I. — Tumeurs du type vasculaire sanguin
a. Formes embryonnaires :
l" Tumeurs érectiles capillaires.
2° Angiomes caverneux.
b. Formes adultes :
1° Angiomes simples.
2° Anévrismes cirsoïdes.
il. — Tumeurs du type vasculaire lymphatique :
Lymphangiomes.
1. J'en ferai prochainement l'objet d'un mémoire, destiné aurtoul à établir la réalité da leur origine nerveuse embrj-oDnaiFe.
ANATOM[E PATHOI.0QIQUI OÉHilULB DES TUUEUng. 2S1
G. — Tumeurs composées.
1° De deux tissus; exemple: odontomea (Dents implantées sur des plaques osseuses).
â" De tous les tissus : surtout chez les embryons ou les fœtus à terme.
La réunion de tous les faits connus dans la science, et leur classement méthodique, conformément au poiat de vue physiologique, permettrait sans doute de reconnaître dans la série des tumeurs composées plusieurs groupements rationnels analogues à celui de l'odontome, mais ce travail est encore entièrement à faire.
X. — Je ne me dissimule pas que la classilîcation que je propose ne peut pas englober toutes les] tumeurs classiques, et qu'elle laisse de côté, par exemple, le xanthélasma et certaines tumeurs mélaniques; mais on remarquera que TexceplioQ porte précisément sur des néoplasies peu étudiées, de nature encore discutée, probablement parasitaires comme le xanthélasma, ou, comme certains mélanomes, s'écartant notablement par bien des caractères des tumeurs proprement dites. Les travaux ultérieurs auxquels donneront lieu ces néoplasmes mal connus, permettront, sans doute, de les rattacher à une origine cellulaire spécifique, ou de les séparer définitivement des véritables tumeurs pour les rattacher à quelque autre chapitre de l'anatomie pathologique générale. Telle est ma conviction sur ce point, que le seul fait d'échapper à la classification physiologique suffit à constituer à mes yeux une présomption que ces néoplasmes ne sont peut-être pas des tumeurs au sens évolutif étroit de ce mot.
XI. — En jetant un coup d'oeil d'ensemble sur la classification précédente, on est frappé de suite de ce fait que toutes les tumeurs qui appartiennent aux formes embryonnaires sont, à des degrés divers, celles que les cliniciens reconnaissent pour malignes, et cela quel que soit le type du lissu con-
sidéré; de même, les formes adulles constituent toutes des tumeurs bénignes. Cette donnée n'est (Tailleurs pas nouvelle; il y a longtemps que Ton a dit que, d'une façon générale, une tumeur était d'autant plus maligne, en clinique, que sa structure anatomique était plus embryonnaire. Celle loi se présente ici d'une manière plus saisissante et surtout elle prend sa véritable signification. Elle n'est absolue que si l'on compare les formes embryonnaires et les formes adultes d'un même tissu; elle cesse d'être vraie si l'on compare entre elles des tumeurs de type difl'érent, par ce fait mémo qu'il s'établit entre les ■formes embryonnaires dos divers tissus une sorte d'écAe/fe do malijnité qui dépend à la fois de l'importance physiologique du tissu atteint, des sécrétions nocives que peut fournir le tissu pathologique, et surtout des connexions vasculaîres qui peuvent permettre l'extension et la généralisation plus rapide de la maladie.
n est possible, d'ailleurs, de donner une explication absolument plausible de cette différence constante de malignité el de bénignité qui sépare les formes embryonnaires des formes adultes. La malignité, en effet, s'accuse surtout par deux caractères qui lui sont propres : la rapidité plus grande de l'accroissement local, la production d'une généralisation à distance. Or ces deux faits sont connexes et reconnaissent une cause commune : la prolifération cellulaire, qui ne dépasse pas les étapes évolutives inférieures, ^t précisément celle qui doit être à la fois et la plus rapide etia plus tumultueuse; les cellules, comme les individus, ne se reproduisent que pendant une certaine période de leur vie, et tes cellules vieillies, qui prédominent dans les formes adultes, sont celles qui sont précisément perdaes pour la reproduction ; de là l'accroissement incomparablement' plus rapide des formes embryonnaires.
D'autre part, les cellules des formes embryonnaires restent jeunes et ne parviennent pas à sécréter les- auBataaices intercellulaires diverses c[ui soudent, en une masse plus ou moins compacte, les cellules des tissus adultes;, de Ift teur départ plus facile' dans les voies circulatoires îymfjrttafiquew ou' s»»-' guines. De plus ces cellules jeunes, ainsi' emporti^eff, stwrt'
ANATOUIE PATHOLOGTQDX. OEKEBALE DES TUMEUBS. 363
daos les- meillearea conditions de vitalité et cl& reproduction;
elles ae grefSent faoilemcnt là où tes porte le coaranlet donnent ainsi naissance, par leur hyperplasie, à un noyau secondaire, qui subira d'ailleurs la loi de spécificité cellulaire comme celui qui lui a donné naissance. Par contre, les cellules vieillies des formes adultes ne sont' pas aussi facilement entraînées, et, d'autre part, quand elles peuvent l'être, elles sQdttt dans des conditions physiologiques qui ont grande ohance de rendre la greffe stérile.
Pour une espèce déterminée de tumeurs, l'échelle de malignité est, par suite, exactement parallèle à celle du degré de dé\'eloppement que les cellules du néoplasme ne parviennent' pas à dépasser. Ce degré de développement est lui-même l'indice et comme la mesure de la nature ou de l'intensité de l'incitation Hyperplasique primitive qui a mis en jeu toute l'évolution de là lésion. On comprend encore pourquoi, touteschoses égales d'ailleurs, les tumeurs embryonnaires d'un même tissu ont une malignité d'autant plus intense que le sujet porteur est plus jeune : plus on se rapproche de l'enfance, plus les incitations de développement s'adressent à des tissus aptes à les recevoir et plus leurs effets sont considérables. De là la rareté des formes adultes dans l'enfance, de là frassi, par exemple, la malignité plus grande, signalée depuis longtemps, des sarcomes chez l'enfant que chez l'adulte, de même encore là malignité plus grande et les symptômes spéciaux des cancers de l'estomac sur\'enant au-dessous de l'âge de trente- ans, comparés à ceux qui se produisent dans les périodes ultérieures de la vie '.
XII. — Il résulte dé tout ce qui précède que la tumeur est. à son origine une maladie véritablement locale. Née d'une anomalie dans le développement embryogéntque des tissus, son début réel peut commencer cependant à tous les. âges, contraii-ement à Topinion de Conheim, parce que cette embryogénie des tissus se poursuit pendant toute la durée de. la
'L. Habd, du canaor précoce dé Testooioe (Ljtjh médical, 1884), et MalaiEu, Thèse de doctorat. Lysa, î8B*i
vie de l'individu. Quoique locale, elle peut reconnaître pour caiise Vhéréàiié, s'exerçant, grâce à l'atavisme cellulaire, par un mécanisme analogue à celui qui préside à l'hérédité des autres malformations locales, n'ayant pas le caractère hyperplasique propre à la tumeur. Mais on comprend également que des causes accidentelles multiples puissent exercer une influence aussi réelle que celle de l'hérédité.
Dans quelques circonstances , l'incitation hyperplasiqne normale parait pouvoir porter d'emblée son action sur tout l'ensemble des cellules d'an même type, ce fait serait relativement fréquent pour les organes lymphoïdes, et, dans ces cas, la maladie ne serait plus locale au point de vue de l'anatomie topographique, sans cesser cependant d'être locale au point de vue de l'anatomie générale systématique.
Mais la tumeur, primitivement locale, est susceptible de se généraliser par des greffes ascendantes et successives. Par contre, la cachexie, qui appartient en propre à certaines tumeurs, qui peut y être précoce et en tout cas précéder de longtemps une généralisation sérieuse, paraît relever d'un tout autre mécanisme pathologique, sur lequel je me propose de revenir par la suite.
XIIL — La spécificité des tumeurs, sur laquelle j'ai tant insisté, paraît, au premier abord, devoir s'opposer absolument à la possibilité de la transformation des tumeurs bénignes en tumeurs malignes, transformation des plus rares, mais dont la réalité est cependant nettement établie par les cliniciens. Tout au contraire^ cette spécificité permet de comprendre très bien la transformation d'une tumeur adulte d'un type déterminé en une tumeur embryonnaire du même type, par exemple d'une loupe en un épithéliome dermique. L'incitation de développement, qui était sufTisante pour produire un tissu adulte, a bien pu, sous diverses influences, s'altérer au point de ne plus donner naissance qu'à un, tissu embryonnaire; mais il faut entendre alors par là, non pas la transformation directe des cellules vieillies en cellules embryonnaires, mais bien la production de nouvelles cellules jeunes qui ne dépasseront pas le type embryonnaire.
ANATOUIE PJLTHOLOQIQUE GÉNÉRALE O
Par conlre, la transformation proprement dite d'une tumeur adulte en une tumeur embryonnaire d'un type différent est naturellement impossible. Toutefois, le fait pourrait être observé en clinique par l'intervention d'un véritable processus de substitution. Le tissu de la tumeur primitive a pu être combattu, puis surmonté par le tissu embryonnaire végétant dans son intérieur comme il eût pu le faire dans un tissu normal. Il serait même légitime de penser que la préexistence d'une incitation anormale portant sur le tissu conjonctif d'une glande, par exemple, a bien pu ne pas rester complètement étrangère à l'apparition ultérieure d'une anomalie de développement du tissu épithélial normal englobé dans le fibrome. L'observation rigoureuse de faits bien étudiés permettra, seule, de trancher définitivement cette question.
XIV. — Bien qu'il soit difficile de donner une bonne définition des tumeurs, je ne puis cependant terminer cette étude de leur anatomie pathologique générale, sans la résumer dans une formule qui en soit, en quelque sorte, la synthèse. Je l'essayerai en disant que toute tumeur est une masse de nouvelle formation, plus ou moins bien circonscrite, née sous l'influence d'une anomalie spéciale du développement embryogénique des tissus, constituée par l'hyperplasie, ordinairement durable, des éléments anatomiques normaux qui évoluent d'ailleurs dans leur direction atavique primitive, mais s'arrêtent à des étapes diverses de leur évolution physiologique.
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DES CORPS ÉTRANGERS OSTÉO- GARTILAGINEUX EX OSSEUX DES ART4CUUTI0KS,
Par MM, A. POIXET ET !.. VAILLABD,
Professeui-s Hgrigéi «n Vtl-de-Gràoe.
