A L'ÉTUDE DU RÉFLEXE CRÉMASTÉRIEN
érUDli CHEZ LES IIÂIIES MALADES AUX TROIS PERIODES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE
Par le D' E. MARANDON DE MONTYEL Mi'dtein en chef des asiles publics d'aliénés du département de la Seine.
Jusqu*ici tous les observateurs qui ont étudié les réflexes dans la paralysie générale ont adopté la méthode de Murh qui, le premier en 1878, appela l'attention sur ce point, méthode qui consiste à examiner à un moment donné de l'évolution de leur maladie un nombre plus ou moins considérable de paralytiques généraux, les uns à la première période, les autres à la deuxième ou à la troisième. Or les résultats qu'on en a retirés n'ont pas été des plus satisfaisants, puisque de l'avis unanime ils sont contradictoires. Je pense en conséquence qu'il faut y renoncer désormais et, pour avoir des relevés comparables, opérer sur les mêmes sujets suivis patiemment du début à la terminaison de leur maladie par marasme, travail qui n'a pas été encore entrepris jusqu'ici.
Ce travail, j'ai eu la patience de le poursuivre depuis plus de trois ans. Les malades qui ont servi à mes recherches étaient atteints de P. G. vraie, exempte de toute complication médullaire, telles qu'ataxie locomotrice, sclérose en plaques, atrophie musculaire ou sclérose latérale, etc. En second lieu, j'ai toujours apprécié par moimême l'état des réflexes, de manière que leur degré d'intensité fût constamment noté de la même façon. ,
Mes recherches ont p>orté sur quarante malades, tous à la première période de la P. G., mais malheureusement, de ces quarante, il n'en est que dix-sept que j'ai pu suivre jusqu'à la phase ultime, les
572 £. MARANDON DB MONTYBL.
autres étant morts à la première ou à la deuxième période ou ayant été transférés. Sans doute ce chiffre de dix-sept cas n*est pas excessif, mais il autorise néanmoins, suivi d*un bout à Fautre de la maladie, quelques généralisations. Et puis en Tabsence totale de faits de ce genre dans la science, ils ne sont peut-être pas à dédaigner.
J'ai étudié dans ces conditions cinq réflexes : le crémastérien, le patellaire, le pharyngien, le palpébral et le pupillaire, soit à la lumière, soit à Taccommodation. Ce mémoire sera consacré au réflexe^ crémastérien, dont à ma connaissance, tout au moins, la diminution dans la P. G. n'ja été signalée que par Régis.
Pour établir nos moyennes, nous avons eu recours à deux procédés : le premier a consisté à les tirer du nombre total de fois que nous avions, examiné le réflexe, le second du nombre des seules variations constatées. Je m'explique : 120 fois nous avons recherché sur nos 17 sujets, du début de la maladie à sa terminaison par marasme paralytique, Tétat du crémastérien ; ces 120 constatations formeront notre premier groupe ; mais, au cours de ces 120 constatations, il est arrivé que le même état, normal ou anormal, se trouvait n'avoir pas varié ; nous avons jugé utile» dès lors, de former un second groupe, comprenant seulement le nombre de variations relevées, soit 86 pour le réflexe dont nous nous occupons. Il y a là, en effet, un moyen de contrôle qui n*est pas à négliger. Cela dit, voyons tout d'abord dans quelle proportion, d'une manière générale, le réflexe crémastérien s'est trouvé modifié.
Fremior groupe. Secoed groape.
Normaux 24 soit 20,0 o/o 20 soit 28,0 %
Anormaux 96 80,0 66 77,0
Total des réflexes 120 86
IjCS résultats fournis par l'un et l'autre groupe, à peu de chose près, sont identiques et établissent que le réflexe crémastérien est atteint dans l'immense majorité des cas. Quant à leur nature, les modifications se répartissent comme il suit, par rapport au nombre total des réflexes crémastériens :
Premier groupe. Seeood groupe.
Exagération 7 soit 5,8% 7 soit 8.0%
Affaiblissement 20 16.6 18 20,0
AboUtion 69 57,5 41 47,6
Ce tableau prouve nettement que chez les paralytiques généraux les réflexes crémastériens, si fréquemment modifiés dans l'énorme propor* tien indiquée tout à l'heure, ne sont qu'exceptionnellement exagérés; ils sont surtout abolis, plus rarement affaiblis.
