‹ Archives de physiologie normale et pathologique (volume 5)Chapitre 106 sur 269 · SUR LA RESORPTION ET L'ÉLIMINATION · texte numérisé non relu

SUR LA RESORPTION ET L'ÉLIMINATION

DE LA BILIRUBINE Par MM. E. WERTHEIMER et L. LEPAOC

(Travail du laboratoire de physiologie de la Faculté de médecine de Ulte.)

Nous avons montré dans un précédent travail^, que les vaisseaux sanguins, contrairement à Topinion courante^ prennent une large part à la résorption des matières colorantes biliaires. Cette démonstration ne portait que sur un pigment particulier à la bile de mouton et de bœuf; nous avons cru bon de l'étendre au pigment normal, à la bilirubine.

L'expérience se fait de la façon suivante. Une canule est introduite dans le canal cholédoque, afin de faire résorber par le foie une solution alcaline de bilirubine ; le col de la vésicule est préalablement lié pour empêcher le liquide d'aller distendre ce réservoir ; la résorption se fait sous une pression de 30, quelquefois 35 centimètres. Deux canules placées, Tune, dans le canal thoracique, l'autre, dans la vessie, servent à recueillir la lymphe et l'urine. L'examen de ce dernier liquide permettra de décider si la bilirubine passe dans le sang, bien qu'elle ne puisse plus y être amenée par la voie détournée du courant lymphatique. La présence du pigment dans l'urine se caractérisait soit par la réaction de Gmelin, soit par celle de Maréchal el Rosin*, soit par celle de Salkowski^, souvent par ces méthodes combinées. On s'assurait, après chaque expérience, que le canal thoracique ne présentait pas d'anomalie.

* Arch. do pbysioL, 1897, p. 86r^

• Voir Dcuiacho klin. Wochcnschr.y 1893, p. r;6, et art. Bile du Dictioamirc de Ch. Riche t.

» Die Lehro vom Harn. Berlin, 1882, p. 2ir).

Pour rendre Tépreuve aussi démonstrative que possible et aussi pour pouvoir nous rendre compte du moment où la bilirubine commence à s'éliminer par l'urine, nous avons choisi des animaux chez lesquels le liquide ne donnait pas normalement les réactions caractéristiques du pigment.

Lies sujets qui réalisent parfaitement cette condition ne sont pas toujours faciles à trouver, quand on expérimente, comme nous l'avons fait, sur le chien. Divers expérimentateurs/ depuis Kûhne, ont appelé Tattention sur la présance fréquente des pigments biliaires dans l'urine de cet animal S fait qui a cependant été contesté par Hoppe- Seyler*. Çfous pouvons le confirmer une fois de plus, d'après de très nombreuses observations.

Un certain nombre de chiens, en bon état de santé et de nutrition

^'ailleurs, émettent une urine qui, par son aspect et ses réactions,

a tous les caractères d'une urine ictérique et les conserve à des

examens successifs. Chez beaucoup, le pigment est moins abondant,

mais sa présence se constate cependant très nettement ; elle est, en

définitive, la règle.

Pour résoudre la question principale qui nous occupe, on peut <l*ailleurs se servir aussi d'animaux dont les urines sont déjà faiblement chargées de pigment. S'il est vrai en effet que la matière colorante passe exclusivement par les voies lymphatiques, elle ne tardera pas à disparaître de l'urine chez l'animal auquel on a pratiqué une fistule du canal thoracique. Si les réactions caractéristiques indiquent qu'elle devient, au contraire, de plus en plus abondante, c'est qu'elle aura été absorbée directement par les vaisseaux sanguins.

li est clair que l'on pourrait utiliser même des animaux à urine déjà ictérique normalement, si l'on voulait s'astreindre à faire des dosages de la bilirubine dans ce liquide avant et pendant l'expérience.

Exp. I. — Chien de 4*'»,500, dont Turine examinée la veille n'a donné aucune indication de la réaction de Gmelin ; elle se comporte encore de même au moment de Texpérience. L'animal reçoit 4 centigrammes de morphine.

Les canules sont introduites, comme elles le sont toujours, dans l'ordre suivant : 1® dans la vessie, ce qui permet de soumettre encore à un dernier examen Turine sécrétée pendant les opérations préliminaires ; 2° dans le canal thoracique; 3*^ dans le canal cholédoque. On termine pac ce der^ oier, pour éviter que les manipulations nécessaires à sa recherche et à rintroduction de la canule dans sa cavité ne jettent dans la circulation une certaine quantité de bile, avant que la lymphe ne s'écoule au dehors.

' Voir Stadelmann, Der Iclcrus. Slutlgart, 1891, p. 115. * Pûûgei^s Arcbiv, t. IX, p. 329.

8S6 s. WERTHEIMER ST L. LEPÀOE.

A 10 h. ÎK) m., on met en communication le canal cholédoque avec ose solution de bilirubine (5 centigrammes dans 15 centimètres cubes d'une solution décinormale de soude) à la pression de 30 centimètres.

