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MODE DE DÉCOMPOSITION PARTIELLE DU CHLOROFORME

DANS l'organisme

Production d'oxyde de carbone dans l'organisme;

Par MM.

A. OESQflEZ ET M. NICLOUX

^^ef du laboratoire de pathologie générale Préparateur au laboratoire de physiologie h la Faculté de mèdeeioe de Parla. générale au Muséum.

On sait, depuis Dumas, que la potasse alcoolique transforme le «chloroforme en chlorure et formiate de potassium :

GHCP + 4K0H = 3KCi + GHO^K + 2H20.

L'un de nous a montré récemment S en répétant, à sa demande,, ^ne expérience déjà ancienne de M. le professeur Bouchard, que la Jwlasse, en solution aqueuse étendue, provoque encore une décom- XX)sition de même sens. Toutefois, au lieu de donner l'acide formi- ^ue, la réaction s arrête aux éléments de la synthèse de ce corps, ïoxyde de carbone et Teau. Les corps poreux, jouant le rôle d'agenls diviseurs, activent cette décomposition. Ainsi se comportent les co- ])eaux de sapin, le chlorure de calcium, lo bioxyde de manganèse, vo courant de gaz inerte. Comme le formiate de potassium est stable en liqueur alcaline, on ne peut admettre sa formation préalable suivie d'une déshydratation. Il n'entre donc plus ici, comme dans l'expérience de Dumas, trois molécules d'alcaU en réaction, mais une ou deux seulement :

CHCP + 2K0H = 2KG1 + H20 + CO + HCI, CHCP + KOH = KCl -f- 2HC1 + CO.

Tel est, dès la température ordinaire, le mode principal de décom-

• A. Dbsgrkz, Comptes rendus^ 15 novembre 1897.

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position du chloroforme, quand on met en présence 10 gammes de ce composé avec 400 grammes d*eau tenant en dissolution 50 grammes do potasse. L'oxyde de carbone provenant de cette réaction i été caractérisé par sa flamme bleue, sa combinaison avec le chlorure cuivreux en solution chlorhydrique, le réactif de M. BerthekH (azotate d*argent amm.), et, enfin, l'analyse eudiométrique ; dix volumes de ce gaz se combinent avec cinq volumes d*oxygèae en donnant dix volumes d*acide carbonique. La production de formiate et de carbonate de potassium, aux dépens d*oxychlorure do carbooe d*abord formé, n'est qu'accessoire.

La lumière solaire active, Tobscurité ralentit cette décompositioQ. Une chaleur modérée, 80 à 50*, l'accélère comme la lumière, sans doute en augmentant la solubilité du chloroforme. La potasse mise en contact avec ce corps, sans l'intermédiaire de l'eau, ne donne aucun dégagement gazeux.

Le bromoforme se décompose comme le chloroforme, mais pins lentement, en raison sans doute de sa moindre solubilité. L'iodofonne, tout à fait insoluble, n'est pas décomposé.

Le chloral, qui se dédouble, comme on sait, par les alcalis, en donnant du formiate de potassium et du chloroforme, subit, comme cé dernier, la décomposition en oxyde 'de carbone et chlorure alcalin que nous venons d'indiquer. La df;struction est même plus rapide, facilitée, sans doute, par la chaleur dégagée dans la première phase du dédoublement. — Le méthyl et le phénylchloroforme ne donnent, dans les mômes conditions, aucun dégagement gazeux.

La réaction générale des humeurs et des muscles étant alcaline, grâce à des carbonates alcalins et à un excès d'alcali libre (C. Schmidt) ou faiblement combiné à l'hémoglobine (A. Gautier), il nous a paru intéressant de rechercher si le chloroforme ne se dédouble pas dans l'organisme comme nous le constatons, in vitro, c'est-à-dire avec production d'oxyde de carbone. Cette décomposition, suivie de la fixation du gaz toxique sur l'hémoglobine, pourrait expliquer un certain nombre d'accidents consécutifs à une administration prolongée du chloroforme, accidents que les meilleures analyses de l'anesthésique incriminé ne justifient pas toujours.

Dans cette nouvelle voie de recherches, nous avons utilisé deux méthodes très différentes. L'une et l'autre nous ont donné des résultats positifs et sensiblenient concordants.

Première méthode. — On sait que le spectroscope ne donne (p^ des résultats incertains quand il s'agit de reconnaître, dans le sang. une faible proportion d'oxyde de carbone. La sensibilité du grisoumètre de M. Gréhant est telle, au contraire, qu'il permet de déceler

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6( de mesurer Toxyde de carbone flxé par l'hémoglobine dans une atmosphère n'en renfermant que 1/60,000**. Nos premiers résultats ont été obtenus à l'aide de cet appareil. LeS: expériences ont porté sur le chien dont le sang présente, d'après les recherches de M. Drouin*, une alcalinité voisine de celle du sang humain, quoique légèrement inférieure.

L'animal étant fixé sur une gouttière, on pratique une prise de sang dans l'artère fémorale. Les gaz sont extraits au moyen de la pompe à mercure, à 100**, dans le vide, en présence d'acide acétique. L'acide carbonique ét€|nt éliminé, le résidu gazeux est brûlé, dans le grisoumètre, avec un excès d'air. La réduction observée correspond au gaz combustible du sang.