Liboratoire dTiJslologie du Val-de-GrJce,
Parmi les corps étrangers que l'on rencoiUre dans les articulfttions, les corps osiéo-cartUagineujt ou osseux sont de beaucoup les plus communs. Les conditions pathpgémques qui président à leur formation comportent encore une certaine incertitude, tout au moins les théories accréditées à ce sujet ne semblent-elles pas suffisamment établies ou facilement applicables à la généralité des cas. D'autre parties recherches histologiqucs auxquelles ils ont donné heu sont restées jusqu'ici peu nombreuses et peuvent laisser place à quelques détails nouveaux; c'est en effet ce qui nous a paru ressortir après l'étude de divers échantillons de ces coi-ps libres. Cet examen a montré certaines particularités intéressantes concernant leur structure, les modiiications qu'ils subissent dans les jointures où ils sont inclus et aussi leur genèse, A ce point
ée vue iœ 6iits tpie &ous rapporterons dtns ieara traitsesse»-
liels auront peut-être quelque utilité.
i* CorpB élrmger tpamamliqtm da /■rtKo/atni du gernss. — Ha^ aulMtt d'aae eaaebe de oarUix^ mu nivemt da trait de la ÊraelMT» OMseMB».
X..., soldat, figé de 21 ans.entreârhApilalTniUlinreduVat-âe-GTâee {servioe de M. le profeasenr Serrier) le 15 décembre 1883; Pas (Tatilécédenls rhamatismatra ou autres. Le 14 juillet do la mgme année X..., étant pris de bolBson, fit une chute sur le genon gauche dans un terrain pierreux ; immédiatement après cet accident snpvim'Snt des dou- IsuTE, \ive» et un gonflement de l'srlicBlatioaqtiJ obligèrent le malade à gsrdn* 1« iiepoB dumnt six Mnmaes. &|>rèB t« disparition des doaleure !■ marche resta pénible et la jointure tuneRée. Ces symptâmes pcrsislatent annMmcnt de l'entrée à l'iràpital.et M. le professeur Servier constata alors l'esistesee d'un eorfM étran^or mobile dans l'articalatioD. Une prewière toatatTre d'exti-ufion par le jmtété ée Goyrawi demeura infructueuse et on dut recourir i l'arthrotunie «nJtneptique le 23 mai 1884. Gwérison rap«d«.
Le corps étrangec, examiné immédiatement après l'cxtradiao, piésente l'apparence extérieure d'une petite rotule; il est piriforme, aplati ou mieux légèrement eoucave-^onve.xe. Sa loo^eur est de quatre cen~ timétres, sa plus grande largeur de trois centimètres et son épaisseur d'un centimèti'C enviroin. De aes deux faces, l'une, convexe, est régulière et lissa ; l'autre concave, est chagrinée, mamelonnée par de petites saillies. En aucun point ou ne découvre les vestiges d'un pédicule ou d'un hile. Sur une section médiane ce corps étranger montre deux parties distinctes : i" uae partie périphérique qui dans les portions correspondant à la face convexe est formée par une couche de cartilage l'égulière, épaisse de 2 miUiiiièU'ea, tandis qu'à la face concave elle se réduit à une bordure iuégale, très mince, opaline et simplemenl d'appareace cartilagineuse; 2° une partie centrale, jaunâtre, dure, osseuse. Ce corps étranger parait représenter ti'ès exactement un fragment de cou^yle- Après décalciâcation par l'acide [licrique il a bit l'objet d'un examen histologique ; les coupes en ont été colorées au picro-carminate d'ammoniaque et à l'ëosine-hématoxylique.
Exaatea biatologiqae, — (Pi» K, (!§'. 1 . ) Le» coupes ds divers aeg- Baats da eo<^a àiinmifv vue» à un Eaibla g^Boàaeiiuuit oiEfceot à
Ma A. POULET «1
considérer une partie centrale, osseuse, et une partie péi'iphérique de
structure cartilagineuse.
I.e noyau cealral est constitué par un réseau de trabécules en tout semblables à celles d'une épiphyse, mais très vivement colorées par le carmin (A). La couche périphérique affecte des aspects différents suivant les points où on la considère. Sur une des faces elle est régulière, hyaline, mesure environ deux millimèlres d'épaisseur et par la disposition de ses capsules rappelle tous les caractères propres au cartilage articulaire (B). Sur la face opposée qui répond au trait da la fracture osseuse existe également un revêtement cartilagineux, mais plus mince et moins uniforme ; en certains points il atteint presque un millimètre d'épaisseur, tandis qu'ailleurs il semble faire défaut et parait remplacé par uue baude fibreuse. Cette dernière couche (C) ne présente pas dans ses éléments conslituauts la régularité et la disposition caracléi'istiques des cartilages diarthrodiaux, elle se rapproche plutôt du cartilage embryonnaire.
Hur les bords du corps étranger les deux revêtements cartilagineux se rejoignent et se confondent pour former un bourrelet mousse, arrondi. En ce point on distingue un ou deux espaces tniangulaires (D) dont les bords sont constitués par le cartilage diartbrodial ; les espaces que remplissent du cartilage embryonnaire représentent, selon toute probabilité, des déchirures survenues au moment de l'accident. Un espace semblable existe à la face profonde (E).
I/examen détaillé de chacune des parties précédenfes décèle les faits suivants :
1° Cartilage diarthrodiaL — La couche cartilagineuse qui recouvre la face convexe du corps étranger présente tous les caractères d'un cartilage diarthrodial. On peut lui reconnaître trois zones distinctes : superlicielle, moyenne et profonde.
La zone superficielle, vivement colorée en rose par le picro-carmin, est limitée à son bord libre par une lame do tissu fibroïde (F). Les capsules y sont allongées, minces, orientées dans des sens très divers et contiennent de 4 à 8 cellules atrophiées, presque réduites à leur noyou. Dans la zone moyenne la substance fondamentale est neitement hyaline, incolore. Ses capsules allongées perpendiculairement à la surface libre coatiennent de 15 à 20 noyaux de formes très variées. La xone profonde ou zone calcifiée repose sur les trabécules osseuses; elle est légèrement colorée en rose par le carmin et ses capsules renferment des cellules atrophiées à noyaux incolores et granuleux.
2° Rêseaa des trabécules osseuses. Au-dessous du cartilage diarthrodiil existe un réseau trabéculaire qui, par son agencement, reproduit exactement la structure d'un os spon^cieux. Ces trabécules
présentent leur épaisBOur normald, mais elles semblent avoir perdu leur calcaire et se colorent uniformëmenl en rouj^e par le picro-carmin. Les corpuscules osseux sont en général vides ou ne contiennent qu'un rudiment de noyau. Les espaces médullaires sont remplis par une moelle adipeuse au milieu de laquelle on distingue encore des vaisseaux affaissés, plissés, totalement vides de sang. Mais à mesure que l'on s'éloigne du cartilage diarthrodial, le contenu de ces aréoles change de caractère. Les vésicules adipeuses tendent à disparaître, une trame 1res finement fibrillaire se dessine et l'on voit en assez grande abondance des cellules raminées ou fusiformes dont le noyau a pris vivement le carmin. A. un degré plus avancé la graisse n'existe plus et la moelle esl remplie uniquement par un tissu coujonctif embryonnaire. Plus près encore de la limile du tissu osseux les aréoles montrent à leur intérieur une substance hyalioe, claire, à peine rosée, rappelant la substance fondamentale du cartilage et parsemée d'éléments cellulaires dont les uns sont irrégbliers, anguleux, tandis que d'autres sont arrondis, pourvus d'un gros noyau et d'autres enfin nettement capsulés.
3" Cartilage néoformé au niveau de la fracture osseuse. A ces espaces médullaires qui montrent les premiers rudiments de la aéoformation cartilagineuse fait graduellement suite une couche presque continue et caractéristique de cartilage. Au niveau du trait de la fracture, en effet, les espaces médullaires sont entièrement comblés par ce dernier.
Ce néo-cartilage, bordé à sa surface libre par un liséré fibreux, est byalin dans sa plus grande étendue. Sa substance fondamentale est claire, incolore, homogène, parfois cependant finement fibiiltaire. Ses éléments cellulaires bien plus nombreux que dans le cartilage ancien et disposés sans ordre, offrent des aspects très variés ; les uns sont arrondis, ovoïdes, netlem'ent capsulés, les autres sont libres, ramiiiés, étoiles, munis de prolongements (cartilage embryonnaire).
En quelques points le cartilage présente des cai'actères spéciaux sur lesquels il importe d'insister. En effet, la substance fondamentale y réagit d'une manière particulière vis-ù-vis des réactifs colorants. Tandis que dans les régions voisines cette substance ne se teinte pds par le picro-carmin ou se colore en violet clair par i'éosine hcmatoxilique, ici, au contraire, elle se décèle^ même à l'œil nu, par une très vive coloration rouge (pici'o-carmin) ou rose (éosîne hémaloxilique). Ces îlots qui présentent les réactions histochimiques de l'osséinc sont toujours en continuité directe avec uns trabécule (TC). En réalité un examen attentif permet de constater que ces points correspondent à une transformation directe du tissu osseux en cartilage. Celle métaplasie paraît s'effeeluer d'après le mode suivant : les trabécules is perdent leur c jlcaire comme l'indique la coloration rouge vif de
i76 A. meure ta l. tullim»-.
l'osséiiiff; l'osaiiae h nMdtfie à sou Uns: l«is«aart car ybtvtd les ee'Liutel OBfieoHs. OI)âs-et »'eiHoureat auaaiUt âe protop^aaroa H ae isréeot paa à s'encapsuler tiadia qa» la tcanae iîteaiian ie Va» eaattiiime i tonner la sufaataiioe fondamentale du cwlilage.
I^a ne'oformalion du cartilage se produit donc en dcus points : d'uwe part dans le* espaces mpdnllaires, d'autre p»rtl au nÎTeam des ti-a- Béculos osseuses et à leura dépens.
L'étude de ce corps étranger comporte nn certain intérè*.
Sur nue face il est recouvert d'une couche de cartilage hj-aJin qui, par son cpaisseup, sa régularité, la disposition sériée de ses capsules rappelle très exaclen^ent le cartilage diartkrodîal; en oulre la portion osseuse sous-jacente offre les capactères typiques de l'os spongieux normal. Ces deux faits concourent à dcnrontrer que le corps étranger représente un fragment de surface condylienne; celui-ci a été violemment détaché comme l'indiquent les déchirures multiples daas le cartilage et les circonstances mêmes de l'accitlent qui a précédé son apparition. Il s'agît donc d'un corps étranger d'origine tranma tique.
