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CONTRIBUTION A L'ANÂTOMIE PATHOLOGIQUE DU CHOLÉRA ASIATIQUE

Par MM.

A. KELSCH, ET li. VAILL\RD,

Professeur au Val-de-Grâca. | Professeur agrégé au Val-da-Gràce.

(Planche XIII) Laboratoire d'histologie du Val-de-GrJce.

Les travaux qui ont paru jusqu'aujourd'hui sur la dernière épidémie de choléra ont eu surtout pour objet de vérifier les récentes découvertes de M . le D' Koch au sujet de cette affection. Entraînés par le mouvement qui depuis plusieurs années pousse vers la recherche des causes premières des maladies épidémiques, les médecins se sont mis de tous côtés à l'œuvre pour contrôler les résultats du savant allemand, et pour en déduire, s'il était possible des applications pratiques ,

Noire expérience et notre autorité en pareille matière ne sont pas assez grandes pour que nous ayons osé aborder spécialement des investigations si délicates et si décevantes. Nous avons pensé que les études anatomo-pathologiques, un peu négligées au milieu de ces préoccupations exclusives, n'en conserveraient pas moins leur intérêt et leur signification, lors même que l'authenticité du nouveau bacille serait définitivement reconnue.

C'est dans cette conviction que nous avons réuni tous les

.\mCH. de PHV=<., 3> 9ËB1E. — V Ti

matériaux fournis par le service des cholériques du Val-de- Gi'âce, el c'est leur mise en œuvre qui est l'objet de ce mémoire. Les documents qui lui servent de base proviennent de huit autopsies que nous avons eu l'occasion de pratiquer au cours de l'épidémie. Parmi les désordres que nous avons relevés, ceux de l'intestin se sont particulièrement imposés à l'étude par leur constance et leur gravité ; à ce titre, ils occuperont la plus large place dans le» descriptions qui vont suivre. Signalés avec insistance par tous les anciens observateurs, ils ont été également, dans l'épidémie actuelle, l'objet d'une attention spéciale de la part de M. Koch' et de M. Strauss*, Mais le premier, visant un autre objet, se borne à en faire une mention très succincte ; quant au second, il n'a eu affaire, comme l'un de nous en 1873 \ qu'à des lésions initiales, se résumant dans une entérite plus ou moins diffuse.

Les faits que nous avons analysés ont montré des altérations très variées dans leur degré, mais souvent graves, profondes, intéressant à la fois les différentes tuniques et les différents tissus de l'intestin, particulièrement les vaisseaux, altérations qui par leurs caractères doivent être comprises parmi celles que Weigert a décrites sous le nom de nécrose de coagulation.

DES LÉSIONS DB l'intestin

Les altérations macroscopiques et histologiques que nous avons observées dans l'intestin se rapportent aux différentes phases d'un processus qui, dans ses traits essentiels, peut être défini une entérite initiale, suivie d'Une nécrose plus ou moins étendue de la muqueuse.

Nous commencerons cette démonstration par l'exposé succinct des faits, que nous ferons suivre d'une description géné-

' Bct'tiner kJinlsehc WocheniehHftt, n* 81; ' Arebiye» de pbjrsiologie, 1884.

' flceuc// de mildcciae militaire, 18T4.

mie présentant dana leur ensemble et leur enchaînement les données fournies par l'analyse defe cas particuliers. Pour mettre en évidence dans cette exposition l'évolution graduelle des désordres anatomîques, nous avons rangé ces observations en trois groupes, offrant successivement des exemples de lésions légères, moyennes et graves.

1° Ahôrntions légères.

Les deux observations qui s'y rapportent concernent un cas foudroyant, et un autre terminé au 9° jour. De la réunion dans ce g^oupe de faits si dissemblables, quant à la marche clinique, il est permis d'inférer que le degré des lésions n'est pas toujours en rapport avec la durée de l'affection.

OBSKnVAiiON I. — Godin. Cas foudroyant. Invasion brneqne dans la nuit du 12 au 18 novembre. Mort )e 13 à 6 heures du mBiifl. NI selles, ni vomissemeuts.

Autopsie (2 heures après la mort). — Poumons sains. Cœur graisseux ; ventricule gauche eu systole, sang noir et poisseux. RéplëtioD de tout le tube digestif pai- des matières riziformes. Intégrité remarquable de la muqueuse du tractus intestinal. A peiae existe-t-il dans l'iléum un peu de psoreutèrie et une saillie légère des plaques de Pejer,

Foie. — Dimiaud de volume. Poids =::^ 1,1^ grammes.

ReittB. -^ Cyanoses. Poids = 240 grammes. La vessie rétraoté« contient quelques grammes d'un liquide laiteux, rich« ta lentoDyte* et eD spermatozoïdes.

Bâte. — Petite, sèche.

Examen hialohgiqno du tube digestif, lolestin grêle. — Les nombreuses coupes pratiqilées sat dlfférenla segmeuts diontrent das lésions partout identiques el toujours supnndvllvB. Lm muqa«as«, dans toute son époisMur, «et inâllrée d'éléments embryonnaires vivement colorés. Les vaieseaux eapillures at pré-o«pi!laires qui la sillonnent sont légèrement hyperémiés, souvent encombrés de leucocytes qui, çà et là, se conglomèrent en petits amas rouges fpîcro-carmin), presque homogènes, adhérents à la paroi du vaisseau. Le revêtement épithélial de la muqueuse est tantdt en place, tantôt desquamé, surtout à la surface des plaques de Payer; dans les points où il persiste, les éléments cellulaires qui le constituent sont «D général bien conservés dans leur forme, pourvus de leur bourfelet basai el de leur noyau; Toutefois ils semblent un peu grélssf et le

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nombre des cellules oaliciformes est moias considérable qu'à l'étal normal.

La BOue-muqueuse bst exempte de toute altération', les lymphatiques cependant sont bourrés de leucocytes, et les veines en contiennent aussi une grande quantité; quelques-unes même ne renrer ment que des globules blancs.

Dans le duodénum, la desquamation épithéliale est plus complète que dans l'iléum. Toutes les villosilés sont dépourvues de leur tement, mais en revancbe, le tissu adénoïde de la muqueuse est ] inliltré de globules blancs. Les vaisseaux sont aormaux. La muqueuse est absolument intacte.