Ici on constate une différence asseï sensible (10 0/0) dans l'un et l'autre groupe, en ce qui concerne la proportion des abolitions; tous les deux concordent néanmoins à démontrer la prédominance incontestable de
RérLEXBS DANS LA PARALYSIE oéNéRALE. 573
celles-ci et la rareté des exagérations. Telle est la fi'équetice absolue, des modifications du réflexe ; la fréquence relative obtenue par la comparaison avec le nombre des anormaux nous sera fournie par le tableau qui suit :
Premier groupe. Second groupe.
Exagération 7 soit 9,3 o/o 7 soit 40,5 %
Ai!aU>li8sement 20 20,8 18 21,0
Abolition 09 69,9 41 62,5
Mais toutes les exagérations constatées ne se sont pas présentées au même degré ; elles se décomposaient ainsi :
Premier groupe. Second groupe.
Exagérés 4 soit 3,3 % 4 soit 4,6 %
Très exagérés 3 2,5 3 3,4
Ces chiffres montrent que, si Texagération simple a été plus fréquente que Taccentuée, cette, fréquence plus grande s^est produite dans de trèa faibles limites ; quand donc, par exception, le réflexe est exagéré à peu près également, il Test ou modérément ou beaucoup. La fréquence relative se trouve être la même pour les deux groupes, puisque, dans Tun comme dans Tautre, les constatations relevées ont été les mêmes.
Exagérés 4 soit 5T,0 o/o
Très exagérés 3 43,0
Enfin, si on veut savoir la proportion de ces deux variétés d*exagorationsy non plus entre elles ou par rapport au nombre total de réflexes, mais par rapport au nombre de ceux-ci qui étaient altérés, on a :
Premier groupe. Second groupe, r
Exagérés 4 soit 4,2 o/o ^ soit 6,0%
Très exagérés 3 3,1 3 4,5
Dé même que les exagérations, les affaiblissements ont offert des degrés divers d'intensité, ainsi qu'on en peut juger :
Premier groupe. Second groupe.
Affaiblis 14 soitll,6o/o 11 soitl2,7%
Très affaiblis 6 5,0 7 8,0
Abolis 69 57,5 41 47,6
Comme pour les exagérations, les affaiblissements simples remportent sur les affaiblissements marqués dans les deux groupes, mais ici Técart entre les deux est plus considérable ; il est de plus d'un tiers. Pour la fréquence relative, nous avons :
Premier groupe. Second groupe.
Affaiblis 14 8oitl5,50/o 11 8oitl8,6%
Très affaiblis 6 7,0 7 11,8
Abolis ; 69 77,5 41 69,6
574 E. lIARANDOIf DE IIONTYEL.
Jusqu'ici, les auteurs ne paraissent pas s*être beaucoup préoccupés de rechercher, quand les réflexes sont doubles, s'ils ne diffèrent point d'un côté à l'autre. Seuls deux observateurs, à ma connaissance, ont noté ce détail intéressant. En 1885, M. Cramp-Beatley le signale comme s'étant montré cinq fois sur un total de 60 réflexes anormaux, soit dans la proportion de 8,8 0/0. M. Siemerling, en 1886, ne l'a constaté qu'avec l'abolition, et ce, dans la faible proportion de 2 0/0. J'ai porté tout particulièrement mon attention de ce côté, et jamais il ne m'a été possible de constater des modifications opposées d'un côté à l'autre, par exemple abolition à droite ou affaiblissement et exagération à gauche. Je n'ai jamais vu que deux espèces d'inégalités, une première que j'appellerai inégalité simple^ le réflexe étant normal d'un côté et altéré de l'autre ; une deuxième que j'appellerai différentielle^ la modification étant de même nature des deux côtés, mais à des degrés inégaux, par exemple aboli à droite et seulement affaibli à gauche, ou bien très exagéré d'un côté et simplement exagéré de l'autre.
Par rapport au chiffre total des réflexes crémastériens, on obtient ;
Premier groupe. Second groupe.
Inégalités simples 6 soit 5,0 % ^ ^^ ^«^ Vo
Inégalités différentielles 1 0,8 i 1,1
Total 7 5,8 6 5.7
Le fait saillant de ce tableau est Textrême rareté des inégalités différentielles. Quand les réflexes sont modifiés, ils le sont au môme degré de chaque côté, ce qui se rencontre dans Timmense majorité des cas (94,2 0/0), ou un seul côté est atteint, Tautre restant à Tétat normal ; les inégalités différentielles étant six fois moins fréquentes. Vu le chiffre minime de ces diverses modifications, il suffit de les rappi*ocher du nombre total des réflexes et de négliger leurs rapports avec celui des anormaux.
Poussant plus avant cette analyse, il convient maintenant d'examiner l'influence particulière exercée par chacune des périodes de la P. G. sur les réflexes crémastériens.
