A, Mabtin, Zur KïuntniBB der indirecte Kerntbeilung (Vircbov's Archiv, 1881, t. LXXXVI).
' Lu Sperimenlale, 1880 et 1886.
* Die HautkraQfcheilen {Zîemssen's Randbuch d. Patbol. u. Thérapie, 1883, vol. XIV, p. 25).
* UebBF den Befund von Karyokinèse in entzundliohen Neubildungeo der Haut des Mensohen [Cenlrilblalt f. d. med. Wiasenscbafl, mara 1883.
" SaUetioo delle seienze mediebe di Bologoa, 1884, toI. XIV, p. 259.
* G»MUa degii ospUali, 1886, 3 maggio.
' Arcbivio per lo aeieaze medicbe, vol. X, n- 16, 1886-
8 ÉFITHÉLIALBB. 813
Les expériences tentées pour étudier la régénération des tissus ont donné des résultats très probants ; elles s'appliquent aussi directement aux inflammations chroniques et aux cicatrices étudiées chez l'homme. Telles sont les recherches de Krafft ^ sur l'histogenèse du cal consécutif aux fractures artificiellement produites chez les animaux. Les figures de division indirecte existent, quarante-huit heures après la fracture, dans le périoste épaissi, dans le tissu conjonclif et même dans le tissu musculaire et interrausculaire voisins. On les rencontre plus tard dans le tissu cartilagineux et dans l'endothélium des vaisseaux.
La régénération du tissu glandulaire consécutive à des ablations partielles ou à des traumatismes n'est pas moins intéressante à étudier. Ainsi Podwyssozki ^ a publié tout dernièrement un travail fait dans le laboratoire de Ziegler sur la régénération des glandes et en particulier du foie et des reins. I) produisait un traumatisme en pinçant entre les deux doigts ou avec une pince le foie de rats ou de chats. L'opération étant faite en prenant toutes les précautions antiseptiques, la partie pincée devient bientôt le siège d'une inflammation qui aboutit déjà au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures à une formation nouvelle d'éléments par division indirecte des cellules hépatiques ou des cellules épithéliales des voies biliaires. Les globules blancs ni les cellules du tissu conjonctif n'entrent pour rien dans la production nouvelle des cellules. Si, au contraire, l'opération avait été faite sans précautions et s'il s'était développé une péritonite et du pus, il n'y avait pas de division indirecte des cellules. Ces expériences sont très instructives et nous révèlent le rôle des cellules dans les inflammations des parenchymes glandulaires. Nauwerck' et Ziegler* avaient déjà constaté, du reste, des figures de division indirecte dans les cellules épithéliales du rein atteint de mal de Bright.
* Ziegler et Niuwehck, Beitr&ye zur pathol. Aaatûiaie and Physiologie, 1" fasc. 1884.
' ZiEGLER et Nauwbbck, SeUràgc zur pathologiscbett Aaatomie uad Physiologie, l" vol., S- fasc. 1886.
• Beitrage zur path. Anst. u. Pbys^, 1" vol. 1" fasc. 1884.
' Haadbucb der path. AaalomiB, 3> el 4* édiliona, 1885 et 1686.
,lzeo.ïCoOt^[c
Dans les inflammations subaiguës des organes glandulaires, la karyokinèse joue donc un rôle important. 11 en est de même dans ces inflammations liées à la présence des parasites et des bactéries en particulier, dans la tuberculose par exemple. Nous l'avons vue, Babèa et moi, en 1883, dans les tubercules artificiels de la rate du cobaye consécutifs à une inoculation dans !e péritoine. La figure 18 de la planche XXV de notre travail sur la tuberculose, publié dans le Journal de l'anatomie de Robin (1883) et qui a été montrée à l'Académie de médecine, le 24 avril 1883, contient le dessin d'une cellule en voie de division indirecte dans un nodule tuberculeux de la rate. Baumgarten a depuis observé de très nombreuses figures de karyokinèse, surtout dans le foie et le rein des animaux rendus tuberculeux. Ce sont, par exemple, d'après lui, les cellules hépatiques qui seules sont en prolifération et en voie de division indirecte dans la production des tubercules hépatiques; d'où il conclut que les cellules glandulaires entrent directement en action, sous l'influence de l'irritation causée par les baciUes de la tuberculose et que la dlapédèse des cellules lymphatiques et la prolifération du tissu conjonctif jouent un rôle accessoire. C'est là, si le fait se confirme, une déduction très intéressante tirée de la localisation des phénomènes de la karyokinèse.
