L. HALLION ET GH. COMTE
cher à des lésions bien déterminées, nettement localisées, Tabsenco ou la pei'version du phénomène réactionnel.
Les quelques observations que nous allons rapporter sont trop peu nombreuses, et surtout embrassent des groupes de faits ti'op restreints pour permettre des conclusions d'une portée très générale ; au surplus, certaines d*entre elles demanderaient, pour conduire à des données topographiques précises, des constatations anatomopathologiques dont l'occasion ne nous a pas encore été offerte. Elles démontrent peut-être, tout au moins, qu*il y aurait là une source d'informations profitable au physiologiste comme au médecin ; à ce titre, elles nous semblent présenter quelque intérêt.
Procédé. — Nous avons indiqué, dans notre article d'avril 1894, le procédé que nous avons appliqué aux recherches de physiologie normale. Nous avons utilisé, dans nos recherches sur le malade, les mêmes appareils, dont la description détaillée trouvera place dans un travail que nous publierons en collaboration avec notre maître, M. François-Franck. Il importe essentiellement de veiller à ce que les valves, appliquées sur un
Fig. 1. — Type normal de la vaso-conslriction réflexe. Enregistrement du volume de deux doigts de la main droite (M. D.). Temps divisé en secondes. En A, piqûre sur le dos de la main gauche, côté opposé à celui du membre exploré.
ou plusieurs doigts, soient libres de tout contact autre que celui de Torgane exploré. Autrement on s'exposerait à des causes d'erreurs considérables, et Ton pourrait prendre, comme il appert manifestement de certains tracés publiés, dos mouvements involontaires du sujet pour des variations volumétriques. On s'assure aussi, pendant l'expérience, que le doigt examiné n'est pas le siège de mouvements propres dans l'intérieur de l'appareil qui l'enveloppe. Afin d'éviter l'intervention des phénomènes émotifs, capables de produire de véritables réflexes vaso-constricteurs, on pratique les excitations cutanées sans que le sujet en puisse être prévenu par la vue ou autrement. Pour qu'on obtienne des tracés démonstratifs, il faut que l'extrémité explorée présente une circulation assez active ; aussi est-il bon de faire exécuter préalablement parle sujet un peu d'exercice musculaire, et surtout de pratiquer l'expérience dans une atmosphère chaude, augmente manifestement, d'une manière progressive, à la fois le volume des extrémités et l'amplitude des pulsations totales chez les sujets que le froid a mis en état de vaso-constriction périphérique permanente. Par l'amplitude des pulsations totales, par le degré des oscillations do la courbe que produisent des modifications toutes
RÉFLEXES VASOHIfOTEURS DANS LES MALADIES NERVEUSES. 98
mécaniques de la circulation du membre (compression veineuse, compression artérielle), on juge de Téiat de cette circulation et de la sensibilité des appareils. Tous ces détails ont une grande importance^ ainsi qn*il est aisé de le comprendre, surtout si Ton désire non seulement constater la présence ou Tabsence des phénomènes normaux, mais encore comparer, dans une certaine mesure, Tintensité relative de ces derniei's dans les divers cas. Il est inutile de chercher à obtenir des tracés d'une grande amplitude, tels que celui que nous reproduisons (âg. 1) comme type du phénomène normal . Il suffît de donner aux appareils la sensibilité nécessaire pour que les réflexes, s'ils ont lieu, se traduisent nettement i.
Bjrstérie. — Un fait que nous avons constaté un très grand nombre de fois concerne Tanesthésie hystérique, stigmate si commun de la grande névrose. Chez une hystérique hémianesthésique, on applique une excitation quelconque (piqûre, froid, simple contact) sur 'une région quelconque de la peau, du côté anesthésié; on prend toutes les précautions requises pour que la malade n'ait pas connaissance de cette excitation ; aucune perception consciente n'a lieu, aucun mouvement des muscles à fibres striées. Par contre, Texploration simultanée du volume des deux extrémités supérieures montre dans toute sa netteté, et avec ses caractères habituels, la vaso-constriction réflexe, telle qu'elle se manifeste dans les conditions normales. Celte vaso-constriction revêt d'ailleurs la même forme et la même intensité si, chez la même malade, on produit une excitation cutanée du côté sain.
U en est de même quand l'anestbésie revêt la forme monoplégique, ou la forme généralisée.
La figure 2 se rapporte à ce dernier cas. II s^agissait d'une hystérique de la Salpêtrière, aoesthetique totale et complète. On voit que deux pi-
Fig. 2. — M. D., main droite; M. G., main gauche; S., secondes. Haym..., hystérique, auesthésie totale; 1 et S, piqûres de la main gauche.
qûres de la main gauche, répétées à un court intervalle, ont déterminé chaque fois dans les deux mains une vaso-constriction qui suivait d'envi-
* Pour plus de détails sur les caractères normaux des réflexes vaso-moteurs bulbo-médullaires dans les mains, chez l'homme, voir notre précédent article (ioc. cit.).