A cet égard, nous avons avec le premier groupe :
Première période. Deuxième période. Troiiléme période.
Normaux 15 soit 30,7 o/o 5 soit 13,5 o/^ 4 soit 12,0 %
Anormaux 34 69,3 32 86,5 30 88,0
Total des réflexes .49 37 34
et avec le second groupe :
Première période. Deuxième période. Troisième période.
Normaux 44 soit 31 ,4 V^ 5 soit 46,8 o/^ 4 soit 18,0 o/^
Anormaux 24 68,6 24 88,2 48 82,0
Total des réflexes .35 29 22
Ces tableaux mettent en lumière ce fait d*une haute importance pratique que les réflexes crémastériens, si peu étudiés jusqu*ici, sont, dès la première période de la P. G., modiflés dans presque les trois quarts des cas. On voit toute Timportance qu*il y a, dans les cas douteux, à rechercher ce signe dont la constatation viendra grandement en aide au diagnostic. Avec révolution du mal, cette fréquence augmente encore, au point d'atteindre 86 à 81 0/0 des cas, et augmente rapidement, puisque cette proportion excessive se retrouve déjà à sa seconde période et reste à peu près la même à la troisième. On ne saurait donc trop insister sur l'avantage qu*il y a à examiner chez les paralytiques ce réflexe si négligé.
La nature de ces modifications si fréquentes et si précoces sont les suivantes avec le premier groupe :
Première période. Deuxième période. Troisième période.
Exagération 4 soit 8,0 o/o 3 soit 8,0% 0 soit 0,0 o/o
Affaiblissement... 9 48,8 8 24,6 3 8,8
Abolition 24 43,0 24 56,7 27 80,0
Les proportions de ce tableau, obtenues par rapport au chiffre de tous
les réflexes à chacune des périodes de la P. G., fournissent d^intéres-
santes indications. Elles établissent que la fréquence des abolitions va
sans cesse croissant, avec une intensité même marquée de la première
phase du mal à la dernière; que les exagérations, également rares aux
deux premières périodes , n*existent plus à la troisième , et que les
affaiblissements eux-tnêmes, qui vont en augmentant de la première à la
seconde, diminuent à la troisième, eh faveur des abolitions qui passent,
elles, de 56 à 80 0/0. Nous avons ainsi la confirmation péremptoire que
Faltération caractéristique du réflexe dans la P. G. est Taffaiblissement,
poussé jusqu'à Tabolition. Ces résultats sont également confirmés avec le
second groupe.
Première période. Deuxième période. Troisième période*
Exagération 4 soit 44 ,4 •j© 3 soit 40,3 o/o 0 soit 0,0 7o
Affaiblissement... 8 22,8 8 21,5 2 9,0
Abolition 12 34,2 43 44,8 16 81,0
Comparées, non plus avec le chiffre total des réflexes, mais avec le ehiffre des anormaux, ces modifications nous donnent la fréquence relative suivante ; le premier groupe :*
Première période. ' Deuxième période. Troisième période.
. Exagération ...... 4 soit 11 ,1 o/^ 3 soit 9,3 % 0 soH 0,0 %
Affaiblissement... 9 26,4 8 25,0 3 10,0
AboliUon..; ^ 61,9 21 65,7 27 90,0
576 s. MÂRAKBQir DB IfOHTTEL.
et le second groupe : i
Preaière période. HeozièiM période. Troiaièse période.
Exagération 4 soit 16,6 % ^ ^'^ ^^t^ Va 0 ^^ 0,0 «/e
Afliublissement . . . 8 3S,2 8 S3,t S 10,0
AboliUon 12 50,t iS 54,S 16 89,0
Ces deux tableaux, surtout le premier, établissent que, examinés par rapport au total seulement des anormaux, les affaiblissements et les exagérations vont constamment en diminuant de la première à la dernière période, tandis que les abolitions, elles, Tont constamment en augmentation. Les oscillations fournies par ce rapport avec le total général des réflexes disparaissent donc si le rapport est opéré exclusivement avec le total des anormaux ; or, il est incontestable que ce dernier rapport, qui examine les anomalies entre elles, a une bien plus grande valeur que Tautre qui englobe les normaux. En conséquence, j*estime donc qu'on peut formuler la loi qui préside aux réflexes crémastériens en se fondant sur les données fournies par celui-là.
Nous avons relevé^ précédemment que les exagérations et les affaiblissements présentés par les réflexes n'avaient pas tous eu la même intensité ; il convient, dès lora, de recbereber comment seront réparties ces intensités, différentes selon les périodes de la P. G. Pour les exagérations, nous avons, avec les deux groupes, et par rapport au nombre total des réflexes :
Premier groupe.