Une particularité importante réside dans la production d'mie bande de cartilage au niveau de i& section ossease, de telle sorte que ce fragment condylien était entouré d'une enveloppe cartilagineuse complète. On sait que sur les corps traumatiques extraits quelque temps après leur formation la partie du noyau osseux qui répond au U'ait de fracture u'apparaît pas hérissée par les asi»érités irrégulières des trabécules brisées; elle subit certaines modifications qui émoussent, recouvrent les saillies et comb4ent plusou moins tes dépressions. M. Poncet (de Cluny) ' a décrit en ce point l'existence d'une bandelette fibreuse, mais cette disposition n'est pas constante et il peut aussi se produire une couche de cartilage hyalin, limitée superficiellement par un mince liséré fibrcude. Il ne s'agit point là d'un fait isolé et exc^tionnei; la présence de cecartilagea déjà été observée par Weischrfbaom* et signalée
' PoNCBT, Bevae de tiifrurgît ; WSl.
' Wemchblbaitii, Aeeàivea- âa Winhvw, t. LVl.
depuis par Flesch' qui sur un corps libre tmumatique & Vti les espaces médullaires correspondant aa point d'arrachement remplis par un cartilage hyatîn. Un cas analogue aurait été reoueilli à la clinique de Bergmann^ Pour expliquer cette néoformation, Flesch suppose que l'on doit admettre deux périodes distinctes dans l'évolution des corps libres : l'une répond à la fracture du segment condylien, l'autre à sa mise en liberté complète; dans l'intervalle le pont par lequel le fragment est encore adhérent sert à conduire les matériaux nutritifs nécessaires à la genèse du cartilage. L'auteur ne cherche pas d'ailleurs à établir en vertu de quel processus il se forme. Dans le cas que nous avons étudié le corps étranger ne montrait aucune trace de hile, aucun vestige impliquant l'existence antérieure d'un pédicule ; sans nul doute il était complètement libre dès le début et sans rapport possible avec la circulation générale. Cependant, en de pareilles conditions, le cartilage a pu se former suivant un mode qui nous semble se défuiir par la transformation régressive des travées osseuses et des éléments de la moelle.
Ainsi qu'il ressort de l'analyse histologique, le contenu des espaces médullaires les plus superficiels subit des changements progressifs : la graisse disparaît des cellules adipeuses, celles-ci reviennent à leur état primitif et prennent graduellement les apparences de cellules de cartilage ; en même temps apparaît une gangue d'abord finement flbrillée, puis hyaline, au milieu de laquelle les cellules cartilagineuses ne tardent pas à s'encapsuler. La trabécule osseuse de son côté fait retour à l'état embryonnaire : le calcaire disparaît et l'oasérne se fond, mettant en hberté les cellules osseuses qui se transforment en cellules de cartilage pendant que la trame conjonctive de l'os leur fournit la substance fondamentale. il s'agit là de phénomènes régressifs s'accomplissant dans an fragment osseux sépaf é de ses pointa d'dtlache et privé
• pLKaCH, OoiLème coDgrès de la Société allemande de Ctiifuceie- B^Bn, I88Ï. Analysé paf la Rerae âe ehlrargie, 18». p. 854- ■ Plesch, Lee. tii.
de sang. Toutefois ils ne peuvent se concevoir sans un certain degré d'incitation nutritive dont il faut vraisemblablement chercher les conditions dans Vimbibition : le corps étranger plongé dans les sucs synoviaux y vit comme le cartilage articulaire normal. Sans doute cette nutrition et la vitalité qui en résultent sont minimes et doivent être bornées aux parties périphériques; c'est en effet dans les limites que l'imbibition peut atteindre, c'est-à-dire à la surface du corps étranger et nullement dans les parties centrales que l'on coRstate la formation du néo-cartjlage.
2» Corps étranger ostéo-cartilagineux du conde. — Régression au cartilage des tr abonnies osseuses et des espaces médullûives (Pl. X, %.2).
Ce corps étranger a été recueilli sur un sujel d'amphithéâtiv. I! était situé dans une petite loge de la cavité sus-coronoldicnne (coude gauche) libre d'ailleurs de toute adhérence à la capsule ou la synoviale- Sa grosseur était à peu près celle d'une noisette ; sa forme était irrégulièrement sphérique, sa couleur blanc jaunâtre et sa surface hérissée de petites saillies d'aspect nacré. L'articulation absolument saine pi^ sentait seulement à la face antérieure du condyle humerai une dépression cupuliforme de la dimension d'un pois. Le genou du même cAt« était atteint d'arthrite déformante très a
Examen histologigue. — (Après décalcification par l'acide picriquael coloration des coupes par le picro-carmin et l'éosine hématox^lique.)
Le corps étranger est composé de deux parties ; 1° un noyau osseux central; §" une couche épaisse de cartilage à ia périphérie.
A. Noyau osseux. — Dans les parties centrales, les trabécules (TO), en général assez épaisses, présentent leur configuration normale, saot une coloration rose assez vive indiquant un retour à l'osséine. Les corpuscules ont conservé leur aspect ordinaire, mais les cellules qu'ils renferment ont disparu ou sont réduites à un noyau chétif, atrophié. Les espaces médullaires contiennent une moelle graisseuse (MG) que traverse un fin réseau fibrillaire i'i larges mailles, il y existe aussi quelques tronçons de vaisseaux dont la plupart sont flétris, affaissés, tan dis que d'autres montrent encore des débris granuleux ou des vestiges de globules rouges.
Vers les portions périphériques du noyau osseux, les cavités médullaires renferment une substance hyaline vivement colorée en bleu psr
l'hématoxyline, en rose pflle par le carmin et dans laquelle on distingue des cellules irrégulières, petites, semblables à celles du cartilage fœtal,
ou encore des cellules cartilagineuees typiques, arrondies et pourvues d'un noyau bien coloré (MG).
Les trabécules de celte région présentent également des modifications évidentes. Dans leur épaisseur existent des espaces allongés ou étoiles (1), irréguliers, dont la teinte violet pâle tranche sur la coloration rose du reste de la Irabécule {éosine hématoxylique). A leur niveau, l'os a subi une transformation profonde. La matière calcaire a disparu, les corpuscules mis en liberté paraissent agrandis, leur noyau très apparent s'entoure de protoplasma, de façon à donner l'image de cellules cartilagineuses. A un degré plus avancé, ces espaces sont constitués par une substance hyaline au sein de laquelle se voient des capsules caractéristiques. 11 devient évident que ces segments de Irabécule reviennent à l'étal embryonnaire ou plus exactement au cartilage.
La partie centrale oeseuse que nous venons de décrire affecte une forme elliptique. I.,e& deux extrémités de sou grand axe viennent affleurer à la surface même du corps étranger. En ces points, les trabécules osseuses anciennes subissent à un haut degré le retour à l'étal cartilagineux. De véritables lacs hyalins contenant des cellules cartilagineuses parsèment l'épaisseur des trabécules osseuses. D'autre part, toutes les aréoles limitées par les trabécules sont dépourvues de moelle et ne renferment plus qu'une substance hyaline au milieu de laquelle se disséminent des cellules fusiformes ot surtout des capsules cartilagineuses arrondies, pourvues d'un gros noyau. Eu quelques endroits, il persiste encore des débris de la moelle ancienne sous forme de vésicules adipeuses, entourées de toutes parts par cette gangue hyaline.
B. Parties cartilagineuses périphériques, — Cette coque cartilagineuse présente une telle complexité et une telle variété de structure d'un point ù un autre, qu'il est malaisé d'en donner une description détaillée. Son épaisseur est très inégale, sa forme très irrégulière. En procédant de la superficie a la profondeur, on rencontre d'abord une bordure fibreuse (F) intimement adhérente partout, sauf en certains points où elle est séparée des parties sous-jaceules par des lacs de tissu conjouctif myxoïde, au milieu duquel existent des cellules graisseuses, des cellules de cartilage et des débris de trabécules osseuses. Dans une grande partie de son étendue, cette bande fibreuse repose di> rectenient sur une mince bordure osseuse (TO')-
Au-dessous et jusqu'à l'os qui forme le noyau central du corps étranger, existe une couche ostéo- cartilagineuse qui ne rappelle en rien le carlilaga diarthrodial ordinaire ; elle ne montre, en effet, ni son aspect homogène, ni la disposition régulière et sériée de ses capsules, ni ses réactions habituelles vis-à^vis des matières colorantes. Elle est consli-
int Â. POflLSr ET 1.. TAILLARD,
tuée par dea porlioas d'apparence hyttine (C) tMTenécs en Kmii ësog far dsB bandes fibrillées ou grossièrement i-éticnlées qui m fondent inaeusib lent ont avec les parties précédentes. Cs» bandée (TOC) offrent, dans leur ensemble, la disposition générale d'un réeeali Irabécalaire et sous l'intluencB de l'éasine hématoxylique, elles prenneat, comme les tj'abéciiles osseuses du noyau central, une teinte rose vir, aloi-a que les parties hyalines continues vestent colorées en violet. De plus, ellei soot parsemées d'une infinité d'élémenle cellulaires étoiles, ii-régutiere, qui ne sont autres que des corpuscules osseux libres et dont on peut suivre l'évolution successive jusqu'à l'état de cellules cartilagineuses, Ëa réalité, ces bandes rosées, osléoldes, sont les vesligee d'anciennes travées osseuses, ainsi que l'indique leur continuité avec des trabécules plus superQciolles ou plus profondes encore calcifiées, mais déjà aussi sur plusieurs poinis en vole do régression cartilagineuse. Ces bandée circouscrivent des Ilots ou lacs de substance cartilagineuse hyaliue, parfois encore embryonnaire.