Gros intestin. — I^ desquamation complète de t'épithélium superficiel et une légère infiltration de leucocytes dans le tissu interglandulaire sont les seules apparences morbides que l'on y relève. Toutes les cellules qui tapissent les dépres^ons glandulaires sont bien servées et chargées de mucus.

Estomac. — Cet organe, à part la disparition de son revêtement épithélial et l'ieiiltration assez abondante des couches superficielles de la muqueuse par des jeunes cellules bien colorées, ne présente signaler.

L'examen hislologique des matières riziformes contenues dan testin montre des cellules épithélia le s presque toujours intactes, tantôt dissociées, tantôt réunies en lambeaux plus ou moins étendus, des globules rouges, des leucocytes, des éléments niicléaires, ou du moins des petits corps sphériques ayant à peu près les dimensions des noyaux et, enDn, des granulations de toutes dimensions. Ces divers êlémenla nagent dans un liquide qui ne présente aucun des caractères hisloobimiques du mucus.

Obs. II. — Cherpitel. Cas prolongé, caractérisé par un état typhoïde avec hypothermie croissante; évacuations alvines et vomissemeals relativement rares (S à 4 selles par 21 heures). Epistaxis incoercible la veille de la mort qui survient au neuvième jour.

Aatopsie (2 heures après la mort). — Cadavre encore chaud. Lividité à la partie postérieure du tronc et des membres. Taches ecchfmotiques dans la sclérotique.

Thorax. Poumons. — Dans les régions postéro-ioférieures des deuK poumons existent des noyaux d'hépatisation catarrhale qui apparaissent sous la plèvre comme des taches diffuses, d'un bleu violacé; les plus petits de ces noyaux sont cunéiformes, à base sous-pleurale.

Cœur. — Poids = 365 grammes. Parois épaissies, cavités dilatées et à peu près vides.

PATHOLOGIQUE DU CHOLÉRA ASIATIOUK. SKi

Le sang qui s'écoule des gros vaisseaux est foncé, Doirfitre, exempt de caillots et médiocemeiit poisBOUX.

Abdomen. — Péritoine lisse, luisant, nullement poisseux. L'iléum présente extérieurement une tcinle rosée due à une fine arborisation vasculaire.

Estomac. — Contient une grande quantité de bile visqueuse. La muqueuse est épaissie, fortement plissée, d'une teinte rouge uniforme, sombre et noirâtre par place.

Intestin. — L'intestin grêle et le gros intestin renferment une quantité considérable de bile épaisse, pflteuse, vert foncé, ti-ès adhérente à la muqueuse.

Dans la moitié supérieure de l'intestin grêle, la muqueuse est recouverte de plaques congestives surtout marquées au sommet des valvules qui présentent, en outre, un pointillé ecchymotique. Vers l'extrémité inférieure, la muqueuse prend une teinte rouge sombre livide; il y «xiste une psorenférie conQuenle et des plaques de Peyer eailtantes, gaufrées, d'un rouge sombre, ecchymotique, I« cœcum offre la même coloration, avec des follicules hypertrophiés et quelque peu ombiliqués à leur centre.

Dans le gros intestin, congestion irrégulière avec pointillé eccbymo-

Foie. — Poids ^ 2''»,050. Parenchyme gorgé de sang et d'une teinte rouge brun uniforme. Acini effacés.

Reins. — Poids = 470 grammes. Teinte rose lilas pâle de la surface sur laquelle tranchent des étoiles veineuses très injectées. L'écoroe, d'une coloration cyanolique, n'est pas sensiblement épaissie. Pyramides fortement hyperêmiées; vasa recta très apparents. Injection vive de la muqueuse des calices et des bassinetii, avec plaques ecchymo tiques.

La vessie est distendue par 400 grammes d'urine couleur de bouillon. A la base du trigoiie, la muqueuse présente une plaque hémorrhagiquo saillante, de la dimension d'une lentille et surmoolée au centre d'une petite eschare grisâtre.

Rate. — Poids ;= 170 grammes. Tissu ferme; teinte rouge lie de

Examen bistologique au tube digestif.

L'inteslin gi'ële, à part les altérations mentionnées ci-dessus, ne présente aucune lésion spéciale. Tout au plus y a-t-il un peu de surabondance de cellules lymphatiques dans le stroma interglandulaire.

Dans le gros intestin, rinGItration leucocytique de la muqueuse est plus compacte et les glandes sont plus dissociées ; le revêtement épithélial abonde en cellules caliciformes. I^es vaisseaux sont simplement hyperémiés. Dans la sous-muqueuse, tontefois, il y a lieu de mon-

SW A. KELSCH ET L. VAIÏ-tABO.

(ionner l'sltératioa partielle des parois de certains vaitssesux, et, à ce niveau, l'effusion de sang dans le voisinage. Les faieoeaiix oonjonc' tifs, d'ailleurs intacts, y sont séparés par une quantité assez aboD> dante de fibrine granuleuse et fibrillairo.

En résumé, bien que très distincts par leur durée, les deux faits qui précèdent se confondent par les lésions intestinales. Sans doute l'intense congestion de l'iléum de Cherpitel témoigne d'une évolution plus longue ; mais l'analyse histologique révèle de part et d'autre des altérations élémentaires très semblables : la desquamation de l'épithélium superficiel, l'infiltration du stroma de la muqueuse par des leucocytes, l'hypertrophie des follicules clos et agrainés, la réplétion plus ou moins marquée des vaisseaux, les thrombus naissant dans le cas de Godin, enfin des ébauches d'altération des parois vasculaires avec effusion de sang et de lymphe dans celui de Cherpitel.

Ces différants désordres sont consignés dans toutes les descriptions histologiques connues de l'intestin cholérique, à l'exception toutefois de ceux qui se rapportent aux vaisseaux : les thrombus et les altérations pariétales de ces derniers, i peine dessinés ici, occuperont une place importante au milieu des lésions complexes que noua présenteront les fait suivants.

2° Altérations moyennes.

OwB. III. — Guivarche. 25 ans. Après quatre jours de diarrhée légère, est pris des symptômes caractéristiques du choléra. État typhoïde avec hypothermie. Selles et vomissements très rares. Mort le cinquième our après le début de l'attaque confirmée.

Autopsie (2 heures après la mort).

Cerveau. — Méninges fortement injectées ; teinte rose lilas sombre de la substance grise. Piqueté rouge coniluent sur la substance blanche.