Preadère période. BtazièBe période.
Exagérés 2 soit4,0o/o 2 soit5,4 0/a
Très exagérés 2 4,0 1 2,7
Second groupe.
Freaière période. leaiièMO période*
Exagérés 2 soit 5,5 «/o 2 soit 7,0 o/o
Très exagérés 2 5,5 1 S,3
Nous n'avons pas à nous occuper de la troisième période dans laquelle, comme nous avons vu plus baut, il n'y a jamais eu d'exagération d'aucune sorte. Les tableaux que nous venons de donner suffisent -complètement à 'établir avec clarté, vu le petit nombre des cas rencontrés, sans qu'il soit besoin d'en établir d'autres, que l'exagération des réflexes crémastériens est en nombre égal i la première période, modérée et très accusée, tandis qu'à la seconde l'exagération simple est double de l'exagération marquée, nouvelle preuve qu'avec l'évolution de la P. G. le réflexe tend de plus en plus à s'affaiblir. Pour les affaiblissements, nous avons, avec le premier groupe et par rapport au nombre total des réflexes :
Première période. JOeeiiène période. Troisiëne période.
Affaiblis 6 soit 12,2 o/^ 6 soit 16,2 o/^ 2 soit 5,8 %
Très affaiblis 3 6,1 % 5,4 1 2,9
Abolis 21 43,0 21 56,7 27 80.0
RKrLEXES DANS LA. PARALYSIE GENERALE. 57T
et avec le second groupe :
Premiëre période* , . Deuxième période. Troisième période.
Affaiblis 4 soit 11 ,4 o/^ 6 soit 20,6 7o i soit 4,5 %
Très affaiblis 4 11,4 2 6,6 1 4,4
Abolis 12 34,2 13 44,8 16 81,0
Les deux groupes sont donc d*accord pour établir que, tandis que les abolitions gagnent en fréquence de la première à la seconde période, les affaiblissements marqués diminuent, au contraire, de celle-ci à celle-là, alors que les affaiblissements simples sont plus nombreux à la seconde qu'à la première période, en même temps que moins nombreux à la troisième qu^aux deux autres. Voyons ce que nous dira le rapport avec le seul total des anormaux. Le premier groupe :
Première période. Deuxième période. Troisième période.
Affaiblis 6 soit 17,6 % 6 soit 18,0 o/^ 2 soit 6,6 o/^
Très affaiblis 3 8,8 2 6,0 1 3,3
Abolis .21 61,9 21 66,7 17 90,0
et le second groupe :
Première période. Deuxième période. Troisième période.
Affaiblis 4 soit 16,6 o/q 6 soit 20,8 o/^ i soit 5,5 o/o
TrèsaffaU>lis 4 16,6 2 ô,9 1 5,5
Abolis 12 50,2 13 54,3 16 89,0
Gomme on voit, les résultats fournis par le rapport avec le total des seuls anormaux sont identiques, surtout ceux du second groupe, à ceux fournis par le rapport avec le total des réflexes. Quant au rapport de ces diverses altérations entre elles, il est assez dissemblable dans les deux groupes et frappe à première vue sans qu'il soit nécessaire de recourir à des tableaux de pourcentage. Avec le second, les affaiblis et les très affaiblis sont en nombre égal à la première et à la dernière période, tandis qu*à la seconde ceux-là sont trois fois plus fréquents que ceux-ci. Avec le premier groupe, le rapport est le même que le précédent à la deuxième pérîode ; mais à la première et à la troisième, les affaiblis sont doubles des très affaiblis. Quand les deux groupes sont ainsi en désaccord, je crois que la vérité se trouve plutôt du côté du second, formé, ainsi que je Tai expliqué plus haut, avec les seules altérations comptées une fois, tant qu'elles persistent identiques. Restent les inégalités considérées aux diverses phases de Taffection et pai* rapport au nombre total des réflexes ; elles donnent :
Premier groupe.
Première période. Deuxième période.-
Inégalités simples 3 soit 8,7 % 3 soit 9,3 o/o
Inégalités différentielles 1 2,9 0 0,0
TotaL..^ 4 11,6 a 9,3
578 E. MARANDOff DE MONTTBL.
. Second groupe. '
Première période. Deaiiëme période.
