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FAITS POUR SERVIR A L'ÉTUDE DES RAPPORTS DU TRAUMATISME AVEC LE TABES

Par M. I. STRAUS.

Les rapports qui peuvent exister entre du traumatisme et de l'ataxie locomotrice rentrent naturellement daus le cadre des études si patiemment poursuivies par M. le professeur Vemeuil et ses élèves; parmi ceux-ci, M. H. Petit a publié, en 1879, un mémoire remarquable ' qui relate tous les cas afférents à ce sujet qu'il a pu rencontrer dans la littérature. Mon attention a été dirigée, depuis cette époque, sur ce point, et j'ai recueilli dans mon service les trois observations suivantes ;

Observation I. — Fracture du tibia gauolie. — Cinq ans après, dou- Jeurs fulgurantes, localisées pendant huit mois au membre atleiat. — Tabès eonSrmé '.

Tixier, Auguste, âgé de il ana, palefrenier, entre dans mon service le 26 février 1879, hôpital Tenon, salle Saùit- Augustin, n» SI. Homme vigoureux, bien musclé, remarquable seulement par une légère exophthalmie qui date de son enfance.

11 n'a jamais fait de maladies; ni chancre, ni syphilis. Son père est mort à 71 ans, sa mère â 66 ans sans maladies nerveuses.

' H. pETn. De l'ataxie locomotrice dans $es rapports avec le traumaliaDM (Revue rfe médeciuB et de chirurgie, 1878, p. 209-Î44). ■ Cette observation a éié recneillie par M. TufQer, alors siterne dans mon

ÉTUDS HE a

En étë 1869, il concluiBait uoe chari-ette; un pavé lui tomba sur la jambe gauche et lui fractura le tibia à la partie moyenue et le péronés un peu plus bas. Il Tut Iraaeporté à l'hdpital de Charenlon, ou une religieuse lui appliqua un appareil. Après une immobilisation de trois mois, il se leva et sa cassa la jambe de nouveau, au môme endroit. Depuis lors, il porte un cal difforme, non douloureux, saillant à la face autérolatérale de la jambe, sans i-accourcissement, sans adhérences ni plaie

Pendant quatre ans, il est resté absolument bien portant; puis il ressenlit, de temps à autre, quelques douleurs vagues au niveau de la blessure.

En 1814, les douleurs devinrent plus vives; il les compara lui-même à des secousses et <• à un coup de couteau qui perforerai! sa jambe «.Elles ne duraient d'abord que quelques secondes et disparaissaient, revenant à intervalles variables, d'abord à plusieurs jours do distance, puis se succédant sous forme de véritables crises. En même temps, les douleurs, d'abord térébrautes, devinrent fulgurantes.

Limitées pendant six mois au Heu exact de la blessure, ces douleurs gagnèrent bientôt le pied et la jambe du même côté; ce n'est que huit mois après qu'elles appararsnt dans la Jambe droite.

Pendant tout ce temps, le malade n'éprouva aucun phénomène oculaire; ni plose, ni strabisme, ni amblyopie. Son état gècéral était excellent, sauf un peu de constipation, sans gastralgie ni douleur rectale.

La marche était à peu près normale. Ce n'est qu'en mai 1818 qu'il s'aperçut le soir, en rentrant, qu'il ne marchait plus aussi bien, et qu'il était obligé, pour se diriger, de regarder où il mettait le pied. Il put cependant, une année encore, faire son métier de charretier.

Les phénomènes douloureux devenant plue fréquents et plus intenses dans les deux jambes, et surtout la marche devenant impossible, le malade entre à l'hôpital.

A. son entrée (26 février 1879), on constate tous les symptômes du

Pas d'atrophie des membres inférieurs; si on cherche à lui plier les genoux, il oppose une résistance presque invincible. Mais si on lui commande d'atteindre du pied un objet au-dessus du plan de son lit, ses jambes oscillent de part et d'autre avant de l'atteindre. Ce phénomène est plus marqué à droite.

11 marche en frappant du talon et les yeux fixés sur le sol. Il lui semble t qu'il marche sur du caoutchouc ; le sol s'enfonce sous ses pas >.

En l'empâchani de regarder ses pieds, soit par l'occlusion des paupièras, soit par l'interposition d'un objet, la marche devient titubante. Si on lui fait rapprocher les talons et regarder en haut, il chancelle et tomberait si on ne le i-etenail.

loïGoot^Ic

9M «tctitit i,E vxfn.

Vm db (rooblM oculair«s. Élat (général excelleal, embonpoint con- Mné, digeelton pai^tlA.

Le nrahde cfnHIa l'hApital en aofll 1819 et on le perd do vu«.

■OtfB. ÏI. — ArthrWe inamatiqve âa eoade. — Quatre tas après, hjpereslhésiB doulOttreaae dans la t/tain droite; plus tard, troublei tabéliquea des extrémités inférieures. — Tabès coaûraié avec hyperesthêsie énorme du bras et de la main droite et troubles trùphi~ qoes de la peau et des ongles (iohthyose). — Le bras et la maia gaaehe indemnes.

