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INHIBITION D'UN REFLEXE MEDULLAIRE

PAR L'écORCB CÉRÉBRALE DE LA « ZONE MOTRICE » Par M. CH. CONTCJCAN

(Travail du laboratoire do M. Chauveau.)

Les expériences des physiologistes qui ont pratiqué sur le chien l'extirpation de l'écorce cérébrale entourant le sillon crucial {G. cen* tralis anterioPy g. sigmoideus^ g. centralis poster ior) y région improprement appelée « zone motrice » (Fûhlsphàre de H. Munk), nous ont appris que cette opération a pour effet de diminuer notablement dans les membres du côté opposé à la lésion, la sensibilité tactile, la sensibilité aux pressions, le sens musculaire, et même, quoique à un moindre degré, la sensibiUté à la piqûre et la sensibilité thermique ^ Il en résulte, chez les animaux ainsi traumatisés, une certaine diminution des mouvements réflexes défensifs du côté opposé au lieu de l'opération. Cette obnubilation de la sensibilité réflexe découle implicitement de tous les faits observés par MM. M. Schiff et H. Munk ; nous l'avons toiyours constatée sur les animaux que nous avons opérés ; M. Bernstein emploie même l'expression de diminution des réflexes dans son récent traité de physiologie : « Beim Anfassen der rechten Extremitaten (l'animal est opéré du côté gauche) entstehen keinerlei Reaktionsbewegungen, wie dies auf der anderen Seiteder Fall ist. Selbst Stechen mit einer Nadel wird kaum beantwortet; erst starke Reize rufen einen Reïlex bervor ». {Lebrbucb der Pbysiologie^ Stuttgart,

* Voir principalement les travaux de MM. M. Schiff, Lexioni di Rsiologiâ sperimentaïe^ Firenze, 1872, p. 523; Arehiv /. exp. Pathologie u. Pharmakologie^ 1875, Bd III, S. 170; Rivista sperim, di freniatria e di med, leg. di Beggio EmiJiOy 1876; — H. Munk, Du Boia Reymond'a Arehiv t. Physiologie, 1878; Plusieurs communications à la Physiologische Gesellschafl de Berlin; voir notamment les pages 172, 174 et 549.

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Nous savons aussi que rencéjf^hale renferme des centres inhibiteurs (les réflexes, centres dont l'existence est facile à mettre en évidence par la section du bulbe. Pour concilier ce fait avec ce qui précède, nous sommes amenés à exclure ces centres inhibiteurs de la soidisant zone motrice, et même à admettre, dans cette région de Técorco cérébrale, l'existence de centres dynamogéniques pour les réflexes médullaires; ou à faire l'hypothèse suivante plus vraisemblable : la zone motrice peut exercer, comme toute l'écorce cérébrale, une influence inhibitrice sur les réflexes médullaires ; quand on l'extirpe à un animal, on diminue la sensibilité consciente du côté opposé, et l'influence modératrice de la portion restante de l'écorce cérébrale, peut-être même exagérée du fait de l'opération, se manifeste alors pour déprimer les réflexes médullaires provoqués par des excitations que l'animal ne perçoit plus que vaguement.

Cette deuxième interprétation semble préférable, à cause de ce fait que les troubles consécutifs à l'opération sont souvent moins marqués quand la lésion est très vaste, comme l'a constaté maintes fois M. Goltz. Les réflexes paraissent bien conservés sur son chien sans cerveau*. Un chien, à qui j'avais extirpé la presque totalité d'un hémisphère, et du corps strié, n'a présenté que pendant un mois au plus quelques troubles de sensibilité et de mobilité. Les membres opérés glissaient sur les parquets cirés, mais l'animal ne les plaçait jamais dans une position vicieuse comme cela est si fréquent chez les chiens dont la « zone motrice » seule est détruite.

J'ai cherché par différents procédés à mettre en évidence l'influence inhibitrice que l'écorce de la « zone motrice » devait, à mon sens, exercer sur l'excitabilité réflexe de la moelle, en m'adressant de préférence à des actes réflexes qui n'intéressaient point la sensibilité tactile ou la sensibilité à la douleur (par exemple, convulsions réflexes du strychnisme). Mes expériences ne m'ont généralement point donné le résultat que j'en attendais, sauf celles que je vais rapporter.

Ces expériences ont été exécutées sur des chiens atteints de la maladie dénommée chorée en médecine vétérinaire. La nature réflexe des secousses cloniques dont sont affectés ces animaux, a été démontrée par les expériences de M. Chauveau *, de Carville ^, do Paul Bert*, de Legros et Onimus» et de M. Quincke*. Ces secousses

« Fr. Goltz, Der Hund ohne Grosshirn {Pûûger's Archiv, 1894, Bd LI, S. 575).

* A. Chauveau, Gaxetto médicale de Lyon, 1864, p. 194.

' Carvills, Comptes rendus de la Soc, de bioL^ 1869, séance du l*' mai, p. 154.

* P. Bkrt, Ibid,, 1870, séance du 80 avril, p. 69.

* Leoros et Onimus, Journal de Vanat, et de la physioL de Ch. Robin^ 1870- 71, p. 408.

* QuiNGKE, Arch, /. exp. Patbol. u. Pbarmak., 1885, Bd XIX, S. 870.

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persistent après la section de la inoeHç entre Toccipital et Tatlas; elles diminuent dans la région où Ton détruit les cornes postérieures de la moelle ; elles disparaissent dans Tanesthésie.

Sur un chien présentant un tic choréiforme dans le membre antérieur droit, tic à peine marqué et pouvant souvent passer inaperçu, nous avons extirpé le 4 mai la zone motrice gauche. Immédiatement les secousses ont notablement augmenté d*intensité et persistent encore (5 juin) avec ce nouveau caractère. L*animal opéré avec une aseptie rigoureuse a été très rapidement guéri et la plaie a réuni par première intention.

Le 14 mai, j*ai extirpé la zone, motrice gauche à un petit chien € choréique », présentant des tics dans les quatre membres, tics absolument symétriques. Aussitôt après Topération, les secousses cloniques ont apparu plus intenses du côté droit. Lorsque l'animal était intact, et qu'il était couché sur le flanc, les secousses étaient peu marquées dans les membres reposant sur le sol. Une cause mécanique gênait leurs mouvements. Depuis l'opération, on observe encore le même phénomène lorsque l'animal repose sur le flanc gauche, mais s'il est étendu sur le côté droit, les secousses dans les membres droits persistent plus accentuées et ébranlent tout le corps de l'animal. Si Ton couche l'animal sur le dos dans une gouttière et qu'on saisisse dans chaque main un des membres antérieurs ou un des membres postérieurs, on sent à chaque secousse clonique une force plus considérable développée dans les mouvements des membres du côté droit, et il faut une plus grande résistance pour les entraver. Ceci exclut l'idée que l'amplitude des secousses à droite pourrait être le fait d'une sorte de flaccidité des membres. Ce chien a été montré le 18 mai à la Société de Biologie. La plaie opératoire avait réuni par première intention. Aujourd'hui (5 juin), l'animal est complètement rétabli et les résultats n'ont pas varié.

Ces expériences nous semblent donc démontrer que l'écorce du cerveau dans la région dite « zone motrice » peut, par une action inhibitrice, diminuer l'intensité de certains réflexes médullaires.

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