I. — Pathogénie
Des faits que nous avons exposés dans notre précédent mémoire, nous sommes arrivé à conclure qu'il existe dans les .tumeuis malignes des êtres organisés qui y vivent d'une vie parasitaire et qui appartiennent à la classe des sporozoaires. Il s'agit de prouver que ces parasites sont bien les agents pathogènes du cancer.
Nous pouvons nous baser sur des arguments de probabilUé et des arguments de certitude.
Les arguments de probabilité sont au. nombre de six : le premier est base sur la constance des parasites dans les tumeurs malignes; le deuxième, sur le nombre très considérable des formes parasitaires dans le cancer; le troisième, sur la répartition des Éorm^ Jeunes de reproduction à la périphérie de la tumeur, dans sa zoo'' de progression; le quatrième, sur -le rapport qui «existe entre krapdite de développement du parasite {cycles asporulés) et ia rapidité d'évolution de la tumeur; le cinquième, sur le rapport qui existe entre P hypertrophie de la cellule hôte et le développement du porosité inclus ; enfin, le sixième repose Sur la non-coastotathn de toute autre cause capable d expliquer la formation ducaacet et ses allures infectieuses.
Nous arrivons maintenant à des arguments plus préets et de mèmi
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>rx3re que ceux t)ui sont réclamés pour la démonstration de nature ±Gs maladies infectieuses en général.
La première de ces preuves consiste à reproduire la tumeur par fn€>culation à des animaux.
Les animaux porteurs de sporozoaires saprophytes peuvent présenter des tumeurs de siège varié ; on en observe chez les poissons, mais partioulièrement chez le lapin. Chez cet animal on trouve des tumeurs du Toie, des reins, du maxillaire supérieur, de la peau. Les tumeurs du ^oie sont caractérisées par une prolifération épithéliale des canalicules l>iliaires due à la présence de parasites. Ces derniers, le plus souvent, finissent par détruire Tépithélium, pénètrent le tissu conjonctif, se développant dans les mailles de ce dernier ou dans des cellules géantes (Pl. VI, fig, 4), mais nous avons pu observer une prolifération à type ôpithéliomateux. Les tumeurs de la peau, développées primitivement ^ans le tissu cellulaire sous-cutané, gagnent Tépithélium malpighien et ^n trouve, dans le tissu conjonctif et dans les cellules, des formes parasitaires à des degrés variables d'évolution.
Ces tumeurs spontanées du lapin sont inoculables à d'autres lapins et i^eproduiscnt le même type histologique ; leur développement est lent et progressif, au même titre que celui de la tumeur spontanée.
Mais, à côté des animaux porteurs de tumeurs spontanées dues à un ^prophyte bien connu dans tous ses stades, il en est d'autres (rat, chien, cheval) qui présentent des tumeurs spontanées à sporozoaires d'espèce indétcnninée ; on retrouve dans ces tumeurs toutes les formes anormales du cancer humain et, leur structure, comme leur évolution, est exactement celle de Tépithéliome, du carcinome ou du sarcome de Thomme. Four le rat, Hanau, de ZQrich, a obtenu, en inoculant h des i^ats de même espèce des fragments d'un épithéliome vulvaire développé chez un de ces animaux, la production de tumeurs cancéreuses du même type, avec généralisation cancéreuse aux ganglions et au péritoine.
Les expériences de H. Morau sont confirmatives de celles de Hanau : inoculation de la tumeur spontanée à des animaux de même espèce, mais lion de même souche, avec généralisation possible. Cet auteur a montré, en outre, Tinfluence prédisposante de l'hérédité, du traumatisme, de la grossesse sur le développement du cancer.
lios chiens sont fréquemment atteints de tumeurs malignes ; nous avoQs pu en observer trois cas, mais les inoculations fuites n'aboutirent malheureusement qu'à la purulence par infection secondaire. Mais les cas de Nerenski et surtout de Wehr montrent la possibilité de l'inoculation du cancer du chien au chien.
Le sarcome mélanique du cheval serait également transmissible au cheval par inoculation sous-cutanée (Klencke).
Les tumeurs malignes de l'iiomme sont-elles inoculables ? IjBs faits cliniques nous montrent la possibilité d'auto-inoculation cancéreuse et certains faits de contamination cancéreuse de plaies opératoires valent UQ fait expérimental. Il existe, d^aiileurs, un fait précis d'inoculation du
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cancer de Thoinme à rhomme. Ce fait, présenté par Coi*ml à rAcadànie de médecine, démontre de la façon la plus précise, tant au point de mk évolutif qu'au point de vue histologique, la réalité de rinoeulation de h maladie.
Les tumeurs humaines sont d'ailleurs inoculables aux animaux. Je ne fais que signaler les cas de Langenbeck, avep examen de Virchow, ceni de FoUin et Lebert, ceux de Firket, de Mayet.
