DU SÉRUM DU LAPIN
8UIVAMT QUE CET ANIMAL EST VACCINÉ CONTRE LE STAPHYLOCOQUE PYOGENE OU PRÉDISPOSÉ A CETTE INFECTION
Par M. J. COURMONT
Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lyon.
(Travail du laboratoire du professeur Arloing.)
Dans une communication antérieure à la Société de biologie*, Rodet et moi avons mis en relief les propriétés prédisposantes des cultures filtrées du ^phylocoque pyogène. Nous avons ensuite démontré * que ce microbe fabriquait dans ses bouillons de culture ces substances solubles prédisposantes à côté de substances solubles vaccinantes, les premières solubles dans l'alcool, les secondes, au contraire, précipitables par Talcool. Les prédisposantes dominent dans le mélange, les vaccinantes sont au contraire masquées et leurs eCets n'apparaissent qu'après séparation par l'alcool 3. Les substances précipitables par l'alcool ont d'ailleurs des propriétés toxiques également antagonistes de celles des substances solubles dans l'alcool*.
Il est donc possible, en s'aidant de l'alcool, d'extraire d'une même culture de staphylocoque pyogène une substance vaccinante et une
* Rodet et Courmont, Étude sur les produits solubles favorisants sécrétés par le staphylocoque pyogène (Soc, de biol.y 21 mars 1891).
* Rodet et Courmont, De TexistoDce simultanée dans les cultures du staphylocoque pyogène d'une substance vaccinante précipitable par Talcool et d'une substance prédisposante soluble dans l'alcool {Acad, des so/encos, 5 octobre 1891).
' Le microbe peut, exceptionnellement, fabriquer des substances vaccinantes en abondance telle que le mélange (la culture filtrée) constitue un liquide vaccinal et non prédisposant, ainsi que je l'ai observé une fois.
* Rodet et Courmont, Toxicité des produits solubles du staphylocoque pyogène (.Soc. de bioL, janvier 1892; Bévue de médecine^ février 1893).
PROPRIÉTÉS BACTÉRICIDES OU MICROBIOPHILES DU SÉRUM. 55
autre prédisposante et de préparer deux lots d'animaux dont l'un sera vacciné contre le staphylocoque pyogène et l'autre au contraire prédisposé à la même inflation. Il m'a paru intéressant de rechercher si le sérum de ces animaux ainsi préparés avait acquis des propriétés nouvelles et opposées et poi^vant servir à expliquer les modifications produites dans la réceptivité de Torganisme vis-à-vis du staphylocoque pyogène.
Mes expériences ont porté sur 30 lapins.
I. — Quelles sont les propriétés du sérum des lapins vaccinés contre l'infection à staphylocoques par injection intra-veineuse préalable des substances solubles précipitables par l'alcool contenues dans une culture filtrée de staphylocoque pyogène ? Ont-elles été modifiées par la vaccination, et ces modifications ont-elles un rapport avec l'immunité obtenue ?
Cette question a une importance de premier ordre. On sait que l'école allemande, le professeur Bouchard et ses élèves Charrin et Roger, en France, ont tenté une explication de l'immunité par un état bactéricide (ce mot devant être pris dans son sens le plus général et non littéral) des humeurs et spécialement du sérum de l'animal vacciné. Metchnikoff, au contraire, n'admet pas, à côté de la phagocytose, une action directement atténuante sur le microbe du sérum de l'animal vacciné, comme pouvant contribuer à expliquer l'immunité. Il a fait aux expériences de ses adversaires et spécialement à celles de Charrin et Roger, une série d'objections plus ou moins fondées, qu'il importe de prévenir dans im travail de ce genre.
Si on ensemence une môme quantité de culture active de staphylocoque pyogène dans plusieurs tubes contenant les uns du sérum de lapin vacciné et les autres un égal volume de séinim de lapin neutre, on ne constate pas une grande différence entre la végétation du microbe dans les deux séries. Tout au plus remarque-t-on une tendance des cultures en sérum de vacciné à s'agglutiner en flo- <x)ns qui tombent assez rapidement au fond du bouillon. Il n'y a pas, en un mot, d'action bien défavorable du sérum de vacciné sur la irégétabilité du staphylocoque ; ce liquide n'est pas à proprement parler bactéricide.
Il n'en est pas de même si on éprouve la virulence de ces cultures ; -celles qui proviennent du sérum de vacciné sont incontestablement moins actives. L'injection de doses égales (2 à 4 gouttes) dans la -veine auriculaire du lapin met bien en relief cette atténuation de la virulence du microbe cultivé en sérum de vacciné. Les lapins inoculés avec ce dernier meurent plus tardivement et présentent des