DE LA DIGESTION DE I/ALBUMINE
PAR LE DUODÉNUM Par MM. J. OACHET et V. PACHON
(Travail du laboratoire de physiologie de la FacuUô de médecine de Bordeaux.)
Justiûcation du travail,
Moritz Schiff écrivait, en 1892, dans ces Archives : « Tous les expérimentateurs sont d'accord que l'action digestive de reslomac ne suffît pas pour fournir tous les produits de la digestion nécessaires pour la conservation de Tanimal. Il faut une digestion supplémentaire dans rintestin. Mais la majorité des physiologistes admet que c*e3t le suc pancréatique versé dans l'intestin qui y accomplit cette digestion et que le suc intestinal proprement dit n'a aucune action importante sur les substances alimentaires^. » Et SchilT, après un exposé synthétique de la méthode employée par lui pour démontrer le pouvoir digestif du suc intestinal vis-à-vis des trois groupes d'aliments organiques, albuminoïdes, hydrates de carbone et graisses, concluait que c le suc intestinal doit avoir une action digestive tout à fait analogue à celle du pancréas », c'esi-à-dire eflicace vis-à-vis de ces trois groupes d'aliments.
Depuis cette époque aucun travail n'est venu, que nous sachions, fournir de nouveaux éléments importants d'information à la question plus spéciale du pouvoir protéolytique propre du duodénum. La méthode, à laquelle se rapportent les résultats sur lesquels Schiff a formulé sa conclusion, n'est peut-être pas, d'autre part, la plus démonstrative et la mieux adaptée à vaincre l'indécision actuelle de
* Moritz Schiff, Le suc intestinal des mammifères comme agent de la digestion {Arch. dophysiol.^ 1892, p. 699).
DIGESTION DUODÉNALE. ' 323
taucoup de physiologistes sur ce point particulier du pouvoir igestif du duodénum vis-à-vis de Talbumine. La méthode de M. Schiff comporte trois termes : l'' animal dépanréatë ou dont le pancréas a été injecté de paraffine en dose sufflante ^ ; 2"* animal porteur de fistule située c à la partie terminale de «xtrémité pylorique de l'estomac » ; 3^ introduction par cette fistule €s substances alimentaires renfermées dans des sacs de texture «rliculière. Ces sacs sont « formés de l'intestin desséché d'un mou- )nou d'un autre herbivore de taille analogue », De telles « memranes formées de fibres connectives fortes et transparentes ne sont as digérées dans l'intestin (avec libre affluence de suc pancréatique) Bndant une ou deux périodes digestives. Mais le suc gastrique les issout très rapidement ». (M. Schiff.)
C'est ce dernier terme de la méthode de Schiff qui prête particuîrement à quelque critique et ne permet pas d'accorder aux résults expérimentaux qui en dérivent une valeur absolue pour la imonstration du pouvoir digestif propre des glandes duodénales. Schiff écrit : « Si un mouvement antipéristaltique de l'intestin avait conduit le sac dans l'estomac, nous ne pourrions pas confondre iction de son suc avec celle de l'intestin, parce que l'action du suc islrique fait disparaître le sac en grande partie ou en totalité, penmt que l'intestin, s'il a digéré, nous montre le sac retiré sans ourture, bien fermé. Mais la substance du sac peut être très amincie rce que sa membrane musculaire se dissout ». (M. Schiff, loc. cit. y 701.) C'est là que précisément réside le point faible de cette sthode. Si on retire les sachets intacts, après introduction par la Iule pylorique et séjour de six à huit heures dans l'intestin, ou, i moins, simplement amincis, c'est pour Schiff' une preuve que ction de la pepsine ne s'est pas "fait sentir dans le duodénum et, par nséquent, n'a pas contribué à la digestion de l'albumine. Des ijections peuvent être faites à cette manière de voir. Dans un ordre d'expériences analogue à celui qui nous occupe, le l'on soumette à l'activité d'une macération de pancréas très tive une certaine quantité de fibrine et d'ovalbumine et qu'on ge de l'état de la digestion au bout d'une heure. On constate l'une partie de la fibrine a été dissoute, alors que le cube d'albuine parait encore inattaqué. Une heure plus tard, une partie de Ibumine aura été dissoute. Dans ces conditions, est-il permis de
M. Schiff pense, en effet, qu'on peut arriver à « remplir complètement le pan- 18 par une iujection de paraffine », contrairement à l'opinion de MM. Hédon, f etTfairoloîx qui < regardent cette méthode comme insuffisante », mais, ajoute ifr, parce que ces expérimentateurs « se sont servis d'une quantité de parafet d*uce pression trop faibles » (M. Schiff, loc. cit.).