Inégalités simples 2 soit 8,3 % 2 soit 8,8 %
Inégalités difTérentielles 1 4,2 0 0,0
Total 3 12,5 2 8,3
ÇêB îtiÊÊÊm ■ ■htiiBiMi par rapport au total du nombre des réflexes crémastériens anormaux établiraoBt BÊmm nuàmiù que, dans les deux groupes, .. les inégalités vont en diminuant de la première & la deuxième période pour disparaître à la troisième ; leur fréquence est donc en raigea inverse du degré d'intensité de la P. G. Les inégalités différentielles très raraft ne se sont rencontrées telles qu'à la phase initiale, tandis que les iné«galités simples ont été d*une égale fréquence aux deux premières périodes. Ces inégalités ont porté surtout sur les affaiblissements ou plutôt sur les abolitions d'un côté, avec état normal de l'autre ; en efiTet, l'exagération dans ces conditions ne s'est présentée qu'une fois contre quatre abolitions pour le premier groupe et trois pour le second.
Certains observateurs ont voulu voir un rapport entre Tétat des réflexes et la variété mentale, expansive, dépressive ou démentielle ; d'autres Tont établi, ce rapport, avec les troubles de la parole, la suppression plus ou moins marquée de l'action inhibitrice du cerveau, le degré des désordres moteurs; quelques-uns ont pensé que la précocité des anomalies des réflexes pouvait avoir une valeur pronostique, et il s'en est trouvé pour affirmer que l'origine syphilitique ou alcoolique de la maladie n'était pas sans influencer ceux-ci. Nous allons rechercher ce qu'il peut y avoir de fondé dans ces diverses assertions, en ce qui concerne le crémastérien, et poussant plus loin encore nos investigations, nous examinerons si aucun lien n'existe entre les perturbations de ce réflexe et celles du tact, de la douleur et du sens génital.
Relativement aux variétés expansiye, dépressive et démentielle,
offertes par nos malades, nos 120 réflexes se décomposent ainsi qu'il
suit :
Forme expansive. Forme dépressive. Forme démenUelle.
Normaux 14 soit 21,2 % 5 soit 33,3 % 5 soit 12,8 %
Exagérés 6 9,0 0 0,0 1 2,5
Affaiblis 8 12,0 3 20,0 9 23,0
Abolis 38 57,8 1 46,7 24 61,7
Totaux 66 15 39
Ce tableau présente des différences sensibles avec celui que nous fournira le réflexe patellaire ; tandis que le rotulien offre le maximum d'altérations dans la forme dépressive et le minimum dans la forme démentielle,
la crémasiérien, au contraire, a le minimum de ses altérations dans celle-, li et le maximum dans celle-ci. En outre, tandis qu'encore le patellaire est surtout exagéré dans la forme dépressive, dans cette forme le crémastérien ne Test pas du tout. Toutefois ils offrent ce point commun d*avoir leur maximum d'abolition dans la forme démentielle. Si on considère ce tableau en lui-même, ce qui frappe don^ le plus, c'est le privilège dont paraît jouir la forme dépressive de conserver plus fréquemment que les autres le crémastérien intact et par contre la fréquence extrême des altérations dans la forme purement démentielle.
Y aurait-il un rapport entre les modifications du réflexe cr^Miiéi ieu et les troubles de la parole ? Voici ce que répond«il à cet égard nos observations : les 120 réflexes crémastériens correspondant à 26 cas d'embarras modéré, 56 d'embarras mfUKpm et 38 d'embarras extrême, qui donnent lieu au tableau suivant m les résultats sont très nettement indi-. qués. Nous y voyons, es effet, la fréquence des anomalies en général, croître parallèlement a l'aggravation des troubles de la parole, de même pour les abolîtîons, tandis que les exagérations et les affaiblissements diminuent à mesure que les troubles s'accentuent. Or, il suffit de se rapporter à ce que nous avons dit plus haut des altérations du réflexe crémastérien, selon les périodes de la P. G., pour voir qu'il y a concordance absolue, et comme l'embarras de la parole est presque toujours en rapport avec les phases diverses de la maladie, le modéré correspondant à la première, l'accentué à la deuxième et l'excessif à la troisième, il en résulte que les modifications constatées ici sont en relation, non pas directement avec les perturbations du langage, mais indirectement par suite de la période plus ou moins avancée de la maladie. Il n'y a donc là rien de spécial, et nous obtiendrions, par exemple, les mêmes résultats si, au lieu de chercher le rapport avec l'embarras de la parole, nous le cherchions avec le gfttisme qui lui aussi se développe en raison de l'évolution plus ou moins avancée de la P. G. Voici ce tableau.
Embarras modéré. Embarras marqué. Embarras extrême.