A 10 h. 45 m., Urine : 1**,1. Pas de réaction de Gmelin. Quantité de solution résorbée : 0«<>,5.

A 11 heures, Urine, 3®*,1. Le liquide, qui était faiblement teinté de jaune au moment de Touverture de la vessie, est maintenant presque incolore à cause de sa dilution plus grande. Pas de réaction. Solution résorbée : 0^,8. (Nous désignerons, pour abréger, les quantités d'nrioe, recueillies dans les intervalles successifs, par U ^t la quantité de liquide, résorbée à partir du début, par S.)

A 11 h. 16 m., U : 3««,1, toujours décolorée; S : 1««. — A 11. h. 80 m., U : 3<«,1 ; S : l^'jâ. — A U h. 45 m., U : 3*«, toujours pas de modification, S : 1^,4. On élève la pression du liquide à 35 centimètres. — A midi, Turine (non mesurée) a pris une teinte plus jaune; pas de réactioa; S : 1««,8. — A midi 30, U : 3«', pas de réaction ; S : 2««,2.

A 2 heures, U : '7®*,2, très jaune; réaction de Gmelin très nette; par agitation du tube à essai, la couche d'urine superposée à Tacide nitrique prend une teinte verte dans toute sa hauteur; S : 3<^«,8.

On continue à recueillir jusqu'à 4 h. 45 m. ; la quantité de liquide résorbée est à ce moment de 7««.

La coloration jaune de Turine est devenue de plus en plus intense; vers la fin, un échantillon agité dans un tube avec Tacide nitrique prend dans sa totalité une couleur vert émeraude.

On fait la réaction de Salkowski sur 10 centimètres cubes d'urine recueillie dans la vessie avant Texpérience ; elle ne donne rien. On fait U même réaction sur 10 centimètres cubes sécrétés depuis midi et demi : le précipité calcique de pigment, après avoir été lavé, reste très jaune; sa solution dans Talcool acidulé par Tacide chlorhydrique donne, après rébullition, une coloration d'un vert intense i.

La lymphe, qu'on a laissé constamment couler au dehors, est colorée en rouge, ce qui ne permet pas de constater si elle-a présenté dès le début un changement de teinte; elle est d'abord recueillie de quart d'heure en quart d'heure : à partir de 11 h. 30 m., son sérum, après coagulation, se montre coloré en jaune ; l'action de l'acide nitrique y produit un coagulum vert.

L'animal est tué à 5 h. 15 m. On injecte dans le canal thoracique, immédiatement au-dessus de la citerne de Pecquet, une solution de sulfoindigotate de soude. Le canal, qui est distendu par la lymphe, après avoir été bouché à sa partie supérieure par un mandrin introduit dans la canule cervicale, ne se remplit d'abord de la solution bleue que dans

' Voici une modification du procédé Salkowski qui nous a donné de boos résultats, quand nous opérions sur des quantités d*urine trop faibles (parfois moins d'un centimètre cube), pour que le précipité fût recueilli. Le précipité ayant été lavé et bien égoullé, on laisse tomber sur le papier une goutte d'acide nitrique: le précipité jaune se dissout et laisse à la place touchée par l'acide une tache rose autour de laquelle il se forme bientôt un bel anneau vert.

RÉSORPTION ET IBLUIINATION DE LA BILIRUBINE. 8S7

Brtie inférieure^- preuve qu'il n'existe pas de débouché anormal par aut. Au bout de dix minutes, on retire le mandrin qui obstrue la lie cervicale et le canal s'emplit immédiatement sur toute sa Ionir. I^ canule ayant été bouchée à nouveau par le mandrin, on laisse >lution d'indigo en communication avec le canal thoracique sous une ision d'environ 50 centimètres pendant une heure. Des tubes de verre été placés, l'un dans la veine axillaire gauche, l'autre dans la veine » supérieure, immédiatement au voisinage de l'oreillette; on y fait ter à diCTérentes reprises un courant d'eau pour débarrasser les «eaux des caillots qu'ils pourraient contenir. Au bout d'une heure,

3 s'est pas montré trace de la matière colorante bleue dans les veines. In le canal thoracique est disséqué de bas en haut jusqu'au point où anule a été introduite ; pas d'anomalie.

xp. n. — Chienne de 8^«,500. Injection péritonéale de 7 centigrammes norphrne. L'urine ne donne ni réaction de Gmelin, ni réaction dé kowski.

