CIRCULATION LYMPHATIQUE INTRA-HÉPATIQUE
SUR L*ACTION ANTICOAGULANTE DE LA PEPTONE Par MM. t. QLEY et H. PACHON
Si les recherches de Schmidt-Mûlheim * et celles d© G. Fano* nous ont beaucoup appris sur la propriété que possèdent les peptones d*empêcher, pour un temps plus ou moins long, le sang de se coaguler, il s'en faut pourtant que nous connaissions exactement le mode d'action de ces substances. Assurément il est permis de conclure des expériences de Fano que la peptone n'agit pas par ellemême pour rendre le sang incoagulable, mais qu'il doit se produire sous son influence, dans l'organisme dans lequel elle a pénétré, une substance qui seule est douée du pouvoir anticoagulant. Les expériences récentes de Ch. Contejean^ et celles de A. Ledoux* sont encore venues à l'appui de cette opinion. Mais bien des questions se posent alors, celles-ci entre autres: quelle est cette substance, résultant d'une réaction de l'organisme? Comment se forme-t-elle, et d'abord où se forme-t-elle ?
C'est pour essayer de répondre à cette dernière (|uestion que nous avons entrepris les recherches dont nous allons exposer hîs résultats.
' ScHiiiDT-MuLHEiM, Beilràgc zur Kennlniss des Pépions und seiner physiologischen Bedeutung {Arcbiv f. Pbysiol.^ 1880).
• G. Fano, Das Verhallcn des Pépions und Tryplons gegen Blul und Lymphe (Archiv f. PbysioL, 1881).
' Gh. Contejean, Nouvelles recherches sur Tinfluence des injections intravasculaires de peplone sur la coagulabilité du sang chez le chien {Arch. de physiol.y 5* série, l. VII, p. 246; avril 1896).
* A. Ledouz, Recherches comparatives sur les substances qui suspendent la coagulation du sang (Arch, de i>Jo/., t. XIV, p. 63; 16 juin 1896).
712 E. OLEY ET V. PACHON.
Nous avons pensé que la substance qui empêche la coagulation du 6ang est produite dans le foie. Gontejean déjà s'était demandé si le foie ou la masse intestinale ne joue pas « un rôle prépondérant dans la sécrétion du produit anticoagulant ». Mais, tout intéressantes qu*elles sont, ses expériences, qui consistèrent à réduire le plus possible la circulation dans le (oie et dans les intestins, ne lui permirent pas de déterminer sûrement où se forme la substance qui rend le sang incoagulable. < Il me semble plus probable, dit-il, que toutes les cellules de Forganisme, dont en somme le protoplasma est à peu près identique, doivent jouir de propriétés physico-chimiques semblables, à des degrés dlntensité différents, suivant la nature de ces cellules, et probablement toutes, réagissant de la même manière à l'excitation apportée par la peptone, produisent plus ou moins de substance anticoagulante ; le foie et la masse intestinale se distingueraient seulement par une superactivité notable » {loc, cit,^ p. 250).
Il résulte nettement de nos expériences, croyons-nous, que le foie joue un rôle absolument prépondérant dans la formation de la substance anticoagulante. Pour empêcher, en effet, la peptone d'agir, il suffit de lier les vaisseaux lymphatiques qui partent de cet organe.
Toutes nos observations ont été faites sur le chien. La peptone que nous avons employée est celle de Chapoteaut ; c^est un produit riche en albumoses et qui rend, par consécpient, le sang du chien aisément incoagulable. Nous la dissolvions dans de Teau salée à ^ 0/00 (i gr. pour 10 ce. d*eau) et nous injections la solution tiède dans une veine saphène, après ravoir filtrée. Pour donner à nos résultats une plus grande certitude, nous avons toujours injecté une forte dose (0ff'',50 par kilog. d*animal). Nous nous sommes assurés à plusieurs reprises qu'à cette dose cette peptone rend le sang du chien absolument incoagulable pendant deux heures environ. Le sang à examiner était recueilli dans des tubes à essai, au sortir d'une canule métallique, fixée dans une artère carotide ou fémorale et facile à nettoyer à tout moment ; à chaque prise, on laissait le sang s'écouler librement un petit instant, avant de le recueillir, afin que les caillots qui auraient pu se former dans la<canule fussent préalablement chassés.
Quant à la ligature des lymphatiques du foie, c'est une opération facile, surtout si on a le soin de choisir des animaux de taille plutôt au-dessous de la moyenne, de 5 à 10 ou 12 kilogrammes, et dont le thorax ne soit point trop étroit ; il faut, en effet, qu'un aide puisse écarter aisément les fausses côtes à gauche, pendant que l'opérateur écarte de sa main gauche celles du côté droit et qu'il va, avec sa maîn droite armée d'un instru-