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dire que, dans la première heure, ralbumine n'a pas subi \'^ fluence de la trypsine ?
Le même phénomène peut se passer dans le duodéniun ; le sucgas^ trique, auquel se trouve laissé libre tout accès dans le milieu duO' dénal, peut attaquer l'albumine qu'il digère plus vite, alors qu'il laisse encore intacts les sacs formés de tissus fibreux et élastiques, sur lesquels son action est plus lente à se produire. Dans ces conditions, SchifT àvaitril rigoureusement le droit d'affirmer qu'il n'] avait pas eu manifestation du pouvoir protéolytique de la pepsii» sur l'albumine, quand il retirait amincis les sachets membraneœ qui avaient séjourné dans la première portion de l'intestin ? Cetti conclusion, du moins, n'était pas à l'abri de toute incertitude.
Choix et discussion de la méthode. Types d expériences.
Le principe général de la méthode à laquelle nous nous eomiDe! arrêtés, pour apprécier le pouvoir protéolytique propre du duodénum a été, d'ailleurs, introduit dans la technique expérimentale par SchiS qui en a fait un de ses modes d'investigation dans sa longue p féconde série d'études comparatives sur la digestion pancréatiqu( chez les animaux normaux et les animaux dératés'. Il peut, dan: ces conditions, paraître de prime abord paradoxal que nous puissiom l'utiliser pour l'appréciation de la digestion duodénale. Dans lei détails d'application de la méthode une condition diffère. Cette condition différente^ selon qu'on l'introduit ou qu'on la néglige ai cours de l'expérience, permet précisément d'éliminer ou de fair< apparaître le pouvoir digestif du duodénum. C'est ce que montrerou! nos expériences.
Le principe général de la méthode consiste à emprisonner sui l'animal vivant dans le duodénum, entre deux ligatures, de l'albumini d'œuf coagulée. L'animal est sacrifié six heures après le moment d( l'introduction de l'albumine dans le duodénum. Une quantité déte^ minée d'albumine a été introduite ; la détermination volumétrique d( l'albumine restant donne la valeur de la digestion opérée dans 1( duodénum, dans une expérience donnée.
Voici pour le principe général de la méthode. La conditioi différente dans les expériences de Schiff et dans les nôtres est codS' tituée par le fait que bchiff déterminait, préalablement à Tintroduo tion de l'albumine, une « eccnymose sous-muqueuse très étendue
* Cf. A. Herzen, La digestion tryptique des albumines el la sécrétion inlen de la rate [Revue générale des acieBces^ 1895, p. 498).
DIOESTIOrr DUODÈfALE. S25
rzen, loc. cit.), ce que Ton obtient par une forte malazation "ois duodénales. Dans nos expériences, au contraire, destinées lettre la manifestation du pouvoir protéolytique propre des s duodénales, nous avons pris le plus grand soin de faire le im de traumatisme au duodénum. De la sorte, Schifî, qui pourcomme but Tappréciation de la digestion pancréatique, élimite participation duodénale proprement dite à Tacte digestif lit se passer dans le duodénum. Cette participation duoest, au contraire, laissée le plus possible entière dans nos ices.
