THYROIOECTOMIE CHEZ LES REPTILES
toutes réussissaient très habilement à fuir, excepté les thyroïdectomisées, de manière qu'en mettant la main dans la cage sans trop regarder et en essayant d'en saisir une, on en ramenait toujours une thyroïdectomisée.
Petit à petit ces phénomènes de paresse s'accentuèrent : les couleuvres sans corps thyroïde ne fuyaient presque plus et on les trouvait mortes dans la cage.
Outre cette paresse progressive, voisine de Thébétement, nous avons presque constamment observé (chez les animaux qui ont vécu assez longtemps) la desquamation de la peau, c'est-à-dire la mue précoce. Cette desquamation était parfois complète, d'autres fois la couleuvre perdait sa peau par lambeaux.
Nous avons mentionné dans la note citée plus haut, que dans un cas nous avons observé des phénomènes convulsifs : voici en résumé cette observation.
Obs. XI. —Grosse couleuvre (11 mai 1893). Anesthésie. Extirpation du corps thyroïde avec une partie du corps adipeux. Hémorragie peu abondante. L'animal cesse fréquemment de respirer, le cœur bat lentement. Insufflation d'air dans la trachée, avec une pipette. La respiration se rétablit. Le jour suivant, état normal ; ne diffère pas des couleuvres non opérées. Au bout d'une semaine dort beaucoup, mise par terre serpente lentement, comme dans un demi-sommeil (il fait très chaud dans la chambre). L'état empire de jour en jour, elle ne fuit presque plus, mais si on la touche brusquement, elle soulève la tête en tremblant.
Trouvée morte le vingtième jour.
Tous les 22 animaux sont morts au bout de quatre à vingt-sept jours, en ne tenant pas compte de ceux qui ont succombé à des accidents opératoires. Les couleuvres témoins, indemnes ou ayant subi d'autres opérations, vivaient souvent plusieurs mois. Il nous semble donc qu'on peut étabUr une relation de cause à effet entre l'extirpation du corps thyroïde et la mort consécutive des couleuvres, puisque des opérations de la même importance au point de vue chirurgical, n'aboutissaient pas à un pareil résultat.