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ron cinq secondes chaque excitation provocatrice. Les phénomènes étaient identiques lorsque Texcitation portait sur un point quelconque de la peau^^
Il est donc établi que Tanesthésie hystérique laisse intactes les voies de conduction centripètes, au qioins jusqu'au bulbe. C'est là, sans contredit, un argument nouveau et important en faveur de la théorie qui ressort de l'enseignement de Charcot, et qu'a soutenue avec beaucoup de force M. Pierre Janet, théorie qui fait de l'anesthésie hystérique un simple trouble de la perception consciente •.
Les émotions se traduisent, chez Thystérique comme chez le sujet sain, par une vaso-constriction offrant les caractères de la vaso-con striction réflexe. Le simple fait de commander au sujet de fermer les yôux, ou de les ouvrir, suffit le plus souvent à cet effet. Enfin, la courbe volumétrique, en dehors de toute cause incidente connue, présente les ondulations spontanées habituelles. En un mot, le système vaso-moteur parait entièrement normal. Peut-être en serait-il autrement quand il existe certains troubles vaso-moteurs objectivement appréciables, tels que l'œdème bleu. Nous n'avons pas eu l'occasion d'étudier des cas de ce genre.
Sommeil hypnotique. — Nous avons, à plusieurs reprises, plongé dans le sommeil hypnotique des hystériques soumises à nos explorations. Nous avons noté en ces circonstances les particularités suivantes :
Au moment où Ton détermine Thypnose, soit par suggestion, soit par imposition des doigts sur les yeux, il se produit une vaso-oonstriction due sans doute à une excitation d'ordre psychique. Ensuite la courbe présente les caractères normaux, peut-être avec une exagération des ondulations spontanées habituelles. Les excitations cutanées (piqûre, glace) ou sensorielles (bruit), aussi bien que les émotions, s'accompagnent des mêmes manifestations vasculaires réflexes que dans Tétat de veille. Une suggestion agit comme une émotion. Par exemple, à une hystérique en état de somnambulisme et les yeux fermés, on dit : « Je vais prononcer les mots :
* Dans la figure 2, on voit une légère ascension du tracé précéder la descente caractéristique. Ce phénomène, qui s'observe aussi chez àes si^Jets parfaitement sains, se manifeste surtout quand la chute de la courbe est assez tardive. Il peut tenir à ce que la vaso-constriction réflexe se produit plus rapidement, ou avec une intensité d*emblée plus considérable, dans certains réseaux profonds, notamment dans le réseau rénal, que dans l'extrémité explorée. De là une élévation de la pression artérielle, qui distend momentanément les petits vaisseaux de la main, et y provoque non une vaso-dilatation initiale active, mais une vaso-dîlatation passive.
* Pierre Janbt, État mental des hystériques. Les stigmates mentaux. Les accidents mentaux {Bibl, méd, Chareot^Debove, 2 vol. 1894).
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un, deux, trois, et au mot : trois, je vous ferai une brûlur* à la maiii droite. • De la vaso-constriction se montre pendant ce discours ; on attend qu'elle soit dissipée et Ton prononce les trois nombres successivement à un certain intervalle. A chacun des chiffres énoncés correspond une réaction vaso-constrietive, généralement plus accusée pour le chiffre trois que pour les deux première. En suggérant à une malade en état de somnambulisme, tantôt une sensation générale de froid, tantôt une sensation de chaleur, nous avons observé des phénomènes identiques dans les deux cas : une vaso-constriction se montrait et se maintenait dans le temps même où, par la parole, on imprimait la suggestion, et pendant un certain temps après ; la courbe reprenait ensuite son niveau antérieur et les pulsations leur amplitude primitive.
Les mômes constatations ont été faites dans les états de catalepsie et de léthargie aussi bien que dans Tétat de somnambulisme, alora que toute manifestation extérieure de la sensibilité et de Fintelligence faisait absolument défaut. Dans ces conditions, des réactions vaso-constrictives nous ont paru être provoquées, non seulement par des excitations normalement douloureuses, ou par un bruit assez fort, mais encore par de simples chuchotements échangés en présence du sujet.
Là encore, la théorie psychologique dont M. Pierre Janet s*6st fait le défenseur semble se vérifier.
Goitre exophtalmique. — On sait que le goitre exophtalmique s'accompagne de phénomènes cardiaques et vasculaires très importants: la sensation de chaleur et la diminution de la résistance électrique, entre autres symptômes, paraissent témoigner d'un état de dilatation des vaisseaux périphériques. On pouvait se demander si l'on ne trouverait pas, chez les malades présentant des signes de dilatation vasoulalre^ une modification des réflexes vasoKM)nstricteurs que nous étudions.
Chez plusieurs femmes et un homme atteints de la maladie de Basedow, examinés à ce point de vue à Tépoque où nous avions rarement recoure
Pig. s. Maladie de Basedow, volume de l'index gauche, glace appliquée sur le dos de la main gauche. L'application commence en A et dure trois secondes.
à la méthode graphique, ces phénomènes, sollicités soit par une excitation cutanée soit par une émotion, se sont montrés intacts. Ils atteignaient même une amplitude relativement considérable, ce qui s'explique précisément par Tétat initial de dilatation vasculaire. Nous