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PEPTONE ET COAOULABIUTÉ DU SANG

Quel est l'organe qui, chez le chien, produit, sous l'influence de la peptone, la substance qui empêche la coagulation du sang? Toutes les cellules de Torganisme contribuent-elles à son élaboration, ou est-elle sécrétée dans un endroit spécial? L'extirpation des thyroïdes, ou des reins, ou du pancréas, est sans influence appréciable sur le phénomène. La substance en question se produit-elle dans les muscles? Voici l'expérience que j'ai faite à ce sujet. Je dirai tout d'abord que, trente secondes après une injection intraveineuse de peptone, la coagulation est, sinon totalement supprimée, du moins très retardée. J'ai constaté très souvent ce fait, qui résulte aussi des exi>ériences de Grosjean. Donc, pendant la durée d'une circulation complète, le produit anticoagulant a eu le temps de prendre naissance. Ceci posé, j'ai opéré de la manière suivante :

Sur un grand chieu de montagne, anesthésié par le chloroforme, on découvre largement Tartère et la veine crurale. On soulève les vaisseaux et on embrasse la totalité du membre moins Tartère et la veine, dans une ligature serrée et multiple faite avec de la corde de caoutchouc. Une broche traversant la masse des adducteurs empêche la ligature de glisser. On lie le bout central de la veine crurale, et dans le bout périphérique on place une canule de verre laissant couler le sang au dehora. On traverse par une canule piquante la paroi de Tartère et on injecte sans interruption dans ce vaisseau une solution de peptone.

On pince un moment la veine pendant Tinjection pour déterminer une stagnation de courte durée, on la rouvre et on recueille le sang qui s'écoule dans six tubes à essais. En une ou deux minutes environ on a injecté 1 grammes de peptone et il s*est écoulé moins de 200 centimètres cubes de sang, qui dans chacun des tubes s'est coagulé normalement.

On voit donc que les muscles ne sont pas très actifs dans la production de la substance en question.

J'ai alors soupçonné le foie ou la masse intestinale de jouer un rôle prépondérant dans la sécrétion du produit anticoagulant. Il fallait donc supprimer autant que possible la circulation dans ces organes, qu'on ne peut songer à extirper, et voir si une injection intravasculaire de peptone produirait encore son effet habituel. Mais, d'après quelques expériences de Christian Bohr*, le seul fait de supprimer ta ctrculation dans les organes en question rendrait le sang incoagulable. Le résultat des expériences du professeur de Copenhague me paraissant difficile à accorder avec ce fait que le sang des veines sushépatiques est normalement presque incoagulable, il m'a semblé bon de les répéter. Je les ai reproduites à plusieurs reprises sur le chien et

* Cheistian Bohr, Ceairalbl. f. Pbyaiol., 1888, S. 261.

248 GH. œNT&IBAN.

le chat, et toujours sans succès. Les animaux étaient immobilisés par le chloroforme, ou le curare, ou par la section de la moelle ; on liait le tronc cœliaque et les artères grande et petite mésenlériques, ou bien on obturait Taorte thoracique par un ballon de caoutchouc distendu avec de Teau, et toujours le sang restait coaguiable. Sur un chien à moelle coupée et dont la vie était entretenue par la respiration artificielle, j'ai lié la veine porte, le tronc cœliaque, la grande mésentéiique et l'aorte abdominale au-dessous des reins ; Tanimal a été laissé abandonné pendant deux heures, enveloppé de couvertures. Pendant ce temps, la tête n'a pas cessé d'être vivante ; l'animal suivait des yeux tous les mouvements qu'on faisait autour de lui, et les dirigeait du côté où on l'appelait. Cette expérience a donc été exécutée dans d'excellentes conditions, et pourtant le sang recueilli au bout de deux heures, au moment où la tête ne présentait plus que des réflexes coméens, s'est coagulé en masse sans retard considérable.

Il me semble donc avoir bien établi que la réduction de la circulation du foie et des intestins ne sufBit pas à rendre le sang incoagulable, et je citerai trois types d'expériences faites suivant le programme exposé plus haut :

Chien de 15 kilogrammes. Chloroforme. On découvre la jugulaire droite, la carotide gauche et Taxillaire gauche. Par l'artère axillaire gauche on introduit dans Taorte thoracique un petit ballon de caoutchouc fixé à Textrémité d'une sonde en gomme et on le distend en y injectant 4 centimètres cubes d*eau. Il est 2 h. 40 m. A 2 h. 48 m., on puise du sang dans la carotide, il est coagulé totalement à 2 h. 55 m. De 2 h. 48 à 2 h. 50 m. on injecte dans la jugulaire 18 grammes de peptone de Witte. Voici un tableau renseignant sur la coagulabilité du sang de la carotide.

Heure Débat

dé de

la prise. U ooâgalatloD. Obtervations.

