‹ Archives de physiologie normale et pathologique (volume 4)Chapitre 76 sur 257 · ARCH. DS PHY8., 5» SÉRIE. — VII · texte numérisé non relu

ARCH. DS PHY8., 5» SÉRIE. — VII

274 M. KAUFMiLNN.

jeûner pendant vingt-quatre heures, on a piqué le plancher du 4* ventricule. Voici les résultats :

Suere p. 1000 gr.

de sang. dHirine.

Au moment de la piqûre 2.424 8.000

4 heures après 3.120 22.000

6 heures après » 50*000

10 heures après. • 100.000

24 heures après 2.680 18.000

L*autopsie a montré la réussite parfaite des diverses opérations. lie pancréas avait presque complètement disparu ; la portion restante pesait 2 grammes.

Exp. XLVI. — Sur un vieux chien en bon état, à jeun, on extirpe le

pancréas; le lendemain, l'animal étant toujours à jeun, on énerve le foie,

puis on pique le bulbe.

Saore p. iOOO gr.

de sang.

Immédiatement avant la piqûre bulbaire 2.819

2 heures après. , 2.851

5 heures après 3*d8S

6 h. 80 m. après 3 .636

Uanimal ayant été sacrifié par hémorragie, Tautopsie a permis de constater que l'énervation du foie était parfaite et que le pancréas était totalement enlevé.

Les résultats fournis par ces expériences montrent que la piqûre bulbaire est capable d'exagérer considérablement Thyperglycëmie et la glycosurie, sans que Ton puisse invoquer ïa transmission d*une action nerveuse quelconque ni au foie ni au pancréas. Cette exagération de la production sucrée ne peut s'expliquer que par une action nerveuse transmise à des organes autres que le foie et le pancréas.

Faut-il admettre que la piqûre diabétique provoque la formation de sucre dans les tissus autres que le foie, et que cette formation sucrée périphérique peut devenir assez importante pour déterminer l'exagération de l'hyperglycémie et de la glycosurie ? • Cette interprétation doit être rejetée. Les faits expérimentaux ac* tuellement connus et bien établis montrent, en efTet, que le foie est le seul centre glycosoformateur important de l'économie, et que les autres tissus ne participent que d'une manière insignifiante à la formation du sucre du sang. Après l'isolement du foie chez les mammifères (Bock et Hoffmann, Seegen, Hédon, Kaufmann), après son extirpation complète chez les oiseaux et les animaux à sang froid

ACTION DU SYSTÈME NERVEUX DANS l'hYPERGLYCÉMIE. 275

(Minkowski), la proportion de glycose diminue rapidement dans le sang. La même diminution s*observe sur les animaux diabétiques (Kaufmann). Dès 1856, M. Chauveau a montré que le sang artériel est toujours un peu jplus riche en sucre que le sang veineux de la circulation générale. Dans un travail récent*, nous avons constaté, M. Chauveau et moi, qu*il en est exactement de même chez les animaux hyperglycémiques, glycosuriques ou hypoglycémiques : dans tous les états glycémiques, le sang perd donc du sucre en traversant le réseau capillaire des tissus. J'ai constaté aussi, comme je Fai indiqué dans le précédent mémoire, que pendant Fisolement du foie sur des chiens diabétiques, le sang stagnant dans les vaisseaux qui tiennent au foie s'enrichit en sucre, en même temps que celui qui est en circulation dans le reste de l'organisme perd sa glycose.

Tous ces faits ne permettent donc pas d'accepter l'interprétation d'après laquelle du sucre se formerait dans les divers tissus en quantité suffisante pour provoquer l'exagération hyperglycémique et glycosurique observée dans les expériences ci-dessus.

On est donc conduit à admettre que l'accroissement de l'hyperglycémie et de la glycosurie qu'on observe après la piqûre bulbaire sur l'animal dont l'appareil glycosoformateur est énervé est le fait, non d'une formation active de glycose dans les différents tissus, mais bien celui d'une résorption histolytique générale plus active, résorption histolytique qui fait pénétrer, en abondance, dans le sang, des matériaux capables d'activer la formation sucrée dans le foie.

Cette manière de concevoir l'effet de la piqûre bulbaire est appuyée par les faits si clairement exposés par M. Chauveau dans son récent travail intitulé : La vie et f énergie chez ranimai, L'histolyse s'accomplit incessamment dans l'organisme animal ; elle fait rentrer dans le sang les matériaux qui composent les tissus ; le sang transporte ensuite ces matériaux dans le foie où ils sont utilisés pour servir à la fabrication du sucre et autres hydrates de carbone et à la reconstitution du potentiel énergétique consommé incessamment par le travail physiologique des divers organes.

