II. — Histogenèse
Comment agit le parasite sur les tissus normaux pour produire les tumeurs de structure dissemblable? Nous avons vu, en étudiant es lésions du foie du lapin, que le processus est primitivement -pilhélial : lés cellules épithéliales pénétrées par le parasite proîférent, s'hypertrophient, mais ici le parasite arrive rapidement à la orme enkystée qui détruit la cellule. Le revêtement épithélial disparaît complètement, les parasites pénètrent le tissu conjonctif et ^n aboutit à la formation d'un tissu fascicule dont les mailles renérment des coccidiés, ou de cellules géantes volumineuses qui en
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contiennent à tous les stades d'évolution. La tumeur, primitiveme&i épithéliale, devient donc exclusivement conjonctive. L'inverse a lin pour les tumeurs sous-cutanées et, dans ces dernières, les coccidifê développées dans le tissu conjonclif finissent par envahir le tissu épithélial malpighien, provoquant la prolifération et nij^perlrophie des cellules, avec formation de globes épidermiques et d*iQcIusioQ> cellulaires parasitaires.
Une même forme parasitaire peut donc produire des lésions de structure histologique diflérente, suivant la nature du tissu qui est primitivement envahi; les variations de structure suivant les points d'une même tumeur en sont un corollaire obligé.
MaiSj quelque soit le tissu^ conjonclif ou épithélial^ atteint par h parasites, ses éléments subissent un processus de prolifération et d'hypertrophie qui aboutit à la formation de la tumeur et qui e&' toujours en rapport avec f évolution morbide ordinaire de ces éléments. La cellule conjonctive embryonnaire, par exemple, peul devenir un flbroblaste, une cellule épithélioïde ou une cellule géante.
L'étude des tumeurs produites par inoculation de kystes sporuié> de sporozoaires dans le tissu sous-cutané conduit aux mêmes conclusions. On obtient une tumeur conjonctive sarcomateuse qui doit ses particularités non à l'évolution de ses éléments cellulaires proliférés, mais uniquement à la présence des spores et des inclusions parasitaires dans leur intérieur.
Voyons si ces notions sont applicables aux tumeurs malignes de l'homme. Peut-être pourrons-nous arriver à expliquer, dans le cours de cet examen, les difTérences de structure qui en séparent les trois types principaux : Tépithélioma, le carcinome, le sarcome, et arriver à nous former une opinion précise sur la signification de la ceUak^ cancéreuse.
10 Epithélioma. — Si nous prenons comme type un épithclioma del» peau, nous constatons la prolifération, Thypertrophie et la dégénéi-esccDce finale des cellules malpighiennes. La prolifération se fait d'une façon énergique au niveau de la couche basale des cellules cylindriques, et i mesure que Ton s'élève dans la couche malpighienne, leur volume augmente, surtout dans les points où les formes parasitaires sont aboDdantes. Mais la cellule épidermique, résistante, coriace, ne cède que difficilement devant le développement du parasite dans son protoplasioe • elle s'hypertrophie tout d'abord et présente une hypernutrition qais« voit dans tous les processus irritatifs ; à mesure, elle comprime les cellules voisines qui prennent une forme en croissant. Ainsi se forme If globe épidermique. Le parasite fait donc un long séjour dans la celluk malpighienne et, d'autre part, la zone de prolifération profonde forme une
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rrière énergique à son passage dans le tissu conjonctif et peut Téliiner par desquamation. On comprend donc que certains épithéliomes tanés, dus à des parasites à développement lent, conservent pendant ngtemps une évolution strictement épithéliale.
Mais, à un moment donné, des boyaux épithéliaux s*enfoncent profon- Mnent dans le derme et si, au niveau des pointes épithéliales étranglées ^pourvues de barrière repix)ductrice et qui représentent de véritables donies de cellules épithéliales, se trouveni des parasites, l'invasion du 3SU conjonctif ne tarde pas à se faire. Les cellules conjonctives réagisiïki ici de la même façon que dans les tumeurs animales et la cellule [nbryonnaire aboutit tantôt à la fibre conjonctive, tantôt à la cellule toilée ou à la cellule géante parasitée. L*épithéliome est donc constitué ar une prolifération s'enfonçant dans le derme épithélial avoisinant, lais qui peut se compliquer d'une prolifération conjonctive et qui ne i*ésente rien autre de |iarticulier ou de spécifique que les parasites dclus dans les cellules qui la composent.
2« Carcinome, — La cellule épithéliale glandulaire est bien différente e la cellule malpighienne au point de vue de sa constitution et de son ctivité fonctionnelle. Facile à pénétrer, elle offre au parasite un milieu les plus favorables à son développement. Aussi est-ce dans les cancers glandulaires que nous trouvons les parasites les plus nombreux, revêtant es cycles évolutifs les plus variés, et surtout des cycles asporulés.
