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INFLUENCE DE LA CELLULE MALE

SUR LA TRANSMISSION HÉRÉDITAIRE DE l'iMMUNITÉ Par MM. A. CHAimiN et E. OLEY

Depuis cinq ans, nous poursuivons des recherches sur le mécanisme de la transmission héréditaire de certaines propriétés, en particulier de Timmunité et sur les conditions qui président à cette transmission. — Déjà, nous avons montré que, pour faire passer des générateurs aux engendrés Tétat réfractaire, le concours des deux éléments cellulaires, mâle et femelle, est le plus souvent nécessaire. — Nous avons également établi que, parfois, l'intervention d*un seul de ces éléments, sm*tout lorsque cet élément est celui de la mère, apparaît suffisant (1).

Au cours de ces dernières années, cette question s'est enrichie de documents relativement nombreux, qui sont en accord avec les propositions que nous avons émises. Ces faits montrent que les rejetons issus de sujets vaccinés sont, de temps à autre, eux-mêmes vaccinés ; ils apprennent aussi que cette vaccination est à la fois inconstante et incomplète ; elle est plus fréquente, quand la résistance des deux ascendants a été artificiellement accrue ; elle est rare, dans le cas d'une immunisation possédée uniquement par la femelle ; elle est très douteuse, s'il s'agit seulement du père ; à ce dernier point de vue, il convient d'enregistrer le plus possible de faits positifs nouveaux. Pour cette raison, nous avons jugé bon de rapporter ceux dont il va être question, qui forment simplement une suite naturelle à ceux dont nous avons parlé dans ces Arcbivesy Tannée dernière.

' Voy. Arcb, de pbyaioL^ Janvier 1898 et Janvier 1S94.

TRAJrftHmSION IfifRfolTAmB DB L'iMMUNni. 155

Du 25 mars au 12 avril 1894, on vaccine six lapins bien portants, en leur injectant, sous la peau, 15 centimètres cubes de toxines pyocyaniques, toxines réparties en 7 doses, introduites à deux jours d'intervalle, au minimun.

Le l*"* mai, on place ces six lapins dans six cages séparées ; chacune de ces cages renferme une lapine saine.

Bn juillet, le 4, on constate que Tun de ces couples a donné naissance à cinq petits ; quatre succombent dans les 48 heures ; un seul résiste durant une semaine.

Le 7 juillet, un autre de ces couples produit huit rejetons, dont trois meurent pendant les dix premiers jours, dont cinq s'élèvent.

Le 2 octobre, on reconnaît par l'inoculation du bacille pyocyanique, après avoir pratiqué l'avant-veille une légère saignée et chez le père et chez la mère de ces huit rejetons, que ce père, comme cette mère, résiste à cette inoculation, mais d'une façon très inégale. Trois témoins, d'un poids sensiblement égal à la moyenne de celui des animaux précédents, ayant i*eçu, conune eux, une dose déterminée d'ime unique culture du bacille pyocyanogène, périssent le quatrième jour; la femelle du mâle vacciné survit jusqu'au onzième, tandis que ce mâle est encore vivant en décembre.

Au point de vue de l'état des humeurs, les sérums de ces générateurs sont, l'un et l'autre, bactéricides, sans qu'il soit possible d'étabhr entre eux des différences précises.

Le 8 octobre, on recueille quelques grammes de sang sur quatre des jeunes lapins nés le 7 juillet, puis sur quatre autres sujets ayant douze jours de plus, pesant toutefois 1010 grammes, alors que les autres pèsent seulement, en moyenne, 864 grammes.

Pour un de ces petits, nés de parents pyocyanisés, le pouvoir microbicide est indéniable ; pour le second, pour le troisième, il est très peu marqué ; pour le quatrième, il est nul.

On injecte à ces quatre petits, ainsi qu'au cinquième (celui-ci n'a pas été saigné), deux tiers de centimètre cube d'une culture pyocyanique ; on injecte également de ce virus, au même moment, le 8 octobre, dans les veines des jeunes lapins qui, issus d'ascendants normaux, ont déjà fourni du sang ; on igoute un cinquième témoin à ces quatre premiers.

Le 11 octobre, deux de ces témoins meurent; le lendemain un des rejetons de parents pyocyanisés meurt aussi. Le 14 octobre, le troisième de ces témoins périt; le quatrième, le cinquième succombent cinq jours après, le 19. Des rejetons de parents pyocyanisés, un deuxième cesse de vivre le 28 octobre, un troisième le 9 novembre ; les deux autres sont aigourd'hui vivants, bien que l'un d'eiix soit paraplégique.

}56 A. CHARRIN Et £.. OMCY.

Ces faits comportent des conclusions qui joous paraissent assez claires. -^ Ces expériences semblent indiquer q^e, dans certains cas où le père» à Texclusion de la mère, est immunisé, on peut voir cette immunisation se transmettre aux descendants; c*est un^ nou* veile preuve à l'appui de cette donnée que nous avons commencé d'établir, dans ces Archives^ Tannée dernière (janvier 1894).