re part, toute intervention du suc gastrique est empêchée par e la ligature du duodénum ; dans certaines expériences, cette ition a été plus irrémédiablement encore empêchée par une complète pratiquée au niveau de Textrémité inférieure du
idant, se pose une objection à notre manière de faire, oursuivons comme but l'appréciation du pouvoir digestif il proprement dit. Or, la digestion, qui va s'accomplir dans énum des chiens mis en expérience comme nous l'avons
poun'a être fonction de deux éléments: tout d'abord du »dénal, soit, mais aussi du suc pancréatique. Cette objection te théorique. Pratiquement, Schiff, grâce précisément aux iées et très nombreuses expériences auxquelles nous faisions Uusion, et qu'il a poursuivies sur l'activité du suc pancréa* ous permet de résoudre cette difficulté. Le problème est
faire en sorte que, dans le duodénum, soit éliminée la possiactivité du suc pancréatique . Les expériences anciennes de onnent la réponse à ce problème : il suffit d'opérer sur des r à jeuBy chez lesquels n'intervient pas, in duodeno vivo^ le créa tique. Chez de tels animaux (chiens à jeun), si, après tion d'albumine dans le duodénum intact pris entre deux ly on constate six heures plus tard une certaine disparition ine, cette disparition doit être rapportée à l'activité du suc il. L'intervention du suc pancréatique peut, du reste, être i sûrement éliminée par la ligature, chez le chien, des deux Dancréatiques.
le but d'apporter plus d'éléments comparatifs dans la quesnous occupe et de contrôler par des ordres différents d'exs la démonstration d'un fait donné, nous avons été amenés ler quatre types d'expériences dont deux (1 et 3) ont déjà ses par Schiff, mais qu'il était nécessaire de grouper ici léraonstration méthodique expérimentale du pouvoir digestif u duodénum vis-^à-vis de l'albumine.
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Ces types d'expériences sont les suivants : l.li«>ieî
!• Digestion de Talbumine dans le duodénum préalablemeDlnwlfiiffSia^' de chiens normaux à jeun ;
2* Digestion de Talbumine dans le duodénum non infl/aré de chiens i^ normaux à jeun ;
3*" Digestion de Talbumine dans le duodénum malaxé de chienâ normaux en digestion ;
4''Digostion de Talbumine dans le duodénum non malaxé ieéim ayant subi la ligature préalable des canaux pancréatiques.
Type I d'expériencM.
Chiens à jeun. Malaxation duodénale.
Exp. I. — Un chien robuste, de 18 kilogrammes, à jeun depuis vingtquatre heures, est anesthésié par le chloroforme. La paroi abdominale rasée, lavée au savon, puis avec une solution antiseptique, est incisée sur la ligne médiane dans une étendue de 10 centimètres, à partir de l'appendice xiphoïde. Le grand épiploon, mis à nu, est repoussé à gauche, et deux doigts de l'opérateur en suivant la surface péritonéale de la paroi, à droite, rencontrent le duodénum qu'ils amènent au niveau de la plaie.
Cet organe est attiré en bas et à gauche, de façon à tendre le ligament duodéno-hépatique. On aperçoit alors par transparence, entre les deux feuillets péritonéaux, sous l'apparence d'un cordon blanchâtre, le canal cholédoque. Quelques coups de sonde suffisent à l'isoler et il est pris dans une ligature par un fil de soie aseptique et fortement serré.
Le pylore se présente nettement sous l'aspect d'un anneau blanchâtre formant un léger étranglement entre le duodénum et l'estomac. Avec la sonde cannelée, on peut l'isoler du repli péritonéal sans léser les vaisseaux et passer un gros fil de soie aseptique serré avec force.
Le duodénum est malaxé fortement entre deux doigts, et l'on place une seconde ligature au bout inférieur de cet organe.
