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II. — Couleuvres

En même temps que chez les lézards, nous avons fait de nombreuses thyroïdectomies aussi chez des couleuvres ; cependant ces dernières sont moins dociles et plus rebelles à Tapprivoisement que les lézards. Il est par conséquent plus difficile d'observer chez ces animaux les petits détails des changements qui surviennent dans leur manière d'être après la thyroïdectomie.

Opération. — Avant de pratiquer l'incision de la peau, il faut s'assurer de la position occupée par le cœur. On y arrive très facilement sur ranimai anesthésié et couché sur le dos, car on voit le cœur battre sous la peau.

L*inçision doit commencer 3-6 centimètres au-dessus du cœur, selon les dimensions de la couleuvre, et s'arrêter à son niveau. On découvre ainsi la partie inférieure de la trachée, à laquelle sont suspendus, ainsi qu'aux gros troncs vasculaires qui l'accompagnent, plusieurs lobes, d'aspect adipeux, parmi lesquels se trouve un organe arrondi, jaunâtre ou rougeâtre, qui est le corps thyroïde. Il est placé un peu à droite de la trachée et des vaisseaux, assez près du cœur, et se laisse déplacer avec eux.

Nous avons extirpé parfois seulement le corps thyroïde, d'autres fois aussi le corps adipeux en partie ou en totalité ; dans ce dernier cas nous faisions ce que nous appelions la toilette du cou, c'est-à-dire l'ablation de tous les organes glandulaires qui s'y trouvaient.

Le corps thyroïde présente d'assez fortes adhérences avec les gros vaisseaux qu'il est très difficile de ne pas blesser pendant l'opération. Il est prudent d'isoler l'organe avec un instrument un peu mousse, en veillant toujours à ses liens vasculaires, de séparer ensuite avec prudence ces liens et de tamponner, si une hémorragie se produit. Les ligatures sont généralement inutiles. Lorsque les gros vaisseaux n'ont pas été entamés, l'hémorragie s'arrête vite. Si celle-ci est abondante et provient d'une boutonnière faite à un gros vaisseau, nous éliminons par prudence ces cas de notre statistique.

Suture continue de la peau. L'animal se réveille assez vite et reprend sa vie contemplative.

Dans une grande cage vitrée qui était anciennement un aquarium, ces animaux, opérés et non opérés, vivaient en bonne harmonie, restant généralement très tranquilles, mais s'agitant parfois devant des périls inconnus et sifflant avec menace. Dans des moments de

•colère, lorsque nous les observions, il arrivait que quelques-unes des couleuvres, pour s'élancer contre nous, se redressaient, mais retombaient en se heurtant la tête contre la paroi vitrée.

Lorsque nous soulevions le couvercle de la cage, immédiatement toutes les couleuvres (il y en avait parfois une dizaine et plus) commençaient à serpenter dans tous les sens et s'échappaient rapidement au dehors. Nous avions mille peines à les rattraper, tant les opérées que les non opérées.

Cependant nous n'avons jamais vu manger les couleuvres opérées, comme cela arrivait pour les lézards qui, dans les premiers temps après l'opération, reprenaient absolument leur vie habituelle. Il est vrai aussi que les couleuvres mangent plus rarement que les lézards ^t que leurs repas sont souvent considérables.

Dans quelques cas nous avons profité de l'anesthésie pour gaver les couleuvres avec une petite grenouille ou des limaces, pour éviter la mort par inanition : ces animaux ne se sont pas comportés différemment des autres.

Lorsque nous mettions dans la cage des couleuvres opérées une petite grenouille ou un crapaud vivants, tous les animaux s'arrêtaient et regardaient l'intrus pendant très longtemps, sans jamais se décider à le saisir. Nous pouvions trouver, le jour suivant, la grenouille vivante assise sur le dos de Tune ou de l'autre des couleuvres.

Cependant, pour bien voir la différence qii'il y avait entre des •couleuvres normales et des couleuvres thyroïdectomisées, nous avons mélangé un certain nombre de ces reptiles absolument sains avec plusieurs autres opérés, les uns de thyroïdectomie, les autres de différentes ablations d'organes relativement inoffensives, telles qu'extirpation de la totalité ou d'une partie du corps adipeux, ou d'une partie du corps thyroïde avec une partie du corps adipeux, ce que nous obtenions en mettant à plat les ciseaux sur la trachée, en ouvrant un peu les branches de l'instrument et en excisant ce qui s'engageait entre elles. D'autres couleuvres avaient subi simplement l'ouverture du cou, avec ou sans blessure d'un gros vaisseau ; cette dernière opération n'était pas d'élection, mais était un accident arrivé pendant des essais de thyroïdectomie. Nous avions alors arrêté les tentatives d'extirpation et avions gardé l'animal comme témoin.

En observant tous ces animaux peu de jours après Topération, il était difficile de distinguer à première vue, lesquels étaient opérés et lesquels ne l'étaient pas. Mais peu à peu on voyait une différence très nette : cela est arrivé une fois déjà après quatre jours (couleuvre morte dans la nuit), mais généralement un peu plus tard (6 à 9 jours); lorsque nous essayions de prendre les couleuvres avec les mains,

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