Toutefois, nous nous hâtons d'ajouter que, dans ces conditions, cette transmission est chose absolument exceptionnelle; d'autre part, lorsqu'elle existe, elle apparaît fort incomplète.

Depuis bientôt cinq années, nous cherchons à avoir des animaux à l'aide desquels cette question du rôle paternel pourrait être tranchée. — Fréquemment les nouveau-nés sont morts pendant le premier mois. — Lorsque nous avons réussi à les conserver, le plus ordinairement ils n'ont point paru réfractaires ; il en a été ainsi pour 27 de ces rejetons ; ces résultats négatifs, pour diverses raisons, sont même au-dessous de la vérité.

Nous avons constamment en observation un bon nombre de couples qui se trouvent dans les données voulues, le mâle ayant seul reçu le vaccin. — En 1898, en 1894, ces couples, en dépit des mauvaises influences du virus sur la gestation, ont fourni des petits. — Dans deux portées seulement, comprenant seize sujets, nous avons pu suivre quatre rejetons paraissant offrir une augmentation sérieuse de résistance, et encore cette résistance n'avait rien d'absolu.

Il était donc légitime de dire que le père, si la mère est normale, ne parvient pas, en général, à faire passer aiix cellules des descendants ses propriétés de défense contre le virus. Si même on ne poursuit pas très longuement les expériences, on est conduit à nier la réalité du phénomène.

On peut objecter que cette vaccination provient de la lactation. — La chose est possible ; toutefois, si on l'admet, on demeure néanmoins autorisé à penser que le mâle est capable, à lui seul, d'agir sur la descendance. Dans nos expériences, en effet, si la lactation fait pénétrer des toxines vaccinantes chez le nouveau-né, c'est que l'influence du père s'est fait sentir^or la femelle ; cette influence n'en atteint pas moins le descendant, mais indirectement.

Il est probable qu'il s'agit là de la transmission de propriétés cellulaires. — Les vaccinations ayant été pratiquées à l'aide de produits solubles, on ne saurait faire intervenir les microbes vivants. — D'autre part, l'accouplement a eu lieu à ime période oh oes produits, si l'on s'en rapporte aux résultats des recherches du professeur Bouchard, de Charrin, de Rûffer, résultats confirmés par C. Fraënkel, devaient être éliminés. — Comment, d'ailleurs, concevoir que le spermatozoïde emmagasine dans son protoplasma une dose de ces

TRANSMISSION HâftiDITAlRI DB L'iMMUNIli. 157

toxines sufRsante pour rendre résistants tous les petits d'une portée, ces petits recevant chacun un volume donné de ces toxines ?

n est plus logique de supposer que, sous l'influence du passage des substances pyocyaniques, les cellules des lapins devenus insen* sibles au virus, avaient acquis- le pouvoir de produire des principes bactéricides ; de fait, d'ailleurs, nous avons pu mettre en évidence ces principes bactéricides.

Dans ces conditions, puisqu'on a établi que des matières de cette nature se rencontraient, en partie, dans les plasmas des descendants, il faut penser que les tissus de ces descendants tenaient de ceux des ascendants la faculté de fabriquer ces matières. Tout le monde admet cette transmission à propos des différentes propriétés physiologiques ; tout le monde admet que les organes des enfants fonctionnent essentiellement comme ceux des parents. On peut bien, dès lors, accepter que les éléments anatomiques des rejetons produisent des substances nuisibles aux bactéries, par la raison que ces éléments anatomiques, chez le père ou chez la mère, produisaient de telles substances. Si cette transmission est inconstante et incomplète, si elle n'a point tendance à persister, c'est que, conformément aux lois connues de l'évolution, tout caractère récemment acquis, toute fonction accessoire, surajoutée et, pour ainsi dire, de luxe, si des efforts répétés n'agissent pas pour les maintenir, sont destinés k disparaître.

Ainsi, peu à peu, dans ce grand problème de l'hérédité, nous arrivons à fixer la part qui revient à l'une et à l'autre des cellules qui entrent en action au moment de la fécondation.

xvu

RECHERCHES

ftOR LES

CHANGEMENTS OPTIQUES DE VŒU PENDANT L^AGGOMMO&àlION

Par M. TtCHERNINO

Dans un précédent article [Étude sur le mécanisme de Taccommodation (Archives de physiologie, isinviev 1894)], j*ai exposé quelques recherches qui montrent que le phénomène essentiel dans Taccommodation de l'œil consiste dans Taplatissement de la surface antérieure du cristallin vers la périphérie ; c'est cet aplatissement qui, indirectement, produit l'augmentation de courbure au milieu et par cela l'augmentation de réfraction qui en est la conséquence. Cet aplatissement étant ainsi un phénomène de première importance pour l'étude du fonctionnement de l'œil, il est utile de l'étudier d'aussi près que possible, d'autant plus qu'à mon avis c'est lui qui, en première ligne, rend l'hypothèse de v. Helmholtz inacceptable* J'indiquerai donc ici les phénomènes les plus importants auxquels il donne lieu. Dans un article suivant, j'exposerai la théorie de ces phénomènes.