En résumé, ce corps pathologir[ue comporte dan» sa structure trois parties essentielles. Au centre, existe un noyau osseux ; à la périphérie, une enveloppe fibreuse ; enlre les deux, une zone continue, assez épaisse par places et présentant un mélange complexe d'éléments très divers ; tissu (»njonctif myxoïde ou finement fibrille, cartilage hyalin embryonnaire ou adulte, débris de trabéculea normales, travées constituées par une sorte de réticulum offrant les réactions histochimiques de l'osséine et parsemé soit do corpuscules osseux typiques, soit plutôt de formes cellulaires qui se rapprochent graduellement de la cellule cartilagineuse. Ces dernières travées affectent la disposition générale d'un réseau trabéculaire osseux, limitant des espaces remplis de cartilage hyalin. Les images fournies par cette couche moyenne traduisent, à notre sens, les diverses phases régressives d'une partie osseuse en voie de disparition; celte zone du corps étranger semble, en effet, avoir été primitiveraeni de l'os, plutôt- condensé que spongieux, dan» lequel les tra- ' bécules comme les espaces médullaires ont subi déjà en maint endroit et Bubiasent encore la régrMsion au cartilafl:^'
Une interprétation diamétralement oj^sée, mais conforme aux théories actuelles »ur la palhog«nie ào» artfarophytes
pouvait, il est vrai, se présenter h l'esprit et faire admettre l'existence d'an processus plutôt formateur que régressif. Dans cette hypothèse, les figures précédentes représenteraient la genèse d'un corps ostéo-cartilagineux aux dépens de la membrane fibreuse d'enveloppe jonant ici le rôfe de périoste. Beaucoup d'auteurs admettent, en efîet, que les corps étrangers de cette nature peuvent être formés de toutes pièces par 3a synoviale ou la fibreuse. Cette théorie, déjà ancienne, a été formulée d'une manière très explicite par M. Poucet', qui a cru en trooiver la justification dans la structure de certains corps tlottants auxquels il donne le nom d'arthrophytes capsulaires pour mieux marquer leur origine. Ces derniers présenteraient tons une structure identique. Leur périphérie est bordée par une enveloppe tîbreuse à laquelle succède progressivement du fibro-cartilage , puis du cartilage hyalin ; le plus souvent, dans fa r^ion voisine du hile, existent des masses osseuses qui peuvent aussi se rencontrer quelquefois au contre des portions fibro-carlilagfneuses. L'arrangement concentrique de ces couches composantes servirait de caractéristique au processus formateur, et l'arthrophyte serait en réalité, selon M. Poucet, a un fibrome passant au fibro-cartiîage, puis au cartilage hyalin et à l'os. » Une semblable interprétation ne saurait ici trouver sa place.
D'abord, et d'une manière générale, la structure attribuée par M. Poncet aux arthrophytes vrais ne leur est nullement particulière, car elle s'applique exactement à d'autres corps étrangers soit traumatiques, soit pathologiques, dont l'origine osseuse est incontestable. Dans les cas de Weischclbaum, Flesch, Bergmann et celui qui a été précédemment étudié, les corps étrangers étaient complètement entourés d'une membrane fibreuse, puis d'une zone de cartilage englobant le noyau osseux central; la disposition concentrique de ces couches était nettement évidente. Celle-ci constitue donc un traitcomnmn à des faits différents et, par suite, ne pent fournir un
PiwiïET. Lo^ cft-
signe pathognomonique de la provenance capsulaire. D'un autre côté, dans le cas actuel, on ne découvre nulle part les figures rappelant de près ou de loin la genèse de l'os aux dépens du cartilage ou par le périoste . La bordure fibreuse, peu riche en éléments cellulaires, apparaît complètement înactive. Le cartilage très variable d'aspect, tantôt hyalin, tantôt fibrille ou réticulé, ne montre que des capsules chétives, jamais d'ailleurs disposées en séries. Enfin les vaisseaux sont absents dans cette couche moyenne de l'arthrophyte. Il semble bien au contraire que la disparition progressive du tissu osseux constitue ici le fait dominant. Aux confins du noyau osseux central, les trabécules, normalementconstituéessurune partie de leur étendue, montrent en quelques points des modifications déjà caractéristiques : la matière calcaire y a disparu, et l'osséine se dispose en une sorte de réticulum, dont les mailles sont occupées par des corpuscules osseux libres, évoluant vers ta forme cellulaire propre au cartilage ; les espaces médullaires contigus s'emplissent d'une gangue hyaline ou finement fibrillée que parsèment des cellules fusilbrmes et surtout des cellules cartilagineuses.
Plus près de la périphérie, les transformations s'accentuent davantage; il persiste encore çà et là quelques débris de trabécules intactes, mais cette zone de l'arthrophyte est constituée surtout par des lacs de cartilage hyalin que circonscrivent des travées offrant la configuration générale d'un réseau trabéculaire, les propriétés hislochîmiques de l'osséine et recouvertes d'éléments cellulaires dont on suit les métamorphoses successives depuis l'état de corpuscules osseux jusqu'à celui de cellules cartilagineuses. Les lacs hyalins marquent la place d'anciens espaces médullaires ; les travées en réseau sont les vestiges des trabécules préexistantes. Enfin, vers la limite même du corps étranger, le cartilage se transforme progressivement en tissu fibreux et constitue ainsi cette coque connective qui sert d'enveloppe générale. De pareilles images reproduisent exactement celles qui ont été signalées déjà sur l'une des faces du corps traumatique; les mêmes phases se succèdent dans la disparition graduelle des
trabécules et des espaces médullaires, le même processus est aussi en jeu. De là cette opinion très vraisemblable: l'arthrophyte a été exclusivement osseux à son origine, et c'est après sa mise en liberté qu'il est devenu ostéo-cartilagineyx en vertu de modifications régressives.
3° Nous avons étudié une série de six corps étrangers tellement identiques par leur structure qu'ils peuvent être confondus dans une seule et même description. Contrairement aux précédents, tous étaient pédicules ; ils ont été recueillis sur des sujets d'amphithéâtre et dans des articulations diverses (genou, coude, hanche), présentant à des degrés différents ■ les altérations caractéristiques de l'arthrite déformante. Tous étaient appendus à la limite même du cartilage diarlhrodial par un pédicule fibreux, court, délié ou large ; presque toujours, à leur voisinage, se rencontraient des végétations osseuses, sessiles, et plus ou moins développées. Ces corps variaient du volume d'un pois à celui d'une noisette. Leur forme générale était arron'die, plutôt ovoïde que sphérique, affectant quelquefois l'aspect d'une gourde ou d'un croissant. Leur surface était régulière ou tubéreuse, leur coloration grise ou jaune, leur consistance dure ou molle et comme élastique. L'un d'eux s'écrasait sous la moindre pression et laissait échapper un contenu huileux.
A l'examen histologique, tous ces corps articulaires ont offert une remarquable uniformité de structure. On peut leur décrire une coque fibro-osseuse, un contenu et un pédicule (Pl. X, %. 3).
i° La coque est îavariablemeQt composée de deux parties superposées.
a. — A la périphérie, existe une enveloppe de tissu flbroïde dense (F), d'inégale épaisseur, et qui se continue directemeut avec la substance même du pédicule (P). D'autant plus épaisse qu'on se rappi-oche de ce dernier, elle s'amincit vers le pôle opposé du corps étranger et pai'fois devient tellement étroite qu'on la distingue à peine. Cette bandelette est parcourue par des pelita vaisseaux qui deviennent plus abondants et de volume plus gros vei's le point d'atlache du pédicule. Sur trois
de ces corps étrangers, la coque ihroj'de reutertnait un du deux smas de cartilage liyalin ou fibreux reposant directement, par leur face profonde, sur la trabéculo osseuse sous-jacenle (C). Sur ses bords comme à en surface, oecarlilageee transforme progressivement en tissu fibreux ftt t«uâ à sa foiviire «Uns l'enveloppe connectiTe.
b, — Au-dessous de la fibreuse et la doublant en quelque sorte, existe un anneau osseux formé par nne trnbécule (TO) mince, percée çà et là Ab cfléaux livrant paesege anx vaisseaux. En générai, cetlv bande osseuse est conlinbe, mats elle pevt aussi être interrom^ae au aiveaa d'un p>etit espaça médullaire «jufl la fibreuse seule limite eu dehors.
S* Cwiteou. — La eaiité que limite l'enveloppe précédente est traversée par des tribécule» minces, grètee, très Tragiles, qui desslneul de larges espaces médulliiires remplis de greisse et parcoui'us parde» vaisseauv (Vj surtout volumineux au voisinage du pédicule; vers la périphérie, ces vaisseaux traversent la coque osseuse pour pénétrer dans la fibreuse. Les Irabécules de eette partie centrale sont tanttt caleiliées et normales, tanlât réduites eu grande partie i l'osséine. &i des pointe multiples, elles présentent les indices d'une altération évidente '. l't'e s'y détruit suivant les modes connus de la régression fibreuse directe, de la corrosion lacunaire péri-eorpu scolaire et disparaît en laissant à sa place du tissu fibrea». Mais c'est surtout sorls bord extérieur de l'anneau osseux (BF), que l'on eonetate uettemeil cette destruction progressive : la erarosion lacunaire et surtout la régression fibreuse directe y agissent simultanément pour transformer la trobceule en tissu Tibreun; celle-ci s'amincit de plus en plus, se réduit à un mince trait et finalement s'incorpore a la bande conjonctive, aug' mentant d'autant son épaisseur.
3° Pédicule. — I<e pédicule (P) est constitué par un amas de trousseaux conncctifs denses qui, d'une part, se continuent directement avec l'enveloppe fibreuse du corps étranger et, d'autre part, avec le tissu même de la synoviale. Il contient un assez grand nombre de vaisseaux remplis de sang dont les nus divergent pour ramper dons la coque fibreuse, tandis que d'autres abordent directement la partie centrale da corps ctranfçer. Il existe des communications faciles entre la cire u lotion intérieure et la circulation périphéri'pie de l'aKhrophyla.
Les six corps étrangers dont nous venons de tracer les caractères essentiels se font remarquer ]jar la simplicité de leur structure. Us se réduisent à une coque composée de deux.
feuUlets superposés (bande fibreuse, anneau osseux) circonscrivant une cavité. Celte cavité est cloisonnée à la façon d'un Ô8 spongieinc par des Irabécules limitant des espaces médullaires remplis de graisse. Ces corps, maintenus en rapport avec la circulation générale par un pédicule vasculaire, subissent des modifications bien difïéi-entes de celles qui ont été observées dans les faite précédents. Tandis qu'alors l'os et ta moelle revenaient à l'état de cartilage, ici, au contraire, les trabécules osseuses se transforment directement en tissu fibreux. Nous nous bornerons ici à signaler ces différences.