10 h. 45 m., injection à la pression 30 d'une solution de bilirubine 5 centigrammes sur 15 centimètres cubes. Après une minute, il a 8é 0*«,9 de la solution.

il heures, S : 1<=«,5; U : 2 à 3 gouttes. — A 11 h. 15 m., S : 1*^S8; quelques gouttes. — A U H. 30 m., S : 2««,1 ; U : O^^S, pas de réac- . — A 11 h. 45 m., S : 2««,6; U : 0",9, la réaction de Gmelin est iquée; en agitant l'urine avec l'acide nitrique, elle se prend tout ère en une masse cristalline de nitrate d'urée. — A midi, l'urine est le, l'anneau vert est bien net ; S : 2c«,9. — A midi 15 m.. U : 0«,6- 3<=«,3. La réaction de Gmelin ne peut être saisie, tant l'anneau de •ate d'urée se forme rapidement. — A midi 30 m., U : 0««,7 ; S : 3«<^7. ause des inconvénients de l'emploi de l'acide, on fait la réaction avec einture d'iode diluée dans 10 fois son volume d'alcool (réaction de sin); il se forme un bel anneau vert au point de contact des deux aides. L'urine est devenue ictérique.

V 2 h. 30 m., S : 6'^«,7; U : 4««,3; avec l'acide nitrique, l'anneau d'urée forme encore, mais maintenant se colore en vert. — A3 heures, S : ,3; U : 1«,3. - A 3 h. 30 m., S : 7«s9; Û : ^S25. — A 4 heures, S : ',5; U : 1««,8. La réaction de Gmelin est intense, et toute la couche urine devient vert pré par agitation avec l'acide. — A 4 h. 30 m., S : *,l. On arrête l'injection. U ; 2<^.

On fait la réaction de Salkowski sur l'urine recueillie entre midi 30 m.

4 h. 30 m. Le précipité est très jaune, le liquide après ébullition est rtement coloré en vert bleufttre.

A 4 h. 45 m., on a injecté dans une veine fémorale de l'animal 1 gramme nitrate de soude en solution dans 10 centimètres cubes d'eau. Au bout me demi-heure, il n'a sécrété que 3<^«,7 d'urine, toujours ictérique; agitée ec l'acide nitrique, elle devient vert émeraude .

La lymphe était complètement incolore avant que la résorption necom- Dçàt. A 11 heures, elle est devenue légèrement rose, mais le sérum,

ABCa Die PHTfl., 5* SERIE. — X. 22

3S8 s. WXRTHinfBR Br L. LE

après coagulation, présentait d^ une teinte jamiia. — A lili.lSiiL,k

sérum est netteinent coloré en jaune et donne avec Tacide nitrifoe u ooagulum verdàtre. — A li h. ^ m., celui-«ci ^vient btuMàerneat wt — A midi, on oblitère la canule du canal thoractqiie.

Après la mort, Tinjeetion de sulfate d*iadigo a été faite avec les ftécautions déjà indiquées plus Inut; aucune anomalie.

Exp. III. -^ Chienne de 6 kilogrammes. Soa ttfûae ne énnae ni M réaction de Gmelin, ni celle de Salkowski.

A 10 h. ^ m,, on met en commnnication avec le cko&édo(|ue aie «hf tion de bilirubine : 10 centigrammes sur 25 centimèlresoidiiesdeiiqaide; pression : 30 centimètres.

Jusqu'à 11 h. 55 m., pas d*urine; 4e tube 4e verre ^i est 'dans Uvesne s'est rempli au début d'une urine presque incolore ; mais rien De coale. On fait une injection dans la veine fémorale de 3 centimètres cubesd've solution de nitrate de soude à 1 p. 10. A midi 5 m., on voit apparaître une urine qui, par sa coloration jaune, tranche sur celle qui remplit li canule vésicale. — A midi 11 m., on n*a recueilli qu'un demi-ceatimètre cube de liquide qui donne la réaction de Gmelin très marquée. Il a été résorbé à ce moment 3^^,1 de la solution de bilirubine.

A partir de midi 30 m., l'urine est fort jaune et le devient de plus es plus jusqu'à 1 h. 30 m.; à ce moment on arrête l'injection de bilirabioe: il a passé en tout b^^yl de la solution.

Do 1 h. 30 m. à 3 heures, l'animal n'a uriné que quelques gouttes, puis la sécrétion s'est arrêtée complètement jusqu'à 4 h. 38 m. On injecte alors en 2 fois à 7 minutes d^intervalle 20 centimètres cubes de nitrate de soude à 1 p. 10, et de 4 h. 45 m. à 6 heures, on recueille environ 5 centimètres cubes d*une urine ictérique sur laquelle on fait, avec succès, la réaction de Salkowski.

La lymphe, qui était incolore au début de l'expérience, est devenue nettement jaune à partir de 11 h. 18 m. On n'a oblitéré le canal thoracique qu'à 4 h. 45 m. ; à ce moment, la lymphe était encore fort jaune et donnait avec l'acide nitrique un coagulum vert, bien que rinjeclion de bilirubine eût pris fm à partir de 1 h. 30 m.; mais le canal cholédoque avait été bouché depuis lors.

L'injection au sulfate d'indigo, post mortem, n'a permis de découvrir aucune anomalie chez cet animal.

