‹ Archives de physiologie normale et pathologique (volume 2)Chapitre 9 sur 53 · ÉRUPTION DES DENTS · texte numérisé non relu

ÉRUPTION DES DENTS

On a classé les animaux en Monopbyodontes (Poissons, Cétacés, certains Chéiroptères et Rongeurs), et en Diphyodontes, suivant qu'ils ont une seule ou deux dentitions pendant leur existence. Chez les Sélaciens cependant, les dénis sont en nombre indéfini en rangées horizontales, d'où le nom do Polypbiodontes, qu'on pourrait donner à ces animaux. ■ La véritable signification morphologique des deux dentition» des Mammifères, disent Pouchet et Chabry ', serait ainsi donnée par leur rapprochement avec les dentitions en nombre indéfini des Sélaciens. »

La i" dentition disparait plus ou moins de bonne heure. C'est ainsi que le phoque, l'otarie, le cobaye perdent leurs dents de lait pendant la vie intra-utérine, le lièvre peu de jours après la naissance, alors que l'homme ne les perd que vers la 7' aimée.

Suivant Mecltel, l'ordre d'apparition des folliouiea dentaires serait aussi celui de l'éruption, C'est là une erreur, oar, comme le remarque Magitôt, la canine, par exemple, apparaît en même temps que les incisives, bien qu'elle ne sorte que longtemps après, même après les prémolaires dont les follicules ont été formés plus tard.

Dents de lait. — Chez les mammifères il existe deux deniilions, d'où le nom de Diphyodonies appliqué à ces animaux par opposition aux poissons, par exemple, qui sont appelés

' Pouchet el Chaurï, Ioc. cit., p. 187i

Monophyodontes. Il existe cependant des exceptions à cette loi, s'il est vrai que les roussettes, les musaraignes, les taupes, etc. (de Blainville) n'ont qu'une dentition '.

Quoi qu'il en soit, la première dentition de l'homme comprend 20 dents provisoires dont la formule est la suivante :

Son éruption commence d'ordinaire vers le 6* mois ; elle est généralement achevée au début de la 3' année. La chute de cette dentition est liée à l'éruption des dents permanentes.

La loi générale d'éruption est la suivante :

1° Les dents de même espèce apparaissent par paire ;

2° Celles de la mâchoire inférieure précèdent celles de la mâchoire supérieure;

3" Les incisives centrales précèdent les incisives latérales ; celles-ci, les prémolaires antérieures après lesquelles viennent enfin les prémolaires postérieures ou bien entre lesquelles vient se placer l'éruption des canines. Suivant Delaunay, l'éruption se ferait en premier lieu à droite pour la mâchoire inférieure, à gauche pour la mâchoire supérieure. L'examen d'une centaine de mâchoires ne nous a point permis de véritier cette loi.

Comme l'a bien dit Trousseau, l'éruption des dents est un phénomène à marche intermittente.

Ainsi l'éruption des incisives centrales inférieures a lieu du 6" au 9» mois (Tomes) et l'éruption est rapide : elle est ordinairement complète en 10 jours ; à la suite repos de 2 mois.

Puis paraissent les 4 incisives supérieures ; à la suite repos de 5 mois. Sortent alors les incisives latérales inférieures, un

* Chez les marsouins et les autren cétacés, il n'y a pas de deats de remplacemeot. L'une d'elles vient-elle âtaraber,la pei'te en est irréparable. Au contraire, chez les requins ot autres squales, la production de ces organes paraît être presque illimitée. Il en est de mèirie chez certains repliles, les serpents, par exemple, phénomène important à conaaître, puisqu'il nous explique comment ces animaui: peuvent recouvrer leur puissance nuisible après Tarracliement du leurs armes empoisonnées (Mil:«e-Edwaiids, Ltc. sur !s Physiol. «l l'Aaat. comparées, i. VI, p. 168-170.

L'ODONTOGÉNIE. (S

peu plus tardles 4 prémolaires antérieures, et il survient une période de repos de 4 à 5 mois (Ch. Tomes).

Toutes les provisoires sont sorties, en général, à la fin de la 2' année. Mais la dentition temporaire n'est pas absolument achevée alors. Les couronnes des dents de lait sont sorties que les racines sont encore incomplètes (voy. tiff. 7, 10) ; ce n'est qu'à 6 ans que la denture de lait peut être considérée comme complètement terminée.

A partir de ce moment, les dents de lait commencent à s'écarter et sont projetées en avant: phénomène précurseur de leur chute.

Quel est le mécanisme de l'éruption ?

A l'époque de la naissance, toutes les dents sont encore contenues dans leurs alvéoles et renfermées dans leurs sacs (voy. %. i"). A ce moment, si on ouvre les sacs, on voit que les dents ont déjà acquis un certain développement (voy. îiff. V"), inégal pour chacune d'elles, mais aucune n'a encore atteint le fond de l'alvéole.