Nos expériences nous ont montré qu'il était possible d*iaoculer le cancer humain aux animaux, en particulier au cobaye et au chien, à condition : i^ d'inoculer des tumeurs à formes parasitaires nombreuses et sponilées ou des tumeurs humaines très volumineuses et virulentes ; 2^ de faire l'inoculation d'une façon complètement aseptique. < Chez le cobaye, nous avons obtenu des inoculations positives de trois sarcomes mélaniques, sous la peau et dans le péritoine, avec rep^o<lu^ tion exacte de la structure de la tumeur primitive*
Chez le chien, ce sont les inoculations intrapéritonéales qui nous ont donné les meilleurs résultats: dans un cas, nous avons obtenu la formation d'une masse volumineuse du même type général que la tumeur primitive ; dans un deuxième cas, après plusieurs passages successifs, nous avons abouti à une carcinose miliaire généralisée a tout le péritoine; dans un troisième, un cancer encéphaloïde très volumineux fut résorbé complètement et, au bout de deux mois, nous trouvâmes des tumeurs cancéreuses dans la rate et dans Is poumon, à type de c-arcinome encéphaloïde (Pl. VI, fîg, 3); il fallait faire intervenir ici la propagation pir les lymphatiques, à travers le diaphragme.
Dans certaines de ces tumeurs d'inoculation, il est possible de retrouver des formes parasitaires semblables a celles qui existaient dans U tumeur primitive, mais la similitude des formes ne peut pas être réclamée comme un critérium indispensable, si l'on tient compte de la multiplicité des cycles évolutifs d'un même parasite.
Comme preuve ultime et scientifiquememt indispensable, il faudrait reproduire, avec des cultures pures des parasites d'une tumeur maligne donnée, une tumeur maligne identique. Malheureusementi nous n'avons pas pu parvenir à transporter la culture primitive sur des milieux neufs, de façon à isoler complètement les formes parasitaires et à en avoir des cultures pures.
Nous sommes arrivé, toutefois, à tourner la difficulté. Les sporozoaires vivent à l'état saprophytique chez un grand nombre d'animaux; chez certains, ils s'accumulent dans certains organes à Tétât de forme enkystée et on peut les y recueillir asepliquemenl. Ainsi, les coccidies oviformes dans le foie du lapin, les kiossia dans TorgaûC deBojanus de l'hélix, la grégarine du lombric dans le testicule de cet animal sous forme de petites masses formées de kystes à très nombreuses spores et à sporozoïtes multiples.
L'inoculation aseptique de ces parasites dans les tissus de divers
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nimaux, après dilution dans un peu de bouillon stérile^ équivaut à inoculation de cultures pures de formes de résistance d'un sporo-' oaire déterminé,
A la suite de Tinoculation de kystes de C. oviforme au lapin, nous avons ra se développer des tumeurs de même structure que les tumeurs spontanées et renfermant des formes évolutives de cette espèce de coccidie. Les tumeurs se sont développées très lentement et certaines ont pris le volume du poing.
Les inoculations de klossia dans le péritoine du chien, du cobaye et du lapin ont amené la formation de tumeurs disséminées de structure sarcomateuse pseudo-alvéolaire, à grosses cellules, dans lesquelles on retrouve clés formations anormales identiques, d^une part, aux inclusions parasitaires des tumeurs humaines, et d'autre part, à certaines formes d'évolution de ces coccidiés (Pl. VI, fîg. 2, a, A, e, d).
Je dois signaler, en particulier, la production d'une tumeur sous-cutanée «hez une gi'enouille, à la suite de l'inoculation, dans le sac lymphatique dorsal, de spores de la grégarine du lombric. Cette tumeur débuta au Lout de vingt jours, par un nodule gros comme une tête d'épingle et, deux mois après, elle avait progressé lentement jusqu'au volume d'un petit pois, avec adhérence à la peau. L'examen histologique (Pl. VI, fîg. 2) permettait de constater la formation d'un tissu sarcomateux à cellules volumineuses renfermant des spores à sporozoïtes nucléés (Pl. VI, £g, 1, », /), b) et l'on suivait d'autre part tous les intermédiaires entre ces spores, les sporozoïtes mis en liberté et les inclusions cellulaires rondes uuclées de petite et de grande taille (Pl. VI, %, I, c/, c, c). Ces iernières étaient identiques à celles que Ton trouve dans le cancer humain.
On peut donc conclure de ces diverses expériences que les sporo2oaires, qui vivent comme parasites dans les cancers, sont réellement les agents pathogènes des tumeurs malignes et que la diversité de deux cycles évolutifs permet de comprendre l'évolution iifférente de ces tumeurs.