Thorax. Poumons. — Pâleur dos deux organes dans les régions antérieures. Eu arrière, è droite et à gauche, quelques infarctus souspleuraux, d'un rouge sombre. L'un de ces infarctus est ferme et sa coupe présente un aspect linement granuleux semblable à celui de la pneumonie catarrhale. Le lobe inférieur de chaque cdté est parsemé de noyaux de pneumonie catarrhale, qui tranchent par leur coloration

E PATHtlI,OaiQUE DU CHOLÉHA ASIATIQUE. SW

rouge sombra sur 1b leinla pAle ambiante. Vers ]«s parlias poatérieures, eaa noyaux deviennent trèe ooailuents et Be fusionnent en hépatiaatton oatairhale difluse.

Cœar. — Poids =: 260 grammes. En diastole. Dana le coeur droit, énorme caillot fibrino-craorique baigne par une sérosité rougeâlre, visqueuse; un caillot semblable existe dans l'oreillette gauche. Les cavités sont dilatées et les parois ilasques; le muscle est d'une coloralion foncée, légèrement cyanotique.

Abdomen. — Estotnac rétracté, petit, bilobé. Contient quelques guillerôes de bile verdûtra at mousseuse. Les plis de la muqueuae sont fortement dessinés et d'une coloration rouge lie de vin, tandis qup dans l'iulervalle la muqueuse reste pâle au rosée.

Duodénum. — Gorgé de bile ; muqueuse en apparence normale, sans injection.

Intestin. — Tout le tube intestinal est rempli de bile épaisse, vardStre, inodore dans les parties supérieures, maie d'odeur fécaloïde dans le gros intestin. La consistance de ce liquide augmente au fur et à mesure qu'on se rapproche du rectum ; il adhère fortement à la muqueuse, dont il ne se détache que bous un lîlet d'eau énergique. A part une légère injeclion rosée de In muqueuse, alternant avec des plaques de congestion plus vive, l'intestin ne présente rien de particulier h relever.

Foie. ~- Poidq =^ l,'70O grammes. Surface liase; teinte oyanotique géaérnle; acini psu distincts.

Beins. — Poids ^ 360 grammes. Parenchyme ferme; teinte cyanotique dot deux eubeiances, plus marquée dans les pyramides.

Rate. — Poids ^ ITO grammes. Parenchyme ferme, rouge lie de Tin.

Examen histologiqae du tube digestif.

Intealin grêle. — La muqueuse, à part un peu d'Infiltration leueocyUque dans le tissu adénoïde, n'offre aucune altération spéciale.

La sous-muqueuse, au contraire, est le siège de modifications bornées nu système vasculaire, qui s'observent à des degrés variables sur la plupart des vaisseaux et sur presque toute la longueur da l'intestin, plus particulièrement dans le duodénum. Les plus petits

d'entre eux, capillaires et pré-eapillair

d'une substance amorphe, homogènel

rougeâtre, représentant les globules i

une masse commune; en quelques poin

chée hors des vaisseaux et a diffusé dans le tissu ambianL Certain

ces petits canaux laissent voir, en outre, un épaississemenl nianifeste

et un commencement de vitrification de leur paroi.

en général remplis réfringente, hrunfltre ou brun 'ouges altérés et fusionnés en :ette substance s'est épan-

Ces modifloations du contenu et du contenant se retrouvent encore, et mdme avec plus de netteté, dans lea gros troncs ; ceux-ci eont généralement distendue par des hématioB agglomérées en une maase compacte, verdfltre ', opaque au milieu de laquelle il est ditftcile de distiaguer l'individualité des globules (aspect insolite dans les préparatiaas qui n'ont passé que par l'alcool).

La tunique interne de ces vaisseaux est souvent vitreuse et vivement carminée. Parfois, surtout dans les artères d'un certain calibre, la dégénérescence s'étend à la tunique moyenne qui s'épaissit, et dont les fibres lisses, tuméfiées, comme cireuses, sa dissocient sons l'actioa du rasoir; dans les veines, la vitrification intéresse fréquemment les trois tuniques; mais, quelque étendue qu'elle soit en épaisseur, elle ne comprend jamais qu'un segment de ces vaisseaux. 11 n'est pas rtre alors de voir à leur intérieur des amas de leucocytes, dont quelquesuns se conglomèrent pour former un thrombus pai'iétal, adhérent à cette portion altérée des parois.

Dans l'estomac existent des lésions très analogues, quoique moba accentuées.

Obb. IV. — Evrard. 30 ans. Choléra algide prolongé; selles el vomisBomenls relativement peu fréquents. Hypothermie persislanle jusqu'à la mort qui survient au commencement du septième jour.

Autopsie (16 heures après la mort).

Cerveau. — Méninges injectées. Parenchyme ferme, teinte sombre de la substance grise, piqueté rouge confluent dans la substance blanche.

Thorax. Poumons. — Les deux lobes supérieure droit et gauche sont un peu œdématiés à leur partie postérieure. Le lobe inférieur de chaque aùté est lourd, engoué, pénétré de petits noyaux pisiformes de pneumonie catarrhale, qui tranchent par leur coloration ecchymotiqne sur la teinte rose des parties ambiantes. Mucosités spumeuses dans les bronches dont la muqueuse est i^uge lie de vin, surtout dans les petits canaux.

Cœur. — Poids ^345 grammes. Sur la face postérieure de l'orgaae existe un pointillé bémorrhagique. Les cavités sont vides. Ventricule gauche contracté.

Le sang qui s'écoule des gros veisseaux afférents est noir, poisseux, sans caillots.

Abdomen. — Le péritoine est poisseux et les anses intestinales sont agglutinées par un enduit visqueux qui s'étire en fils transparents au

' Les pièce* qui font l'objet de cette deacHplion ont été Axies par l'alcool et non le liquida de Mulier.

'ATHOLOOIQUE DU CHOLKRA ASIATIQUE. 349

moment de la séparation. Injection rosée de la surface extérieure de rinleaiin grâle, aspect normal du gros intestin. Les ganglions mésentériques sont légèrement tuméfiés.

Le tube digestif, depuis l'estomoc jusqu'au gras intestin inclus, contient nne forte proportion d'une bile épaisse, verdàtre, très adhérente à la muqueuse. Celle-ci ne présente rien à signaler dans l'estomac ni dans la partie supérieure de l'intestin grSle. Mais vers le segment inférieur elle est notoirement injectée et ses replis sont parsemés, à leur sommet, de suffusions hémorrhagiques miliairea. Ce pointillé est surtout confluent au niveau des plaques de Pe;fer, qui présentent presque partout une teinte rouge noirâtre et sont légèrement en relief, exemptes cependant de pertes de substance. La dernière portion de l'iléum est couverte de follicules saillants, acuminés, entourés d'une zone congestive très vive, hémorrhagiés par places. La muqueuse du gros intestin est parsemée de taches hémorrhagiques du diamètre d'une lentille à celui d'une pièce de 50 centimes.