Normaux 1 soit 27,0 o/^ 12 soit 21 ,4 % 5 soit 13,0 %
Exagérés 4 15,4 3 5,3 0 0,0
Affaiblis 5 19,2 9 16,0 . 6 15,0
Abolis 10 38,4 32 57,3 27 72,0
Totaux 26 56 38
En aucune façon, la doctrine de M. Fergusson n'est donc applicable au réflexe crémastérîen, puisque pas une fois nous n'avons trouvé celui-ci exagéré à la troisième période, et que la fréquence des exagérations a été notée bien moins grande à la seconde qu'a la première période. En conséquence, à l'inverse de ce que soutient l'aliéniste américain, d'après nos observations, plus l'influence modératrice fait défaut, moins l'exagération est fréquente, et, quant à la phase ultime, cette influence modératrice manque totalement, alors l'exagération disparaît complètement. Le réflexe crémastérien se comporte donc à cet égard tout à l'opposé de l'affirmation
580' K. MARANDON DK MONTTBL.-
de M. Fergussoa. De même, il est tout aussi impossible pour le crémasté* rien de trouver une indication pronostique quelconque dans les anomalies précoces. A notre première constatation, à rentrée des malades, alors que te mal était à sa première période, nous avons trouvé chei nos il sujets le crémastérien comme il suit : 5 fois normal, 4 fois exagéré, 1 fois affaibli et 1 fois aboli. Des quatfe avec exagération initiale, deux sont encore en vie après 34 et 35 mois d'isolement, un est mort après 32 mois et le quatrième après 31 mois. Des 1 à abolition initiale, un, entré depuis 20 mois, vit toujours et les 6 autres ont succombé après 29, 28, 24, 21, 14 et 12 mois. Si nous rapprochons de ces résultats ceux fournis par les 5 qui avaient le crémastérien normal à notre premier examen, nous ne trouvons pas de très grandes différences, ou plutôt il semblerait que la conservation du réflexe est de pire augure que son abolition et surtout que son exagération. En effet, de ces 5 un seul végète toujours, après 34 mois de séquestration, et les 4 autres n*ont résisté que 28, 18, 16 et 14 mois, temps en moyenne bien inférieur aux précédents. Quant à celui qui seul eut d*emblée de Taffaiblissement, il n'a duré à Tasile que 29 mois. 4e crois donc qu'il serait imprudent de se baser sur les modifications du erémastérien pour porter un pronostic et que ce réflexe ne confirme pas les vues de M. Fergusson.
Également, il n'est pas permis de dire que la conservation du réflexe crémastérien coïncide avec un minimum de signes physiques. Sans doute les anomalies du crémastérien croissent avec les progrès de la maladie ; nous les avons vues passer de 69,3 0/0 à la première période^ à 88 0/0 à la troisième ; mais il n'est pas moins vrai qu'à cette phase ultime, alors que les signes physiques sont à leur maximum, 12 fois sur 100, le réflexe est normal ; en outre il y a une différence asses sensible entre la gravité des désordres paralytiques de la deuxième et de la troisième phase; or, la différence constatée entre la fréquence de l'anormalité du réflexe à ces deux périodes est insignifiante, 1,5 0/0. Il nous semble inutile d'insister plus longtemps.
Si nous passons aux rapports étiolôgiques, nous obtenons pour les syphilitiques et les alcooliques le tableau suivant :
SypMlitiqoe>i. Alcooliqaet.
Conservation 19 soit 22,4 % 2 soit 11 ,0 %
Exagération 5 6,5 0 0,0
Affaiblissement 9 12,0 6 33,0
Abolition 45 59,1 10 56,0
Totaux 16 18
Le crémastérien est donc bien plus souvent altéré chez les alcooliques que chez les syphilitiques, ainsi que nous le constaterons aussi pour le patellaire, juste deux fois plus, et les affaiblissements beaucoup plus tré^ quents, trois fois plus environ. Mais celui-ci diffère de celui-là, en ce que la fréquence des abolitions est, peut-on dire, égale avec la syphilis et Talcoolisme, et, particularité la plus saillante du tableau, en ce que jamais
Affaiblissement. Anal^e.
Hyperalgésie.
9 soit 20,3 Vo 3 soit 13,0 Vo
0 soit 0,0 V,
avec ce dernier nous n*avons rencontré Texagération, que nous verrons être de 44,2 0/0 pour le patellaire, supérieure de 12 0/0 au nombre fourni par les syphilitiques. Le crémastérien confirmerait donc en partie les idées de M. Micke, en n*étant jamais exagéré chez les alcooliques, mais les infii*merait relativement aux abolitions que nous venons de dire être les mêmes chez les uns et chez les autres.
Relativement à la sensibilité douloureuse, nos 120 réflexes crémastériens se groupent comme il suit :
Normal.