On a d'abord déterminé, pour chaque animal, la réduction due au sang normal. Elle a été ensuite comparée avec la réduction fournie par une égale quantité de sang recueilli après anesthésie. Nos résultats ont toujours été positifs et concordants. Voici le détail des deux observations qui ont été prolongées le plus longtemps.

Première expérience. — Chien pesant 6*»,500. Réduclion due à 25 ce. de sang normal : 0,6 division du grisoumètre. De 9 h. 45 m. à 10 h. SO m., le chien respire un mélange de 3 parties d*alcool et de 1 partie de chloroforme. — A 10 h. 20 m., anesthésie coimplète. — A 10 h. 45 m., prise de 25 ce. de sang. Réduction observée : 1,1 division. L*animal est mainlenu sous Tinfluence du chloroforme, avec des intermittences do respipalion à l'air libre variant de dix à quinze minutes. — Al h. 15 m., nouvelle prise de 25 ce. de sang. Réduction : 1,2 division. — A 5 h. 15 m., la réduction fournie par une troisième prise de sang est de 1,3 division. L'animal a succombé pendant la nuit.

Deuxième expérience. — Une chienne pesant 14 kilogr., doat le sang normal donnait, pour 25 ce, une réduction de 0,7 division, a fourni les résultats suivants :

Après une heure de respiration du mélange de chloroforme et d'alcool, réduction * 0,8 division (anesthésie incomplète).

Après trois heures, anesthésie complète; réduction : 1,5 division.

Après sept heures, réduction : 1,6 division.

Si, de la réduction moyenne correspondant à 1,3 division, fournie par 25 centimètres cubes de sang d'un chien anesthésie, nous retranchons la réduction normale 0,6 division, fournie par 25 centimètres cubes de sang du même animal avant Tanesthésie, nous trouverons, pour Toxyde de carbone provenant du chloroforme et 8xé par 100 centimètres cubes de sang, une réduction do (1,8-0,6) X^ = 2,8 division. Or, un centimètre cube d'oxyde de

* N, Grkhant, Comptes rondus, 8 novembre 1897.

• R. Drouin, Comptes rendus^ t. CXI, p. 828.

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carbone correspond à 5,4 division du grisoumèlre. La réduction

observée pour 100 centimètres cubes de sang est donc due ï

^ = 0*'®,52 d'oxyde de carbone. Une anesthésic profonde par le

chloroforme produit ainsi 5",2 de ce (>az par litre de Eang, ce qui donnerait 25 centimètres cubes environ pour la totalité de Torga nisme humain. C'est, d'après M. Gréhant, la quantité d'oxyde de carbone fixée par le sang d'un animal respirant, pendant une demiheure, un mélange d'oxyde de carbone et d'air à i/iO.OOO* '.

Nous nous sommes assurés que l'eau chloroformée, soumise aui mêmes manipulations préparatoires que le sang analysé, ne donne aucune réduction au grisoumètre.

Les résultats précédents ayant fait l'objet d'une publication préliminaire*, M. L. de Saint-Martin* a répété nos expériences et en a vérifié « la parfaite exactitude ». Il ajoute cependant que nos conclusions lui paraissent infirmées par cette circonstance que le sang normal lui a fourni de l'oxyde de carbone, aussi bien que celui recueilli après anesthésie. Dans les deux cas, il supposé la méthode analytique justiciable de ce résultat, l'oxyde Je carbone pouvant, selon lui, provenir de l'action de l'acide acétique sur le sang.

En réponse à cette critique, nous nous permettons d'abord d'appeler l'attention sur les trois points suivants :

1** Si l'acide organique dégageait de l'oxyde de carbone par réaction

directe sur le sang, la quantité de gaz toxique produite devrait toujours être sensiblement égale, dans des conditions comparables, et non varier du simple au double, ou même du simple au quadruple, ainsi que le montrent les expériences publiées par M. de Saint-Martin ou par nous-mêmes;

2** Rien ne s'oppose, théoriquement, à ce que le gaz combustible signalé dans le sang, pour la première fois par M. Gréhant, contienne normalement de l'oxyde de carbone. Les expériences nouvelles que nous relatons plus bas vérifient cette manière de voir, tout en confirmant les conclusions de nos premières recherches. Elles montrent, en effet, que le sang normal contient de l'oxyde de carbone, mais elles établissent, en outre, que la proportion de ce gaz peut doubler, tripler ou même quadrupler, dans le même sang, après j anesthésie par le chloroforme ;

3** Les expériences mêmes de M. de Saint-Martin, quoique non comparatives, confirment, d'ailleurs, bien qu'il s'en défende, les conclusions de nos premières recherches. On peut, en efTet, résumer

* N. Grkiiant, Les gaz du sang^ p. 109.

* Comptes rendus^ G déccmbro 1807.

* De Saint-Martin, Comptes rcadus, 14 février 1898.