Foie. — Poids = 1,830 grammes. Surface lisse. Parenchyme sec; leH acîni sont fins et peu distincts les uns des autres. Vésicule distendue par une bile noire, huileuse.

Rate. — Poids ^ 120 grammes. Capsule flétrie. Parenchyme rouge, couleur de la chair musculaire.

Reins. Poids = 440 grammes. — Surface lisse et d'un rose pâle. Tuméfaction de l'écorce qui contraste par sa pâleur, sa coloration gris cendré avec la teinte cyanotique des pyramides.

Examen Iiistologique da lube digestif.

Gros intestin. — Coupes intéressant une plaque hémorrhagique.

a. Muqueuse. — L'examen histologiqua y fait relever les altérations suivantes :

1° La raréfaction excessive des glandes. Les cuts-de-sac qui persistent encore çà et là sont revêtus soit d'un épithélium caliciforme, soit d'éléments atrophiés, déformés et souvent fusionnés entre eux.

t" Un épais si ssement considérable du stroma. Il provient en partie d'une infiltration de leucocytes mal colorés, parfois granuleux, le plus souvent toutefois pourvus d'un noyau distinct, en partie aussi de l'infîltration diffuse de globules rouges dans toute l'épaisseur de la tunique ; tantôt les hématies sont clairsemées, mélangées en proportions à peu près égales avec les leucocytes, tantôt elles forment de vrais foyers hémorrhagiques; enfin, il existe des territoires assez étendus où le sang épanché est si abondant que les globules rouges, fortement pressa, masquent les éléments propres do la muqueuse.

3» Une réplétion, une distension générale de tous les vaisseaux de la muqueuse jusqu'aux capillaires les plus ténus, ceux mêmes dont

SSU A. EELSQH KT L. VAILlL&Hb.

le oalibre ne dépaasa pas le diamèti*e d'na ^obols rouge. La contenu des capillairee et de» vaisseaux pr6-oapillaipes est ooaatitué par une masse homogène, réfringtinte, Jaune bninfltre ou rougattre; on dirait que lee globules rongea fluidiSés se sont fondua en una sorte de ooulae gélatineuse imprégnée par rbëmoglobine ou ses dérivés. Dans les vaisseaiix plus gros, le sang a subi la même altération, aveo cette difTérenoe, toatetbis, que le bouolion hématique est parfois brusquemei)t interrompu sur une partie de eon parcours par un thrombus pariétal ou oentral, formé de leucocytes agglomérés, gi-anulenx et viir»> raent imprégnés par te carmin.

b. Sous-ionqueuse. — Les altératioDs de la sous - muqueuse son! exactement semblables à celles de la tunique précédente, toutefois les hémoiThagies y sont moins abondantes et restent strictement liinitées au pourtour immédiat des vaisseaux, La réplétion de ceux-ci et, chose insolite, surtout des artères, est aussi complète at aussi générale que dans la muqueuse. Ici comme là, le bouchon qui distend et obstrue le vaissean est souvent formé de deux parties : l'une hématique, d'un rouge brun, l'autre leucoeytique, coloré par le carmin. Dans la plupart des artérioles, les parois sont épaissies et les tuniques fuaionncei en une sorte d'anneau homogène, non ?itreux, où il est impossible de dielinguer les parties élémentaires.

Les faisceaux conjonctifs ont conservé leurs caractères hieto-cbimiques normaux ; ils paraissent toutefois un peu dissociés par une exsudation flbrineuse et leucoeytique dans les territoires où les vaisseaux présentent leur maximum d'altération.

Dans les follicules cloe, les vaisseaux montrent des lésions semblables à celles qui ont été signalées à propos de la muqueuse, et les hémorrbagies n'y sont pas rares.

Intestin grêle. — Les coupes enlevées à des hauteurs variables présentent des altérations identiques aux précédentes quant au fond, différentes seulement par leur degré qui est moindre. Il en est de même du gros intestin en dehors des foyers bémorrhagiques.

Ons. V. — Blaoquet. 23 ans. Après doux jours de diarrhée prémonitoire, choléra algide terminé par un état typhoïde avec hypothermie. Selles et vomissements assez nombreux dans lee premiers jours ds la maladie. Mort au commencement du septième Jour.

Autopsie (16 heures après la mort).

Cervea'i. — Apparence normale.

Thorax. Poumons. — Dan» la partie supérieure du lobe inférieur gauche existent deux infarctus sous-pleuraux du volume d'une noisette ; l'un est rouge sombre dans toute son épaisseur, l'autre eet décoloré et diminué de consistance au centre. Oans les lobes infërieurt

ANATOMIE VATHOLOarQUE DU CHOLÉRA ASIATIQUE. SBI

droit «tgauchft, pneumonie cataiTlisU lobulaira très coafiuente, presque dilTuse a ^uehe.

Cœur. — Poids = 338 grammes. Volumineux, agrandi dans tous les sens, surtout'dans le sens Iransvetsal. Poinlillé ecchymotique sur tout le pourtour de la base du cœur gauche. Enorme caillot librineux irtriqué dans les colonnes charnues du cœur droit et se prolongeant dans l'artère pulmonaire. Caillot semblable dans le cœur gauche. Valvules

Le aang qui s'écoule des gros vaisseaux est noir, sans caillots.

Abdomen. — Péritoine visqueux, poisseux. Les anses intestinaloB sont lubrénées et agglutinées par un enduit de même nature.

Tabe dlgentif. — Tous les segmenta de l'intestin sont remplis d'une bile épaisse, très adhérente. La muqueuse de l'estomae est d'une teinte rouge sombre uniforme avec pointillé ecchymotique. Dans le duodénum et le jéjunum, épaississement des valvules oonniventes, injection de la muqueuse avec hémorrhagies mlllaires qui, dans les points les moins altérés, sont bornées au sommet des replis. Dans l'iléum, principalement vers la moitié inférieure, teinte rouge sombre presque uniforme avec nombreuses plaques noirfttres, manifestement hémorrhagiques ; quelques-unes de ces plaques sont eiculcârées en partie. Psorentérie de plus en plus conduente vers le cœoum; les follioules, outre leur saillie, présentent une teinte rouge vineux sombre.

