‹ Archives de physiologie normale et pathologique (volume 4)Chapitre 26 sur 257 · J. COURMONT · texte numérisé non relu

J. COURMONT

lésions qu'on ne produit habitu^lement qu'avec des microbes atténués (arthrites purulentes, abcès osseux, etc.). Metchnikoff a objecté qu'en opérant ainsi on injectait un microbe virulent mais mélangé à un liquide curateur (le sérum de vacciné) qui agissait de suite' et atténuait Tinfection. Dans le cas particulier, les doses injectées sont si faibles (2 à 4 gouttes), que la quantité de sérum introduite est très minime ; néanmoins, j'ai institué une expérience où les staphylocoques étaient injectés dépouillés du milieu de culture où ils avaient vécu. Un appareil centrifugateur opérait la séparation du sérum et des microbes qui étaient ensuite lavés et émulsionnés dans de Teau distillée. Les staphylocoques, même ainsi préparés, se sont montrés (à dose égale) moins virulents pour le lapin que ceux qui avaient végété dans du sérum neutre.

En résumé, le staphylocoque s'atténue sensiblement en poussant dans du sérum de lapin vacciné ; mais cette atténuation est légère.

Je suis arrivé à obtenir une destruction à peu près complète de la virulence du staphylocoque pyogène en le cultivant pendant plusieurs générations dans du sérum de lapin vacciné ; le microbe de troisième ou quatrième génération est presque inoffensif, tandis que celui cultivé parallèlement en sérum neutre a conservé en grande partie sa virulence. Si on cultive le même staphylocoque en bouillon (dans les mêmes conditions de doses, de température, etc.), on constate qu'il est encore plus virulent que le microbe ayant végété en sérum neutre. Le sérum de lapin neutre a une légère action atténuante.

Voici une expérience :

ExpéniBKGE (11 janvier 189^. -?- Un lapin est vacciné par injection intra-veineuse des substanees précipitables par Talcool correspondant a 4 centimètres cubes do culture filtrée.

22 janvier. On saigne ce lapin et un autre lapin neuf, d'une façon aseptique. I^es deux sérums sont répartis en quantité égale dans plusieurs tubes à essai et éprouvés à Tétuve.

Î3 février. On ensemence un tube de sérum vacciné, un de sérum neuf et un de bouillon, chacun avec 1 goutte de culture liquide de staphylocoque pyogène doré provenant d'uoe ostéomyélite et ayant passé I>ar le lapin.

17 février. On ne constate pas de différence sensible entre Faspect de ces 3 cultures. Une goutte de chacune d'elles sert a ensemencer une deuxième génération dans les mêmes milieux.

22 février. Troisième génération de chaque série.

2 mars. Quatrième génération de chaque série.

9 mars. Six lapins sont injectés dans la veine auriculaire, avec 3 gouttes :

Deux lapins avec la culture en sérum neutre (4« génération) ;

PROPRléTÉS BAGTKRICIDSS OU MICROBIOPHILES DU SERUM. 57

Deex lopins avec la ouliure en séram vacciné (4* génération) ;

DeuK lapins aveo la culture en bouillon (4® génération).

iO et H mars. Mort des deuiL lapins inoculés avec la culture en bouillon. Congestion de tous les organes et spécialement des reins. Il n'y a pas encore de suppuration. Infection suraiguë.

i2 mars. Mort d'un des lapins inoculés avec la culture en sérum neutre. Abcès classiques dans les deux reins et dans certains muscles. Le sang contient des staphylocoques à Tctat de pureté.

17 mars. Mort du deuxième lapin inoculé avec la culture en sérum neutre. Abcès classiques très volumineux et très nombreux.

9 amiL Les deux lapins inoculés avec la culture en sérum vacciné sont en parftiit état de santé. Ils ont en de la diarrhée pendant quelques jours.

Sacrifice de Tua d'eux. On ne trouve aucune trace de suppuration, ni dans les reins, ni dans les muscles. Le sang ne contient pas de staphylocoques. En examinant les reins de très près, on constate trois ou quatre dépressions qui ne sont autre chose que des cicatrices se prolongeant à rintérieur. Il y a donc eu un début d'infection rénale qui a guéri.

26 juin. Sacrifice du dernier lapin, plus de trois mois après l'inoculation. Absolument aucune lésion. Pas de cicatrices des reins. Le sang ne contient pas de microbes.

Résumé. — Le même staphylocoque pyogène, cultivé parallèlement pendant quatre générations, en bouillon, en sérum neutre et en sérum vacciné, s'est montré excessivement virulent dans le bouillon, normalement virulent dans le séram neutre, et dénué de toute virulence dans le sérum vacciné.

11 n'est pas contestabley après ces expériences, que le sérum du lapin, vacciné contre Tinfection à staphylocoques, n'exerce une action atténuante des plus nettes sur le staphylocoque, en dehors de toute acUon cellulaire de l'organisme. Les substances solubles microbicides contenues dans oe sérum sont-elles le simple résultat d'une modification chimique des humeurs par l'action de la substance vaccinante ? sont-elles un produit des cellules de l'organisme vacciné? nous ne pouvons le dire; mais elles doivent avoir leur place marquée dans la pathogénie de Timmunité.

S. -— Le sénun des lapins prédisposés à l'infection à staphylocoques par injection intraveineuse des substances solubles dans l'alcool des cultures filtrées, a-t-il vis-à-vis du staphylocoque des propriétés différentes de celles du sérum des lapins vaccinés ou des lapins neutres ?

Dans notre première communication, avec Rodet, nous soulevions l'hypothèse d'un état microbiopbile des humeurs des lapins prédisposés, pour tenter d'expliquer l'augmentation de leur réceptivité. ïiogerj dans ses travaux sur le streptocoque de l'érysipèle, Bakunin et Bocoar^i, ont constaté l'exactitude de cette hypothèse; les

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