Dans les cas précédents et dans d'autres du même genre, noiis nous sommes servis d'une solution de bilirubine faite au moment de l'expérience. Mais lorsqu'on ne fait usage du liquide qu'après un on plusieurs jours, de rouge orangé qu'il était, il devient vert foncé, puis brun ^ et alors Turine de Tanimal auquel on le fait réaorberi

' La bilirubine se transforme on biliverdiDe puis subit d'autres altèratknl sur lesquelles on n'est pas encore bien fixé. — V. Dastre «t Plorbsbo, Ârcb. de pIiysioL, 1897, p. 728; Huoounenq et Doyon, Lbirf., 1896, p. —

RESORPTION BT ELIIfiNATION DE Là BHJRUBINE. .839

^ftd assez rapidemeat une coloration semblable. L'emploi de ces iuUons vieillies permet de constater de visu le passage de la bstaace.

Toutes ces expériences mettent suffisamment en lumière la part e prennent les vaisseaux sanguins à la résorption de la bilirubine et selle des pigments biliaires en général. Il est curieux de noter que lie question a passé déjà par des phases bien diverses. A l'époque Tiedemaan et Gmelin publiaient leurs célèbres expériences sur la gestion, on admettait, sans doute sous l'influence des travaux de i^endie, que les veines sus-hépatiques étaient la seule voie ouverte a bile résorbée, c Les résultats de nos expériences sur la ligature «eanal cholédoque confirment, disent ces physiologistes, les obrvations déjà faites par Peyer et Reverhost, et renouvelées par uikshank, Mascagni, Sommering et Saunders, sur la résorption de bile par les vaisseaux lymphatiques : elles doivent faire rejeter piniofi nouvelle qui nie l'absorption de la bile par ces vaisseaux';». \ nos jours, une thèse qui est précisément le contre-pied de celle 'avaient réfutée Tiedemann et Gmelin, a prévalu : les lymphatiques raient seuls chargés de transporter dans la circulation les matélux de la bile. La vérité est que les deux ordres de vaisseaux con*^ bueot à leur résorption.

Le rôle des lymphatiques n'en reste pas moins très important. Au «rt de quelques minutes déjà, alors que parfois il n'a pas encore été sorbe un milligramme de bilirubine, la lymphe change de teinte et coloration particulière qu'elle prend, suffit pour y dénoter la pré- !ûce du pigment. Gn arrive d'ailleurs facilement à la mettre en évimce parle procédé que nous avons indiqué : si on laisse tomber Un BU d'acide nitrique dans la lymphe en nature ou dans son sérum, le oagulum prend rapidement une teinte verte ou bleuâtre. Au moment h le pigment est devenu très abondant dans ce liquide, on voit le aillot verdir en totalité, si on fait la réaction directement dans un •ube à essai.

Bien que nous n'eussions aucun doute sur la participation des ymphatiques à la résorption de la bile, nous ne nous attendions cependant pas à la trouver aussi rapide et aussi marquée. Les expéiences que nous avions faites, en eflet, dans des conditions ideniques avec un autre pigment, le suHoindigotate le soude *, nous vaient appris que celui-ci se trouve en abondance dans l'urine à un loment où il est difficile de constater sa présence dans la lymphe. La bilinibine se comporte donc différemment : elle apparaît dans contenu du canal thoracique, avant qu'on ne puisse la mettre en

• Die Verdauung nach Versuchca^ 1827, t. H, p. 40.

* Loe, cit.

340 B. WERTHEIMER ET L. LEPA6E.

évidence dans Turine : ce qui ne veut pas dire qu'elle ne passe pas en même temps dans les deux ordres de vaisseaux. On s'expliqoe aisément pourquoi elle apparaît plus tôt dans un liquide que dios Tautre. Par la fistule du canal thoracique, on recueille, pour ainsi dire au sortir du foie, la lymphe qui provient de cet organe et qui est relativement peu diluée. Le pigment qui passe dans les veines sosr hépatiques se trouvera, au contraire, réparti dans toute la masse sanguine et devra y atteindre un certain taux, pour que la proportioB cédée à Turine devienne sensible aux réactifs.

Néanmoins, il s'écoule peu de temps entre la présence du pigme&l dans ce liquide et le début de la résorption, et ces résultats contnsr tent fort avec ceux que Ton observe, d'une part, à la suite de la ligature du canal cholédoque, d'autre part, après les injections intra* veineuses de bilirubine.