Les six corps étrangers précédents, par leur apparence et leur implantation au pourtour du cartilage articulaire, reproduisaient tous les caractères extérieurs des ostéophytea sessiles qui, souvent, siégeaient au voisinage; il semblait probable que les premiers traduisaient simplement une période accidentelle dans l'évolution de ceux-ci et n'étaient, en réalité, que des ostéophytes détachés de leur base. La conlînnation de cette hypothèse est rendue facile parl'examenhislologique des végétations osseuses encore adhérentes. Sur une coupe intéressant à la fois une portion de la tôle articulaire et l'ostéophyte qu'elle supporte, on constate, en effet, que la structure de ce dernier reproduit identiquement celle des corps étrangers. A sa périphérie, existe une première enveloppe fibreuse qui se continue d'une part avec le périoste de la tète épiphysaire, et d'autre part avec le liséré fibroïdc limitant la superficie du cartilage diarlhrodial plus ou moin* altéré. En un ou plusieurs points, et quelquefois dans toute son étendue, cette coque conncclive contient du fibro-cartilage en voie d'ossification par sa face profonde. Au-dessous, apparaît une bordure osseuse intimement adhérente à la précédente et formée par des trabécules minces ; de son contour intérieur parlent des trabécules grêles ou condensées qui se relient à travers le collet do l'ostéophyte avec le réseau trabéculaire du reste de l'os, et circonscrivent de larges espaces remplie d'une moelle graisseuse : que ce bourgeon m détache» et le fragment libre ne différera en rien des corps articultiires. La similitude est complète et se TKnir*^ suit Jusque daos les altérations de la ohârpente osseuse. Dan^
l'ostéophyte adhérent comme dans les corps étrangers, celle-ci, surtout à la périphérie, tend à se détruire ; les trabécules sont
entamées par la corrosion lacunaire, ailleurs elles subissent la fonte fibreuse directe, s'amincissent et laissent à leur place du tissu fibreux. La structure de l'ostéophyte se superpose donc exactement à celle des corps étrangers précédemment étudiés, et de cette conformité il est logique d'induire la communauté d'origine.
4° Corps étrangers expérimentaux. — Afin d'étudier les modifications que subissent, après leur isolement, les portions détachées d'une surface condytienne, nous avons créé chez les animaux des corps étrangers comprenant à la fois du cartilage et une parcelle de l'os sous-jacent. Nous avions pour objet de reproduire ainsi les phénomènes régressifs de l'os et surtout ce retour des trabécules au cartilage si manifeste dans les faits étudiés en premier lieu. Les corps étrangers ainsi formés n'ont pas, il est vrai, montré ce mode spécial de disparition du tissu osseux, mais ils ont fourni certaines notions qui méritent d'être signalées.
Trois expériences ont été faites sur des chiens âgés de 18 mois. L'articulation du coude étant ouverte à sa partie externe, un fragment ostéo-cartilagineux était détaché de la tête du radius par une section oblique pratiquée à l'aide du ciseau et du marteau. Ce fragment, du volume d'une grosse lentille, était ensuite refoulé à la partie antérieure de la jointure, et celle-ci soigneusement fermée par des points de suture. Les suites de l'opération, toujours faite selon les régies de la méthode antiseptique, ont été des plus simples, et, dans aucun cas, il n'y a eu desuppuration. Les animaux ont été sacrifiés à des époques différentes, variant de 37 à 43 et 123 jours après l'opération.
Dans ces trais expériences, les petits corps étrangers ont montré des modifications identiques, bien que variables quant à leur degré. Tous étaient fixés à un cul-de-sac de la synoviale par des adhérences riches en vaisseaux qui les maintenaient
en communication avec la circulation voisine : l'un d'eux adhérait par sa face cartilagineuse, le second par un de ses bords, et le troisième par toute l'étendue de sa portion osseuse. Tous aussi présentaient dans leurs éléments constitutifs (os, moelle et cartilage) une transformation fibreuse plus ou moins avancée, mais accusée surtout dans les parties périphériques. Il en résultait, du côté de l'os comme du cartilage, la production d'une enveloppe fibreuse vasculaire se fusionnant d'une manière complète avec le tissu de la synoviale au niveau des adhérences. En réalité, les fragments ostéo-cartilagineux ont subi des modifications simples : les espaces médullaires s'emplissent de tissu fibreux, les trabécules se détruisent graduellement suivant les procédés connus de la régression fibreuse directe, de la corrosion lacunaire d'Howship ou de la corrosion péri-corpusculaire ; de même le cartilage diarthrodial se résout en tissu fibreux. Nulle part on ne rencontre la régression cartilagineuse de la moelle et de l'os mentionnée sur d'autres faits. La cause de ces différences dans l'évolution des corps étrangers nous parait résider dans les différences mêmes de leur mode de nutrition. Dans les deux premiers cas étudiés ■ et aussi ceux de Weischselbaum, Flesch, Bergmann, il s'agissait de fragments libres, simplement nourris par imbibition. Ici au contraire, comme dans la série précédente, les corps étrangers adhèrent à la synoviale, reçoivent d'elle les vaisseaux qui les nourrissent et participent à la circulation générale ; dés lors, vivant à la manière d'une épiphyse, ils réagissent de même et présentent des altérations analogues à celles que l'ostéite détermine sur les trabécules de cette dernière. Il est nécessaire d'ajouter que le degré de ces modifications n'a été nullement proportionnel à la survie de l'animal, c'est-à-dire à l'ancienneté du corps étranger. Ainsi les fragments détachés depuis 123 ou 43 jours présentaient une régression fibreuse beaucoup moins accentuée que dans le troisième corps étranger fonné depuis 37 jours seulement. Le fait est sans doute imputable à leurs rapports variables avec la synoviale : tandis que le dernier adhérait largement par toute l'étendue de Sa face osseuse, les deux autres et sur-
tout le pq^emier (123 jours) n'étaient fixés que par des ntincea brides.
Enfin, une particularité qui n'est pas dénuée d'intérêt, réside dans les adhérence» contractées avec ta synoviale par chaeua des corps étrangers expérimentaux. Elle démontre qua des fragments détachés d'une tête articulaire peuvent se fixer loin de leur point de départ, se souder aux tissus voisins et saibir alors des modifications diverses. L'existeace d'un pédicule ne saurait donc impliquer que l'arthrophyte auquel il se rattache a pris naissance là même où le pédicule s'implante sur la séreuse articulaire et aux dépens de cette dernière. Le fait est d'autant plus important à noter, que certaines coupes de ces corps expérimentaux réalisaient les figures hislologiques interprétées par M. Poucet comme indiquant l'ossiflcation progressive d'unbourgeon fdjreux issu de la synoviale.
Au point de vue de leur pathogénie, les corps oetéo-cartilagineux des articulations se divisent naturellement en corps ■ iraumatiques et en corps pathologiques.
L'existence des premiers contestée par Ollier ' , Panas» et quelquefois encore mise en doute, ne saurait plus être niée après les faits cliniques déjà nombreux qpii en atleatent la réalité. Les causes qui les produisent sont simples, et on conçoit aisément (comme l'ont démontré les recherches expérimentales de M. Poucet ') que des violences exercées sur une articulation primitivement saine, puissent détacher et mettre en liberté un fragment des extrémités articulaires. L'obser- ■vation I est un nouvel exemple de cette variété de corps Kbrea.
Les corps pathologiques apparaissent dans des conditiona différentes; ils se forment spontanément dans une jointure
' Ollieb, Dictinnn. eocyclop. des seleaces ■' Tjlkab, Dialiona. dt ifiitoaud^ * PoNCEi, Loc. cit.
plus ou moins malade et ne conslituent qu'une manifestation secondaire, contingente de l'affection articulaire prée^dstante. Des divers éléments qui composent la jointure et sont alors intéressés, les tissus mous (synoviale, capsule fibreuse) ont seuls paru susceptibles de donner naissance à des corps flottants; c'est, en effet, de ces parties, que la plupart des auteurs les font dériver, entretenant en cela une opinion déjà ancienne. ■
Laênnec, le premier, avait émis l'idée que les corps étrangers articulaires n'étaient à l'origine qu'un produit pathologique analogue à cette matière plus ou moins dure qu'on trouve dans le tissu sous-pleural après des inflammations répétées de la plèvre. 11 s'agissait donc de cartilages accidentels développés, consécutivement à une arthrite, dans l'épaisseur de la capsule fibreuse ou du tissu cellulaire soussynovial. Toutes ces néo formations, extra-articulaires à leur début, soulèvent progressivement la synoviale, la refoulent, proéminent et tombent enfin dans la jointure. Cette théorie fut facilement acceptée (A. Cooper, Beclard, Bonnet, Robert), et la plupart des auteurs contemporains la reproduisent encore (Virchow, Forster, Ollier, Fischer, Kônig, Volkmann, Gross, Gaujot, Poncet). Cependant elle repose sur une pure hypothèse et manque de confirmation, surtout en ce qui concerne les productions nées direct^nent du tissu sous-synovial. Si l'on a signalé en clinique des indurations circonscrite» et mobiles des tissus péri-articulaires, jamais on n'en a établi la nature cartilagineuse ou osseuse, encore moins les étapes successives jusqu'à l'état de corps libres articulaires. Pourquoi d'ailleurs ces corps indurés . ne se porteraientils pas de préférence vers les téguments? la tendance au vide qui, selon Richet ', les sollicite incessamment vers l'articulation pendant les mouvements ne saurait ici satisfaire. Peut-être la théorie de Laénnec semble-t-elle trouver quelque appui lorsqu'elle cherche dans l'épaisseur même de la capsule le point de départ des concrétions. Quelquefois, en effet,
' RiCBBT, Mém. de l'Acad^ de méd.f ISSS.
les articulations atteintes d'arthrite déformante montrent, au Toisinage des têtes articulaires, des plaques dures, ossiformes qui paraissent incrustées dans la synoviale et faire corps avec elle (Virchow ', Gross *). Généralement elles sont rapportées à une néoformation proprement dite de la membrane et considérées comme l'origine des arthrophytes. Mais les plaques ossiformes prennent-elles bien réellement naissance dans la synoviale même? Leur siège est toujours au voisinage immédiat des parties osseuses, au pourtour des cartilages, aussi est-il permis de se demander si elles ne sont pas plutôt une excroissance périchondrique, un ostéophyte périostique, ou bien encore un fragment des têtes osseuses qui, après son isolément, serait venu adhérer à la capsule, s'y enclaver. M. Poncet, il est vrai, a cru trouver dans la structure de certains corps libres les caractères pathognomoniques de leur origine capsulaire et les indices certains du processus qui les aurait formés ; ceux-ci seraient un fibrome synovial s'organisant progressivement en cartilage, puis en tissu osseux. Mais les particularités invoquées par cet auteur sont loin d'appartenir en propre aux corps réputés capsulaires, elles se retrouvent avec une parfaite identité dans les corps traumatiques ou d'autres encore dont l'origine osseuse est indéniable. Leur signification n'a, dès lors, rien de décisif et devient même sans valeur pour définir la pathogénie probable d'un corps flottant. Aussi, à défaut de preuves suflisamment démonstratives, y a-t-il lieu de considérer encore comme très hypothétique cette origine capsulaire des corps flottants ostéocartilagineux .