Sur le bord libre de l'intestin, incision de 4 centimètres. La muqueuse se présente de couleur jaunâtre, coloration due à la présence d'une faible quantité de bile, que l'on fait écouler au dehors, et par rouve> ture béante, 30 centimètres cubes d'ovalbumine coagulée, en forme de cylindre, sont introduits. La plaie intestinale est suturée; puissuluresde la paroi : un plan musculaire et un plan pour la peau.
Le cliien se réveille quelques minutes après l'opération. Il vomit des glaires spumeuses, quelques tronçons de carottes et un morceau de tissu élastique.
A 5 heures du soir, soit six heures et demie après l'opération, l'animal est sacrifié par piqûre du bulbe.
A l'autopsie, pas de traces d'inflammation au niveau de la plaie ni sur le péritoine. Les sutures duôdénales ont fort bien tenu.
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duodénum est légèrement distendu par une petite quantité d'un li<iuide mucoïde rosé.
'Ljsl muqueuse, lavée sous un filet d*eau, apparaît d'une couleur uniformément violacée; il y a une large eochymose.
L«s cylindres d*albumine ont été très peu attaqués, 2 centimètres cubes ©aviron ont été digérés.
pancréas ne présente pas de trace d'inflammation, il est de couleur très pâle.
L'estomac ne contient pas d'aliments, mais un liquide incolore, spumeux.
La rate, de couleur uniformément violacée, présente en tous ses points ^^ne consistance ferme.
Au foie, rien de particulier, si ce n'est la vésicule biliaire qui paraît ***ès distendue.
Exp. II. — Un jeune chien pesant 10 kilogrammes, à jeun depuis garante-huit heures, est opéré de la même façon que dans Texpérience Précédente.
L'animal est sacrifié six heures après, et à l'autopsie on ne constate pas ^e traces d*inflammation.
Le duodénum présente une large ecchymose sous-muqueuse, due à la forte malaxation préalable; sa couleur est uniformément violacée. L'albumine, mise à digérer, a été peu attaquée. 30 centimètres cubes avaient ^té introduits, on en a retiré 26. Soit, 4 centimètres cubes digérés.
Donc, il est permis de dire avec SchifT que le suc pancréatique du chien à jeun est impuissant, in vivo, à digérer de Talbumine introduite expérimentalement dans le duodénum. La digestion d*une si petite quantité d* albumine, 2 centimètres cubes dans un cas, dans Taulre 4 centimètres cubes, doit, en effet, être attribuée à une petite quantité de suc des glandes du duodénum, exprimé des glandes par la malaxation et resté dans les replis de la muqueuse.
Type II d'expériences.
Chiens à jeun. Pas de malaxation duodénale.
Exp. III. — Un jeune chien de 8 kilogrammes, à jeun depuis trente-six heures, est anesthésié; laparotomie, ligature du cholédoque; ligature du pylore. On pratique une boutonnière à la partie inférieure du duodénum et on introduit Talbumine. Deux fils, fortement serrés, sont placés Tun au-dessus, Tautre au-dessous de cette ouverture.
Dans une expérience qui a été considérée comme nulle , une certaine quantité de liquide avait fusé par les lèvres de la plaie duodénale, malgré les satures, et déterminé un commencement de péritonite. C*est pour obvier à cet inconvénient que nous avons apporté cette modification de
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technique ei(périmentale. Les parois du duodénum sont ainsi plus indem-"^ ^ nés encore de traumatisme.
On n'a pas malaxé le duodénum ; mais, pour faire écouler la bile par Touverture pratiquée à la partie inférieure de Torgane et déterger ^ muqueuse, on écouvillonne légèrement le duodénum avec des tamponsde coton hydrophile imbibés d'eau salée bouillie. Suture de FintestiA. Suture de la paroi.
Le chien se réveille quelques instants après la fin de ropératioD.Il vomit de temps en temps un liquide dont la consistance rappelle celle (h mucus, et qui paraît être de la salive déglutie.