Foie. — Poids = l^i.QSO. Ne présonte rien de particulier, si ce n'est l'effacement des granulations hépatiques et la teinte rouge sombra, unirorme. Vésicule distendue par une bile claire, presque incolore.

Baie. — Petite. Poids = 100 grammes. Parenchyme rouge brun, ferme et sec, contrastant avec l'iojection et la succulence de tous

Fteins. — Poids := 440 grammes. Surface d'apparence formais. A la coupe, teinle cyanotique générale, surtout marquée dans les pyramides. Léger épaississement de la substance corticale ; celle-ci est parsemée d'un pointillé gris très ftn, ressemblant à de petits grains de semoule. Vaisseaux inlerlobulairea tuigides.

Examen hietologique du tube digestif.

Gros intestin (colon descendant, colon transverse).

s. Muqueuse, — La muqueuse est conservée sur toute sa longueur, mais profondément altérée eu certains points, qui représentent autant de foyers de nécrose. A ce niveau, les glandes font défaut et ne sont plus figurées que par de rares culs-do-sac contenant soit des cellules épithéliales libres, parfois conglomérées entre elles, soit de la fibrine flbrillaire. I^e stroma est farci de leueoayteB qui, faiblement colorés

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d'une manière générale, le sont de moins en moins eu fur et à mesure que l'on se rapproche de la surface; leurs noyaux sont peu distincts ou manquent tout à fait. Dans la couche la plus Buperficielle^ ces éléments se fragmentent et forment une poussière plus ou inuins Une, réfractaire aux matières colorantes. Cette couche nécrosée, comparable au thrombus de Zahn, s'émiette et se désagrège en maint endroit; çà et là elle est recouverte d'un mince dépôt de fibrine fibrjllaire ou de petites pellicules dipbthéroïdes. Les vaisseaux du slroma sont tons gorgés de sang qui, par places, forme des amas bruns, opaques, presque homogènes. Les hé m orr h agios sont exceptionnelles. Dans quelques vaisseaux capillaires et pré-capillaires on rencontre des thrombus pariétaux naissants.

En dehors de ces foyers de nécrose, la muqueuse est beaucoup moins sltéréij. Les glandes conservent leur disposition normale et leur revêtement épithélial; elles sont simplement écartéee les unes des autres par l'accumulation de leucocytes dans le stroma. Ces leucocytes, ainsi que l'épiEhélium glandulaire, sont d'ailleurs bien colorés. Les vaisseaux sont turgescents, exempts d'oblitératiou, et les hémorrhagies font défaut.

b. Sous-tnuqoeose. — La sous -muqueuse, en certains points, est dissociée dans sa couche superficielle par des traînées de leucocytes. Ses vaisseaux sont gorgés de sang, qui présente ici^ comme dans la muqueuse, un aspect opaque, presque homogène. Cet engorgement s'observe non seulement dans les vaisseaux capillaires et veineux, mais aussi à des degrés variables dans beaucoup d'artères. Les parois de ces vaisseaux apparaissent, an outre, plus ou moins altérées : leurs différentes tuniques sont confondues en une couche finement granuleuse ou homogène, réfringente, même vitreuse, et, dans ce dernier cas, vivement colorée par le carmin. Cette lésion est ordinairement partielle; sur des coupes transversales elle n'intéresse qu'un segment de la circonférence du vaisseau, sur des coupes longitudinales elle est limitée à l'une des parois. Quelquefois, au niveau du point où les tuniques sont altérées, on voit les premières assises d'un thrombus leucocytique ; plus habituellement le sang s'épanche hors des vaisseaux BOUS forme d'une nappa d'hématies mélangées à de la fibrine réticulée ou granuleuse. Parfois encore, sans qu'il y ait hémorrhagie proprement dite, la matière colorante du sang s'est diffusée dans les parties pêrivasculaires, dont ta coloration brunûtre tranche sur la teinte rose des faisceaux conjonctifs. Ceux-ci sont souvent recouverts de légers dépôts de fibrine flbrillaire ou granuleuse.

Intestin grêle. Iléiim.

a. Muqueuse. — I-q muqueuse apparaît presque incolore, I^s glandes font défaut à peu près partout. Le stroma est infiltré de leucocytes pales, sans noyau, tantôt presque transparents, tantôt faiblement gra-

Duleux; vers la Burrace de la muqueuee, les leucocyteE ainsi modifiés 96 réduisent en un magma granuleux, incolore, qui se désagrège el s'élimine. IjOS vaisseaux sont gorgés de saug souvent transformé en coulées homogènes, verdfttres; çà et là des hématies libres formel des petits foyers hémorrhagiques auloui' des capillaires ou des vai: seaux d'un calibre un peu plus grand.

b. SouB-muquease. — La sous-muqueuse n'est pas sensiblemenl modifiée et ses faisceaux sont normalement colorés. Les vaisseaux, toutefois, sont notoirement lésés; ils sont gorgés de sang qui se rè p&nd à leur pourtour, et leurs parois indistinctes sont confondues en un anneau homogèue.

Une plaque de Peyer comprise dans la coupe prcsente, comme la muqueuse, tous les caractères de la nécrose : disparition du noyau et résistance aux matières colorantes des couches cellulaires profondes, désintégration granuleuse et élimination des couches superficielles. Toutefois il existe, par places, des agrégats cellulaires qui tranchent Bar le fond pâle ambiant par une vive coloration carminée. Les vaisseaux de la plnque sont tous injectés et quelques-uns sont entoui-és da petites nappes hémorrhagiques.

Les deux couches de la musculeuse paraissent altérées sur un grand nombre de points; elles sont très faiblement colorées et les faisceaux de fibres lisses y sont parfois confondus en une masse granuleuse qui n'est pas S!ins analogie avec les portions nécrosées de la muqueuse.

Bien que dans ces trois observations, la durée moyenne de l'évolution clinique ait été enti-e toutes la plus longue, les lésions intestinales n'y atteignent cependant pas leui- plus haut degré. Nous n'insisterons pas sur les caractères macroscopiques; le péritoine est plus ou moins poisseux, les anses intestinales d'une teinte rose ou rouge foncée, la cavité digestive occupée dans ses différents segments par une bile remarquablement épaisse et visqueuse; enfin la muqueuse présente une teinte rouge sombre ou pourpre répartie par plaques ou par territoires isolés, sauf dans l'extrémité inférieure de l'iléum où la teinte rouge noirâtre est à peu prés uniforme, parfois plus marquée au pourtour des follicules et au niveau des plaques.