DÉCOMPOSITION DU GHLOHOPORME DANS l'oHUANISMë. 381

le la façon suivante les résultats qu*il a obtenus' :

Sang de chîons Saog normal. anoslhûsiés.

ce ce

Oxyde de carbone 0,8 1 ,85

Par litre * . . . 1,2 2,4

Seconde méthode. — Nous avons fait quelques nouvelles expériences dans le but de vérifier nos premiers résultats par Tapplicalion d'un procédé de mesure de faibles quantités d'oxyde de carbone publié précédemment par Tun de nous*. Nous rappelons le principe de ce procédé :

L'oxyde de carboné est oxydé par l'acide iodicjue anhydre à la température de 150^ en donnant de l'acide carbonique avec mise en liberté de la quantité d'iode correspondante*. L'iode peut être ensuite facilement dosé au demi-centième de milligramme près si la quantité en est inférieure à 0"»',1, à 1 centième de millig^rarame près entre 0"8»,i et O^^'jâ ; à 2 centièmes près, si là quantité d'iode est supérieure à 0"^,2 (entre 0,2 et 0,4). On emploie, pour ce dosage, le procédé donné par Rabourdin^ : mise en liberté de l'iode del'iodure de potassium par l'acide sulfurique nitreux, dissolution de l'iode dans un volume connu de chloroforme et comparaison de la teinte obtenue avec celle fournie, dans les mêmes conditions, par une solution titrée d'iodure de potassium ♦.

Voici comment nous avons procédé. — Le gaz à analyser (extrait du sang par le vide en présence d'acide acétique au moyen de la pompe à mercure) est additionné de 200 centimètres cubes d'air environ, et placé dans une cloche à gaz à robinet. Il passe alors dans un tube en U contenant de la potasse en pastille, abandonne son acide carbonique, puis traverse un tube à ponce sulfurique où il se débarrasse de l'eau qu'il pourrait retenir, enfin arrive dans un troisième tube contenant l'acide iodique anhydre, maintenu à It^O"" au moyen d'un bain d'huile. L'oxyde de carbone se transforme en acide carbonique ; la vapeur d'iode entraînée par le courant gazeux est retenue par la solution alcaline (5** lessive de soude (r/= l,2)-(-^" d'eau distillée) contenue dans un tube de Will auquel fait suite un vase de Mariotte dont l'aspiration, réglée à raison de 10 centimètres cubes

' M. NiCLOUx, Comptes rendus, 7 mars 1898.

' DiTTE, Propriétés de Tacide iodique (Bull. Soc. cbim., t. I, p. 318; 1870). — C. OE La Harpb et F. Revbrdin, Recherche de l'oxyde de carbone dans Tair {Bm. Soc. chim., 3- série, t. I, p. 163; 1889).

' Rabourdin, Essai de dosage de l'iode (C. /?., t. XXXI, p. 784; 1850).

' M. A. Gautier a imaginé et étudié, pour ses applications à Thygiéno, un procédé également basé sur la réduction de l'acide iodique (voir A. Hélier, Thèse de doctoral ès-scicnceSf Paris, 1896). Nous n'en avons ou connaissance [a'au moment de l'impression do ce mémoire.

A. DBSOKBI ET M. NICLOUX.

par minute au maximum, fait circuler les gaz dans le sens de ta cloche vers le tube de Will. Le gaz ayant été complètement extrait de la cloche, on en chassera les dernières traces de Tappareil à Taide d*une aspiration d'air atmosphérique.

Le dosage de Tiode s'effectue comme Ta indiqué Rabourdin.

On introduit dans une éprouvette de 100 centimètres cubes, bouchée à rémeri et d'assez petit diamètre, le liquide du tube de Will contenant l'iode ; on amène, après lavage, le volume à 50 centimètres cubes et on ajoute quelques centimètres cubes d'acide sulfurique de manière à rendre la solution franchement acide, 5 centimètres cubes de chloroforme * et enfin quelques centigrammes d'azotite de soude.

eu 150^

On agite fortement ; l'iode mis en liberté se dissout dans le chloroforme en lui communiquant une teinte rose. On compare cette teinte avec celle obtenue en répétant la même réaction dans des conditions identiques, à l'aide d'une seconde éprouvette de même volume et de même diamètre (45''° d'eau, 5°* de soude pure, acide sulfurique, 5®* de chloroforme, quelques centigrammes d'azotite de soude), mais en ajoutant une quantité connue d'iodure de potassium au moyen d'une burette contenant une solution de O"*»',! d'iodure de potassium par centimètre cube. On ajoute de l'iodure de potassium jusqu'à égalité des teintes, ce qui s'obtient d'ailleurs, après quelques tâtonnements, avec la précision énoncée précédemment.

Si les teintes sont trop intenses (teinte obtenue avec 0"»',6 d'iode par exemple), on diluera le chloroforme contenant l'iode en dissolution en ajoutant dans Téprouvette un volume connu de chlorofonne pur.

L'égalité de teintes une fois obtenue, on en conclut qu'il y a dan3 le liquide à doser une quantité d'iode égalo à celle indiquée par la

* Le sulfure de carbone pur remplit le même but; la réaction est mémo un peu plus sensible.

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