On sait, en eflet, qu'à la suite de l'oblitération des canaux excréteurs du foie, le pigment biliaire peut faire défaut dans l'urine, même au bout de vingt-quatre heures. Afanassiew a appelé l'attention sur une des causes de ce retard ; la bile stagne dans le vésicule et dans Ifô gros conduits distendus au maximum ^ En injectant une émulsion de cire par le cholédoque jusque dans les canaux interlobaires, Afanassiew a pu provoquer des manifestations bien marquées de Tutère après vingt-quatre heures. Mais dans nos expériences, le délai est encore beaucoup plus court : au bout de trois à quatre heures et même moins l'urine est devenue franchement ictérique : quant à la réaction de Gmelin, elle est manifeste encore plus rapidement, même dans les cas où l'on emploie des solutions de bilirubine d'un titre très faible, comme dans les expériences suivantes^

Exp. IV. — Chien de 5'^»,200 : reçoit 5 centigrammes de morphine. U solution de bilirubine employée est de 15 milligrammes sur 20 centimètres cubes; pression, 80 centimètres. La communication avec le cannl cholédoque est établie à 10 h. 48 m. La réaction de Gmelin est d'inie neltelé parfaite à 1 heure; Tanimul a reçu à ce moment 4**,8 de la soliition, soit 36 décimilligrammes de bilirubine.

De 1 à 3 heures, Turine est devenue ictérique et la réaction de Gmeli» intense; jusqu'à 3 heures, il a été résorbé en tout 8<^°,9 de la solution. Oa laisse la résorption se faire jusqu'à 4 h. 30 m., mais Tanimal ne sécrète plus que fort peu; Turine est jaune foncé.

La lymphe, qui était incolore au moment où elle a commencé k couler, a pris une teinte jaune à 11 heures, quand 1*^,2 de la. solution ont été résorbés; en môme temps, elle est devenue incoagulable ; la lymphe recueillie à H h. 15 m. a déjà Taspect d'une bile claire.

Pas d'anomalie du canal thoracique^

• ZcitscJir. r. kljn, Aled., t. VI, p. 818.

RESORPTION ET éLIlHNATION DE LA BILIRUBINE. 341 '

. E^^p. V. — Chienne de 6^^,900, reçoit 1 centigrammes de morphine. . urine examinée la veille ne donne paà la réaction de Gmelin. Le lourde Texpérience, ni cette dernière réaction ni celle de Salkowski ne âLoxxnent rien. Le titre de la solution employée est de 20 milligrammes 20 centimètres cubes de liquide. Pression, 30 centimètres. La rér-ption commence à 10 h. 30 m. — A 40 h. 45 m., U : 0««,9; S : l'». :— A. 1 1 heures, Turine, 0<^,85, a pris une teinte iaunôtre et la réaction de ^m.elin est indiquée; S : 1««,4. — A 11 h. 15 m., U : 1*%4, réaction de ^HQeKn encore faible; S ^ 1«S7. — A 11 h. 30 m., U : 1«»,3 ; réaction de Gmelin nette; S : 2««,1. On met la pression à 35 centimètres.

A partir de ce moment, Turine prend une coloration jaune de plus en

l^os prononcée, la réaction de Gmelin devient de plus en plus intense.

^^injection est arrêtée à 4 h. 20 m., au moment où Tanimal a reçu 9>*^,% ,

^e la solution. ^ A 5 h. 15 m., Turine donne encore une réaction de

Omelin magnifique, et devient vert pré par agitation avec Tacide. Ou fait

^« réaction de Salkowski sur 10 centimètres cubes d*urine recueillis der-

pms 2 h. 30 m. ; elle est très prononcée.

La lymphe était faiblement teintée de rouge au début de Texpérience ; filas tard, cette coloration avait disparu ; à midi, ce liquide avait une couleur café au lait, il était moins jaune que d*habitude. On a oblitéré le «anal thoracique à midi et demi. — A 4 h. 20 m., on a retiré le mandrin ^ela canule et on a de nouveau fait couler de la lymphe; elle était lailease avec une teinte jaune.

Quand on a fait, après la mort, l'injection d^indigo dans le canal tho-. . Tacique, le liquide bleu est bien vite sorti par la veine cave ; il existait un canal collatéral.

Exp. Vl. — Chienne de 3*«,500; reçoit 5««,5 de morphine. L*urine ne donne ni réaction de Salkowski, ni réaction de Gmelin. La solution employée est de 10 milligrammes pour 20 centimètres cubes de liquide. La résorption commence à 10 h. 30 m. à la pression de 30 centimètres, l'arine, qui était presque incolore, a pris une teinte jaune à midi. Entre midi et midi 15 m., on recueille 0^^f9 d'urine; elle donne pour la première fois la réaction de Gmelin. L'animal a reçu à ce moment 3^,4 de la solution, soit 17 décimilligrammes de bilirubine.

L'arine sécrétée entre midi et demi et 2 h. 30 m. est franchement ictérique. On laisse la résorption continuer jusqu'à 4 heures : il a passé en tout 9 centimètres cubes de la solution de bilirubine. A 4 h. 30 m., rorine donne encore une réaction de Gmelin intense, et prend une couleur vert pré par agitation avec l'acide nitrique. On fait la réaction de Salkowski sur Turine recueillie entre 12 h. 30 m. et 4 heures ; elle est iréd marquée.

I^ lymphe a cessé de couler presque aussitôt après l'ouverture du canal thoracique; elle s'est coagulée dans la canule.