L*animal est tué par piqûre du bulbe six heures pluis tard. L'autopsie ne révèle pas la moindre trace d'inflammation. La muqueuse duodéaale présente la coloration normale, ij'albumine a été en partie digérée; sur 30 centimètres cubes introduits, 16 centimètres cubes ont disparu.
Exp. IV. — Cette expérience a porté sur un chien de 12 kilogrammes. Elle est, dans tous ses détails, semblable à la précédente. Résultats : 15 centimètres cubes d'albumine ont été digérés. On avait bien pris garde de ne pas malaxer le duodénum, de façon à' laisser intactes ses glandes.
Exp. V. — Un chien de 12 kilogrammes est anesthésié par le chloroforme. Après laparotomie et ligature du cholédoque, avec une aiguille de Reverdin on transperce le pylore. L'aiguille, retirée, ramène un fort fil de soie dont les deux chefs sont maintenus par l'aide. Ce fil, en double, qui traverse le pylore, est partagé en deux chefs égaux. L'un d'eux, croisé au-dessus, est lié au-dessous ; Tautre, croisé au-dessous, est lié au-dessus. Les extrémités des fils ont été enroulées sur des pinces à forcipressure, pour faire des ligatures aussi serrées que possible.
A 2 centimètres plus bas, sur le duodénum, on emploie le même procédé, et entre les deux ligatures on sectionne cette portion du tube digestif. Boutonnière à la partie inférieure du duodénum.
Malaxation ti'ès légère, juste suffisante pour faire ' écouler le hquide contenu dans le duodénum. Introduction d'ovalbumine coagulée, ligature au-dessus et au-dessous de l'ouverture duodénale. Sutures du péritoine et de la paroi.
L'animal se réveille à la fin de l'opération. Son état général est satisfaisant.
Sacrifié six heures plus tard, à l'ouverture de l'abdomen on ne constate pas de phénomènes inflammatoires.
Le duodénum contient une faible quantité d*un liquide opalin. La muqueuse est pâle, rosée dans toute son étendue. On avait introduit 80 centimètres cubes d'ovalbumine coagulée, 18 ont été digérés.
Dans ce second groupe d'expériences, on le voit, il n'a pas été fait de malaxation importante du duodénum, préalablement à l'introducr tien de l'albumine. La présence de cette albumine a provoqué Taciivité des glandes de la muqueuse duodénale restée saine.
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Cette activité a été suffisante pour digérer une grande partie de l*albuniine.
Ce qui prouve que cette digestion est bien le fait de l'activité propre du suc duodénal et non pas du &uc pancréatique, c'est que dans nos expériences du type I portant comme celles du type n sur des animaux à jeun, mais auxquels on a pratiqué préalablement une forte malaxation du duodénum, l'albumine n'est pas digérée. Le suc pancréatique, s'il avait à être mis en cause dans les expériences du type U, aurait dû tout aussi bien manifester son action dans le cas des expériences du type I, puisque, dans les deux types d'expériences, toutes conditions sont restées égales du côté du pancréas. Si dans les types I et II d'expériences les résultats sont différents, ils doivent donc être nécessairement rapportés à la condition différente apportée dans chacun de ces types du côté du duodénum. Cette condition différente est constituée par la pratique dans un cas (type I) d'une forte malaxation duodénale, préalablement « l'introduction de l'albumine, et l'absence, dans l'autre cas (type II), de toute malaxation duodénale. Dans le premier cas, pas de digestion d'albumine ; dans le second cas, digestion d'albumine. Il est donc légitime de conclure que tout se passe comme si la digestion était opérée ici par le suc duodénal, qui est mis, là, dans l'impossililité de manifester son action, par suite de la destruction des Mandes du duodénum sous Tinfluence de la malaxation énergique <le cet organe. Cette conclusion paraît s'imposer de toute évidence. Les deux ordres d'expériences suivants viennent lui apporter l'appui d'un double contrôle expérimental.
Type m d'expériences.
Chiens en digestion, Malaxation duodénale.