Conservés 12 soit 24 ,9 •/,
AboUs 24 50,2
Exagérés 4 8,3
Afbiblis 8 16,6
Totaux 48 44 ,23 5
A en juger par ce tableau, il semblerait exister certains rapports entre les modifications de la sensibilité douloureuse et les modifications du réflexe crémastérien. Un premier fait frappe, c*est que la seule altération de celui-ci qui ait concordé avec Thpéyralgésie fût Tabolition; sans doute notre statistique ne porte que sur un petit nombre de cas, 5 seulement, Texagération à la douleur étant tout à fait rare chez les P. G. ; néanmoins il y a là une particularité digne d*être relevée et d*ètre vérifiée, d'autant plus que nous voyons également Tabolition marcher parallèlement avec Taffaiblissement de cette sensibilité pour atteindre 64,5 0/0 quand il y a analgésie, tandis que les exagérations, au contraire, sont en ordre inverse de fréquence ; quant aux affaiblissements, ils restent dans les mêmes proportions, que la douleur soit normale, affaiblie ou abolie. Ces résultats sont conformes dans leurs grandes lignes et même accentués par les rapports avec les modifications du tact que représente le tableau suivant :
Normal. Affaiblissement. Anesibésie. Hyperesibésie.
Conservation. ... 18 soit 26,6 Vo 2 soit 20,0 •/, 0 soit 0,0 7, 0 soit 0,0 V,
Exagération 5 7,4 1 10,0 0 0.0 0 0,0
AfTaiblissement.. 15 22,0 1 10,0 0 0,0 0 0,0
Abolition 30 44,0 6 60,0 4 100,0 3 100,0
Totaux 68 10 4 3
Ce tableau établit, en effet, qu'avec les altérations extrêmes du tact, anesthésie et hyperesthésie, Tétat normal du réflexe disparaît et qu'il y a toujours abolition ; également nous voyons Fabolition être d'autant plus fréquente que le tact s'émousse davantage pour arriver à se rencontrer toujours quand celui-ci a fini par disparaître complètement. Ici encore, malheureusement, le nombre des cas est restreint, mais le paraléllisme que nous constations aussi bien pour le tact que pour la douleur, est digne d*attention et semble bien indiquer que Tabolition du réflexe crémastérien est étroitement liée aux altérations des sensibilités.
Argh. de phys., 5« SÉRIE. — VU. 38
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Nous avons pensé qu'il était peut-être bon pour Tétude du réflexe orémastérien de recherdier un autre rapport, celui avec les modifications du sens génital. De toute évidence, il ne nous a pas été possible de nous assurer des nuances de ce sens, de mesurer exactement l'intensité des désirs vénériens de nos paralyticjues.
Noos avons dû en conséquence nous borner aux trois grandes divisions assez faciles à constater : Texistence, Tabolition ou rexagératîon, laissant de côté Taffaiblissement, chose relative et que seuls des hommes à Tétat normal peuvent apprécier. A cet égard, nous avons pu, au moment où nous relevions le réflexe crémastérien, nous assurer 120 fois des dispositions génitales de nos sujets et voici comment se répartissent les résultats obtenus : seulement 16 fois un état pouvant être considéré comme «approximativement normal, soit la proportion assez faible de 13,3 0/0 ; chez les P. G., à un moment ou à un autre, les fonctions génitales sont dpnc toujours perturbées et a la période ultime il est de règle qu'elles soient abolies ; nos chiffres n*ont donc qu'une valeur d'ensemble. 85 fois nous avons rencontré Tabolition, soit dans la proportion de 70,8 0/0 et enfin 19 fois Texagération, soit dans la propoi-tion de 16 0/0; d*où le
tableau qui suit :
Iloraial. Abolition. BxmgératioD.
Conservation 8 soit 18,8 % il soit 20,0 % 4 soit 21 ,0 %
Exagération 1 6,2 4 4,1 2 10,0
Affaiblissement... 6 37,5 11 13,0 3 15,0
AboUtion 6 37,5 53 62,3 10 53,0
Ce tableau montre que Tétat génital n'a guère d'influence sur la normalité du réflexe crémastérien, la conservation a été sensiblement la même quel qu'il fût et les modifications de ce réflexe ne nous semblent justifier aucun rapport entre elles et celui-ci.