Selon d'autres auteurs, les corps ostéo-cartilagineux dérivent encore de la séreuse articulaire, mais trouvent leur condition pathogénique dans l'exagération d'un fait normal, le développement excessif et l'ossification ultérieure des nodules cartilagineux qui font partie intégrante de cette membrane. KoUiker *, en effet, a mentionné au milieu des franges vil-
' ViBCHOw, Traité des iiii»eurs, t. I, p, 4K. ' Gbobs. Gazelle méd. de Strasbourg, 1873.
* KÔLLiKER, Eiêmenla d'hist. humaine p. 35S
leuses de la synoviale l'existence de cellules isolées de cartilage. Rokitansky * le premier insista sur le rôle de ces dernières et pensa que leur développement insolite dans l'épaisseur des végétations dendritiques pouvait donner naissance à des corps étrangers. C'est aussi l'opinion de Virchow, et la présence de ces capsules de cartilage dans l'axe des villosités paraît-égalementà Panas ^ une circonstance propre à expliquer le plus souvent la formation des corps articulaires. Il serait difficile de ne point accorder considération à ce mode pathogénique si la présence des capsules cartilagineuses était im fait constant à l'état normal. Mais d'après KôUiker luimême, elle constitue un fait assez rare ; Hueter 3 ne la signale pas et Soubbotine* n'en donne aucune mention dans son étude sur la structure des membranes synoviales. Nous n'avons pour notre partgamais rencontré les cellules de cartilage dans les villosités. Si telle en est l'inconstance et même l'extrême rareté, on ne peut rationnellement leur attribuer un rôle exclusif ou prépondérant dans la pathogénie des corps ostéo-carlilagineux. Aussi tout en acceptant l'importance que peut acquérir éventuellement le bourgeonnement des franges synoviales, pensons-nous qu'on doit lui attribuer surtout la' production des corps étrangers fibreux que l'on rencontre dans cette forme d'arthrite chronique décrite par Hueter sous le nom de synovite hyperplasiiqne tubéreuse.
Puisque la théorie de l'origine capsulaire ou synoviale n'explique que d'une manière imparfaite la formation des arthrophytes ostéo-cartilagineux, il est nécessaire de chercher ailleurs la provenance du plus grand nombre; presque toujom^, sinon toujours, ceux-ci dérivent des épiphyses ellesmêmes.
Lâënnec d^à avait mentionné la formation possible des corps libres aux dépens des végétations osseuses du rebord
' RoKiTANSKi, Zeiisch. der Wiener -Erzta, 1861. * Panas, ArliculBlions {Dictionnaire Jaccoad), p. 274. ' Hueter, Kllnik der Geleakkrankheilen, 1877, t. L ' Soubbotine, Areh. depbya., 1880.
articulaire. Gruveilbier ' pensait cfoa le î^s souvent ils ne reconniiisaent point d'autre origine. Ces conditioae pathogâniques et d'autres enoore qui restortùisent aux manifestations diverses de l'arthrite sèche ou déformante ont à peine attiré l'attention des auteure classiques, du moins sont-elles considérées par la plupart d'entre eux comioe étmngèrea à la production des COTps flcAtants qui intéressent le chirurgien. Les faits témoij^ent cependant du contraire et c'est avec juste raison que M. Gaujot ^ envisage les arthrophytes comme un simple èpiphénomène se surajoutant aux lésions articulaires de l'arthrite sèche. Dans toutes les jointures, en effet, qui renfermaient un ou plusieurs corps étrangers, noua avons invariablement rencontré les altérations propres à celte dernière. D'ordinaire elles se limitaient à la soile jainlure contenant les arthrophytes ; leur intensité était variable, mais aux modiUcations plus ou moins accusées et parfois presque nulles de la synoviale s'ajoutaient toujours des Icfiions signilicatives d'une épîphyse, bien propres à éclairer rcH-igiae de ces coi^ libres.
Ces altérations siégeaient soit au pourtour, soit au. niveau même du cartilage diarthrodial .
Aux premières appartiennent les végétations osseuses qui se disposaient à la périphérie de la téta articulaire ; elles faisaient rarement défaut et parfois on pouvait suivre les degrés successifs de leur évolution jusqu'à la pédiculîsatïon et la mise en liberté. On les désigne sous le nom d'ostéophytes, ou encore d'ecchondroses car, suivant les auteurs, il s'agirait d'une production exubérante de cartilage sur les confins du revêtement cartilagineux. D'après Cornil et Ranvier *, leprocessus en serait le suivant. Le même travail pathologique, c'eet-à-4ire la protiféralion des éléments cdlmlaires, qui détermine la transformation velvéiique dans les parties eeotraies du cartilage donne lieu à des nodosités lorsqu'il en
' CnuvEiLHiEn, ^oâ(. patho}., t. FI, p. )9t. • G*u»ot, Rivao de cbiruegtë, 1881.
' Cornil el Ranvier, An»t. patbol.
atteinl le rebord ; a la différence dans les résultats provient de ce que le pourtour du cartilage articulaire est recouvert par la synoviale et que les éléments prolifères e'aocumulent au-desaous de cette membrane, au lieu d'être rejetée dans la cavité articulaire. > De là r«cchondrose ; celle-ci s'ossifie ultérieurement et forme un ostéophyte spongieux ou éburné. Le proocssws ainsi décrit n'est peut-être pas conforme à la généralité des faits. D'abord les nodosités apparaissent à la Umite du cartilage diarlhrodial ; en ce point, la synoviale n'existe pas entore et ne peut concourir à accumuler les éléments prolifères. D'autre part, nous n'avons jamais rencontré l'ecchondrose ■«•aie, cartilagineuse. L'examen des nodosités minuscules, naissantes, nous a toujours montré que le so«lèversent résultait d'une formation osseuse aux dépens de ce fibro-cartilage qui s'interpose entre la synoviale et ie cartilage «Kiculaire; toujours un bourgeon osseux existait sous la couche du fibro-cartilage. Celui-ci fournit les matériaux nécessaires à l'ossification, s'amincit graduellement, mais ne disparaît jamais, car on en peut trouver les vestiges, même à la surface des végétations les plus voînmin^ises. Dans son dévelf^pement ultérieur, l'ostéophyte ainsi produit s'établit sur le type du tissu spongieux. Parmi ces végétations, les unes sont sessiles et se rattachent à l'os par une large base : d'autres ne lui adhèrent que par un collet mince, fragile ou un pédicwle étroit. Sous l'influence d'un travail pathologique ou d'une violence quelconque, ces liens se rompent et la masse ostéophytique devient un corps étranger libre dans la jointure. Les corps flottants qui en résultent présentent uni; structure identique à celle des ostéophytes encore adhérents.
Plus intéressantes sont les lésions qui siègent à ia surface même du cartilage diarthrodial et président d'une manière non moins cerlaine que les précédentes à la ionnatîon des corps libres. Certaines articulfUioiiâ renjermant des corps étrangers montrent sur les têtes osseuses des bosselures arrondies, des tubérosités dures, plus ou moins saillantes et dont le volume varie depuis celui d'une tête d'épin^e jusqu'à
celui d'une petite noisette. Les plus exiguës sont encore recouvertes d'une mince couche de cartilage, les plus volumineuses en sont dépourvues dans une grande partie de leur étendue et leur base est généralement circonscrite par les franges velvétiques du cartilage diarthrodial. Quelquefois ces tubérosités semblent en voie d'élimination; elles sont légèrement mobiles, basculent et se déplacent sous la pression comme si elles étaient presque libres dans une cavité. 11 n'est point rare, d'ailleurs, de voir sur la même tête osseuse des dépressions cupuliformes consécutives sans doute à leur élimination. Ces bourgeons qui présentent souvent ime consistance éburnée ont été ajgnalés depuis longtemps par Broca et surtout par Verneuil ' dans l'arthrite sèche ; ils résultent d'une ossification exubérante du cartilage articulaire. Quelquefois la masse ossifiée proémine fortement, s'étale en champignon au-dessus du cartilage articulaire et le recouvre dans une étendue variable ; sur une coupe celui-ci apparaît alors aminci entre deux couches osseuses ; l'une profonde (tissu spongieux de l'épiphyse), l'autre superficielle, néoformée qui peut atteindre 6 ou 8 millimètres d'épaisseur, et s'est développée aux dépens de cette surface libre du cartilage qu'elle recouvre. Tantôt ces tubérosités font corps par toute leur face profonde avec le tissu spongieux épiphysaire; tantôt, souvent même, elles s'y rattachent simplement par un collet étroit au delà duquel la masse ossifiée s'étale en ovoïde dans l'épaisseur do cartilage, de façon a reproduire l'aspect d'un bouton de chemise. Si, dans ces conditions, la coupe pratiquée n'intéresse pas exactement l'axe du trait d'union, on observe des figures insolites : le bourgeon osseux se montre comme un îlot complètement isolé au milieu du cartilage et sans connexion avec les trabécules de l'épiphyse dont il est séparé par une couche de cartilage hyalin.
L'examen histologique de ces tubérosités et des portions attenantes de la tête osseuse montre dans tous les cas de s
' Vkhnbuil, Bull. Soc. .