On peut juger, par le petit nombre de faits précédents, de l'importance des documents que fournira la karyokinèse à l'étude des néoformations pathologiques, des inflammations et des tumeurs, et de la nécessité où se trouvent les pathologlstes d'entrer dans cette voie nouvelle.
Pour ce qui concerne les faits de détail et l'analyse intime de ce qui se passe dans les mouvements des substances constituantes du noyau et du protoplasme des cellules, l'étude des tissus des animaux supérieurs convient assurément moins bien que celle des plantes et de certains animaux inférieurs, comme la salamandre ; les cellules sont plus petites et par suite plus difficiles à observer dans les détails de leur structure. Cependant on les voit très nettement dans les tissus épithéliaux et surtout dans les grandes cellules du cancer. L'essentiel est de fixer les éléments dans leur forme immédiatement après
avoir recueiUi sur le vivant les parties à examiner. On en plonge de suite des fragments dans l'alcool absolu ou dans l'un des liquides recommandés par Flemming, par exemple le suivant :
Acide chromique à 1/100 15 parties.
Acide acétique 1 —
Acide osmique à 2 0/0 4 —
On en fait, après le durcissement qui s'effectue en moins de vingt-quatre heures, des coupes fines au microtorae, et on les colore par la safranine ou l'hématoxyline ; on les monte ensuite dans le baume.
U est nécessaire, si l'on emploie la safranine, qui est une des meilleures matières colorantes pour cet examen, que les coupes aient séjourné plusieurs heures dans le bain colorant et qu'elles aient été suffisamment décolorées par l'alcool. La substance chromatique du noyau conserve en effet la coloration rouge intense et brillante, alors que le reste du noyau est faiblement rosé ou complètement incolore. L'examen doit être fait avec de forts grossissements et de préférence avec des lentilles à immersion homogène et l'éclairage Abbé.
J'ai examiné ainsi plusieurs tumeurs épithéliales, carcinomes, épithéliomes et papillomes.
Carcinome. — Dans deux tumeurs cancéreuses du sein enlevées par Terrillon, j'ai observé les images les plus nettes de karyokinèse. Dans la première, dont l'examen a été fait il y a environ dix-huit mois, il y avait des plaques équatoriales avec le fuseau des filaments achromatiques aussi parfait que possible. Telles sont les figures 1 et 2 de la planche X, qui proviennent de ce fait. On voyait aussi toutes les autres phases de la karyokinèse, celles qui précèdent et celles qui suivent la période représentée dans la figure 1. H y avait des noyaux qui commençaient par devenir volumineux, clairs, gontlés de liquide, comme en a (Pl. X, Hg. 3} en même temps qu'ils présentaient à leur centre des grains de chromatine le long du filament nucléaire, ou un filament et des grains étoiles t (Pl, X, fiff. 9), ou le filament replié irrégulièrement et pelotonné / (Pl. X, fiff. 18).
La figure 1 représente, en b, la substance chromatique du noyau arrivée à son maximum de concentration, sous la forme d'une plaque nucléaire équatoriale. De chaque côté de cette plaque, on voit le fuseau des filaments incolores ou plutôt les deux cônes qui se terminent par des extrémités pointues. A ces extrémités, on voyait des grains incolores et de petits filaments très fins représentant le rudiment des aster. Cette image était d'une régularité absolue. A la limite du noyau tuméfié et clair, sans membrane visible, il y avait des granulations incolores a, qui paraissent appartenir au noyau plutôt qu'au protoplasma cellulaire. Dans la figure % le fuseau des filaments achromatiques est aussi parfaitement net et la plaque équatoriale commence à se segmenter. Je dois dire que j'ai cherché, sans la voir d'une façon suffisamment sûre, la segmentation longitudinale du filament, telle qu'elle a été constatée par Guignard dans les cellules végétales.
