II. — Technique
Les expériences ont été exécutées sur le nerf sciatique et le gastrocnémien de la grenouille^ Le coorant était fourni, soit par une pile thermoélectrique de 40 éléments, soit par une pile au bioxyde de manganèse de 80 éléments, donnant environ 120 volts. Il était mesuré au moyen d'une boussole de Wiedemann, modifiée par M. d*Arsonval. Les résistances intercalées dans le circuit étaient formées non par des bobines de fil enroulé, mais par des morceaux d'agglomérés de pile Lalaode, dont les résistances variaient de 250,000 à 5,000,000 ohms. Le courant était transmis au moyen d'électrodes impolarisables au chlorure d'argent de M. d'Arsonval. L'une d'elles, plus large, servait d'électrode indifférente et était appliquée sous la paroi abdominale ; l'autre était mise en rapport, soit avec le muscle, soit avec le nerf; L'électrode en contact avec le nerf était formée d'un tube de verre recourbé à angle droit à son extrémité inférieure. La branche verticale contenait le bAton d'argent recouvert de chlorure ; la branche horizontale était percée en son milieu d'un petit orifice sur lequel s'appliquait le nerf. Une petite couche d'ouate, située dans l'intérieur de la branche horizontale, au niveau de l'orifice, empêchait les bulles d'air de se former au niveau du point touchant le nerf. Les deux extrémités du tube étaient hermétiquement fermées et l'on faisait pénétrer le liquide (solution de chlorure de sodium '7/1000*) par le petit orifice de la branche horizontale et par un petit tube latéral, situé à la partie supérieure de la branche verticale. L'électrode indifférente était semblable, mais plus grande. Un commutateur permettait de passer immédiatement de l'excitation à faible voltage, à l'excitation à force électromotrice plus grande .
La grenouille, à bulbe préalablement détruit, était immobilisée dans la position abdominale sur une planchette de liège. Le sciatique était dénudé avec soin dans sa portion moyenne, et un myographe de Marey, fixé à son gastrocnémien. Les électrodes étant placées comme il a été dit plus haut, on recherchait d'abord le courant capable de produire une excitation minima, sans mettre aucune résistance dans le circuit. Puis on augmentait notablement la force électro-motrice et on ajoutait une résistance appropriée, de manière à ce que l'intensité restât toujoura la même.
ni. — Résultats observés.
J'ai constaté que les variations de force électromotrice avaient une mfluence physiologique incontestable. Les phénomènes sont tout à
KFPBT8 PHY810L06IQHB8 DBS GOimAilTS GALVANIQUES. W
lait dillérenlBy selon que Ton excite le muscle ou le nerf. Le muscle, eo effet, ne préseate pas de variations dans son excitabilité, et pourvu que rintensité indiquée au galvanomètre reste la même, la contraction ne varie pas. Les pôles positifs et négatifs sont tous deux aussi indifférents à ce changement de voltage.
Il n'en est pas de même pour le nerl. J*ai observé les faits suivants : 1* pourvu que Texcitabilité nerveuse soit bien conservée, la sensibilité à Taugmentation de force électro-motrice est d'autant plus vive que cette dernière acquiert une valeur plus grande. Le rapport entre l'excitation sans résistance et l'excitation avec une forte résistance peut être de 1 pour 6. Pour obtenir l'intensité minima^ sans résistances intercalées dans le circuit, il faut se servir d'une pile
ExcitatioQ du nerf par le pôle positif.
. Pas de résistance (20* du galvanomètre). — II. Résistance de 1,500,000 (il* du galvanomètre). — Dans le premier cas, quoique le courant soit plus fort, Texcitation est plus faible.
thermo-électrique, car cette intensité ne se chiffre que pour une fraction minime de volt; 2® les deux pôles ne présentent pas la même sensibilité. Le pôle positif est plus directement impressionné que le pôle négatif. Dans quelques cas même, ce dernier parait se comporter comme pour le muscle et il reste indifférent aux variations de force électro-motrice; 3* ces résultats s'observent aussi bien sur le nerf intact que sur le nerf séparé de la moelle, soit par la section, soit par la ligature.
Nous venons de voir l'effet sm* l'excitation musculaire directe et sur l'excitation nerveuse motrice. Je n'ai pas recherché l'effet sur l'excitation nerveuse sensitive. M. d'Arsonval l'a étudiée directement sur l'homme. Il plonge les deux mains dans deux vases pleins d'eau et mis en communication avec les deux pôles d'une pile. En introduisant au moyen d'un collecteur des éléments un à un jusqu'à
ce que le courant soit de 10 milliampèrts^oft éprouve une sensation» mais qui n'est nullement douloui-euse. It n*eit ^ pas de même si on igoute dix fois phis d'éléments avec une réstsIaMe suffisante pour ramener l'intensité du courant à 10 milliampères. Dans ce second cas, le courant est infiniment plus douloureux, bien qne riirteosité soit la même (Soc. de bioL, mai 1891).
rV. — Pbysiogénie.
Nous venons de voir : 1* qu'il suffit de modifier la différence de potentiel pour que l'excitation change de valeur; 2* que les effets étaient différents pour le muscle et pour le nerf; 8* enfin que pour ce dernier les réactions étaient différentes pour le pôle positif et pour le pèle négatif. La raison de tous ces phénomènes divers est assez difficile à trouver. J'ai d'abord recherché si, même au point de vue physique, il n'y avait pas de différence entre les courants de même intensité, mais de tension différente.