BTUDB DES COBPB OSSEUX D
hnages très semblables. Ces tubérosilés sont constituées par un amas de trabécules condensées se substituant, sur une étendue variable, au revêtement cartilagineux de l'épiphyse; les plus petites affleurent à peine à la surface libre du cartilage diarthrodial toujours altéré à ce niveau, les autres proéminent au-dessus et font une saillie très accusée. Parfois, comme sur la coupe représentée (Pl. X, ùg. 4), on peut surprendre à la périphérie de l'ilot osseux ies indices de sa séparation d'avec le cartilage ambiant ; en un point, en effet, existe un sillon S, une brèche irrégulière, profonde, qui contourne les limites ossifiées et les détache des parties voisines'. Dans ce cas particulier et sur d'autres semblables, il nous a paru que nous saisissions sur le fait la genèse et l'élimintition commençante d'un corps étranger formé aux dépens de la tête osseuse. Le processus qui donne naissance aux corps libres de cette variété se décèle facilement à l'examen des plus petites tubérosités (fig. 5). Une ou plusieurs houppes vasculaires parties de l'épiphyse pénètrent la face profonde du cartilage et produisent à leur entour un travail d'ossification; celui-ci est envahissant, il progresse de plus en plus et le boui^eon osseux qui en résulte s'étale dans l'épaisseur du cartilage, puis s'élève au-dessus de sa surface libre. Le plus souvent le début de ces lésions coïncide avec un état spécial des extrémités osseuses. La vascularisatîon y atteint une grande activité ; la moelle en voie d'organisation fibreuse ou déjà fibreuse est parcourue par de gros vaisseaux turgides, les trabécules sont le siège d'une apposition évidente. Alors des pointes vasculaires font irruption dans le cartilage et l'ossifient. Mais bientôt à la vascularisatîon exagérée succède dans l'épiphyse, et, pour une raison inconnue, un arrêt progressif de la circulation ; la moelle devient graisseuse, les trabécules se raréfient. A ce moment, sans doute, le noyau osseux de nouvelle formation insuffisamment nourri, ébranlé
' Noue n'avons pas rencontré sur nos coupes la poinC où le noyau osseux inclus dans le cartilage se coDtinuail avec le Ussu spongieux de rêpipbyse, mais il couvianl d'ajonler que par suile d'un accident de préparation il nous a élé impossible de débitei' en coupes la totalilé da la piice.
aussi par les frottemeats articulaires, tend à se séparer des tissus ambiants, se détache et tombe daûs la jolature. De là un corps étrange qui pourra être entièrement osseux ou comporter quelques parcelles du cartilage diarthrodial détachées avec lui. Mais, après sa mise en liberté, il subira certaines modifications compatibles avec la vie par imMbition ; ses espaces médullaires et ses trabécules périphériques feront retour au cartilage, une coque fibreuse se formera à la surface et, de primitivement oaseux qu'il était, le corps flottant deviendra ostéo-cartilagineux. C'est vraisemblablement un corps étranger de cette espèce qui a été décrit dans l'observalioii II ; il était solitaire dans l'articulaiion du coude et la tête humérale portait une cicatrice déprimée marquant son origine.
Les deux variétés d'altération précédentes qui semblent jouer un rôle prépondérant, sinon univoque, dans la pathogénie des corps osseux ou ostéo-cartilagineux des articulations, appartiennent en propre à l'histoire de l'arthrite sèche. Ce serait toutefois une erreur de croire qu'elles se rencontrent uniquement chez les sujets âgés, atteints de celte arthrite déformante typique qui atteint simultanément diverses jointures et les bouleverse à un haut degré. On sait, en effet, qu'il existe certaines formes d'arthrite sèche, non seulemCTl mono-articulaires, mais encore très limitées à un point circonscrit d'une seule jointure; celles-ci peuvent survenir chez des sujets jeunes et évoluer sans troubles fonctionnels bira accusés. Telle est sans doute la forme qui donne Heu aux corps étrangers solitaires.
Mais telles ne sont pas encore les seules causes qui produisent les corps libres d'origine osseuse. A côté des faits précédents, il en est d'autres, peu connus, obscurs dans leur signification, rares, il est vrai, et que pour notre compte nous n'avons jamais observés. L'exemple le plus curieux en ce genre a été rapporté par Weischselbaum '. Chez un jeune soldat mort de dysenterie à l'âge de 20 ans ; il rencontra dans chaque articulation du coude un corps étranger ostéo-cartila-
' Weischselbaum, Aeoh. dt Virehow, l. LVH.
gineux. Chacun d'eux était de forme, de volume identiques et très symétriquement placé ; ils étaient logés dans une cavité creusée aux dépens de la tète du radius, occupant l'un et l'autre le rebord de la cupule qui contme à la petite cavité Bigmoïde. Leur surface libre était recouverte par une couche de cartilage présentant tous les caractères du cartilage diarthrodial, tandis que la lace opposée, en rapport avec la logelte creusée dans le radius, montrait un revêtement fibreux, puis du cartilage hyalin et une sorte de tissu ostéoïde. Avec l'auteur, il est impossible de songer ici à des corps traumatiques ou d'origine capsulaire. Leur symétrie et leur ressemblance parfaites, leur structure impliquent plutôt l'élimination spontanée de segments comprenant à la fois du cartilage et une parcelle d'os attenant. Ce fait et quelques autres semblables conduisent à admettre un troisième mode de formation des corps ostéo-cartilagineux pathologiques. Ceux-ci seraient alors produits par une affection osseuse, sourde, silencieuse, locahsée en un point des épiphyses e£ d'essence inconnue encore; ils se rencontrent chesdes individus relativement jeunes et résultent de la séquestration de fragments ostéo-cartilagineux, parfois en des points symétriques de deux jointures homologues et saines par ailleurs. Tantôt ces arthrophytes restent logés dans la cavité qu'ils ont créée en s'isolant, tantôt ils deviennent libres dSins l'article. Ultérieurement ils peuvent subir au niveau de leur face osseuse des modifleations régressives qui aboutissent à la production d'un revêtement cartilagineux et apparaissent constitués alors par un noyau osseux central, complètement entouré de cartilage. Leur structure ne diffère en rien de celle des corps traumatiques.
La vitalité des corps étrangers articulaires constitue une question intéressante, mais encore litigieuse; soulevée depuis longtemps déjà, elle a reçu des solutions diverses.
Si, dans l'espèce, on doit seulement entendre par vitalité la propriété de conserver la forme des cléments anatomiquee, il
faut reconnaître que tous les auteurs sont unanimes pour accorder cet attribut aux arthrophytes. Ainsi que le fait remarquer M. Poucet, lorsqu'on examine ceux qui ont séjourné depuis plusieurs mois dans une jointure, on ne constate jamais les traces de mortification, de décomposition. Plongés dans une cavité close, au milieu de sucs qui leur servent de suhstratum nutritif, les éléments dont se composent ces fragments trouvent encore les conditions propres à maintenir la vie et conservent leurs caractères objectifs. Les cellules, par exemple, montrent leurs contours distincts, leur noyau apparent, leurs réactions vis-à-vis des agents colorants; elles se comportent, en un mot, comme des cellules vivantes.
Mais si à cette vitalité rudimentaire on veut ajouter l'ensemble des propriétés inhérentes à la substance organisée jusques et y compris la faculté de proliférer, de s'accroître, de se modifier, alors les avis divergent.
James Russell ' pensait que les corps articulaires continuent à s'accroître à l'état libre. Cooper*, au contraire, rejette complètement cette opinion. Recklinghausen^, se basant suf l'examen d'un cas soumis à son obser\'ation, accepte la possibilité d'un accroissement, et Virchow n'est pas éloigné de l'admettre. Après avoir judicieusement rappelé que, parle fait de la conglomération, plusieurs petits corps peuvent se réunir en une masse unique, ce qui donne alors l'impression d'une croissance rapide, Virchow ajoute : » On ne peut, théoriquement, rien opposer à la possibilité de la persistance dans les cartilages et les os détachés au moins d'une vitalité minima, si ce n'est plus active : non seulement ils puisent dans la synovie certains sucs qui suffisent à leur nutrition, mais ils peuvent aussi s'accroître*. * Cette hypothèse parait jouir de quelque crédit en Allemagne. Gutsch et Schede', à
' James RuaiELL, Diseases of the joints, 1817, p, G8.
' CoopEB, Diseasta of tbe joints, 1807, p. 34.
' Regklinghausen, De corporibas libeHs ariiculorum, 1864.
* ViHCHOw, Traité des tamaurs, t. I, p. 159.
' Gutsch et Schede, Arch. de L/'ngenbeek, 1880, p. 945.
propos d"un arthrophyle volumineux, écrivent en effet : t Ce corps en forme de banc de corail a certainement continué à végéter dans l'intérieur de l'articulation. »
En France, ces idées ne semblent pas avoir cours, et, si on accepte pour les corps flottants une vitalité minima, latente (OUier, Panas), on n'élargit pas le cycle de leur activité jusqu'à l'éventualité d'un accroissement par processus formateur. M. Poncet a naguère discuté la question et formulé dans ce sens des conclusions précises : « L'étude histologique des éléments cellulaires des corps flottants, quelle que soit leur origine, ne permet pas, dit-il, d'admettre un mouvement de prolifération. Si l'on peut accepter, au minimum, une conservation prolongée des tissus fibreux, osseux, cartilagineux, tout tend à prouver une résorption lente, mais graduelle, des arthrophytes. Rien n'autorise à les considérer comme soumis à un véritable accroissement par prolifération ' . »
Nos observations personnelles nous conduisent à prendre un moyen terme entre ces afiirmations divergentes et à penser que si l'on doit admettre la prédominance des phénomènes, non pas de résorption pure et simple, mais de régression, il faut aussi faire une part aux processus actifs, à la prolifération. Sans assimiler le corps étranger à un parasite vivant et végétant dans une articulation, on ne peut cependant lui dénier un certain degré d'activité positive ; il ne se borne pas à résister aux causes de mortification, il est capable de modifier sa structure, de changer sa forme première, de transformer ses éléments composants et quelquefois les multiplier. Une telle manière de voir est facile à justifier et, parmi les faits examinés, les observations I et II serviront de témoignage.