A l'examen histologique, nous retrouvons ici le farcissement du stroma par des cellules migratrices ; mais à cette altération initiale s'ajoutent de nouvelles apparences morbides ; les leucocytes de la couche profonde de la muqueuse

conservent seuls des noyaux distincts et l'impressionnabilité aux matières colorantes ; dans la couche superficielle, ils sont déformés, privés de noyau et réfractaires au carmin et à l'hématoxyline, en un mot, leurs attributs sont ceux de la nécrose. Parfois toute l'épaisseur de la muqueuse présente cet aspect ; dés lors, les éléments cessent d'être distincts dans les portions superficielles, ils sont confondus en une masse granuleuse, griarltre, semblable à celle de l'eschare sèche ou du throrabus de Zahn : cette masse se désagrège et laisse des exulcérations superficielles qui échappent à l'œil nu, mais deviennent appréciables avec le moindre grossissement. Par suite de répaigsissement du stroma, les glandes sont dissociées, déviées de leur direction ou complètement éliminéee ; sur beaucoup de points elles sont réduites à l'état de simples culs-de-sac ou de fentes linéaires et étroites, contenant des cellules épithéliales vitreuses et parfois de la fibrine réticulée.

Les follicules lymphatiques isolés et agminés sont tuméfiés, surfout dans l'iléum ; dans les couches superficielles des plaques de Peyer, les cellules lymphatiques sont restées réfractaires à la matière colorante, conservées dans leur forme, ou réduites en une masse granuleuse homogène en voie de désagrégation.

Dans la douche superficielle de la sous-muqueuse, sont disséminées en quantité variable des cellules d'exsudation ; les faisceaux conjonctifs, sans être modifiés dans leur aspect propre, sont quelque peu dissociés, et recouverts çà et là d'un mince dépôt de fibrine fibrillaire ou granuleuse.

Reste â rappeler les altérations vasculaires. A peine ébauchées dans la série précédente, elles s'affirment et se caractérisent ici nettement, sans atteindre toutefois le degré ekcessif que nous leur trouverons dans les faits ultérieurs. Elles se rencontrent indifféremment dans la muqueuse et la sousmuqueuse, y intéressent les vaisseaux des différents ordres, et portent à la fois sur leurs parois et leur contenu. Les capillaires, les veines, et raônle certaines artères, sont distendus et remplis de sang. Les hématies, au lieu d'être distinctes, pâles, comme elles apparaissent d'habitude sur des pièces

E PATHDLOaiQUE DU CHOLERA ASIATIQUE. 395

durcies dans l'alcool, sont confondues en une masse opaque, brunâtre, réfringente, sorte de coulée gélatineuse, fendillée à la surface, laissant à peine reconnaître sur les bords les vagues contours de quelque globule rouge.

Mais ce qui s'impose surtout à l'attention dans l'examen du contenu des vaisseaux, ce sont des thrombus formés de leucocytes conglomérés et fortement teints par le carmin ; dans les gros vaisseaux, ils sont partiels, adhérents à la paroi ou isolés au milieu de la masse des globules rouges ; dans les capillaires, ils obstruent habituellement toute la lumière et occupent toujours une certaine longueur du canal. Les altérations pariétales, disséminées par foyers restreints, intéressant seulement un segment de la circonférence, consistent dans la fusion des différentes tuniques en une masse finement granuleuse, amorphe, plus ou moins réfringente, quelquefois vitreuse, a laquelle adhèrent les thrombus mentionnés plus haut ; elles sont vraisemblablement la cause de la béanoe des artères et surtout des hémorrhagies si communes dans la muqueuse et la sous-muqueuse. En effet, les petits foyers hèmorrhagiques de cette dernière se montrent toujours dans le voisinage immédiat de ces lésions pariétales : ce sont des amas de globules rouges, miïlés gà et là de fibrine iibrillaire ; exceptionnellement, ils se réduisent à une sorte de plasma amorphe coloré en rouge brun par l'hémoglobine. Discrètes et ordinairement limitées au pourtour dos vaisseaux dans la tunique celluleuse, les hémorrhagies sont infiniment plus nombreuses et plus diffuses dans les follicules, et surtout la muqueuse où en maint endroit l'abondance du sang épanché masque les éléments constitutifs du stroma.

Aux lésions phlegmasiques qui caractérisent surtout les premiers faits sont venues s'associer ici la nécrose, la formation d'eschai^es superficielles, des altérations vasculaires, enfin des hémorrhagies. Ces désordres secondaires^ qui dominent les autres par leur extension sans modifier encore profondément la structure générale des parties, vont s'élever à un degré excessif dans les faits du troisième groupe^

3," Altérations graves.

Oss. VI. — Appriou, 30 ans. Invasion brusque sans diarrhée prémonitoire. Gholéi'a algide avec persistance de l'hypothermie jusqu'à la mort survenue au commencement du quatrième jour. Selles séreuses, puis bilieuses ou roussâtres.

Autopsie (13 heures après la mort).

Cerveaa. — Pie-mère fortement injectée. Teinte lilas foncé de la substance grise, parenchyme ferme et sec.

Thorax. Poumons. — Les poumons ne présentcnl d'autre altération qu'un infarctus rouge du volume d'un œuf de pigeon dans le lobe inférieur du poumon gauche, et un autre infarctus, plus avancé, de la grosseur d'une aveline dans le lobe moyen.

Cœur. — Poids = 352 grammes, dilaté. I^e ventricule droit contient un caillot volumineux, flbrino-cruorique, qui se prolooge dans l'artère pulmonaire. Le coeur gauche est vide.

I^ sang qui s'écoule des gros vaisseaux ressemble à une solulioD d'hémoglobine dans un liquide visqueux.

Abdomen. — Le péritoine est enduit d'une matière visqueuse très riche en leucocytes; dans le petit bassin il existe environ âO grammes d'un-liquide également visqueux.

Tabe digestif. — Tous les segments, depuis l'eatomac jusqu'au rectum, sont gorgés d'une bile épaisse, visqueuse et adhérente.

Dans l'estomac, la matière colorante bilieuse imprègne fortement la muqueuse qui, d'ailleurs, est exempte de toute altération.