Les faits et les considérations ci-dessus conduisent donc à cette conclusion importante, à savoir : que la piqûre diabétique agit non seulement sur le foie et le pancréas j mais encore sur le travail bystolytique général qui s'accomplit incessamment dans les divers tissus de F organisme animal.

L'analyse de ces mêmes faits permet en outre d'établir : que Fhis-

* Compte rendus do, l'Acad. des sciences et Comptes rendus de la Soc. de biol.^ février 1893.

tolyse est réglée comme la glycosoformation intrabépatique^ à la fois par le produit pancréatique déversé dans le sang et par le système nerveux ; que le produit pancréatique exerce^ par Tinter* médiaire du sang^ son action frénatrice puissante sur f activité de la résorption bistolytique, en même temps que sur 1* activité glycosoformatrice hépatique.

Chez ranimai à appareil hépatopancréatique énervé, la piqûre diabétique ne produit pas son effet hyperglycémique habituel aussi longtemps que la fonction pancréatique conserve son activité normale. Sur un tel animal, la double action frénatrice qui s* exerce sur rhistolyse n'est pas facile à dissocier, parce que la réfrénation d'origine pancréatique est à elle seule assez puissante pour maintenir rhistolyse dans son activité à peu près normale ; mais cette dissociation devient facile aussitôt que l'on affaiblit ou qu'on supprime totalement le frein pancréatique. Alors l'animal devient hyperglycémique et diabétique ; mais son diabète n'atteint pas son maximum d'intensité, parce que le système nerveux continue à exercer son action frénatrice sur l'histolyse. La piqûre bulbaire pratiquée alors supprime ce reste de réfrénation de la résorption bistolytique, et le diabète atteint sa plus grande intensité.

Les conclusions ci-dessus se trouvent donc encore appuyées par d'autres résultats expérimentaux.

Parmi les substances de réserve, il en est une qui est tout particulièrement propre à la fabrication glycosique ; c'est la matière glycogène. Cette matière, répandue un peu partout dans l'organisme, est surtout abondante dans le foie et les muscles.

L'hyperglycémie, cause directe de la glycosurie, étant le résultat d'une exagération de la formation sucrée, doit coïncider avec une diminution rapide de la réserve de matière glycogène du foie et des divers tissus. Les faits démontrent qu'il en est bien ainsi.

Exp. XLVII. — Sur un chien, à jeun, on prélève un morceau de foie et un morceau de muscle de la cuisse, puis on fait la piqûre bulbaire. Six heures après, l'urine étant très sucrée, on tue Tanimal par hémorragie, et on prélève un second morceau de foie et un second morceau de muscle exactement symétrique sur le membre opposé. Tous ces tissus, aussitôt après leur enlèvement, sont traités par le procédé KObs-Brûcke, pour le dosage du glycogène. Celui-ci est finalement transformé en sucre, sous rinfluence de Tacide chlorhydrique et de la chaleur de rébullition prolongée en vase clos, pendant au moins dix heures.

Glxoogène ea racro p. 1000 gr^

de foie. de muscle.

Immédiatement avant la piqûre bulbaire . 44 .000 1 . 200

6 heures après » . . 5.900 2.800

ACnOIf DU SYSTÈME NERVEUX DANS L'HYPERaLTCélUB. 277

Cette diminution rapide et énorme du glycogène hépatique et musculaire s'observe non seulement dans le diabète par piqûre bulbaire, mais aussi dans le diabète pancréatique (von Mering, Minkowski et Hédon), et dans le diabète spontané (von Mering, Frerichs). Ce fait, qui semble lié à tout état hyperglycémique, vient confirmer que la surabondante fabrication sucrée du foie est accompagnée d*une résorption histolytique plus active.

Les faits tirés de l'étude expérimentale de V hypoglycémie viennent également confirmer la donnée ci-dessus.

L'hypoglycémie, étaC inverse de l'hyperglycémie, est le fait de la diminution de la formation et non celui de l'exagération de la destruction du sucre. La perte en glycose qu'éprouve le sang dans le réseau capillaire général est même un peu plus faible que celle qu'il éprouve dans l'état normal ou hyperglycémique (Chauveau et Kaufmann).

Dans l'hypoglycémie, la production du sucre dans le foie est diminuée ; Cl. Bernard croyait même qu'elle était arrêtée complètement après la section de la moelle épinière en avant de la région dorsale, et qu'alors la matière glycogène non seulement ne diminuait pas dans le foie, mais pouvait même y augmenter et s'y accumuler. Cette vue de Cl. Bernard n'est pas vérifiée par l'expérience. Chez l'animal à jeun, la section de la moelle épinière en avant de la première vertèbre dorsale n'arrête jamais complètement la production du sucre dans le foie et son déversement dans le sang (Chauveau et Kaufmann) ; elle ne détermine pas non plus une accumulation de glyc^ gène dans le parenchyme hépatique. Les expériences suivantes le démontrent :

Exp. XIjVIII et XLIX. — Chiens, à jeun. Section de la moelle épinière,

en avant de la l'* vertèbre dorsale. Dosage du glycogène dans du foie

pris avant et après la section.

