‹ Archives de physiologie normale et pathologique (volume 4)Chapitre 99 sur 257 · PAUL SOLLIER ET E. PARMENTIER · texte numérisé non relu

PAUL SOLLIER ET E. PARMENTIER

viscérale en masse. Cette suppression et ce rappel de la sensibilité s'accompagnent non seulement de phénomènes subjectifs spéciaux, mais encore de phénomènes objectifs d'ordre moteur et vaso-moteur très caractéristiques. En opérant de la même façon sur une hystérique hypnotisable, indemne d'accidents et de stigmates, on constate qu'il est aussi facile de déterminer dans chaque organe pris séparément, l'anesthésie] et le retour de la sensibilité, et que ces deux expériences s'accompagnent de phénoinènes spéciaux à chacun d'eux, et se produisant dans un ordre très déterminé, de telle sorte qu'on peut déduire des phénomènes objectifs l'état correspondant de la sensibilité de l'organe.

Voici ce qu'on observe en agissant de la sorte sur restomac. Si à une hystérique hypnotisée, exempte d*accidents et de stigmateis, on ordonne de ne plus sentir son estomac, on observe les phénomènes suivants : Le creux épigastrique se soulève et se déprime, sous Tinfluence de contractions de Testomac qu'on sent très bien sous la main et qui s'accompagnent de gargouillements et de clapotements si l'estomac n'a pas encore eu le temps de se vider. En même temps le visage du sujet exprime une impression un peu pénible, analogue à celle d'une personne souffrant de gastralgie. Si on J'interroge, la malade répond en effet qu^elle éprouve d'abord des crampes, puis des picotements, une sorte d'engourdissement avec sensation de vide, de froid, et enfin plus rien. La succession de ces phénomènes se fait d'une façon plus ou moins rapide, mais toujours très courte, de une à trois minutes. Une fois le sujet réveillé on constate un signe objectif d'une grande importance : c'est que la surface cutanée correspondant à l'estomac est anesthésiée et cela d'une façon très nette, avec des limites assez précises pour qu'on puisse les tracer au crayon. Le sujet n'éprouve plus la faim, s'il l'avait auparavant. On a créé ainsi de toutes pièces une anorexique pure. Il n'en éprouve du reste aucune gêne, aucun malaise, aucune fatigue, et est aussi dispos qu'avant.

Si l'anesthésie n'est pas complète les malades n'éprouvent qu'une sensation de vide au niveau de l'estomac, « comme s'il leur manquait quelque chose ». Quand il y a anesthésie absolue ils n'éprouvent absolument rien.

Si maintenant sur un estomac ainsi anesthésie on provoque le retour de la sensibilité par simple injonction, encore dans l'hypnose, voici ce que l'on constate : Ce sont d'abord des contractions et des secousses de l'estomac qui soulèvent le creux épigastrique, puis qui vont en diminuant jusqu'à ce que l'on ne perçoive plus rien au palper. Elles s'accompagnent encore de gargouillements, et sont douloureuses.

Le sujet les compare à des coups de canif ou à l'arrachement des parois de l'estomac qui seraient collées l'une contre l'autre. Puis ce sont des fourmillements auxquels éuccède une sensation de dilatation, dévide, de chaleur, qui envahit l'estomac. Après réveil on constate la disparition de la zone d'anesthésie cutanée. L'ingestion de substances chaudes ou

SENSIBILITE DB l'eSTOMAC. 887

froides est bien différenciée. Les sujets soumis à ces expériences n'en ressentent absolument aucun effet général et même aucune fatigue locale.

Par ce procédé*, on peut donc, au cours de la digestion d'un repas d'épreuve, modifier à volonté, et pour ainsi dire instantanément, l'état de la sensibilité de l'estomac. Il suffira donc de déterminer, à des moments précis, l'anesthésie' ou le retour de la sensibilité de l'estomac, et d'analyser le liquide stomacal recueilli pendant ces états successifs pour mettre en évidence l'influence que ces modifications de la sensibilité ont sur l'évolution de la digestion. Nous avons procédé ainsi chez deux sujets hystériques, en instituant pour chacun une série d'expériences.

La première série a eu pour but d'étudier le chimisme après s'être assuré que le sujet était dans son état normal et que la sensibilité de l'estomac n'était pas modifiée. (Dans tous les cas on a employé le repas d'Ewald.)

Dans la deuxième série, l'anesthésie de l'estomac a été provoquée à la 80* minute, et la sensibilité a été rendue à la 60* minute.

Enfin dans la troisième série, l'anesthésie de l'estomac a été provoquée avant le repas d'épreuve, et la sensibilité n'a été rendue qu'une heure dans un cas, et deux heures dans deux auti*es cas, après le début du repas.

Pour chaque série, de nombreuses extractions de liquide ont été faites. M. Winter a bien voulu se charger de faire les analyses, et nous ne saurions trop le remercier de son extrême obligeance. C'est avec les résultats obtenus que nous avons di*essé les graphiques sur lesquels il est facile de suivre la marche de la digestion. Or, en modifiant la sensibilité de l'estomac, on modifie par là même la marche de la digestion. C'est là un premier fait qui ressort nettement de nos expériences.

D'après M. Winter *, l'évolution est facteur de divers éléments dont font partie les phénomènes vaso-moteurs. C'est sans doute en réglant ces phénomènes, c'est-à-dire par voie indirecte, que la sensibilité intervient.

Examinons maintenant les faits, en désignant nos sujets par les lettres A et B.

* On ne peut invoquer qu'il s'agisse ici de phénomènes de suggestion. La seule suggestion faite à nos sujets a été « ne sens plus du tout, du tout, ton estomac », ou « sens ton estomac, encore plus, tout à fait ». Tous les phénomènes subjectifs, objectifs et chimiques qui se sont produits à la suite de cette simple injonction n ont donc rien à voir avec une suggestion d'idée ou d'acte.

* Acad. des sc/encos, séance du 17 juillet 18^.

Arch. de phys., b* SÉRIE. — VII. 22

Page 1