La prolifération de Tépithélium va donc se faire avec activité, mais a prolifération parasitaire étant très abondante et la matrice basale faiant ici défaut, Tinvasion du tissu conjonctif se fait de très bonne heure. je début épithélial du carcinome ne fait plus aujourd'hui aucun doute, fais la cellule carcinomateuse est-^lle, pour tous les carcinomes, demeurée ia descendant épithélial ? Si Ton étudie certains carcinomes à leur périphérie, dans la zone de progression, on voit que Talvéolc jeune est omposé, au centre, de cellules volumineuses renfermant des formes ^rasitaires développées; à mesure que Ton va vers la périphérie de alvéole, les cellules sont moins volumineuses et moins claires, elles Ont tassées les unes contre les autres et Ton observe de nombreuses gores de karyokinèse. Le processus de prolifération se fait donc à la ^riphérie, mais ce qui frappe davantage, ce sont les rapports de ces ellules avçc les éléments conjonctifs. Les cellules périi)hériques, qui enferment des parasites de très petite taille, reposent directement sur es fibres conjonctives jeunes et, entre elles, pénètrent des cellules U>ilées arrivant jusqu'au centre de l'alvéole, anastomosées entre elles t avec les fibres conjonctives jeunes. A un fort grossissement, on voit U'elles sont unies également jmr leurs prolongements avec les cellules 8 la périphérie de l'alvéole. On arrive ainsi à trouver tous les intermélaires entre la cellule cancéreuse complètement développée, la cellule ipiphérique parasitée à type indéterminé, les cellules éloilées et la celle conjonctive jeune et les flbroblastes de la périphérie. Le point de 'part de ces alvéoles neufs nous a paru se faire par l'introduction de rmes parasitaires dans les amas de cellules rondes embryonnaires qui
existent à la périphérie des carcinomes, ces cellules embryonnaire pouvant évoluer vers toutes les formations conjonctives qui caractériseol les processus inflammatoires : cellule conjonctive, cellule épithélioîde^ cellule géante, fibroblaste, cellule étoilée, constituant un véritable follicule cancéreux. Le carcinome, après un début épithélial, peut doacel dans certains cas devenir dans la suite d'origine conjonctive.
3® Sarcomes. — Si nous admettons ce processus de formation de li cellule cancéreuse aux dépens du tissu conjonctif, nous pouvons penser, a prier ïy qu'il existe des tumeurs primitivement conjonctives. Ces tameurs sont représentées par les sarcomes. La progression de ces tumems montre avec une netteté indiscutable leur origine conjonctive, et Ton soit ici de très près la transformation des tissus sains, périphérique d^abord, en un tissu banal d'inflammation, puis en tissus sarcomateux dont les divers types sont dus au nombre et à la forme évolutive des parasites et probablement aussi à leur virulence. Je dois signaler à part certains sarcomes à myéloplaxes formées par d^énormes masses sarcodiques eofermées dans des loges de tissu conjonctif embryonnaire et entoarées d'un pigment verdfttre ; ces masses renferment des corps que nous avons assimilés à des spores, de sorte que la structure de ces sarcomes serait en rapport avec l'irritation provoquée dans le tissu conjonctif par ces masses parasitaires que nous avons rapprochées des myxosporidies. Il n'est pas à dire, toutefois, que toutes les formes que Ton a décrites sons le nom de myéloplaxes rentrent dans cette catégorie.
Dans les sarcomes à grandes cellules parasitées, il peut être très difficile de différencier ces dernières de la cellule cancéreuse type dite, cellule épithéliale.
Nous arrivons donc en dernière analyse à cette conclusion que le seul élément spécifique des tumeurs malignes est Je parasite. Ce parasite peut évoluer dans le tissu épithélial ou dans le tissu conjonctif exclusivement, mais il peut passer de Tun de ces tissus dans Tautre pour former des tumeurs mixtes et même, après un point de départ épithélial, le processus peut devenir, semble-t-il, conjonctif. La cellule cancéreuse n'a par elle-même aucune signification : eDe représente uniquement une cellule hypertrophiée et déformée par la présence ou le voisinage du parasite, et elle peut trouver son origine aussi bien dans le tissu conjonctif que dans l'épithélium.
Les tumeurs sont donc réduites à un processus d*inflammatioD qui ne diffère, dans sa modalité, des inflammations chroniques banales que par la nature, le siège et les modes de développement de l'agent causal. Il s*agit, en effet, d'un parasite qui ne parait provoquer qu'une action irritatrice légère et qui produit d'abord rhypernutrition et l'hypertrophie des cellules jusqu'au moment où, par son développement exagéré, il amène leur dégénérescence. Le parasite ne tue donc la cellule qu'après un stade d*excitation et par