A lautopsie, faite comme d'habitude, on voit l'injection de la matière colorante bleue revenir par la veine cave. >

Sur cea trois expériences» les deux dernières ne peuvent être invo-

S4t B. WJBHTHKlMWt R hé tEPAOB.

quées en favéuF de la résorption de la bile pftr les TMseatix sAttgnft, pdisqa'il existait une anomalie dti canal Ihoraciqoe, inak» elles MA li>â intéressantes parce qu'elles montrent bien avec quelle fapidiléet([lKllê J^ intensité la bilirubine s'élimine par Turine dang ces coaditi<ms,niéine lorsqu'on emploie des solutions faibles.

Aiusi dans ces trois cas, on obtient la réaction de ûmetia apfès qu'il a été résorbé, dans Tun 36, dans l'autre 14, dans le troisième 17 décimilligrammes de la substance. Pour explicpier .ces résultats si différents de ceux que donne la ligature du canal cbol^ doque, il faut considérer qu'à la bilirubine, introduite expérime&iilement, vient aussi s'ajouter la bile dont la sécrétion, quoiqueamoîD' drie, n'est cependant pas suspendue; en otitre, ce liquide estià soumis immédiatement à une pression, ifui n'est habitueUenMUt atteinte, dans les cas d'oblitération du cholédoque, qU'apré9tmteai|R plus ou moins long.

InjecUona intra-veineuses de bilirubine.

Les modifications si marquées de Turine que nous venons de signaler sont encore plus frappantes^ si l'on se rappelle que les in* jections intra-veineuses de bilirubine n'auraient aucune influence sitf : la composition de l'urine, d'après des expériences bien connues*

Tarchanoff * n'a pas trouvé trace de pigment biliaire chez tmchiefl auquel il a injecté dans la veine jugulaire 10 centigrammes de bilirubine, en solution dans 10 centimètres cubes de véhicule*. Vdssius*, dans deux expériences, injecte 2 et 4 centigrammes de la substaoee avec les mêmes résultats. La durée de l'injection n'est pas notée dans l'observation de Tarchanoff ; elle est de trente et de quarantecinq minutes dans celle de Vossius.

Ces physiologistes constatent que, par centime, la quantité de bilirubine contenue dans la bile augmente pendant quelques heures, après l'injection : d'où l'on a conclu que c'est le foie qui s'empare des pigments biliaires mélangés au sang, pour les rejeter dans son produit de sécrétion. L'un de nous a confirmé cette interprétation par des expériences convaincantes 3.

L'action élective du ioie pour les pigments biliaires est donc indfr niable. Mais la question doit encore être envisagée à un autre poin' de vue. L'absence de la matière colorante dans l'urine à la suite de injections intra-veineuses implique aussi une sorte d'indiflérencc un manque d'aflinité de l'épithélium rénal pour cette substance

* Pûûgcr's, Arcbiv, 1879, l. IX, p. 882. ■ Arch. f. cxpcr. Paih., l. XI, p. 44.

• Arch. de physioL, 1891, p. 724.

RÉSORPTIOII KT iUMIlUTlOlC M LA BILIRUBINE. SI9

^ ^^MUee sont donc les eonditioos nécessaires pour que le rein lui ^ ^wre passage. Suffira- t-il d'en introduire dans la circulation une dose •asez élevée?

Hemarquons cependant que déjà dans rexpérience de Tafchanoff

^ proportion de pigment injectée est assez considérable : 10 centi-

^ ©tommes, ce qui équivaut à la quantité de bilirubine contenue dans

^ bile sécrétée à peu près en vingt heures par un chien de 20 à

r^ kilogrammes MI y a plus fort : Feltz etRitter't après avoir injecté

^ ^Q chien 4 grammes! de bilirubine n'ont obteifti dans Turine, avec

^^ide oitriquie, qu'une coloration douteuse. Nous avons cherché des

l^^tiseignaments sur oe point ohei les expérimentateurs qui ont étudié

* ^cfion toxique de la bilirubine et qui, par conséquent, ont dû

^'•iployer des doses relativement élevées de pigment. Dans ses Leçons

^^U" les auto-întoxicationSy Bouchard ne fait pas mention des altéra-

Wons de l'urine, à propos des accidents provoqués par ce pigment'.

tfe Bruîn est le seul auteur qui, à notre connaissance, signale des

i^sultats positifs, mais non constants. Dans l'analyse de son travail,

publiée dans la Revue de Médecine^ ^ nous voyons que M. de Bruin,

« n'a pas toujours décelé » les matières colorantes de la bile dans

Turine, même c avec les réactifs les plus sensibles^ ».