Dans les noyaux où la segmentation devait aboutir à deux noyaux, en observait les deux segments de la plaque rapprochés de chaque pôle comme cela est figuré en i' (Pl. XI, %. 17), ou les deux noyaux déjà isolés comme en / {Pl. XI, Hff. 15), 'avec une plaque chromatique condensée, située au centre de chaque noyau.
Telles sont les phases de la division du noyau en deux qu'on pouvait facilement observer dans cette tumeur.
Dans une autre tumeur cancéreuse du sein enlevée par Terrillon sur une femme âgée, tumeur qui présentait à sa partie centrale un kyste du volume d'un œuf de pigeon sur la paroi duquel bourgeonnaient des excroissances riches en suc laiteux, j'ai vu de très nombreuses figures de division indirecte par trois, en même temps que la division par deux.
J'ai pu suivre cette division indirecte d'un seul noyau en trois noyaux d'une façon complète, sur les préparations de cette tumeur aussi bien que sur les préparations d'une autre tumeur, d'un épithéliome papillaire à cellules cylindriques du sinus maxillaire que je dois à l'obligeance de mon cher collègue Verneuil. Les figures 3, 4, 5 et 6 se rapportent à la tumeur du sein ; les figures 7, 12, 13, 16 et 17 proviennent de
l'épithéliome à cellules cylindriques du sinus maxillaire. Elles présentent les images successives de la division du noyau en trois noyaux. Les noyaux sont assez volumineux et gonflés, le plus souvent sphéroïdes. Au début, le filament nucléaire présente des enroulements irréguliers; la chromatine y est habituellement très abondante ; la substance chromatique du filament présente des divisions longitudinales et elle prend une forme trilobéequi est très manifeste en t {fig. 3), en t (%. 4), en I {/iff. 6), en/{%. 12) etena {%. 16). Ce dernier noyau, qui estovoide.offreunedimension considérable et une grande quantité de substance chromatique. La zone claire, qui existe dans le noyau autour de la substance colorée, présente aussi trois cercles concentriques aux trois lobes. Ceux-ci, qui sont unis primitiveraentàleur centre, peuvent étreinégaux, dételle sorte que l'un d'eux présente une concentration de la chromatine comme en t {ûg. 4), et comme en t {Gg. 17).
Au lieu de trois lobes, j'en ai rencontré parfois quatre, comme en q {ûg, 13), et môme une fois cinq, t {fig. 8).
A cette première phase succède celle de la concentration de la chromatine dans les lobes nucléaires et la séparation de ceux-ci.
La figure 5 représente cette division. Le noyau g ofl're une zone transparente a et trois lobes colorés qui sont en voie de séparation ; ils sont encore reliés par de petits filaments ou par des grains colorés. On y voit aussi quelques filaments achromatiques dont la direction est la même. Cette même phase de séparation des lobes, avec les filaments très ténus qui les unissent encore, est figurée en t (fig. 6). Dans le gros noyau f {ûg. 16), il y a des fragments dechromatine qui me paraissent avoir la même signification. Les deux noyaux /, t', qui sont en division par trois, me semblent provenir tous les deux de la division antérieure d'un même noyau.
Enfin la dernière phase de la division du noyau en trois est prise sur le fait dans la figure 7. Chacun des trois noyaux est déjà individualisé autour des plaques nucléaires b, c, d, qui sont en état de concentration. Il reste encore quelques granules chromatiques qui n'ont pas rejoint les trois plaques.
318 V. COBNIL.
La série de ces figures de divison par trois est tout à fait démonslrative ' .