I. Changements des images de Purkinje, — On sait que l'image réfléchie de la cristalloïde antérieure montre pendant l'accommodation un mouvement centripète plus ou moins étendu, suivant sa distance plus ou moins grande du centre et le degré de l'accommodation. Ce mouvement indique l'augmentation de courbure de la surface, comme Cramer l'a très bien montré. On conçoit, en effet, que, si l'on employait deux objets lumineux, de manière à avoir deux images, leurs mouvements centripètes les rapprocheraient entre elles. Si donc on considère la distance séparant les deux lampes conune objets l'image de cet objet, produite pendant l'accommo-

GHANGBMXNTS DE l'oBIL PENDANT l'aGCOMIIODàTION. 159

dation, serait plus petite qpa^Me pcoAûle eaitiftdereiM»» dToà P6b peut conclure à une courbure plus (grande. Sous cette dernière forme, Texpérience fut réalisée par v. Helmholtz.

Tant qu'on n'emploie que deux objets lumineux, on ne remarque pas d'autres particularités qui peuvent rendre compte de la nature du changement. Mais si l'on en emploie trois rangés sur une droite, on observe un phénomène qui jette un jour nouveau sur la nature de l'accommodation : en état de repos, les trois images se trouvent sur une droite ; mais, pendant l'accommodation, elles se rangent sur ime courbe tournant sa convexité vers le milieu de la pupille (%. 1). Il est facile de voir que ce changement indique que la courbure

Fig. 1. — Images de réflexion, sur la surface antérieure du cristallin, de trois lampes placées sur une droite horizontale : a en état de repos, /»i, /»«, b^ en différents états d'accommodation.

diminue du centre vers la périphérie de la pupille ; admettons, en eflet, qu'outre les trois lampes, qui forment leurs images sur une horizontale près du bord supérieur de la pupille, on en ait employé encore trois autres placées sur une autre horizontale au-dessous de la première, de manière à former leurs images près du bord inférieur. On pourrait alors considérer les deux lampes situées sur la même verticale comme un objet ; on aurait ainsi trois objets égaux, dont les images en état de repos seraient de même grandeur ; pendant l'accommodation, celle du milieu diminue plus que les deux autres, indiquant ainsi que la courbure à cet endroit est plus forte que vers la périphérie.

J*ai fait cette observation sur mes propres yeux en employant une disposition qui peut souvent être utile, lorsqu'on n*a pas de personnes appropriées aux expériences à sa disposition. On en trouvera une description plus ample dans mon édition des œuvres de Young^. Je plaçais trois lampes à incandescence sur une droite horizontale, à peu près à la hauteur de mes yeux, de manière à former les images de Purkinje dans mon

* TsGUKRNiNO, Œuvres ophtalmologiques de Th. Young, Copenhague, Hoest,

TSGHBRlflIfO.

œil droity et je regardais avec Tœil gauche Timage de TobU droit dans ua petit miroir placé à quelque distance. Les variations de raccommodation se faisaient en changeant la distance du miroir. En général il est préfé» rable que Taccommodation ne soit pas trop forte. Autrement les images se rapprochent trop entre elles et le Voisinage des images cornéennes vient aussi gêner Tobservation.

n. Différence entre le parcours de raccommodation centrale et périphérique. — Le petit optomètre de Th. Young * permet de déterminer la diflérence entre l'accommodation centrale et périphérique qui résulte de l'aplatissement de la cristalloïde antérieure vers la périphérie.

Voici quelques mesures de cette sorte ; Famplitude de raccommodation est exprimée en dioptries.

(Méridien horitoBtal.)

TOOHG*.

amoitai *.

Homat

ropioe.

/ Partie temporale de

Meaarée l la papille

arec 1 Partie centrale de la denx fentes] papille

* étroites, f Partie natale de la V pupille

Mesurée arec la bande pointue flanrear de S"»"^

« Voir l'édition de Toong, p. 19S.

« Dans les mesaref Ul et IV ramplitude de raoeommodaUon était dimln rinfluence de Ttiomatropine.

* U pupille éUit asses petite; aussi la position des fentes n'était^le pas tr phérique et U largeur de la tMuide pointae n*était que de 4««,5.

uée par es péri-

J*ajoute encore les men^surations suivantes faites avec mon œil droit. Je les ai exécutées avec beaucoup de soin et, en les répétant plus tard, je n'y ai rien trouvé à changer.

* Peur la manière de faire les observations, voir mon article : rOptomètre dô Young et son emploi^ dans le numéro d*octobre de ces Arcbirta. La plupart des questions mentionnées dans la suite se trouvent aussi traitées dans mon édition des Œuvres de Young.

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