ToQt autres sont, comme on l'a vu dans nos observations, les conséquences de l'introduction de la bilirubine dans le système circulatoire, à des doses de beaucoup inférieures h celles des auteurs cités. Nous avons d'abord cru pouvoir attribuer cette divergence à ce que le mode de fonctionnement du foie n'est pas le même dans les deux cas. Lorsqu'on injecte le pigment dans les veines, le foie jouit de toute son activité ; dans nos expériences, celle-ci se trouve, au coatraire, compromise par la pression exercée sur les vaisseaux excréteurs, et l'organe perd certainement de son aptitude à s'emparer des pigments qui ont pénétré dans la circulation.

Cependant cette explication ne nous satisfaisait pas entièrement et nous nous sommes demandé si le rein n'était pas appelé à venir eo aide au foie, même dans les conditions normales, même quand la mati^ colorante est peu abondante dans le sang. Ces doutes se sont trouvés justifiés, comme le montrent les expériences suivantes.

Exp. VII. — Chien de 4^,500; reçoit 2««,5 de morphine en injection

* Voir Stadelmann, îoc. cît.y p. 18.

* Journ. de fanât,, 1870, p. 315.

' Leçons sur les auto-intoxîcations. Paris, 1887, p. 85 et 240.

* Berne de médecine, 1880, p. 600.

* Dans l'analyse da Iravail de Rywoseh sar la toxicité de la bilirubine {Jabrosb. de Vircbow et Hirsch, 1891), nous Q*aYon8 rien trouvé qui se rapporte à Turtne.

S44 E. WERTHEIMER ET L. LEPAOE.

périionéale. On introduit une canule dans la vessie ; Turine ne donne ni la réaction de Gmelin ni celle de Salkowski.

On injecte dans une veine fémorale 5 centigrammes de bilirubine dans 10 centimètres cubes de solution décinormale de soude. L'injection commence à 3 h. 55 m. et dure jusqu'à 4 h. 20 m. — A 4 h. 10 m., l'urioe change de teinte et la réaction de Gmelin est indiquée. ; — A 4 h. SoiDm la réaction de Gmelin est intense, et le liquide agité avec l'acide nitrique prend en totalité une coloration verte.

A 4 h. 55 m., urine franchement ictérique, réaction de Rosin trèsmuquée. A partir de 5 heures, la coloration jaune du liquide est déjà moins prononcée et diminue ensuite progressivement jusqu'à 6- h. 55 m. Cependant, à ce moment, on obtient encore la réaction de Gmelin, quoiqofl moins marquée qu'au début.

On fait, sur Turine recueillie entre 4 h. 55 m. et 6 h. 55 m., la réaction de Salkowski ; le précipité, après avoir été lavé, est très jaune; sa solution dans Talcool acidulé est d'un beau vert, après ébuUition.

On laisse l'animal sur la table d'opération jusqu'au lendemain matin^ après lui avoir rendu 2«°,5 de morphine ; l'urine recueillie jusqu^au matin à 9 heures ne donne plus la réaction de Salkowski.

Exp. VlII. — Chienne de 7*«,800; reçoit 4 centigrammes de morphine. L'urine ne donne ni la réaction de Gmelin ni celle de Rosin. Canule dans la vessie. A 4 h. â m., on injecte dans la veine fémorale une solution de 10 milligrammes de bilirubine dans 10 centimètres cubes de véhicole; cette solution faite de la veille est d'un vert foncé. L'injection est te^ minée à 4 h. 13 m.

Le tube qui est dans la vessie est rempli d'urine normale, peu colorée; mais, à 4 h. 1 m., on voit que le liquide qui arrive de la vessie est jaune verdâtre. L'écoulement commence alors à se faire, et là l'urine qu'on recueille a une couleur vert foncé, tirant sur le brun, semblable à celle du liquide injecté. A partir de 4 h. 40 m., la coloration est déjà moins prononcée et à 5 h. 40 m. elle est devenue franchement jaune. Cependant, dans l'urine recueillie à ô h. 40 m., la réaction de Gmelin est encore nette; dans celle de 1 h. 15 m., elle est douteuse.

Exp. IX. — Chien de 3^«,500; a reçu 2 centigrammes de morphine. Urine normale sans pigments biliaires (réaction de Gmelin et de Rosin). Injection dans la veine fémorale de 5 centigrammes de bilirubine dan9 i^l^'^^b de liquide; cette solution faite il y a plusieurs semaines est brune en couche épaisse, jaune brun en couche mince. L'injection dure vingtdeux minutes pendant lesquelles il ne paraît pas d'urine.

A 5 h. 10 m., on injecte dans la veine fémorale 50 centigrammes de nitrate de soude sur 5 centimètres cubes d'eau; cinq minutes après, la canule se remplit d'une urine brune, presque noire.

A partir de 5 h. 35 m., la coloration est déjà moins foncée et s'atténue ensuite progressivement. Cependant l'urine recueillie entre 5 h. 85 m. et 6 heures donne la réaction de Salkowski.

RÉSORPTION BT ]£uilINATION DE LA BIURUBIIfE. S45

Où laisse ranimai sur la' table ja8qii*au lendemain matin; Turine re^ eillie pendant la nuit ne donne pas la réaction de Salkowski.