La division par trois a été signalée quelquefois dans les formes de division indirecte des tissus normaux; mais elle paraît y être très rare. Podwyssozki l'a vue très rarement dans ses expériences de régénération des glandes.
Dans les deux tumeurs oii je les ai observées, ces divisions indirectes par trois étaient très nombreuses, si bien qu'on pouvait en compter une quinzaine dans chaque coupe ayant deux tiers de centimètre carré environ.
Dans les deux carcinomes où j'ai cherché la karyokinèse, et qui présentaient des alvéoles parfaitement nets, limités par un stroraa fibreux, les images karyokinétiques n'existaient que dans les cellules épithélioïdes, c'est-à-dire dans l'intérieur des alvéoles. Il n'y en avait point dans le tissu conjonctif des cloisons. Si cette observation est confirmée par l'examen minutieux d'une série de tumeurs de même nature, on devra en conclure que le carcinome, une fois formé, s'accroît par la formation de cellules aux dépens de cellules épithélioïdes et non aux dépens du tissu conjonctif du slroma. Il s'agirait donc d'un îlot de cellules épithélioïdes, métatypiques et hétérotopiques, qui poursuivraient leur évolution en se reproduisant elles-mêmes.
Pour ce qui est de la situation des cellules en karyokinèse dans l'intérieur des alvéoles, elle est irrégulière :ces cellules, en efiet, sont placées, tantôt au centre, tantôt à la périphérie des alvéoles, le long des cloisons ou à peu de distance des cloisons. Presque constamment, il y avait en même temps des cellules migratrices au milieu des cellules épithéliales. Ces cellules migratrices ou lymphatiques c (Pl. X, fig. 18) et 1 {fig. 9) sont très faciles à reconnaître à leur volume relativement petit et à leurs noyaux ronds ou arborescents. Ces noyaux se colorent en rouge par la safranine comme la chromatine.
11 est probable que ces cellules lymphatiques portent aux cellules épithéliales des matériaux de nutrition utiles à leur accroissement et à leur Segmentation.
iqué le résume de ces fails de division par lri>is à l'Académir séance da g juillet 1886.
aci,l,zed.ïG0(lg[c
NOYAUX ET DEt CELLULES ËPirHÉLtALES. 319
Dans les alvéoles du cancer, beaucoap de cellules possédaient des noyaux en bissac ou lobules, arborescents, en voie de division directe ; on peut s'en assurer en b, d (ûg. 5), en a (ûff. 18), en c (fig. 6). Ce dernier noyau présente cinq lobules saillants et arrondis.
II y avait aussi des figures de grandes cellules à noyaux multiples arrivés à une phase de dégénérescence comme ceux qui existent en n {ûg. 9). Ces noyaux, au nombre d'une dizaine, sont limités par une sorte d'enveloppe sphérique qui se colore fortement par la safranine, tandis que le centre du noyau reste clair. L'enveloppe colorée est interrompue par place et paraît cassée, ou en croissant. On ne peut savoir si les noyaux de ces cellules proviennent d'une division directe ou indirecte.
Malgré leur grosseur, les cellules en karyokinèse ou à noyaux multiples ne compriment pas sensiblement les cellules voisines, parce qu'elles nagent toutes dans un liquide et elles échappent ainsi à une pression latérale. Il n'en est pas de même dans les tumeurs dont il nous reste à parler.