Dans ces deux cas, il s'agissait de corps libres dépourvus de toute attache avec la circulation générale. L'un était un fragment ostéo - cartilagineux détaché du condyle fénjoral par le traumatisme, l'autre un corps étranger osseux pathologique. Tous deux ont offert ce caractère commun et remarquable : la transformation progressive de leurs parties cons-
' Poncet, Pevae de cbirargie, tSSÏ, p. 819,
CM . A. rouirr st l
tiluanles, os et moelle, enuntissunouvesfn, le cartilage. Noug avons décrit ailleurs les étapes de ce processus et signalé comment, dans le corps Iraumatique, les trabécules osseuses se résolvaient en cartilage pendant que les espaces médullaires se comblaient par un revêtement cartilagineux complet; dans le second cas, le même travail il avait transformé un corps étranger exclusivement osseux à son origine en un corps osléo-cartilagineux. Évidemment, an point de vue de leur signification, ces phénomènes traduisent avant tout un processus régressif, l'os faisant retour à la phase embryonnaire de son développement. Mais il est nécessaire d'ajouter que ce cartilage néoformé ne reste pas toujours indifférent; il peut proliférer, s'accroître. Nous avons manifestement vu ses cellules se multiplier par division du noyau, des capsules mères se former, une prolifération évidente s'effectuer. Le fait était particulièrement visible dans les portions périphériques du revêtement cartilagineux qui, sur le corps traumatique, s'était produit au point où l'os avait été séparé du condyle. Cette prolifération est nécessaire pour expliquer le changement subi par cette face du corps étranger qui, primitivement irrcgulière et anfractueuse comme toute plaie osseuse, présentait, au moment de l'examen, des contours mousses, mamelonnés, tubéreux. Elle explique encore les modifications du corps pathologique qui, originellement osseux, montrait une coque cartilagineuse continue, formée de bourgeons irréguliers, plus ou moins saillants.
Il nous a paru que ces remaniements ne s'étaient pas opérés sans déterminer un léger accroissement dans le volume du corps étranger. En comparant l'épaisseur d'une trabécule encore intacte à celle d'une trabécule en voie de régression cartilagineuse, on voit que cette dernière s'est étalée, élargie par le fait même; les éléments cellulaires, tassés et condensés sous un mince volume dans la trabécule osseuse calcifiée, se séparent et s'étendent aisément dans la gangue plus moHe du cartilage. D'autre part, les vestiges des espaces médullaires préexistants y sont bien plus écartés les uns des autres, comme refoulés par une pression excentrique. Et ces
conditions, jointes aux indices de la prolifération, paraissent de nature à provoquer une augmentation dans le volume primitif.
A défaut d'autres preuves la réalité d'une activité formatrice serait encore démontrée par les phénomènes de cicatrisation qui se sont produits au niveau des déchirures superficielles ou profondes constatées dans le cartilage diarthrodial dû corps traumatique. En ces points, les pertes de sul>stance sont comblées par un cartilage nouveau, sorte de cal, à la formation duquel les éléments du cartilage ancien contribuent d'une manière exclusive. Au voisinage des déchirures, en effet, ce dernier montre des capsules arrondies, énormes, à contenu très proliféré, remplies de 12 à 20 noyaux vivemeat colorés. Ces capsules atteignent progressivement les bords de la piaie cartilagineuse, se rompent et vident leur contenu nucléaire qui devient le point de départ de la réparation '.
Si la prolifération des éléments cartilagineux n'est pas douteuse dans les cas envisagés, notre pensée n'est pas cependant que ce processus puisse prendre un caractère dominant et produire un accroissement continu, progressif du volume des artlirophjies. Nous avons voulu simplement établir la réalité du fait et nous ajoutons qu'il se manifeste dans des limites restreintes, seulement dans les portions périphériques du corps étranger.
Ces phénomènes divers ne sauraient surprendre et se conçoivent aisément par les seules ressources de l'imbibition. Mais ce mode rudimentaire de nutrition ne peut s'opérer avec efficacité sur une grande épaisseur de tissu ; il actionne seulement les couches extérieures, expliquant ainsi pourquoi.
< Dans QU travail récent, Gies {Dealacb. ZeHacbr. f- Chiratgie, 1883) a cru devoir conclure de ses eipériences : 1* que les plaies puremeat cartilagineuses el parfertemeot asfpHqnes ne ftrérîasent Janain et restent ea l'état ; 2- qae «ama ks plaiu aapUquea M c4»n*ir« les culilagM lésé» se tépireoi tnma mamèrs paiféUe. Or, d«iia b corps étranger qas nous avons observé lu dichirares du cartilage diarthrodial préseotaienl une réparattOD manifeste, les flssTins étHfeitt combHerpsrmi llssn oartitagmeax <<« aouvelle rermation sans ^n n'A néoMMltei dt blra inUcratir Isa mieii>«r7aiÙFMB on. la ithotM.
dans ces deux corps libres, les modifications précédentes n'atteignaient pas les parties centrïJes. D'autre part, l'imbibition implique l'idée d'une nutrition lente, limitée, parcimonieuse, et cette dernière condition oblige à penser que les phénomènes d'activité formatrice, lorsqu'ils se produisent, sont toiyours restreints et insuffisants à déterminer l'accroissement continu du corps étranger.
En résumé, les corps étrangers libres, séparés de la circulation générale ne sont pas fatalement voués à la mort. Il leur reste un moyen de vivre, l'imbibition. Ils vivent, en effet, peuvent modifier leur structure, substituer un tissu à un autre et changer, mais à un faible degré, leur forme première. Ces modifications aboutiront nécessairement à la production d'éléments susceptibles de se nourrir par imbibition, et le cartilage est de ce nombre. C'est ainsi que les tissus partis du cartilage (os) reviennent au cartilage et peuvent dès lors, non seulement persister, mais encore végéter sous cette nouvelle forme. De là une légère augmentation possible dans le volume des corps ostéo-cartilagineux, toujours assez limitée parce que l'imbibition et la vitalité des cellules ne sont pas inépuisables. La calcification observée si fréquemment dans les portions cartilagineuses de ces corps libres ne semble pas avoir d'autre cause que la mise en liberté du calcaire qui infiltrait les Irabécules atteintes par la régression. Les sels terreux ainsi rendus disponibles ne peuvent être résorbés, restent sur place et se déposent dans la substance fondamentale du nouveau tissu qui s'est substitué au tissu ancien.
Lorsqu'il s'agit de corps étrangers pédicules et rattachés aux parties voisines par un lien vasculaire, la vitalité ne saurait être mise en doute ; le sang pénètre'jusqu'aux limites de l'arthrophyte et l'on peut observer dans ce dernier certaines transformations, différentes toutefois des précédentes. L'os tend encore à disparaître, mais il ne se résout plus en cartilage. Il ne revient pas à l'état embryonnaire comme dans l'arthrophyte vivant par imbibition, il se détruit suivant les procédés habituels qui déterminent la raréfaction du tissu osseux : corrosion lacunaire, péricorpusculaire, fonte fibreuse directe.
CONTRIBUTION A L'ÊTUDB DEi CORPS OBIKUX DU ARTICDUTIOm. B77
Ce processus ne se limite pas à un point du corpa étranger, il se rencontre partout, au centre comme à la périphérie, et son résultat est la formation du tissu fibreux. Les débris de cartilage que le corps étranger porte souvent à la surface subissent un sort identique ; ses éléments évoluent pour devenir tissu fibreux. La moelle seule seiûble rester indifférente. Le terme ultime de ce processus serait, sans doute, la transformation fibreuse totale, et, par suite, la diminution de volume du corps étranger. Rien n'est étrange dans les modifications dont ces arthrophytés pédicules sont le siège ; ils se nourrissent comme un segment quelconque du squelette, conséijuerament ils s'altèrent suivant un mode identique, à l'intensité prés. Le caractère particulier de ces transformations ne saurait, en effet, reconnaître d'autre cause que les conditions diiïérentes du mode de nutrition, et la preuve en est donnée parles corps étrangers expérimentaux. Ces petits fragments ûstéo-cartilagineux avaient contracté des adhérences intimes avec la synoviale et, à travers cette soudure, recevaient des vaisseaux qui assuraient leur nutrition. Dans ces conditions, les trabécules osseuses et lé cartilage diarthrodial présentaient encore et uniquement une transformation plus ou moins accentuée en tissu fibreux.
A.U6si, interprétant les faits que nous avons étudiés sans leur accorder toutefois une valeur trop générale, nous croyons pouvoir dire : Les corps étrangers articulaires subissent des modifications bien différentes suivant qu'ils sont libres ou appendas à an pédicule vasculaire.
Litres et vivant par imbibition, ils opèrent dans leurstruor ture des transformations qui aboutissent à la productioa d'un^ tissu susceptible de vivre par imbibition, le cartilage. Un corps purement osseux pourra donc ultérieurement devenir osléo-cartilagineux.
Pédicules et vivant à la manière de l'os normal, Us substituent le tissu fibreux au tissu osseux ou cartilagineux qui les constitue.
Dans le premier cas , il s'agit avant tout d'un processuséminemment régressif qui ramène l'os à son état cartilfl^--
neux ; mais ce cartilage peut proliférer et accroître légèrement le volume du corps étranger. Dans le second cas, c'est un processus destructeur, plutôt actif que passif, qiii entame l'os, le transforme en tissu fibroïde et tend à réduire le volume du corps étranger.
Quel serait le terme ultime de ces diverses évolutions? Rien encore n'autorise à l'établir.
CONCLUSIONS
1" Les corps étrangers osseux ou ostéo-carlilagineux des articulations proviennent des têtes osseuses et appartiennent à l'une des quatre variétés suivantes :
a. Les corps d'origine traumatique.
b. Les corps dérivés des ostéophyles péri-diarthrodiaux.
c. Les corps qui se développent dans l'épaisseur et aus dépens du cartilage diarthrodial.
d. Les corps produits par la séquestration d'un fragment des têtes articulaires.
2* L'arthrite sèche ou déformante réalise les conditions les plus favorables à la production des corps étrangers pathologiques, et ceux-ci doivent être considérés comme une manifestation partielle de cette affection. Mais, à côté de l'arthrite déformante vulgaire, il est une variété qui peut se montrer sur des sujets jeunes, se limiter à une seule articulation et à un point localisé de cette dernière. Enfin il existe une maladie indéterminée, à marche insidieuse, qui provoque l'élimination de fragments plus ou moins volumineux des têtes osseuses. Dans ce cas les corps étrangers qui en résultent peuvent être symétriquement placés dans deux jointures homologues.
3" Tout corps étranger osseux peut présenter des modifications ultérieures dans sa forme et sa structure ; ces modifications varient suivant qu'il est libre ou pédicule.
KTUDE DES C0BP3 088EUI DES ABTCCULATIONH. 299
Les corps étrangers osseux pédicules tendent à la transformation fibreuse. Les corps osseux libres subissent à leur périphérie, la régression cartilagineuse des trabécules et de la moelle. Par suite, un corps exclusivement osseux à son origine peut devenir ostéo-cartilagineux. Le cartilage nouveau peut proliférer : de là des changements possibles dans la forme et peut-être le volume.
i' Ces transformations diverses expliquent, pour une large part, la morphologie si variable des arthrophytes dérivés des têtes articulaires.