Nous admettons que toutes les conditions restent égales du côté <lu suc pancréatique dans les types I et II de nos expériences et, ^râce à cette égalité de conditions pancréatiques, nous rapportons aux variations des conditions duodénales les variations de la digestion observée dans les deux cas. Voyons expérimentalement si le fait de la malaxation préalable du duodénum n'est pas susceptible d'exercer une influence empêchante quelconque sur la manifestation de Tactivité du suc pancréatique.
De même que notre type I d'expériences, ce type a déjà été réalisé autrefois par Schiff.
Schiff introduisait 30 à 40 centimètres cubes d'albumine dans le duodénum; six heures après, elle était complètement digérée. Jamais nous n'avons obtenu un aussi beau résultat. Nous avons
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toujours retrouvé dans le duodénum une partie de ralbumineqmy avait été introduite, de 5 à 10 centimètres cubes. Nos chiens étaient tués six heures après le moment de l'introduction de ralbumine dans le duodénum, c'est-àdire environ sept heures après avoir pris le repas qui leur était donné quelques instants avant le début de Texpérience. Comme Faction du suc pancréatique ne commeDce guère que vers la 4* heure de la digestion, Talbumine était soumise à son influence un temps, sans doute, insuffisant à la dissoudre es totalité.
Ezp. VI. — Chien robuste, de 12 kilogrammes, à jeun depuis vingiquatre heures, reçoit un copieux repas de 2 kilogrammes de viande de cheval réduite en purée.
Quelques instants après, il est anesthésié par le chloroforme. Laparotomie. L*estomac est très distendu par les aliments. On attire le daodénum. Ligature du canal cholédoque. Malaxation du duodénum. Le duodénum est pris entre deux ligatures, et par une boutonnière pratiquée sur son bord libre, on introduit 30 centimètres cubes d*ovaibamine coagulée. Suture des lèvres de la plaie intestinale. Sutures des muscles et de la paroi abdominale.
Le chien se réveille à la fin de Topération. Quelques instants après, il est sur ses jambes, va et vient dans le laboratoire. Le chien vomit environ une livre de viande qui semble fort peu attaquée par la digestion. K 2 heures de Taprès-midi (le chien avait été opéré à 10 heures du matin). le chien boit une grande quantité d*eau, ayant vomi depuis quelque temps une petite quantité de viande, dont les fibres étaient en partie décolorées et dissociées. A 4 heures et demie, nouveaux vomissements.
A ce moment, six heures et demie après Topération, Tanimal est tué par piqûre du bulbe.
L'estomac contient une faible quantité d*un liquide incolore spumeui, de réaction acide.
Le foie est normal, la vésicule biliaire est un peu distendue. Le duodénum, légèrement gonflé, contient un liquide roussàtre, de réaction légèrement alcaline.
Pancréas rosé. La rate semble avoir augmenté de volume ; son épaisseur au centre est plus considérable ; pressée entre deux doigts, il se forme facilement un godet profond et persistant. Sa couleur est bleu violacé.
Les cylindres d'ovalbumine ont été à peu près complètement digérés. 5 centimètres cubes ont été retrouvés dans le duodénum.
Exp. VII. — Un jeune chien courant, pesant 15 kilogrammes, et à jeun depuis trente-six heures, reçoit 2 kilogrammes de viande réduite en purée. Quarante-cinq minutes après ce repas, il est anesthésié par le chloroforme.
Laparotomie. Ligature du cholédoqtfe. Double ligature du pylore. On place un autre fil au bout inférieur du duodénum. Ouverture du duodé-
DIOSSTIOIir DUODBNALB. SSl
m par une incision de 3 centimètres de longueur. Il contient une cerne quantité de mucus et de bile, que Ton fait écouler au dehors. Macation, puis lavage du duodénum avec des tampons imbibés d*eau •uillie. On y emprisonne 30 centimètres cubes d*ovalbumine coagulée, itures de l'intestin , sutures de la paroi.