Épilhéliome. — Les deux figures 10 et 11 se rapportent à un épithéliome à cellules pavimenteuses ; il n'y avait pas de cellules cornées, ni de cellules chargées d'éléïdine. La figure 10 montre une cellule dont le noyau colossal g contient un filament nucléaire a très touffu, grenu, comme un amas de chapelets. L'hypertrophie de ce noyau qui s'est nourri outre mesure et gonflé de sucs nutritifs, dont la chromatine a subi un accroissement très évident, détermine une compression sur toutes les cellules qui l'entourent. Ces cellules, dont le noyau ovoïde est souvent aplati, se disposent autour de la cellule tuméfiée de fagon à représenter la figure de croissants . Cette imbrication des cellules aplaties autour d'une cellule volumineuse, qui a commencé dès le premier stade de la karyokinèse, se maintiendra ultérieurement si la cellule ne se divise pas elle-même et si elle reste volumineuse, la division ayant abouti à la formation nouvelle de deux ou de trois noyaux à l'état de repos. Telle est la cellule a représentée dans la âgure 11 où elle est entourée de cellules aplaties. C'est là , vraisemblablement, le mode de formation le
ARCB. de PHTS., s- 8ÉBItt. — VUl. 21
plus commua des globes épidermiques des épithéliomes à leur début. Les cellules qui les composent se kératinisent plus tard.
Nous avons déjà noté que les figures 7, 12, 13, 14, 15, 16 et 17 se rapportaient à un épithéliome papillaire à cellules cylindriques du sinus maxillaire. Dans cette tumeur, qui était en voie de développement très rapide, on avait affaire & une série de végétations molles, semi-transparentes, qui végétaient partout sar la paroi du sinus. Ces végétations paplUaires, ramifiées, présentaient à leur base du tissu conjonctif vasculaîre. Sur ce tissu, qui est représenté en c dans les figures 12, 13, 14 et 15, les cellules épithéliales cylindriques s'implantaient perpendiculairement, et elles formaient un revêtement épithélial continu, assez épais, composé de plusieurs couches de cellules de forme cylindrique dont l'axe, aussi bien que celui desnoyaux, était perpendiculaire à la surface d'implantation. Cette couche épithéliale était parsemée de très nombreuses figures de karyokinése, soit par deux, soit par trois, et même nous avons vu des étoiles de quatre ou cinq rayons {âg. 8 et 13). Ces cellules en division étaient placées, soit près de la membrane, soit au milieu des couches de cellules, soit à la surface du revêtement cellulaire. Il y avait même là des cellules en division indirecte qui s'isolaient complètement à la suite des manipulations subies par la préparation, c'est-à-dire après la section, la coloration et le montage. Mais, bien qu'on trouvât des mitoses à la surface libre du revêtement épithélial, il m'a semblé que le plus souvent le processus de division débutait dans des cellules voisines du tissu conjonctif de la membrane basale et des vaisseaux sanguins. Il est probable que celles qui se trouvaient plus rapprochées de la surface libre des végétations y avaient été amenées par la croissance et la poussée de cellules qui se font de la profondeur à la périphérie du revêtement épithélial .
Les noyaux, en division par trois, prenaient une forme sphéroïde. Ceux en division par deux restaient ovoïdes, tout en se tuméfiant et devenant clairs. Ils conservaient leur situation et restaient perpendiculaires à leur implantation^ La plaque nucléaire équaloriale était alors transversale comme
loyGoot^Ic
NDTIUX BT DBS CELLULES ËPITUéUALEa. 3fl
cela est représenté en t {fi(f. 14 et 15). Les cellules épithéliales voisines étaient comprimées. Dans cette tumeur f(ui présentait une grande quantité de figures de division par trois, certains noyaux acquéraient un volume considérable comme on peut le voir dans la figure 16. Le tissu conjonctif n'offrait pas de cellules en division.
Papillome. — J'ai examiné, il y a un et deux ans, des papiljomes, et plus récemment des préparations de M. Yersin se rapportant à de pareilles tumeurs des organes génitaux et du pourtour de l'anus. Il y avait toujours des mitoses dans chaque préparation. Le plus souvent, la figure ovoïde du noyau est dirigée perpendiculairement à la base d'implantation des cellules, lorsqu'il siège dans la profondeur du corps mugueux de Malpighi. Ces figures n'existent que dans le corps muqueux. Dans les préparations de papUlomes que j'ai examinées, les noyaux n'acquéraient jamais les proportions colossales que nous avons vues dans le carcinome et l'épithéliome.