Tmffet, Alexaudre, &gé de 40 ans, tisserand, entré à l'hfipilal Tenoo, salle Saint-Augustin, u° 14, la 2 décembre 1880.

Il a joui d'une excellente santé jusqu'au 1868. Pas de syphilis ni d'alooolisine.

A cette époque, il At une chute sur le bras droit et se contusionna le coude. Il continua néanmoins, pendant quelques semaines, son travail de tisserand, au métier Jacquard, qui exige un grand déploiement de force musculaire. Mais alors il éprouva dans le bras droit une impossibilité complète à mouvoir l'articulation du coude, qu'il ne pouvait fléchir qu'à moitié ni étendre complélenient.

En même temps, gonflement de l'articulation, sans rougeur à la peau, avec contracture des muscles ambiants qui se dessinaient comme des cordes. Mouvements de l'épaule et du poignet libres.

Il coDSulla DenonvilHers qui diagnostiqua une tumeur blanche au début et le traita [lar les frictions et les pointes de feu, sans résuUat. En 13*71, le gonflement disparut comme par enchantement, an dire du malade, en moins de quinze jours, ainsi que la contracture, et le bras reprit sa forme à peu près normale ainsi que sa force. 11 se remit au travail, mais, au bout de si^ mois, il le quitta, s'apercevant que le bras droit faiblissait.

11 exerça alors le métier de polisseur de tôle, mais bientôt il éprouva de vives douleurs dans l'avant-bras, en même temps que de l'engourdissement de la main droite. 11 ressentait au bout des doigts de celto main une cuisson permanente et une sensibilité telle à la pression qu''il là garantissait, pour travailler, avec des doigtiers en caoutcliouc. Il dut bientôt renoncer à tout métier et entra une première fois à l'hôpital, dans le service de M.Grancber.

Jusque-là, la marche avait été normale, et il pouvait traîner d'énormes fardeaux; mais à ce moment, les extrémités inférieures devinrent le siège de crampes non douloureuses et de soubresauts et la marche devint difficile.

Les douleurs fulgurantes dans les jambes ont toujours tsll défaut, mais il éprouvait une sensation de brûlure superficielle aux dëUz jambes.

II resta trois mois dans le service de M. Graucber, où il fut traité

par le liPonnrrS' de potassiam; les douleurs parurent âjcrellra un pen, mais la marche devint de plus ea plus embarrassée.

État actuel (2 décembre 1880). — Grand, rortement constitué, la 'figure pâle et amaigrie, exprimant la souiFrance. Pupilles inégales, la droite plus dilalée ; (il dit avoir présenté celle anomalie depuis son enfance). La vue est bonne; ai strabisme, ni diplopie.

La marcha est caractéristique ; il Frappe des talons et lance les ,pie3a en avant. Le fait de tourner et de changer de direction menace de lui faire perdre l'équilibre. Le sigue de Homberg existe, accompagné de spasmes très marqués des muscles du dos du pied. Pas de eensalion de coton ni de caoutcliouc pendant la marche.

Étant couché, les muscles des membres inférieurs gardent toute leur puissance. Pas de troubles de la miction, sauf, par moments^ du ténesme vésicaL Le sens génital est éteint depuis deux ans.

Réflexes patellaires totalement abolis.

Mais c'est surtout Is membre supérieur droit, qui avait été le siège de l'arthrite, qui présente les phénon^énas les plus intéressants. Ce membre est le siège d'une hyperesthésieexcessive de toute la peau jusqu'au moignon de l'épaule et à la partie latérale droite du cou. Le malade ressent dans le bout des doigts et dans la main une sensation de bnllure continuelle, sans engourdissement ni fom'millemeut. Cette sensation augmente le soir et après le repas.

En même temps, la main, surtout le bout des doigts, se refroidit très facilement et le malade est obligé souvent d'envelopper le bras dans de la laine pour le réchauffer.

L'hyperesthésie douloureuse des doigts est très snperftcielle. Lefr6- -lement d'un papier, d'une barbe de piame produit de la douleur ; s'il dort, une mouche venant se poser sur la main le réveille .

Les ongles participent à cette hyperesthésie de la pulpe des doigts ; l'action de les couper cause une telle douleur que le malade les porte démesurément longs. Le toucher des doigts et de la main est tellement exalté que le malade se sert d'étoffe de soie et non de toile pour envelopper sa main.

L'extrémité des doigts est très eftllée et offre une coloration TOBée qui tranche sur la pâleur générale.

Les ongles sont longs et recourbés, striés longitudinalement, secs et cassants.

La peau des doigts et de la main présente des troubles trophiques très accusés; elle est recouverte de squames jaunâtres, de véritables plaques d*iclithy ose, qui peuvent en partie être dues au manque de propreté, le malade souffrant de mettre sa main dans l'eau chaude ou froide. Entre le bord libre des ongles et la pulpe des doigts existe une "Couche épaisse de produits épideraiiques.

Des troubles trophiques analogues, mais moins accusés, existant aux extrémités inférieures, où la peau est aussi squameuse et les ongles

D,=;,tz.d.,G00g[c

1res déformés (cependant le malade prend fréquemment des bains de pied).