A. Effets des deux sortes de courants sur les phénomènes objectifs de la décomposition de F eau. — J'ai examiné sous le microscope, avec un grossissement moyen, les phénomènes résultant de la décomposition de l'eau. Pour cela, j'ai mis dans une éprouvatte deux fines électrodes en platine, isolées jusqu'à leurs extrémités et plongeant dans de l'eau acidulée au 1/10* par l'acide sulfurique. J'ai observé que les bulles étaient aussi fines et sortaient aussi rapidement, potirvu que l'intensité fût toujours la même.
B. Effets produits par la variation de la force électro^motrice des courants inducteurs sur f excitation produite par les courants induits, — J'ai étudié déjà, dans un des précédents numéros de ce journal, cette question (Arch. de physioL^ avril 1892 : t Étude sur T excitation musculaire produite par les courants induits de fermeture *, et Soc, debioL, décembre 1891).
On sait que, lorsqu'on ferme directement le courantd'une pile sur le gastrocnémien d'une grenouille, on observe une contraction qui va en augmentant, à mesure que l'on donne au courant une intensité plus grande. L'excitation par Touverture du même courant ne provoque que très tardivement une contraction. Des phénomènes in* verses sont habituellement observés lorsque, au lieu de se servir de courants continus, on utilise les courants d'induction. Ces derniers ne donnent d'abord de contraction que pendant l'ouverture du courant inducteur; la fermeture du même courant ne produit une contraction que bien plus tard. Ces différences tiennent à ce que le courant in-
KFFSTS PHYSIOLOOiaUSS DBS GOURANTS GaLVàNIQUBS. Si
duil d'ouverture a une force électro-motrice beaucoup plus grande que le courant induit de fermeture.
On peut, entre autres moyens que j'ai étudiés dans mon précédent mémoire, modifier les résultats en augmentant la force électro-
Valoar respective des contractions d'ouverture et de fermeture (bobine avec fer doux, 8 ohms de résistance, une pile de 2 Tolts).
Valeur respective des contractions d'ouverture et de fermeture ^iMibine sans fer doux, 60 ohms de résistance, vingt piles de i volts).
moirice du courant inducteur, Tintensité restant la même. C*est alors à la fermeture du courant inducteur qu*apparnit la première secousse. Ces résultats sont dus à un mode différent d'excitation consécutif à la modification de la forme de l'onde électrique.
G. Effets de la polarisation des électrodes avec des courants de même intensité^ mais de voltage différent, — On trouve d'abord que
as DENIS COURTAJDB.
la pdarisatioQ est beaucoup plus intense avec un courant à faible voltage qu'avec un courant de force électro-motrice plus considérable.
Dans le premier cas, en effet, Taiguille du galvanomètre baisse quelquefois de près de moitié, tandis que dans le second cas elle varie à peine» CSet effet différent n'est pas dû à une différence dans la polarisation; il reconnaît pour cause la résistance formée par la polarisation au niveau des électrodes. Cette résistance, relativement importante lorsque le circuit est par lui-même peu résistant, devient négligeable lorsque la résistance extérieure est considérable. Ainsi, si, dans le premier cas, la résistance totale du circuit est de 1,000 ohms, une résistance de 500 ohms due à la polarisation, fera baisser l'intensité du courant d'un tiers. Si, au contraire, la résistance du circuit est de 30,000 ohms, la résistance additionnelle due à la polarisation et toujours égale à 500 ohms pour une même intensité, n'affaiblira le courant que d'une quantité peu visible.
n en résulte que dans les recherches physiologiques et d'électrodiagnostic, lorsqu'on veut éviter la cause (Terreur due à la résistance de polarisation^ on doit user d'un grand nombre d'éléments avec résistance appropriée. L'erreur deviendra alors négligeable, vu la grande résistance du circuit. De plus, si on excite le nerf, la polarisation sera phis faible, car il faudra une intensité beaucoup moindre pour produire Texcitation. De même, en électro-thérapie, on pourra exciter un nerf donné avec un courant de moindre valeur et le danger d'altérer le nerf par polarisation sera diminué, puisque l'intensité d'excitation sera elle-même plus petite.
Ces faits permettent aussi d'expliquer les expériences contradictoires de MM. Antimoff et Onanoff {hco citato). Les expériences de M. Onanoff ont été faites sur l'homme et avec des électrodes polarisables. J'ai fait moi-même sur la grenouille les mêmes expériences avec des électrodes polarisables et j'ai trouvé non pour le nerf, mais pour le muscle, des faitssemblables : l'excitabilité était diminuée pour une même intensité lorsque Ton augmentait le nombre de volts. J'ai répété les mêmes expériences avec des électrodes impolarisables et je n'ai plus du tout trouvé les mêmes résultats. L'erreur venait des phénomènes de polarisation se produisant au niveau des électrodes. On doit attendre, en effet, avant d'exciter, que l'aiguille ou le miroir du galvanomètre ait acquis une position fixe. Pendant ce temps la polarisation a le temps de se faire. Or nous avons vu que la résistance de polarisation était surtout appréciable quand il n'y avait pas de résistance intercalée dans le circuit. Comme cette résistance disparait ou diminiie rapidement aussitôt l'ouverture du cou-