L'intestin grêle présente sur toute sa longueur une injection plus ou moins vive, surtout marquée au sommet des replis, une éruption psorentérique assez confluente et des plaques de Peyer légèrement saillantes, tjes lésions sont d'autant plus marquées qu'on se rapproche dn caecum. La muqueuse du colon est vivement inje::tée. Elle est parsemée, principalement dans la portion ascendante, d'exulcéralions superficielles dont les dimensions varient entre celles d'une lentille et d'une pièce de un franc. Leur direction est généralement transvei'sale ; elles sont reliées les unes aux autres par des traînées sinueuses et enfin recouvertes d'un cKSudat membraniformc. Ces nécroses superficielles font défaut dans l'S iliaque et le rectum dont la muqueuse est simplement injectée au niveau des replis.

Foie. — Poids i= 1 ,100 gi-ammes. Parenchyme rouge sombre, marbré de taches chamois. Les acini très fins sont fondus les uns dans les autres. Les veines s us-hépa tiques sont gorgées de sang fluide.

Hcins. — Poids — 280 gi'ammes. Substance corticale pôle, teinte cyanosée des pyramides.

/laie. — Poids ^ 108 grammes, yècho et de consistance charnue.

CONTRIBUTION A l'aHCTDHIB PATHOLOGIQUE DU CHOLÉRA ASIATIQUE. 3C>7

ExamsB histohgiqae du tube digestif (Pl. XIII, Sg. 2).

Gros intestin (colon descendaiii).

a. Muqueuse. ~ La muqueuse M est partout altérée, mais i des degrés très différents.

Dans les parties les moias atteintes, on relève simplement la raréfaction des glandes, l'engorgemeat du réseau capillaire, l'infiitratiim compacte de leucocytes et parfois de globules rouges dans le stroma in ter-glandulaire épaissi ; enQu çà et là, des capillaires thromboses et des tronçons <^e glandes dont l'épilhèlium est nécrosé, transformé en blocs vivement colorés par le carmin.

Ailleurs la muqueuse a conservé, ou à peu près, son épaisseur normale, mais la structure est déjà plus profondément modifiée. Les glandes y font presque défaut, et les tronçons qui les représentent apparaissent comme des colonnes cylindriques homogènes, fortement teintes par le carmin g. Le Rtroma de la muqueuse est ligure par des leucocytes tassés, peu accessibles à la matière colorante, sans noyau apparent, et tendant à se conglomérer par places. Cette membrane qui rappelle ainsi l'e:isudat diphthérilique de la nécrose expérimentale de l'intestin, est sillonnée de vaisseaux oblitérés en partie par des hématies fusionnées, en partie aussi par une matière amorphe, homogène, quelquefois vaguement feuilletée, mai^ toujours vivement colorée par le carmin. Des globules rouges en quantité innombrable sont disséminés dans l'épaiS' seur de la membrane, tantôt isolés et épars ou réunis eu vrais foyers hémorrhagiques. La muqueuse ainsi altérée se désagrège sur de nombreux points, parfois même elle est complètement détruite jusqu'à la tunique de Brucke. Dans les portions correspondantes de la sous-muqueuse, il y a toujours alors un afflux considérable de leucocytes.

La degré le plus avancé des altérations est représenté par des eschares sèobos et des ulcérations intéressant non seulement la muqueuse, mais la celluleuse elle-même. Toutes les coupes présentent chaciine deux ou trois de ces uleères nécrotiques qui, par leurs caraclèreshistologiques, reproduisent exactement ceux de la dysenterie. En général, ils siègent dans la sous-muqueuse elle-même : sur leurs bords, la muqueuse encore conservée présente les lésions décrites plus haut. Quant à l'eschare E, elle se laisse diviser en trois couches qui sont de la surface à la profondeur :

1' Une zone es finement granuleuse, absolument réfractaire à l'hématoxyline et au carmin, identique dans son apparence au thrombus blanc. Cette zone, très irrégulière et comme effilochée à sa surface libre, est manifestement en voie de désagrégation.

2° Une zone moyenne cm, de beaucoup la plus épaisse,se continuant par transition graduelle avec la précédente et constituée presque entièrement par des leucocytes tassés dans le tissu conjonctif. De ces éléments les uns vitreux sont imprégnés par le carmin, les autres y sont restés AncH. ni pHia., 3' série. — V. 24

réfi^otaires; lee première lendenl à se fusionner, à former des masBOB amorphes ou des travées dessinant une ëbanohe cis réseau diphthéritiqua.dans les mailles duquel sont accumulés les seconds. Dans rëpaisseur de cette zone, on trouve des globules rougres épara ou groupés en amas, et des vaisseaux thromboses v.

3° La couche profonde cp n'appartient pas, à proprement parler, i l'ulcére; elle est représentée par des leucocytes qui viennent afSuer i la limite de la zone précédente en suivant les espaces conjonctifs. Ces traînées de cellules migratrices figurent un réseao plus ou moins serré, qui occupe 6 peu près tout ce qui reste de la sous-muqueuse au pOD^• tour du foyer nécrosé. En général, ces éléments se colorent encore, et les faisceaux conjonctifs conligus ne sont pas sensiblement modifléB. Presque tous les vaisseaux sont thromboses et leurs parois transformées en anneaux vitreux qu'investissent de petits foyers bëmorrhagîques. Parmi les follicules clos, las uns sont exempts de toute altération, les autres oompris dans les territoires de nécrose, ont participé aux léfflons de la muqueuse et de la sous-muqueuse.

b. Sous-muqaense. — Elle est irrégulièrement épaissie, et le gonflement intéresse plus spécialement les points soue-Jacents aux foyers d'altération da la muqueuse. Les faisceaux conjonctifs y sont dissociés, dépourvus de leur apparence striée, comme morcelés ; entre eux s'ineinuenl des amas ou des trainécs de leucocytes ordinairement associés à de la fibrine granuleuse ou fibrillaire. Les vaisseaux sont toujours distendus, souvent oblitérés par des thrombus hcmatiques ou leucocyiques. Sur de nombreux points, les parois sont vitreuses et infiltrées de globules blancs de même apparence. En général, ces foyers d'allération pariétale sont englobés dans un réseau ftbrineux à trabécules épaisses, qui s'étend autour du vaisseau et renferme dans ses maitlea des globules rouges.

La musculeuse et la séreuse sont intactes.