2 53 â 5 Coagulum total et ferme a

2 57 3 5 / Toutes ces prises sont coa-

3 3 10 \ gulées en presque totalité

3 8 311 1 à4 heures. Le coagulum

3 12 3 15 ( est mou et fluctuant.

Le chien est saigné à 3 h. 15 m. Le sang commence presqpie tout de suite à se coaguler. A Tautopsie, on constate que Taorte est totalement obturée, distendue légèrement par le ballon bien placé dans le thorax. Au cours de Texpérience on avait noté des convulsions dans les membres postérieurs, puis de la paralysie totale, et la cessation de la pulsation de Tartère crurale. Malgré cela, la circulation n*était pas totalement entravée.

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L*artère crurale ouverte laissait couler du sang en nappe ; il existait donc une circulation collatérale se faisant probablement en grande partie par les anastomoses existant entre les thoraciques internes et les épignstriques.

Le lendemain, on constate que tous les tubes de sang renfermant de la peptone, même le premier qui était bien coagulé à 3 h. 30 m., ont été le siège d'une fibrinolyse presque totale, et ne présentent plus que de rares filaments de fibrine.

Chien de 29 kilogrammes. Chloroforme. On opère comme dans l'expérience précédente. Le ballon est distendu à 9 h. 50 m. Deux prises faites dans la carotide à 9 h. 51 m. et à 9 h. 52 m. commencent à coaguler à

9 h. 53 m. et à 9 h. 54 m., et donnent un caillot ferme la première à

10 h. 5 m., la deuxième à 10 h. 9 m. De 9 h. 52 à 9 h. 55 m., on injecte dans la jugulaire 25 grammes de peptone. On examine ensuite la coagulabilité du sang de la carotide.

Heure Débat CoAgulam

de de très mon et nuoluant,

la prise. la œagulatioD. mais total,

A Tautopsie, on trouve Taorte obturée dans le thorax au-dessus de la dixième côte. Mêmes remarques que précédemment, au sujet de la circulation collatérale. Le lendemain, on constate une liquéfaction presque totale des caillots formés parle sang contenant de la peptone, liquéfaction commençant à se manifester le soir môme du jour où a été faite Texpérience.

Voici une troisième expérience faite d'une autre manière :

Chien de 9^»,500. Chloroforme. On prépare Tarière et la veine crurale, puis on incise la ligne blanche et on lie successivement à leur origine sur Taorte, le tronc cœliaque, la grande mésentérîque, la petite mésentérique ; puis on lie le rectum en masse à cause d'une circulation possible par les hémorroïdales, et la veine porte. On replace les viscères et on enveloppe le chien dans une couverture. Malgré cela, le foie reçoit encore du sang par les thoraciques internes et les veines diaphragmatiques, mais en très petite quantité.

On fait une prise à 3 h. 1 m. dans l'artère fémorale. Début de coagulation à 3 h. 3 m. et coagulation totale à 3 h. 7 m. De 3 h. 2 à 3 h. 4 m.

250 GH. GONTEJBAN.

on injecte 9 grammes de peptone dans la veine fémorale. Tableau de la coagulabilité du sang :

Heure Début Coagnlum total

de de permettant de retourner

la prise. la coagulation. le tub*.

h. ni. h. m.

^ ^(îpnses) I 3 ^ ^ ^

Bien que la coagulation du sang fût assez ferme, les caillots n*avaient pas la consistance normale, et nous avons encore constaté le lendemain une redissolution presque totale de la fibrine. Ce fait s^est aussi produit dans trois autres expériences analogues à celles que nous venons de citer.

L'ensemble de tous ces faits nous parait démontrer que le foie et la masse intestinale, peut-être un seul de ces organes, contribuent activement à produire, sous l'influence de la peptone, la substance rendant le sang incoagulable.

La troisième expérience, où la circulation du foie et des intestins devait être mieux supprimée que dans les précédentes, encouragerait même à localiser absolument dans un de ces organes, ou dans tous les deux, l'élaboration du produit en question, mais la ftbrinolyse active dont les tubes de sang coagulé ont été le siège montre que ce sang se conduit d'une façon très différente du sang normal additionné simplement de peptone, sang qui se coagule et ne se reliquéfie pas. Il me semble donc plus probable que toutes les cellules de l'organisme, dont en somme le protoplasme est à peu près identique, doivent jouir de propriétés physico-chimiques semblables, à des degrés d'intensité différents, suivant la nature de ces cellules, et probablement toutes, réagissant de la même manière à l'excitation apportée par la peptone, produisent plus ou moins de substance anticoagulante; le foie et la masse intestinale se distingueraient seulement par une superactivité notable.

La substance anticoagulante parait exister à son maximum pendant le premier quart d'heure qui suit l'injection de la peptone dans les vaisseaux. J'ai, en effet, constaté à plusieurs reprises que le sang de peptone recueilli pendant ce laps de temps se coagule en général incomplètement et au bout d'un temps fort long (quelquefois 12 h.), à la température de SO"", quand on l'a additionné de chlorure de cal-

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