SUR L'EMPLOI ET LE MODE D'ACTION DU CHLORURE DE CHAUX
CONTRE LA MORSURE DES SERPENTS VENIMEUX Par MM. C. PHI8ALIX et 0. BERTRAND
(Travail du Muséum d'hisloire naturelle.)
Nous avons montré antérieurement (iircA/Ves de physiologie ^ 1894), combien le venin des serpents se rapprochait à tous les points de vue des diastases et des toxines microbiennes, et c'est en poursuivant cette étude que nous avons établi les bases d'une méthode sérothérapique contre la morsure des serpents venimeux. On se rappelle le principe de cette méthode. Du venin de vipère est atténué par un chauffage convenable, soit à 80** pendant cinq minutes, puis inoculé au cobaye. Ainsi modifié, il a perdu presque toute sa toxicité, mais il réagit sur un des principes du sang, et détermine la production d'une substance an ti venimeuse. Après quarante-huit heures, cette réaction est déjà si avancée qu'une dose de venin capable de tuer deux ou trois cobayes normaux reste sans effet sur le cobaye vacciné. En outre, le sérum de celui-ci immunise immédiatement les animaux auxquels on l'injecte, de sorte qu'il permet de neutraliser les effets d'une inoculation récente de venin.
Bien qu'on puisse compter sur cette méthode, il y aurait, néanmoins, un grand avantage pratique à connaître un composé défini de même action que le sérum antivenimeux. Or, parmi les très nombreux antidotes qui ont été proposés contre les venins, il en est un certain nombre, se rattachant au même groupe, qui semblent dignes de quelque intérêt : ce sont le chlore, le brome et l'iode, et certaines de leurs combinaisons, comme le trichlorure d'iode et les hypochlorites. Ces derniers surtout dont on avait déjà signalé l'action destructive sur certains virus voisins des venins, comme ceux de la
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mor\'e (Peuch), du tétanos et de la diphtérie (Roux), etc. *, ont été préconisés tout récemment encore par M. Calmette, qui leur attribue, en dehors de leurs propriétés thérapeutiques, celle de produire la même réaction vaccinale que le venin chauffé*. Si Ton tient compte, d*une part, de ce que nous savons et surtout de ce que nous ignorons relativement à la nature des venins et des ferments diastasiques, d'autre part, de la variabilité et de l'altérabilité de ces mêmes corps, on comprendra quelle importance théorique et pratique aurait la découverte de M. Calmette, si elle était confirmée. Or, une série d'expériences que nous avions faites dans ce but, ayant conduit à des conclusions opposées, nous avons cru utile d'entreprendre l'étude systématique du chlorure de chaux, considéré comme antidote des venins. Cette étude nous a permis d'élucider le véritable mode d'action de ce corps et de tirer quelques conséquences relatives à son emploi possible contre les morsures venimeuses.
Avant de l'exposer en détail, nous ferons remarquer qu'en traitant le chlorure de chaux en poudre par l'eau distillée, on obtient en solution un mélange de chlorure, d'hydrate et d'hypochlorite de calcium. C'est pourquoi nous avons étudié l'action séparée de ces trois corps, d'abord sur le venin, puis sur l'organisme.
1^* Chlorure de calcium. — Tout d'abord nous avons reconnu l'inefficacité du chlorure de calcium. Ce sel ne détruit pas le venin ; de plus, son injection sous-cutanée ne retarde nullement la mort par envenimation, à moins qu'elle ne soit faite avec une solution très
* Bousquet, Nouveau traité de la vaccine. Paris, 1848, p. 238. — Bibrox, ffournal of médical sciences^ 1858, p. 94 et 375. — John Douoall, Ctrbolic acid and zymotic diseases {The Laocot^ 30 août 1873, p. 295). — D' Baxter, Report on an expérimental study of certain disinfectants (Appcndix to thc Report of tbo médical of/tcor of the Privy Couocil. London, 1875, t. VI, p. 216 à 256; Blue Books). — Mecklemburg, Berliaer kl in. Wocbenscbrift, 21 juin 1869.
— Hoffmann, Preussischer Impf-Institute {Viertelj. f, gericht. Af éd., avril 1878, et Revue de Hayem, 15 avril 1879, p. 511). — Renault (d*Alfort), Dictionnaire de médecine vétérinaire de Bouley, t. IV, art. désinfection. — Peuch, Revue vétérinaire de l'école de Toulouse, mai 1876, et Lyon médical^ 5 octobre 1879.
