EFFETS PHYSIOLOGIQUES DES COURANTS GALVANIQUES
Tant, surtout si on le renverse, les indications galvanométriques sont 4xmiplètement faussées.
On voit par les faits exposés ci-dessus que dans certains cas deux courants d^intensitë égale mais de tension différente peuvent donner, physiquement parlant, des résultats différents. Cette étude ne suffît pas cependant à expliquer pourquoi le nerf est plus sensible aux tïourants de forte tension.
M. Vigoureux {Soc. de bioL^ 28 mai 1891) croit que la raison de cette différence d'effets doit être cherchée dans des phénomènes indépendants de la loi d'Ohm, tels que Tinduction et la condensation qui peuvent se produire dans les bobines employées comme résistance : 11 en résulterait une modification de la décharge n'affectant pas le galvanomètre, mais pouvant modifier la forme de l'excitateur. J*ai évité cette cause d'erreur en employant non des bobines de fil enroulé, mais bien des substances solides (agglomérés des piles Lalande) offrant un petit volume et une capacité négligeable.
M. d'Arsonval explique l'excitabilité plus grande en faisant observer que les produits de l'électrolyse sont fonction de la force électromotrice de la source électrique. Avec un élément Daniel on ne décompose pas l'eau, mais on décompose l'iodure de potassium; avec deux éléments on décomposera l'eau, mais pas le sulfate de potassium ; de sorte que si nous avons un mélange de corps dont les forces électromotrices de décomposition soient très différentes, ces corps seront décomposés à la fois si la force électro-motrice est sufdsante. Ces considérations d'ordre physique sont très justes, mais n'expliquent pas cependant pourquoi le muscle réagit d'une façon différente de celle du muscle.
Je proposerai l'explication suivante. On sait que lorsqu'un conducteur est composé d'une série de résistances, par exemple 10-|-20+ 100 = 180 ohms, et que ses deux extrémités sont mises en rapport avec une différence de potentiel, par exemple 130 volts, la force électro-motrice se partage sur ce conducteur proportionnellement à la résistance. Si au lieu de 180 volts on en prend 200, et que l'on ajoute une résistance de 70 ohms, la force électro-motrice surajoutée sera absorbée par les 70 ohms, et la différence de potentiel à l'entrée et à la sortie de chacune des autres parties du conducteur ne variera pas. Ainsi, pourvu que l'intensité reste toujours semblable, l'augmentation indéfinie de force électro-motrice et de résistance appropriée ne changera aucunement le nombre de volts absori[>é par chacun des segments du conducteur primitif.
Ces faits sont très exacts pour les conducteurs non électrolysables, tels que les métaux. Mais en est-il de même pour les électrolytes?
ArCH. de PHTS., 6» SÉRIE. — VII 3
34 DENIS COURTADE.
On sait que tout liquide susceptible d'être décomposé possède deux sortes de résistances : une considérable, existant avant Télectrolyse, Tautre beaucoup moins grande, coïncidant avec l'apparition de la décomposition. Si, je prends, par exemple, de Teau distillée, la résistance a été considérée comme absolue par certains auteurs. Elle a pu cependant être mesurée et en prenant conmie unité la résistance du mercure, elle a été évaluée à 120,000,000 ohms. Si on vient à ajouter de l'acide sulfiirique, la résistance diminue, mais est encore très forte tanl que le nombre de volts est inférieur à 1,49. Mais aussitôt que ce chiffre est atteint, l'eau est décomposée et la résistance baisse d'une manière très rapide, et peu en rapport avec le nombre d'ohms observés antérieurement avec l'eau distillée pure.
Ces faits ont amené les physiciens à distinguer pour les électrolyses deux sortes de conductibilité, une pm'ement physique^ semblable à celle des métaux, l'autre électrolytique^ survenant pendant la décomposition. La conductibilité physique des liquides n'est pas admise par tous les électriciens. Pour un grand nombre, le courant ne peut pas traverser un liquide sans le décomposer. D'autres, au contraire, l'admettent très bien, et on trouvera dans le Traité d'électricité^ de Gavarret (t. I, p. 534), le résumé des travaux importants faits sur ce point par Faraday, Foucauld, Matteucci.
Je me suis demandé si la distribution de la force électro-motrice sur une succession de corps électrolysables et de métaux suivait la loi précédemment énoncée. En prenant, par exemple, une différence de potentiel de deux volts traversant de l'eau distillée acidulée par l'acide sulfurique au 1/20, la décomposition a lieu et le galvanomètre me donne une déviation de 100°. La résistance du liquide mesurée par la méthode de substitution se trouve égale à 200 ohms. Nous verrons plus loin que cette méthode n'a ici aucun inconvénient. J'ajoute alors dans le circuit une résistance de 800 ohms. Le galvanomètre ne marque plus que 20* et cependant la décomposition du liquide, quoique affaiblie par suite de la diminution de l'intensité du courant, est encore très appréciable. Si on se basait sur la loi de distribution des tensions sur un conducteur, la force électromotrice traversant l'eau ne devrait pas être supérieure à 0 volt 4; la décomposition devrait ne pas se faire. Si elle a lieu, c'est que la force électro-motrice qui traverse l'eau est égale ou supérieure à 1,49.
Les faits précédents semblent démontrer que la loi de variation des tensions n'est pas applicable à un liquide pendant l'électrolyse. S'il en est ainsi, il doit être possible d'augmenter la variation de potentiel dans le corps décomposé en augmentant la force électro-mo-