L'articulation du coude est notablement déformée, et tee saillies osseuees sont moins nettes qu'à gauche; les mouvements de l'ai-ticulation ont conservé toute leur étendue. Les muscles du bras et de l'avant-bras sont visiblement alrophiés, ceux de l'épaule paraissent indemnes. Légère atrophie des muscles thénar et hypothéuar, sans cependant que la main présente l'aspect do la main de singe. Tous ces muscles rcpoudent bien au courant faradique.

Le bras et la main gauche sont complètement indolores et dans un élat tout à fuit normal.

Souvent le malade éprouve à la base du thorax, au niveau des fausses cdtes, une douleur constriclive, comme si on le serrait dans un étau. Ces crises douloureuses thoraciques coïncident avec des recrudescences de la douleur dans la main droite et dans le bras droit; la douleur, dans ces cas, respecte l'épaule.

— Le malade resta plusieurs années (jusqu'en 1883) dans mon service ; il se produisit du strabisme, de l'amblyopie, de la rétention transitoire d'urine ; en même temps, des lésions tuberculeuses se produisirent dans les deux poumons; il quitta l'hôpital presque mourant,

Obs. III. — Fracture de la rotule gauche. — Quatre mois après, dou~ leurs fulgurantes dans le membre inférieur gauobe. — Dix-buit mois après, dans le membre inférieur droit. — Tabès couGrmé.

Adam, Emile, palefrenier, entre dans mon service, salle Andral, n" 2, le 16 septembre 1886 et s'y trouve encore actuellement.

Habitudes alcooliques invétérées. Eln 1856, chancres mous multiples, soignés par M. Ricord, qui inslitua un traitement local.

En février 1882, étant eu pleine santé et ne se plaignant que d'un peu de faiblesse des deux jambes depuis quelque temps, il glissa sur le pavé et se fractura la rotule gauche, en travers.

Il entra â l'hépital Saint-Louis, dans le service de M. Le Dentu, e( la jambe fut mise pendant trois mois dans un appareil plâtré et à suspension. Puis, on lai permit de se lever et il put marcher. Mais, un mois après (4 mois après l'accident), il ressentit, pour la première fois, dans la jambe gauche, des élancements douloureux, qu'il compare i des éclaire, descendant de la cuisse dans les orteils. Ces douleurs étaient passagères, mais se reproduisaient à intervalles très rapprochés et par crises qui duraient de douze à vingt-quatre heures, puis disparaissaient pendant deux à trois semaines pour se reproduire ensuite.

L'alteution du chirurgien, M, Sohwartz, fut attirée par ces douleurs et l'on pensa à une sciatique; après plusieurs traitements médicaux, l'élongation du nerf scia tique fut pratiquée; l'opération n'amena aucun soulagement.

,Dix-buit mois après, \aiamhedToiie est prise des mêmes douleurs fulgurantes.

11 coDSullaM. Laadouzj', à la Charité, lequel reconnut l'ataxie locomotrice. Six mois après, début de l'incoordination motrice ; les troubles oculaires remonteni à un an.

État actaei. L'incoordination motrice est très accusée ; il lance ses jambes en avant et en dehors en frappant le sol du talon; la marche dans l'obscurité est impossible, ainsi que la station debout, les pieds rapprochés et les yeux fermés. Étant couché, les membres inférieurs sont doués d'une puissance musculaire très grande.

Le réflexe palellaire est aboli des deux côtés ; les deux fragments de la rotule gauche ne sont pas réunis complètement. La sensibilité générale est intacte, mais il existe de l'aDesthésie plantaire, et le malade, quand il marche, croit être sur un tapis moelleux ou sur du sable.

Douleurs fulgurantes dans tes membres inférieurs, sous forme d'accès, dont la durée est de vingt-quatre heures, puis ils cessent pendant trois ouquatrejours pour reparaître ensuite. Il compare ces douleurs à des décharges électriques. Pas de douleurs en ceinture.

Depuis un an, afTaiblissement de la vue; scolomes, strabisme intermittent, dilatation, mais sans inégalité, des pupilles; pas de diplopie.

Les membres supérieurs n'offrent rien d'anormal.

Les faits qui précèdent viennent évidemment à l'appui de la doctrine de M. Verneuii sur l'influence exercée par le traumatisme sur la détermination et la marche de certaines maladies nerveuses. Toutefois, je ne pense pas qu'on puisse invoquer ces faits comme établissant un rapport de cause à effet entre le traumatisme et le tabès subséquent. Mais dans ces cas, comme dans un certain nombre de ceux que relate M. Petit, le traumatisme a pu agir en hâtant l'apparitioQ du tabès ; il a certainement exercé une influence manifeste sur la localisation du premier symptôme (abétique, les douleurs fulgurantes qui, dans ces trois cas, ont débuté dans le membre traumatisé. L'observation 11 est particulièrement intéressante à ce point de vue, car le traumatisme semble avoir déterminé une localisation insolite du labes, qui a débuté dans ce cas par un des membres supérieurs, en respectant l'autre el ne gagnant qu'ultérieurement les membres inférieurs, au lieu de débuter par eux, comme cela est la règle.

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