Côlon transverse et ascendant. — Les coupes pratiquées sur différents points de ces deux segments montrent des lésions identiques aux précédentes, avec cette différence toutefois que les altérations vasculaires (vitrification des parois, oblitération par des thrombus leucooytiques) y sont plus générales et plus accusées.

Intestin grêle. — L'analyse histologique pratiquée sur différents points de sa hauteur, met en évidence des lésions très variables dans leur degré : ici elles se réduisent à l'entérite simple telle qu'elle a été décrite dans l'observation 1; plus souvent elles se montrent avec des caractères graves et méritent une description détaillée.

a. Maqaeuse. — L'aspect de la muqueuse est grisâtre, terne, comme lavé. Les leucocytes qui l'iiiilllrent ont perdu leurs caractères hislochimiques ordinaires : tantôt ils sont incolores et presque transparents, d'autrefois vitreux et vivement teints par le carmin ; tous aontdépqur-

E FATHOLOaiQUS D

VUS de- noyau. Us cessent même çà et là d'être distincts daas ta couche Buparflcialle de la moqueuse réduite alors eu une meeee graaulense grisâtre, réfraotaire aux matières colorantes, au milieu de laquelle sont disséminés quelques trongons de glandes à cellules épithéliales vitreuses. Cette eschare sèche, plus ou moins superficielle, se désagrège, puis la couche profonde dans laquelleles éléments bien que nécrosés conservent plus longtemps leur forme, peut subir à son tour la déBiotégration granuleuse et s'éliminer comme la précédente, laissant à. nU la tunique de Bruoke. Cette dernière est rarement intacte ; ses fibres sont épaissies dissociées, d'un éclat réfriugent.

Tous les capillaires sont oblitérés et transformés en cordons vitroux qai tranchent par leur vive coloration rouge sur la teinte pSle de la muqueuse ambiante.

b. Soas-iaaquease. — Dans la couche snperSoielie de cette membrane, le réseau pré- capillaire est complètement thrombose. Tous les petits vaisseaux sous-jacents k la lunique de Brucke apparaissent comme des cylindres pleins, homogènes, vivement teints par le carmin et en continuité directe avec les vaisseaux de la muqueuse semblable ment altérés. Les troncs plus volumineux de la couche profonde généralement distendus, présentent des parois vitreuses et des thrombus leucocytiqnes presque toujours partiels, tantêt libres au milieu des hémalies, tanlût adhérents et fusionnés, à leur point d'insertion, avec la paroi vitrifiée.

Les faisceaux conjonctifs sont pâles, A contours vagues, diffus, comme diffluents, recouverts de leucocytes incolores et de globules rouges.

Plaque de Feyer. — Sur les coupes pratiquées au niveau des follicules agminés, apparaissent des altérations tout à fait identiques à celles de la muqueuse; celle-ci y est détruite, et la partie superPcielle des follicules est transformée en une escbm'e sèche, qui présente exactement les différentes couches décrites plus haut.

Estomac. — Cet organe est peu altéré. On y relève cependant une infiltration modérée de leucocytes dans l'épaisseur de la mu'ieeuse, des foyers d'hémotrhagie miliaire et l'oblilération d'un certain rombre de capillaires par des masses vitreuses.

Obs. VII. — Aubrun, SI ans. Choléra algide k invasion brusque et à marche rapide. Évacuations rares. Mort au début du troisième jour.

Autopsie (une heure après la mort). ,

Cerveau. — Rien de particulier, sauf l'injection du parenchyme et la surabondance du liquide ventriculaire.

Thorax. — Plèvre d'une teinte rosée, dépolie par places comme au début des phlegmasies. A la surface du poumon droit, multitude de taches ecchymotiques sous-pleurales de l'étendue d'une lentille à celle d'une pièce de 50 centimes, s' enfonçant sous forme de coin à plusieurs

eeutimètres dans le parenchyme. Ce deniior, d'aillears, ne présente rien à signaler.

Cœur. — Poids = 350 femmes. Ventricule gauche ferme et oontraelé. Cavités viJea, valvules et orifices eains.

Le sang qui s'écoule des grosses veiues est poisseux, visqueux, sans caillot.

Abdomen, — Péritoine poisseux. Anses intestinales rétractées par places, d'un rose lilas uniforme, sur lequel se détachent de très fines arborisations vasculaires.

Tube digestif. — L'intestin grêle contient dans sesparties supérieures un liquide grisâtre, sirupeux, au milieu duquel nagent quelques flocons blancs. L'iléum et le gros intestin renferment, au contraire, un liquide rouge brun, de nature manifestement hématique, et dont la quantité peut être évaluée à un litre environ.

La muqueuse de l'estomac présente une rougeur diffuse avec pointillé hémori'hagique, surtout marqué dans le grand cul-de-sac et au sommet des replis.

L'intestin grêle est partout le siège d'une rougeur diffuse, sur laquelle se détachent des hémorrhagies innombrables sous forme de piqueté rouge très confluent, ou de suffusions plus étendues, généralement disposées sur la crête dés valvules connivenles. La surface de la muqueuse a perdu son aspect luisant^ elle est comme finement chagrinée et présenta l'aspect d'une langue de vhat à papilles très fines. Psorentérie très confluante, avec léger relief des plaques de Peyer; la congestion et les hémorrhagies sont surtout accusées au niveau deces dernières. Çà et là il existe quelques exuleérations superficielles. Vers le duodénum, on retrouve peu â peu l'aspect lisse de l'intestin normal; la congestion persiste, mais les suffusions hémorrhagiques sont plus discrètes. Les valvules connivenles sont épaissies.

Dans le gros intestin, rougeur congestive plus ou moins foncée avec hémorrhagies lenticulaires distribuées par plaques, entre lesquelles le muqueuse apparaît normale; les suffusions hém orr h a gïque s noires couronnent généralement les replis valvuluires. Psorentérie généralisée.

Foie. — Poids = 1,615 grammes. Coloration rouge brun, presque noire au niveau du lobe droit. Sur la coupe, même teinte. Parenchyme ferme, acini peu distincts. Dans le lobe droit existe un foyer hémorrhagique du volume d'une noisette. Vésicule distendue par une bile noire et visqueuse.

Haie. — Poids= 170 grammes. Couleur rouge lie de vin, parenchyme ferme, presque sec.

Beiiis. — Poids = 300 grammes. Rien à mentionner, sauf l'atrophie de la substance corticale qui mesure à peine 3 mitlimèlres d'épaisseur.

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