III. — Glycogène de la lymphe
12. La question du glycogène de la lymphe se rattache à celle du glycogène du sang, question fort controversée et même résolue négativement au moment où j'exécutais mes expériences. La présence du glycogène dans le sang annoncée par G. Salomon (1877-1879) n'a, en effet, été démontrée par Huppert qu'en 1898 *. Elle avait d'ailleurs été contestée par 0. Nasse (1866), par Barfurth (1885), par Hoppe-Seyler, par Prausnitz (1890) qui n'avaient obtenu que des résultats négatifs. Ces échecs prouvent déjà deux choses, c'est à savoir que le glycogène ne peut se trouver dans le sang normal qu'en quantité minime et secondement que les méthodes habituelles (de Kùlz, de Briicke, do Bôhm et Hoffmann) sont impuissantes à l'y déceler. C'est du reste ce que Huppert a montré directement. En ce qui concerne le sang de chien, en particulier, où il a trouvé, en moyenne, 0»', 000156 p. 1000, on n'obtiendrait aucun résultat à moins d'opérer sur 200 grammes de sang et d'employer la méthode compliquée qu*il a suivie. Cette recherche exige les opérations suivantes : traitement par l'oxalate de potassium, l'acétate de cuivre, le sulfure d'ammonium, la liqueur de Brûcke et nombreuses filtra tiens dont plusieurs sur l'amiante. Malgré les résultats contraires qui ont été annoncés par quelques expérimentateurs (Kaufmann), je me suis assuré que Ton n'obtenait pas de glycogène du sang normal de chien par l'emploi des procédés de Brûcke et Kûlz, même en employant de grandes quantités (SOO*^).
Au contraire, en ce qui concerne la lymphe, j'ai réussi, en
* Huppert, Ueber das Vorkommen von Glykogen von Blui und Eiter {ZoiL /. Phya, Chim., 1893, Bd XVIII, p. 144).
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employant les procédés connus de Kûlz et Brûcke, à en extraire des quantités minimes, mais appréciables de glycogène. Il suffit d*opérer sur une quantité suffisante de matière. Et c'est ce que j'ai précisément obtenu avec la vache à fistule lymphatique dont il a étéqpiestion dans la première partie de ce mémoire.
Les résultats de cette expérience ont été présentés avec des développements suffisants à la Société de biologie ^ Je les rappellerai brièvement ici.
La lymphe était reçue simultanément dans quatre matras où elle s'écoulait en sortant de la fistule, par un tube divisé en quatre branchements. Cette disposition avait pour but de rendre initialement identiques les quatre lots, quels que fussent les changements de la lymphe excrétée pendant la durée de l'opération. Celle-ci, en eflfet, a duré cinquante-deux minutes. Le matras a* 1 avait reçu, au bout de ce temps, 273 grammes; le n* 2, 192 grammes; le n** 3, 146 grammes ; le n* 4, 172 grammes de lymphe. Le ballon n* 1 contenait environ 300 grammes d'alcool absolu légèrement acidifié par l'acide acétique ; il en a reçu 300 autres, la récolte finie, et a été chauffé à 60*. Le ballon n* 4 contenait envii*on 5 décigrammes d'oxalate de potasse dissous dans une faible quantité d'eau. La lymphe reçue dans les ballons n"^ 2 et 3 était défibrinée par agitation avec des bâtons de verre à mesure de son écoulement.
Le premier lot a servi à établir la présence du glycogène dans la lymphe ; le deuxième la destruction rapide de ce glycogène par un ferment diastasiqpie (Lymphodiastase) ; le troisième et le quatrième ont servi à montrer que le glycogène était fixé sur les éléments figurés, et absent du plasma.
13. Existence du glycogène dans la lymphe. — Dans le premier ballon, les diastases possibles ont été détruites par l'action combinée de l'alcool et de la chaleur. Le sucre a passé dans la liqueur alcoolique : le glycogène est resté fixé au précipité. On a épuisé le résidu par l'alcool, pour enlever tout le glucose. Quant au précipité, dûment lavé, il a été traité par le procédé de Kûlz, puis par la liqueur de Brûcke et l'acide chlorhydrique, et finalement reçu dans l'alcool à 95^. Le dépôt contenait du glycogène (s'il n'était pas entièrement formé par lui), ainsi qu'en témoignaient la réaction de l'iode ioduré, de la salive et des acides. J'ai ainsi trouvé 0,097 0/00, chiffre qui est évidemment une limite supérieure.
14. Destruction du glycogène delà lymphe. — Le contenu du deuxième ballon a été abandonné pendant vingt-quatre heures à la
* A. Dastrb, Becbercbes sur h glycoghne de U lymphe^ 30 mars 1S95.
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température du laboratoire. Puis il a été divisé en deux parties; dans la première on a analysé le sucre. Il n'existait qu'à Tétat de traces, ainsi que cela était facile à prévoir (0,08â 0/00). Dans la deuxième, on a analysé également le sucre, après avoir transformé les hydrates de carbone en glucose, par Faction de l'acide chlorhydrique en vase scellé à iiO*. On n'a trouvé qu'une augmentation insignifiante, 0,025. Le glycogène trouvé au premier moment (n* 19) avait donc complètement disparu. L'action de la chaleur et celle de l'alcool avaient écarté la cause de destruction ; celle-ci a, par conséquent, les caractères d'une diastase (Lymphodiastase).
15. Absence du glycogène dans le plasma. Sa présence dans les éléments ttgurés. — Dans le matras n* 3, on sépare la fibrine au moyen d'une fine étamine. La lymphe défibrinée est conservée à la glacière, on y ajoute de Teau salée (6 0/00), et on laisse le liquide se séparer en deux couches.
Même conduite avec le matras n"* 4, oîi la coagulation n'avait pas eu lieu.
Dans l'un et l'autre cas on trouve une quantité appréciable de glycogène dans le dépôt corpusculaire : rien dans le plasma.
16. Conclusion. — Ces expériences établissent les points suivants :
1* La lymphe contient une quantité appréciable de glycogène que Ton peut obtenir au moyen des procédés habituels (de KCilz et de Brûcke); cette quantité^ dans noire recherche ^ atteignait au maxi^ mum, 0,007 0/00.
2* Le glycogène est détruit dans la lymphe^ en moins de vingts quatre heures, par un ferment diastasique. Par une recherche directe, MM. Bial et Rôhmann ont démontré l'existence de ce ferment dans la lymphe vivante et circulante (Lymphodiastase).
8* Le glycogène paraît entièrement fixé sur les éléments ûgurés; il est absent du plasma liquide.
Ce dernier résultat est en accord avec un grand nombre d'autres faits : 1* On remarquera d'abord que le chiffre du glycogène de la lymphe est considérable par rapport à celui du glycogène du sang, donné par Huppert, pour la même espèce. C'est 0,097 au lieu de 0,0076. Lors même que notre chiffre de 0,097 qui exprime une valeur limite, devrait subir de fortes réductions tenant aux impuretés qui ont été comptées avec la substance pure, il n'en resterait pas moins que cette quantité est très supérieure à celle du sang (chez notre animal que nous considérons comme à peu près normal). Et ceci est en accord avec la fixation du glycogène sur les globules blancs, rares dans le sang, nombreux dans la lymphe; 2^ Les déterminations