II. — Sucre et glycolyse de la lymphe chez la vache
J'ai pu, grâce à l'obligeance de M. Kaufmann,'professeur de physiologie à l'école vétérinaire d'Alfort, recueillir la lymphe chez une vache, d'ailleurs saine, atteinte seulement d'une affection locale de la vessie. Pour la circonstance, cette vache avait subi l'opération de la fistule du canal thoracique.
7. Lymphe recueillie depuis vingt-quatre heures. — L'opération avait été exécutée le 3 février, dans la journée. Les prises méthodiques furent faites le lendemain, comme je le dirai plus loin. Néanmoins, le jour même, on recueillit une certaine quantité de lymphe, deux lots en particulier, l'un de 292 grammes, qui servit à la détermination du sucre, l'autre de 322 grammes, qui fut employé
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à rechercher le glycogène. Ces deux échantillons furent abandonnés à la température du laboratoire (nuit froide, température 18* le jour) pendant vingt-quatre heures, et examinés seulement après cette période.
Exp. (d? 48). — Poids de la lymphe obtenue en vingt minutes environ, 292 grammes. La masse est traitée par le sulfate de soude et Facide acétique, épuisée à plusieurs reprises, les liqueurs réduites par concentration à chaud et l'analyse exécutée au moyen du procédé par décoloration.
On trouva une quantité insignifiante de sucre, soit par 1000 de lymphe 0«',022.
Cette expérience nous apprend, qu'après vingts-quatre heures^ la glycolyse a fait disparaître la presque totalité du sucre^ que nous savons déjà exister dans la lymphe.
De même, la recherche du glycogène, après ce laps de temps, . fournit des chiffres tellement insignifiants que son existence resta incertaine.
Exp. (n« 48 bis). — On opérait sur 322 grammes de lymphe recueillie la veille, chauffée au bain-marie avec 1 grammes de soude caustique jusqu'à dissolution complète. La liqueur est neutralisée à froid avec Tacide acétique, puis on filtre ; le filtrat est reçu dans Talcool. On observe une o^lesoence, puis un dépôt. Après plusieurs jours, on reprend par Teau qui dissout seulement une partie. On réduit par évaporation. On acidifie avec Facide chlorhydrique dans un mati^as de WQrtz que Ton fait sceller à la lampe et que Ton abandonne pendant vingt-quatre heures à rétuve à 105*. L'analyse n*a démontré que des traces de sucre.
U est donc inutile de chercher le glycogène après vingtrquati*e heures ; s*il existait, il a disparu.
8. Prises méthodiques de lymphe pour l'étude de la glycolyse. — Le 4 février, lendemain de l'opération , je procédai à la prise de lymphe et j'en recueillis de grandes quantités dans les condi* tions que je vais expliquer. De 11 heures du matin à 4 heures du soir, j'obtins 12 ballons-matras dont 8 furent réservés pour l'étude du sucre et 4 pour la recherche du glycogène.
9. Début de la glycolyse. — Les deux premiers matras ont servi à l'étude ÙQs phénomènes de début. On à recueilli en cinq minutes,' au moyen d'un tube à bifurcation, 30»', 8 dans un des récipients chargé d'alcool et 42»', 8 dans l'autre; dans celui-ci, qui était resté vide, on ajoute l'alcool douze minutes plus tard, de manière qu'en tenant compte de la durée de la prise, l'action glycolytique aura pu s'exercer pendant quatorze minutes et demie, environ un quart d'heure.
GLYCOOiNE DE LA LYMPHE.
La détermination a fourni, pour la lymphe immédiatement reçue dans Talcool, la teneur en sucre de 0,345 p. 1000; et pour la seconde, après un quart d'heure de glycolyse, 0,348. Ce sont là des nombres pratiquement identiques, car il est impossible de répondre expérimentalement de la minime différence qui les sépare.
Cette expérience établit donc que la glycolyse ne se manifeste point pendant les premiers moments^ soit qu'elle ne s'accomplisse réellement point, ou qu'elle soit compensée par une action contraire qui ne pourrait être qu'une transformation de glycogène en sucre..
Ce résultat est tout à fait d'accord avec ce que Arthus a vu pour le sang.
10. Marche de la glycolyse, — Les quatre ballons suivants ont reçu la lymphe simultanément, au moyen d'un tube divisé en quatre brandies, de manière que ces lots, recueillis dans le même temps, soient initialement dans le même état et par conséquent comparables.
Le matras n« 3 contenait de l'alcool, de manière à annihiler les actions fermentatives possibles. L'analyse du sucre a donné le chiffre S = 0;335 p. 1000 qui représente la teneur de la lymphe circulante.
Le matras n* 4 a reçu la lymphe que l'on a défibrinée par agitation à mesure de son arrivée. Ce n'est qu'une heure et demie plus tard que l'on a ajouté l'alcQol pour mettre fin aux actions diastasique? possibles. L'analyse a donné 8 = 0,219.
Le matras n*5 a donné pour le sucre, après deux heures et demie, 8 = 0,127.
Le matras n* 6 a donné, après trois heures et demie, 8 = 0,113.
Ces chiffres montrent la marche rapide de la glycolyse. En unissant les résultats des deux expériences, on constitue le tableau suivant qui exprime la marche du phénomène.
Tableau IL —
Glycolyse
dans la lyi
vpbe.
Quantité
ie Mier« par 1000
de lymphe.
Ipfèi 15 m.
Jkprèt 1 h. 30 m.
Aprèt S k. 30 m.
Aprèi 3 h. 30 m.
Après 34 h.
Or, 335
même quantité
0tr,113
traces
11 . Action inbibitoire de Voxalate de potassium. — Je signalerai uiX dernier résultat. Le ballon n« 7 contenait de l'oxalate de potassium (2* 0/00 environ de la quantité de lymphe) ; on voulait ainsi empêcher la coagulation. On a constaté en même temps qu*il n'y avait pas eu de destruction de sucre. La quantité a été 8 = 0^317 •
538 ▲. dàstrc.
On concluerait à une augmentation si Ton pouvait accorder assez de confiance à la valeur absolue de différences aussi faibles. Si d'autres expériences montraient régulièrement cette augmentation du sucre dans la lymphe conservée en présence de l'oxalate de potassium, il faudrait l'attribuer à la saccharilication du glycogène par la lymphodiastase qui existe dans ce liquide (Bial et Rôhmann) et qui, elle, comme je m'en suis assuré, n'est pas annihilée par l'oxalate.
La glycolyse dans la lymphe est donc très analogue à ce qu'elle est dans le sang. Nulle (ou compensée) dans les premiers moments qui suivent la prise, elle se produit rapidement dans les premières heures; plus lentement ensuite : elle est presque achevée en vingtquatre heures. L'agent destructeur semble identique dans les deuxcas (ferment glycolytique) : il est paralysé par l'oxalate de potassium,