Le chien vomit à son réveil une livre de viande environ ; deux heures is tard, nouveaux vomissements. Quelques instants avant d'être sacri- , ranimai rejette ce qui restait dans son estomac; six heures après la loroformisation, Tanimal est sacrifié. A l'ouverture de l'abdomen, on constate pas de phénomènes inflammatoires. Le pancréas est uniforiment rosé. Le duodénum, très distendu par un liquide rougefttre, de iction nettement alcaline, contient 3 centimètres cubes d'albumine, qui )résentent les cylindres à peu près complètement dissous.
Cxp. Vin. — Un beau chien, épagneul français, pesant 18 kilograms, reçoit un repas très copieux, composé de viande de cheval hachée, e heure après, le chien est anesthésié par le chloroforme, laparotomie, ligature du cholédoque, double ligature au pylore, suiit le procédé indiqué dans l'expérience V rapportée plus haut, et seci entre les deux ligatures. On pratique une boutonnière à l'extrémité irieure du duodénum ; malaxation de cet organe, introduction de 30 cenêtres cubes d'albumine coagulée ; ligature au-dessus et au-dessous, ure intestinale, sutures de la paroi.
L la fin de l'opération, le chien se réveille ; il vomit une grande partie la viande ingérée; deux heures après, nouveaux vomissements, qui Qprennent tout ce qui lui restait dans l'estomac. Le chien va et vient is le laboratoire et semble se porter fort bien.
j'animai est sacrifié par piqûre du bulbe, entre la 6* et 1^ heure ayant vi le repas.
jd duodénum, gonflé d'une façon modérée, est incisé et donne issue à liquide épais, rougeàtre. Les cylindres d*albumine qu'il contenait ont à peu près complètement digérés. Il reste 8 centimètres cubes, donc centimètres cubes ont été digérés.
Dans ce dernier groupe d'expériences, la malaxation préalable du lodénum n'a pas empêché la digestion de Talbumine. Les glandes odénales ayant été mises dans l'impuissance d'exercer une action elconque, la digestion doit être rapportée tout entière au suc panîatique. Quand celui-ci a à intervenir — ainsi chez les chiens en reslion, chez lesquels un repas copieux a provoqué par mise en in réflexe la sécrétion du suc pancréatique — , la malaxation du )dénum n'empêche en rien la manifestation de son activité. I est donc bien légitime de penser que, dans les expériences des es I et II, toutes conditions sont restées égales du côté du pansis et de conclure que la digestion de l'albumine dans les expé- \ces du type II est bien due à ce que, dans ce cas, l'intégrité du
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duodénum a permis la manifestation du pouvoir protéolytique de ses glandes, mises dans Timpuissance d*agir, dans les expériences du type I, sous Tinfluence de la malaxation duodénale.
S'il restait à ce sujet le moindre doute d'interprétation, il serait levé par les expériences suivantes, dans lesquelles toute intervenlios pancréatique a été supprimée par ligature préalable des canaux pancréatiques.
Type IV d'ezpérienoos.
Chiens à jeun. Ligature préalable des canaux pancréatiques.
Exp. IX. — Chien robuste, 15 kilogrammes. A jeun depuis vingV quatre heures. Anesthésie chloroformique. Laparotomie. Recherche du duodénum^; on attire le pancréas ; recherche du canal pancréatique infé rieur, à Tunion des parties horizontale et verticale du pancréas ; ligature de petits vaisseaux au cours de cette recherche ; ligature du canal pancréatique inférieur. — Isolement et ligature du canal cholédoque.
Découverte, en suivant le cholédoque à son embouchure intestinale, du canal pancréatique supérieur ; isolement et ligature de ce canal.
On place alors soigneusement une ligature solide au niveau de Textrémité inférieure du pylore, en évitant de comprendre des vaisseaux importants — résultat auquel on arrive en disséquant patiemment à la sonde cannelée et en rendant ainsi le fil de ligature, immédiatement tangent à la paroi pylorique.