— Da vaine, Recherches relatives à l'action des substances dites antiseptiques sur le virus charbonneux (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 13 octobre 187B, p. 821). — A.-A. Kanthack, Sur le chlorure d'or comme remède contre le venin de cobra (The Lancct, 1892, t. I, p. 1296). — Roux, Sérum-tbérapie de la dipb" térie. Ann. de Plnst. Pasteur, 1894.
* « Elles peuvent (les propriétés anti toxiques du sérum) se développer également sous l'influence d'injections répétées d'hypochlorites alcalins en solution faible, sans mélange de venin », d'où l'auteur conclut qu'en cas de morsure, on devra injecter la solution de chlorure de chaux « autour et à une assez grande dislance do la plaie d'inoculation » [Comptes rendus, 1894, t. CXVIIÏ, p. 720, et Ann. de l'Inst. Pasteur, 189V, p. 286; voir aussi p. 283).
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concentrée et en métange avec le venin. Dans ce cas, en effets il produit une plasmolyse énergique des tissus et retarde l'absorption du toxique :
Exp. I. — Le 10 juillet 1894, on inocule dans la cuisse droite d*un cobaye de 670 grammes le mélange suivant :
Solution saturée de chlorure de calcium 2^
Venin de vipère 0°»ff,8 *
Dès le premier jour, Taction locale est manifeste ; œdème avec peau violacée, Tanimal ne se sert plus de sa patte. La température baisse de 39 à 36<>. L*œdème va en s^accentuant les jours suivants ; il remonte du côté du ventre, et le 12 juillet il y a un commencement de mortification. En même temps, Tétat général reste mauvais : T = 36<*8. Poids == 595 gr . L*escarre augmente de plus en plus, la patte est rétractée ; le 16 juillet, ranimai n& peut plus marcher, il est très émacié; il succombe à 2 heures, après une survie de 6 jours, alors que la dose de venin injecté suffit pour tuer un cobaye en moins de dix heures.
Si on injecte séparément le venin et la solution concentrée de chlorure de calcium en deux points du corps, la mort arrive aussi rapidement qu'avec du venin seul.
2* Hydrate de calcium, — La solution d'hydrate de calcium ou eau de chaux n'a pas non plus d'action chimique manifeste sur le venin. Si, après un contact d'une demi-heure, on sature très exactement par l'acide chlorhydrique un mélange d'eau de chaux et de venin, il n'y a aucune atténuation.
Exp. II. — Le n juillet 1894, on mélange 0»»,6 de venin de vipère avec 2 centimètres cubes d'eau de chaux saturée. Après une demiheure de contact, on sature très exactement avec de Tacide chlorhy** drique étendu et on injecte le tout à 10 heures dans la cuisse d*un cobaye de 575 grammes. Le soir, à 5 heures, ce cobaye est très malade. On le trouve mort le lendemain matin. II a donc succombé, en moins de vingt-quatre heures, avec les symptômes et les lésions habituelles.
Au contraire, le même mélange, dans lequel la chaux n'est pas saturée, agit beaucoup moins que le venin seul.
Exp. III. — » On mélange 0"«,6 de venin de vipère avec 2 centi-. mètres cubes d*eau de chaux saturée qu'on injecte dans la cuisse gauche d'un cobaye de 540 grammes. Les symptômes généraux et locaux sont
* Le poids de venin sec n*est pas toujours le même dans les divers groupes d*expérienoes. Cela tient à Torigine et par suite â la valeur différente des venins que nous avons employés. Voir à ce sujet: ^''c/^iV. dePhys^y avr|l i895» . ;
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beaucoup moifts accentués qu^avec le vanm pur. Cependant, il y a un peu d*oodème mou au flanc gauche et à la cuisse ; à partir du troisième jour, la patte est rétractée. Au lieu de mourir en 18 heures, comme un cobaye témoin, ranimai a survécu plus de quatre jours, pendant lesquels la température a baissé graduellement de 99^,6 à ZÂ\
Ici encore, ce doit être une action caustique due à la chaux qui retarde l'absorption, ainsi que le démontrent les expériences suivantes :
Exp. IV. — IjO il juillet 1884, on injecte à un cobaye de 110 grammes 5 centimètres cubes d*eau de chaux saturée en trois points différents du côté gauche (1 centimètre cube près de la cuisse, t centimètres cubes au voisinage de Taisselle et 2 centimètres cubes dans le flanc.)
Le 12 juillet, il y a un peu d*oddème aux points d'inoculation. Au milieu de Toedème, au niveau de la piqûre moyenne, on inocule 0^,9 de venin de vipère. L'animal est mort au bout de vingt-six heures, tandis qu'un témoin est mort en 1 heures.