GWcogëne en saore p. lOÛO grammes de foie.

Chien 1. Chien II.

Avant la section médullaire 17 . 600 71 . 500

5 h. 30 m. après • 2.300 38.700

Ainsi l'hypoglycémie consécutive à la section de la moelle épinière en avant de la première vcrtèbi'o dorsale est accompagnée d'une diminution considérable de la matière glycogène du foie.

Ce fait semble infirmer l'opinion d'après laquelle l'hypoglycémie est attribuée à une diminution de la formation sucrée dans le foie. Mais les résultats suivants montrent que la contradiction n'est qu'apparente. En effet, si on recherche ce que devient le glycogène qui disparait du foie après la section médullaire, on constate qu'il n'est

pas uniquement utilisé pour la fabrication du sucre ; une grande partie do ce glycogène est déversée en nature dans le sang, puis emmagasinée par les muscles.

Le sang renferme normalement une petite quantité de glycogène (Salomon, Huppert). J'ai toujours trouvé des traces très nettes de cette substance dans le sang, même chez les animaux à jeun. 11 est facile de caractériser le glycogène en traitant sa solution par l'iode, ou en le transformant en sucre par la salive ou les acides, puis en dosant le sucre par la liqueur de Febling. Or, en agissant sur les mêmes quantités de sang artériel et en dissolvant le glycogène obtenu dans la même quantité d'eau distillée, on constate nettement que la proportion de cette substance est notablement plus abondante dans le sang pris quelques heures après la section médullaire. Cet excès de glycogène du sang ne peut provenir que du foie, car c'est seulement dans cet organe que sa proportion diminue. Les expériences suivantes montrent, en eflet, que dans l'hypoglycémie par section médullaire, le glycogène s'accumule dans les muscles.

Exp. L et LI. — Chiens, à jeun. Section de la moelle épinière en avant

de la 1*^ vertèbre dorsale. Dosage du glycogène dans les muscles de la

cuisse. Les échantillons de tissu prélevés avant et après sur chaque

animal sont symétnques : l'un appartient au membre postérieur droit,

l'autre au membre gauche.

Gljcogène en sucre p. 1000 grammes de muiole.

Chien I. Chien II.

Avant la section médullaire 10.700 8.800

5 h. 30 m. après 13.500 10.000

Ainsi, dans l'hypoglycémie déterminée par la section médullaire, le glycogène diminue dans le foie, augmente dans le sang et dans les muscles des membres postérieurs.

L'accumulation du glycogène dans les muscles du train postérieur n'est pas le fait de la paralysie. En effet, si au lieu de faire la section médullaire dans un point où elle provoque l'hypoglycémie, on la pratique dans un point oii elle laisse la glycémie intacte, on constate que malgré la paralysie volontaire, le glycogène ne s'accumule pas en proportion notable dans les muscles des membres postérieurs. L'expérience suivante est très démonstrative.

Exp. LU. — Chien, à jeun. Section de la moelle entre les 2* et 3" vertèbres lombaires.

Glycogène en sucre p. 1000 gr. de muscle.

Au moment de la section 10.500

^ h. 15 m., après 11.100

ACTION DU SYSTÈME NERVEUX DANS L*HYPERGLYCéMIE. 270

L'ensemble des résultats ci-dessus permet de poser les conclusions suivantes :

1* Dans les diverses déviations de la fonction glycémique, il y a à la fois une modification de Tactivité de la glycosoformation intrahépatique et de Thistolyse générale ;

2* Dans V hyperglycémie^ et, par suite, dans le diabète, la glycosoformation et la résorption histolytique sont activées ;

8* Dans V hypoglycémie^ la glycosoformation et la résorption histolytique sont diminuées ;

4^ Le système nerveux exerce une influence régulatrice directe à la fois sur les phénomènes nutritifs des divers tissus et sur les élaborations intndiépatiques préposées à la formation de la glycose ;

5"* Le produit vei*sé dans le sang par le pancréas exerce une action frénatrice puissante à la fois sur la glycosoformation intrahépatique et sur la désintégration histolytique générale ;

6<* La glycémie est soumise à une régulation double, Tune d'origine nerveuse, l'autre d'origine pancréatique.

Page 1