Incision de la paroi intestinale, à Textrém'ité du duodénum ; avec un courant d'eau salée tiède poussé doucement dans le duodénum, on déterge sa cavité de la bile, du mucus et des sucs (gastrique ou pancréatique) qu'elle pourrait contenir. Introduction de 30 centimètres cubes d'albumine d'œuf coagulée. Cette albumine mise à coaguler (comme dans toutes nos expériences) au bain-marie dans des tubes à essai, se trouve ainsi disposée en cylindres d'une introduction facile dans le duodénum. Ligature au-dessus de l'incision intestinale ; ligature au-dessous.
Sutures des parois.
L'animal, opéré à 10 heures du matin, est sacrifié à 4 heures et demie du soir par piqûre du bulbe.
Pas de péritonite. Duodénum distendu par un liquide brunfttre, alcalin. Le jaugeage volumétrique de l'albumine donne 16 centimètres cubes; 14 centimètres cubes ont été digérés.
Exp. X. — Chien de 12 kilogrammes. A jeun. Mêmes détails d'expérience. Anesthésie chloroformique. Laparotomie. Ligature du canal pancréatique inférieur, ligature du cholédoque, ligature du canal pancréatique supérieur. La recherche des canaux pancréatiques nécessite quelques ligatures préalables de petits vaisseaux. — Ligature du pylore, en évitant bien soigneusement de prendre un gros vaisseau dans la ligature. Boutonnière intestinale; injection d'eau salée tiède destinée à déterger la muqueuse duodénale ; introduction de SO centimètres cubes
DIGESTION DUOD^NALE. S8S
ralbuminOy en cylindres coagulés. Ligatures au-dessus et au-dessous de a boutonnière intestinale, pratiquée à Textrémité inférieure du duolé num.
Sutures des parois.
Chien vite remis de Texpérience. Sacrifié six heures et demie après. Pas de péritonite; liquide brun, alcalin, dans le duodénum. Le jaugeage volumétrique de Talbumine restant donne 13 centimètres cubes ; 17 centimètres cubes ont été digérés.
Après ligature des deux canaux pancréatiques, chez le chien, Talbumine coagulée introduite dans le duodénum entre deux ligatures est donc digérée en grande partie, si la muqueuse duodénale n'8 subi aucun traumatisme susceptible de mettre ses glandes en élât d'inactivité.
Conclusions.
Le duodénum jouit donc bien d'un pouvoir protéolytique propre. Ses glandes délivrent un suc qui peut se suffire à lui-même pour digérer une quantité donnée d'sdbumine coagulée.
Lactivité protéolytique du suc duodénal est toutefois bien inférieure à celle du suc pancréatique. Cette notion résulte nettement de la comparaison des résultats de nos expériences du type II et du type m.
Pour mettre en évidence le pouvoir protéolytique propre du duodénum, les expériences de digestion d'albumine dans le duodénum, pris in vivo entre deux ligatures, sont simples et démonstratives. Elles sont démonstratives, à la condition d*étre pratiquées sur des animaux chez lesquels n'intervient pas le suc pancréatique, c'est-àdire sur des animaux à jeun ou encore sur des animaux auxquels aura été préalablement pratiquée la ligature des canaux pancréatiques. Elles sont simples, c'est-à-dire réalisées avec succès, à la condition qu'il ne soit exercé sur le duodénum, au cours de l'expérience, aucun traumatisme sérieux, aucune malaxation importante capable de mettre en état d'impuissance les glandes de cet organe.
Des conditions de succès, qui ne sont pas particulières à ces expériences, sont assez importantes pour être rappelées. La première consiste à éviter de prendre dans Tune quelconque des ligatures exigées par l'expérience^ un vaisseau important qui restreindrait de manière notable la circulation du duodénum ; la seconde consiste à pratiquer le plus aseptiquement possible toute l'expérience, l'infection mettant immédiatemeut les glandes digestives en état d'insuffisance.