Exp. V. — 5 centimètres cubes d'eau de chaux saturée sont injectés a un cobaye de 740 grammes, en même temps et aux mêmes points qu'au cobaye de l'expérience précédente. Le 12 juillet, on inocule aussi la même dose du même venin, 0"',9, mais dans le flanc droit, c'est-à-dire du côté opposé à celui qui a reçu l'eau de chaux. L'intoxication a été très rapide, et la mort a eu lieu au bout de sept heures, aussi vite que le témoin non traité par Teau de chaux.
à** Hypochlorite de calcium. — Le rôle du chlorure et de l'hydrate de calcium étant établi, on a pu aborder celui de Thypochlorite. On s'est servi pour cela d'une solution de chlorure de chaux dans douze parties d'eau, et au moment de l'emploi, on retendait d'environ cinq à six parties d'eau distillée, de manière à l'amener au titre de 850 à 900 centimètres cubes de chlore actif par litre de solution, ce qu'on déterminait par un dosage volumétrique à l'acide ai^sénieux.
Lorsqu'on voulait annuler l'influence de la chaux libre contenue dans la solution, on saturait très exactement par l'acide chlorhydrique, de sorte qu'il ne restait plus que du chlorure de calcium inactif avec l'hypochlorite.
De même, pour détruire l'activité de l'hypochlorite, on ajoutait un peu d'hyposulfite de sodium, sel dépourvu de toute propriété préservatrice contre le venin.
Exp. VI. — Le T juillet 1894, on mélange 0»%1 d'hyposulflto de sodium avec 0^^,6 de venin et on inocule ce mélange (3 centimètres cubes) dans la cuisse droite d'un cobaye de 500 grammes. L'animal est moi*t en neuf heures» avec tous les symptômes habituels.
yoan des siBmfrs. Bt?
L'action directe de Thypochlorite détruit aussi rapidement les propriétés toxiques du venin que celles des autres virus, et les expériences que nous avons faites pour le constater sont d'accord avee celles de tous les auteurs.
En voici une, à titre d'exemple.
Exp. VII. — Le n juillet 1894, à 9 h. 25 m., on mélange 5 centimètres cubes de chlorure de chaux à 2 0/0 avec O^fi de venin de vipère. Après une demi-heure de contact, on sature : !• Thypochlorite de chaux par une solution dliyposulfite de sodium à 10 0/0 ; 2* la chaux par Tacide chlorhydrique étendu, et on injecte le mélange à un cobaye de 650 grammes.
L'animal n'a éprouvé aucun symptôme d'envenimation ; le 13 aotît il sert à une autre expérience.
Ce résultat n'a pas lieu de surprendre, étant donné que l'hypochlorite de calcium oxyde et détruit les substances organiques, même les plus résistantes. Il agit de même sur les tissus vivants. Aussi avons-nous toujours constaté, à la suite de l'inoculation sous-cutanée du chlorure de chaux, des lésions locales plus ou moins étendues, suivant la concentration du réactif. Elles se traduisent, sur le vivant, par de l'œdème mou, pouvant aboutir à une escarre et, à l'autopsie, par la mortification des tissus. Ajoutons qu'on observe quelquefois, dans les premiers moments qui suivent l'injection, des symptômes généraux tels que : pâleur de la peau et des muqueuses, nausées, état syncopal. Il était vraisemblable que l'action locale do l'hypochlorite devait jouer un rôle important dans la protection de l'organisme contre l'intoxication venimeuse. C'est effectivement ce que nous avons établi de la manière suivante :
Des cobayes ont été injectés avec une solution d'hypochlorite de calcium en piqûres disséminées d'un même côté du corps, ainsi qu'on l'a fait dans les expériences sur l'action de l'eau de chaux. Après vingt-quatre ou quarante-huit heures, on inoculait une même dose de venin à ces cobayes. Or, tandis qu'il y avait survie quand le venin était injecté du même côté que l'hypochlorite, la mort arrivait fatalement, dans le délai normal, s'il était injecté du côté opposé. Voici quelques-unes de ces expériences :
Exp. VIII. — Le â juillet 1894, on injecte à un cobaye de 5d0 grammes 10 centimètres cubes d'une solution de chlorure de chaux à 2 0/0. L'inoculation a été faite da côté gauche, en cinq piqûres distinctes, dans la cuisse et le flanc. Il n'y a pas de symptômes généraux accentués. G^iendant, ranimai diminue de poids et, le 4 juillet, il ne pèse phis que 510 grammes. Mais il y a une action locale qui se manifeste par ua œdème très pronoDoé.