De ces recherdhes nous tirerons les conclusions suivantes : l^Dans rimmense majorité des cas, 800/0, le réflexe crémastérien est altéré chez les P. G. ; — 2* L'altération du réflexe crémastérien est exceptionnellement de l'exagération, rarement de l'affaiblissement, le plus souvent de l'abolition ; — 8* Il est plus fréquent de rencontrer l'exagération modérée que l'exagération marquée. Toutefois l'écart entre les deux est peu marqué, 2 0/0 environ, tandis que l'affaiblissement modéré est d'un tiers plus fréquent que l'affaiblissement marqué, ce qui tend à démontrer que l'abolition suit de très près le début de cet affaiblissement, avec une rapidité qui ne permet pas toujours de constater les degrés intermédiaires; — 4* L'altération du réflexe crémastérien est le plus souvent double dans 940/0 des cas^ et quand par exception une inégalité se montre entre les deux, la simple est six fois plus fréquente que la différentielle; — 5* Le réflexe crémastérien, dès la première période de la P. G., est altéré dans presque
les trois quarts des cas; cette altération peut donc être un moyen utile de diagnostic dans les cas douteux ; elle croît encore en fréquence avec les progrès de la maladie, et avec une telle rapidité que l'écart n*est pas bien grand entre la deuxième et la troisième période ; — 6» Les exagérations et les affaiblissements vont constamment en diminuant de la première à la troisième période où îceux-ci sont exceptionnels et celles-là absentes, tandis que les abolitions vont constamment en augmentant du début à la terminaison de la maladie; — 7* Les exagérations modérées et les exagérations marquées sont d'égale fréquence à la première période, mais à la deuxième période celles-là sont en nombre double de celles-ci, et à la troisième les unes et les autres disparaissent, nouvelle preuve qu'avec l'évolution de la P. G. la caractéristique du réflexe crémastérien est la tendance à l'affaiblissement, puisque cet affaiblissement se montre alors même qu'au début ce réflexe était très exagéré; — 8* Au début et à la terminaison de la P. G., les affaiblissements modérés et les affaiblissements marqués sont en nombre égal, tandis qu'à là phase intermédiaire les premiers sont trois fois plus fréquents, ce qui parait tenir à la raison donnée plus haut, à la rapidité d'arrivée de l'abolition à cette phase, rapidité ne permettant pas de constater tous les degrés d'affaiblissement; à la période terminale, l'abolition est si générale, 90 0/0 des cas, que l'égalité constatée chez les 100/0 restant n'a pas grande importance ; — 9* Quant aux inégalités d'altération à droite et à gauche, d'une manière générale elles sont en raison inverse de l'évolution de la P. G., car elles vont en diminuant de la première à la deuxième période pour disparaître à la troisième. Les inégalités simples sont d'une égale fréquence aux deux périodes, et les inégalités différentielles "n'existent qu'à la première; — 10* Le minimum des altérations du réflexe crémastérien se rencontre d'une manière générale dans la forme dépressive, et le maximum dans la forme démentielle; le maximum de l'exagération dans la forme expansive et le minimum dans la forme dépressive où elle n'existe pas; le maximum des affaiblissements et des abolitions dans la forme démentielle, le maximum des premiers dans la forme expansive et des seconds dans la forme dépressive; — 11* Les altérations du réflexe crémastérien croissent d'une manière générale parallèlement aux troubles de la parole ; il en est de même des abolitions, tandis que les exagérations et les affaiblissements diminuent, mais en réalité ces modifications du réflexe sont en relation, non pas directement avec les perturbations du langage, mais indirectement par suite de l'évolution de la maladie ; — 12* Il n'y a aucun rapport entre les exagérations du réflexe crémastérien et la destruction de l'influence modératrice du cerveau; — 13« La précocité des altéra-
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lions du réflexe crémastérien n'a aucune valeur pronostique; — 14» H n*est pas possible d'établir un rapport entre la fréquence des altérations du réflexe crémastérien et l'intensité des troubles moteurs, puisque cette fréquence, à 1,50/0 près, est la même à la période intermédiaire et à la période terminale ; — 15® Le réflexe crémastérien est bien plus souvent altéré, d'une manière générale, chez les paralytiques alcooliques que chez les paralytiques syphilitiques. Pour les uns et les autres, la fréquence des abolitions est la même, tandis que l'exagération fait défaut chez les premiers, alors que les afl'aiblissements y sont trois fois plus fréquents ; — 16<> Il parait y avoir un rapport entre les altérations du réflexe crémastérien et celles du tact et de la sensibilité à la douleur, quand ces altérations sont extrêmes, soit en plus, soit en moins ; en effet l'anesthésie et l'hyperesthésie, l'analgésie et l'hyperalgésie sont en rapport selon leur intensité avec l'affaiblissement et l'abolition du réflexe; — 17* Par contre il n'y a aucun rapport entre les états du réflexe crémastérien et les états du sens génital.