Après la naissance, les dents continuent leur accroissement. A la suite de la couronne se forme la racine. Celle-ci atteint, à des époques variables, le fond de l'alvéole. Dés lors, l'accroissement de la dent ne peut plus se faire de ce côté. La racine butte contre le fond de l'alvéole, et par son développement pousse peu à peu la couronne contre la gencive. Il se fait ainsi peu à peu un travail de résorption (par compression), et la dent finit par perforer le sac dentaire et la gencive, et paraît au dehors. Après ce travail, parfois laborieux, la gencive se rétracte sur la dent ; elle embrasse étroitement et enserre le collet de la dent. Perforé en haut, le sac est devenu le périoste alvcolo-dentaire.

La deuxième dentition comprend 20 dents de remplacement et 12 nouvelles. Sa formule est la suivante :

Commencée vers la 6° année, cette dentition n'est pas achevée avant 23 ans.

— Quel est le mécanisme de cette 2° éruption? Pri-

Ahch. de fhts., s* siHii. — VIII. 5

mitivemeiit les sacs des dents permanentes sont contehUes dans les alvéoles des dents provisoires ; ce n'est qu'après un certain laps de temps qu'ils en sont peu à peu séparés par une cloison, qui débute par le fond de l'alvéole et sépare celle-ci en deux loges secondaires.

Tant que la dent permanente peut se développer vers le fond de l'alvéole, les dents provisoires ne sont point tourmentées ; mais arrive un moment où, par suite de l'accroissement de la racine, la dent pousse du côté du bord alvéolaire. Dans ce mouvement de poussée excentrique et d'ascension, la dent permanente comprime les alvéoles de la i'* dentition, leur couronne les refoule et les atrophie ou les entame et finit par détruire leur paroi. Comprimées par la couronne des dents permanentes, les racines des dents provisoires s'usent ; leurs vaisseaux et leurs nerfs, subissant la même compression, s'atrophient. Ces deux causes réunies détruisent les racines des dents de lait, qui se résorbent et disparaissent de bas en haut. Les dents permanentes prennent la place de ces racines, et sont dés lors au mieux pour achever d'énucléer la couronne des dents de tait, qui devient vacillante et tombe.

Cependant, le dernier mot n'est pas dit sur ce processus de décadence. Dans certains cas , les dents provisoires s'ébranlent et tombent alors que leurs racines sont encore presque intactes et leur alvéole à peine rétréci. C'est pour expliquer ces cas que Delabarre d'abord, Ch. Tomes et d'autres plus tard, ont imaginé leur organe absorbant, qui serait situé sous la dent, la rongerait peu à peu, la détacherait de son alvéole et finalement la ferait tomber. Mais ce corps spongieux et vasculaire, formé de cellules myéloïdes (ostéoclastes) selon Ch. Tomes, attend encore une démonstration définitive.

La preuve que c'est bien la compression de la dent définitive qui chasse de son alvéole la dent provisoire, c'est que dans certains cas où la dent permanente est déviée et n'exerce plus aucune compression sur la dent de lait correspondante, celle-ci persiste et constitue une dent surnuméraire.

L'ordre d'éruption des dents permanentes est donné dans le tableau ci-contre.

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Ici se présente la question de savoir si les 20 dents permanentes occupent sur les arcades alvéolaires un emplacement d'une longueur égale à celui qu'occupaient les 20 dents provisoires.

Hunter a dit que l'intervalle compris entre la symphyse et la 1" molaire reste invariable. Delabarre, qui l'a mesuré avec un fîl avant et après la chute des dents de lait, est arrivé à la même conclusion. L'invariabilité de la longueur de l'arc, niée par Blake et Léveillé, nous » explique, dit Sappey *, pourquoi les canines ne sortent qu'après les petites molaires antérieures ; les incisives permanentes, étant en effet plus grosses que les incisives temporaires, s'emparent d'une partie de la place nécessaire aux canines ; mais comme les petites molaires temporaires sont plus volumineuses que les petites molaires de l'adulte, elles laissent un vide en tombant, et la place que les canines perdent en avant, elles la retrouvent en arriére; de là pour elles la nécessité d'attendre la chute des molaires temporaires, ou, ce qui revient au même, la sortie des 1™= petites molaires permanentes ».

Cette conclusion ne peut cependant pas être considérée comme une vérité absolue. En effet, nous verrons dans un autre travail que l'allongement de la partie antérieure de la parabole maxillaire est un fait indéniable, aussi évident que celui de la partie postérieure, bien que beaucoup moins accentué et moins important ^.

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