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Le 4 juillet, quarante-huit heures après, on inocule 6/10« de milligramme de venin de vipère d*Arbois, du côté droite sous la peau du dos, au-dessous de Tépaule droite. Les symptômes ordinaires de Tintoxication vipérique ne tai*dent pas à se manifester, la température s'abaisse pro- ^essivement et, en moins de douze heures, Tanimal est mort,
Exp. IX, — Le 2 juillet 1894, on injecte à un cobaye de 540 gi^ammes 10 centimètres cubes de la solution de chlorure de chaux ayant servi dans Texpérience précédente. L'inoculation a été faite aussi du côté gaucbCy dans les mêmes conditions. Le seul symptôme appréciable a été un œdème très marqué dans tout le côté gauche, avec une légère diminution de poids (525 gr.).
Le 4 juillet à 8 heures, on inocule, dans le flanc gauchCy au milieu de Toedème, 0"*»,6 de venin de vipère, le même que celui qui a servi à Texpérience VIII. Le soir, la température avait baissé de 4*» (de 40 à 36), mais ranimai est resté vif.
Le 8 juillet, la température est remontée à la normale, 39«,3, mais il s'est formé sur la peau du ventre une escarre de 2 centimètres, qui est éliminée par suppuration. Il s'en fait une plus petite au niveau de la mamelle. Malgré cela, Tanimal reste très vif et survit pendant Irois mois.
C'est bien à raction locale provoquée par rhypochlorite qu'est due la survie du cobaye de Texpérience IX.
Pour le mieux prouver, en montrant qu'il ne s'agit pas d'une action directe du réactif qui aurait pu persister dans la région inoculée, noiis avons recommencé les mêmes expériences, mais, en outre, vingt-quatre heures avant d'inoculer le venin, nous avons injecté une solution d'hyposulfile de sodium plus que suffisante pour neutraliser tout rhypochlorite antérieurement inoculé. Les résultats ont été les mêmes.
Exp. X. — Le 5 juillet, on injecte à un cobaye de 610 grammes, du côté gauche et en quatre points différents (cuisse, flanc, aisselle, dos), 10 centimètres cubes d'une solution à 1 0/0 de chlorure de chaux.
liO 6 juillet, tout le côté gauche est œdémateux. Le liquide de cet œdème, traité par un réactif spécial du chlore, ne donne pas la réaction caractéristique. Toutefois, pour plus de certitude, on injecte encore, aux mêmes points que le chlorure de chaux, 0»',1 d'hyposulfite de soude, dissous dans 5 centimètres cubes d'eau.
Le 1 juillet, l'animal est inoculé avec 0*"»,6 de venin de vipère, dans le dos, du côté droite c'est-à-dire du côté opposé à celui où a été injecté le chlorure de chaux. *
Ce cobaye est mort en dix ou douze heures avec lous les symptômes habituels de l'envenimation.
A l'autopsie, on trouve à droite l'œdème produit par le venin J)u^ côté
gauche, entre les muscles et la peau, il y a un léger épanchement. Les muscles sont jaunfttres, rudes au toucher. La couche superficielle est mortifiée et forme comme une membrane isolante. Le tissu conjonctif sous-cutané est infiltré d*un exsudât dense, pseudo-membraneux résistant. La peau est très vascularisée,
Exp. XI. — Le 6 juillet, on fait à un cobaye de 565 grammes une injection de chlorure de chaux à 1 0/0, du côté gauche ^ et dans les mêmes conditions que pour Texpérience précédente.
Le 6 juillet, il y a un œdème considérable qui dépasse un peu la ligne médiane du ventre ; à 10 heures, on injecte aux mêmes points d'inoculation que la veille, 0^',! d'hyposulfite, dissous dans 5 centimètres cubes d*eau.
Le 1 juillet, à 9 h. 30 m., on inocule au milieu de Tœdème^ 0°*,6 du même venin de vipère que dans Texpérience précédente. La résistance des tissus est tellement grande que le liquide pénètre très mal. On a dû s'y prendre à plusieurs reprises pour injecter le venin.
L*animal n'a présenté d'autre symptôme qu'un léger abaissement de la température (1S5) qui, le lendemain, était revenue à l'état normal.
Deux petites escarres se sont formées à la cuisse et à l'abdomen. Après leur chute, elles ont laissé de petites plaies dont une a fini par guérir, même sans traitement. L'animal a survécu plus de trois mois.