Blxp. X. — A un chien morphine, dont l'urine donne normalement la action de Gmelin, on fait en 4 minutes une injection de ll"*v',5 de bilitbine dans A^fi de liquide. Cette solution préparée la veille estd*un vert ncé. L'urine ne commence à apparaître que six minutes après l'injec- >n veineuse; elle a pris une coloration semblable à celle du liquide jecté.

Exp. XI. — Lapin de 8^*,100, non chloroformé ni morphine. ATouver-; re de la vessie, l'urine est blanchâtre, -trouble, et ne donne ni la réaction I Gmelin ni celle de Rosiç.

A-4 h.. 1.5 m., on injecte dans la veine fémorale une solution de 25 milbrames de bilirubine dans 10 centimètres cubes de liquide. A 4 h. 30 m., pn voit que l'urine qui vient de la vessie a cessé d*être 3uble et qu^elle est jaunfttre ; il faut attendre jusqu'à 4 h. 45 m. pour cueillir de quoi faire la réaction de Gmelin ; celle-ci donne un résultai sitif; il en est de mêiiie des échantillons examinés un peu plus tard ; la action de Rosin réussit de même.

De 5 h. 90 m. à 6 heures, Turine est encore jaune, mais déjà moins lorée ; les réactions soQt faiblement indiquées. L'animal a sécrété dans tte demi-heure S**,!.

A partir de 6 heures, l'urine coule presque incolore; il est vrai que de heures à 6 h. 30 m., on en recueille 15 centimètres cubes ; les réactions nt négatives. Le liquide continuant toujours à être sécrété aussi ondamment, on injecte dans la veine fémorale' 8™''*,! de bilirubine en lution dans 3«o,5; cette solution, préparée trois jours auparavant, est in vert foncé. Cinq minutes après l'injection, on voit tomber dans le det des gouttes d'un brun verdfttre ; en quinze minutes, on n*a plus que ',5 de cette urine.

On voit donc que le rein contribue également à débarrasser le ing des pigments biliaires qui s*y sont introduits, sans avoir touteâs, sous ce rapport, la puissance d'action du ioie. L'élimination par ) filtre rénal ne se fait avec une certaine intensité qu*au début de expérience. Il semble que la cellule hépatique surprise par le surroit de travail qui lui est imposé ne soit pas capable d'y suffire dans is premiers instants, maiséllé s'y accommode ensuite rapidement, 'autant plus que les pigments biliaires sont des excitants de son (tivité : aussi voit-on bientôt l'urine tendre à reprendre ses caracres normaux. On conçoit, d'ailleurs, que si l'iigection intra-veineuse ) bilirubine est faite brusquement, le pigment apparaîtra presque ssitôt dans l'urine, même si on emploie des doses minimes : nous urrions encore en rapporter de nombreux exemples. [Somment concilier ces faits avec ceux que nous avons cités plus

9iê B. WBRYiniMn vr u LirAftB,

haut ? Est-ce parée que nous opérons sur des mAmmax raorpliinésel immobilisés qne nous arrivons à constater sf nettement ht prësenoe du pigment dans Turine ? Nous ne le pensons pas. C'est sans doute parce que nous recueillons Turine aussitôt après Finjection intraveineuse, c'est-à-dire à un moment ou réliminationparlereinestàsoa maximum, et où son produit de sécrétion est habituellemeot raie et concentré. Si l'on attend au contraire, ce qui demandera parfois quelques heures, l'émission spontanée de Turine, le pigment pourra se trouver dilué dans une quantité de liquide telle, que les réactifs habituels n'arriveront plus à Fy découvrir, surtout si les sohitions alcalines de bilirubine ont chez les animaux, non intoxiqués par h morphine, une action diurétique semblable à celle que nous avons observée chez le lapin dans l'expérience rapportée plus haut et dans un autre cas du même genre.

Quoiqu'il en soit, l'intérêt de cette deuxième partie de notre travail est de montrer que c'est pour le rein comme pour le foie uof fonction physiologique d'extraire du sang les pigment» biliaires qui peuvent y être contenus, bien qu'elle soit plus dévek^pée dans le second que dans le premier. Le passage de la bilirubine dans l'unne n'exige pour se produire ni que le sang soit surchargé de ortte substance, ni que la fonction du foie soit compromise. Si Fon en voulait une preuve nouvelle, on la trouverait précisément dans ce fait que la présence de pigment biliaire est chez le chien un phénomène physiologique. Chez cet animal il se fait une résorption continue de bile, et cependant il y a lieu de croire que la quantité de bilirubine ainsi mise en circulation n'est pas bien considérable, puisque, d'une part, les voies d'excrétion sont libres et que, d'autre part, même chez les animaux dont l'urine est fortement colorée, on ne constate aucun autre symptôme d'ictère, ni coloration des conjonctives ou du tissu cellulaire, ni décoloration des matièfes fécales.

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