11 résulte nettement des expériences précédentes que le chlorure de chaux, en injection sous-culanée, se détruit en réagissant sur les tissus et que son action antidotique est purement locale. Il ne pénètre donc pas, ou du moins ne persiste pas, dans la circulation pour y détruire le venin, comme il le ferait dans un verre à expérience, ainsi que le pense M. Calmette. Cette hypothèse est, du reste, en désaccord avec les expériences mêmes de cet auteur qui déclare que « Tinjection intra- veineuse ne réussit presque jamais à empêcher Tenvenimation ». 11 serait contradictoire, en effet, qu'un agent chimique, absorbé par la voie sous-cutanée, puisse aller neutraliser le venin dans le sang, alors qu'injecté directement dans celui-ci, il serait incapable de produire le même résultat.
Il résulte encore de nos expériences que l'hypochlorite de calcium ne protège pas l'organisme en y provoquant la iormation d'une substance antitoxique, puisqu'une injection de venin, faite un temps quelconque après celle du chlorure de chaux, mais en un point différent, entraîne la mort dans le même délai que s'il n'y avait pas eu d'injection d'hypochlorite. Néanmoins, étant donnée l'importance du fait avancé par M. Calmette, nous insisterons sur ce point. Ayant répété exactement l'expérience sur laquelle il s'appuie {loc, cit., p. 286), nous n'avons pu constater la moindre propriété antitoxiquo
du sérum d'un lapin ayant reçu» cinq jours de suite, une dose quolidienne de chlorure de chaux dilué.
Exp. XIL — Pendant cmq jours consécutifs, on injecte à un lapin de 1,700 grammes 1 centimètre cube de solution d'hypochlorite de chaux (4 0^*^,869 de chlore actif par litre) en différents points du corps. Le sixième jour, ranimai est sacrifié et son sérum est préparé aseptiquement, en même temps que celui d*un lapin normal.
A. Le 25 mai, à 10 heures du matin, on injecte dans Tabdomen d'un lapin de Si^'yllO quinze centimètres cubes de sérum provenant du lapin traité par Thypochlorite, mélangés avec 1 milligramme de venin de cobra. A. 1 heure, la respiration est accélérée. A 1 h. 20 m., Tanimal est mort,
B. Le même jour, à 10 h. 10 m., on injecte dans Tabdomen d*un lapin de 2^',110 onze centimètres cubes de sérum de lapin normal, mélangés avec la même dose de venin de cobra qu'en A.
A 1 heure, respiration accélérée ; à 1 h. 20 m., Tanimal est a Tagonie; à 1 h. 25 m.f il est mort.
De plus, nous avons fait une expérience semblable en opérant non plus sur le lapin, mais sur le cobaye et en nous servant de venin de vipère au lieu de venin de cobra. Et, pour rendre plus sensible la manifestation de propriétés antitoxiques du sérum dans le cas où celles-ci se seraient produites, nous avons employé une do^ de venin assez faible pour n'entraîner la mort qu'après un temps relativement long (36 heures). Le résultat a été le même que dans Texpérience précédente.
Exp. Xin. — Pendant cinq jours consécutifs, on injecte à deux cobayes, en différents points du corps, 0^,5 d^ solution de chlçrure de chaux (à 0"^,869 de chlore actif par litre). Le sixième jour, les animaux sont sacrifiés et leur sérum est préparé aseptiquement, en même temps que celui de deux cobayes normaux.
A. Le 25 mai, à 10 h. 35 m. du matin, on injecte dans Tabdomen d'un cobaye de 580 grammes 12 centimètres cubes de sérum provenant des animaux traités par Thypochlorite, mélangés avec une dose mortelle de venin de vipère. L'animal est mort dans la nuit du 27 au 28.
B. Le même jour, à 10 h. 40 m., on injecte dans l'abdomen d'un cobaye de 580 grammes 10 centimètres cubes de sérum de cobaye normal, mélangés avec la même dose de venin qu'en A. L'animal est jaor^ dans la même nuit que le précédent et en présentant, comme celui-ci, les symptômes habituels de l'envenimation vipérique.
Eln résumé, toutes nos expériences concordent à démontrer que la solution de chlorure de chaux préconisée contre la morsure des serpents venimeux n'a aucune action générale immunisante, mais seulement une action locale. Elle peut détruire le venin sur place.
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mais surtout elle mortifie les tissus et met ainsi obstacle à l'absorption du toxique. On doit en conclure, au point de vue pratique» que les injections de chlorure de chaux faites en d'autres points que celui de la morsure, doivent être évitées. Si on voulait essayer cet antidote, il faudrait Tinjecter plutôt en profondeur que sous la peau, à l'endroit même où ont pénétré les crochets du reptile.