II. — Absorption des substances agglutinantes cTun sérum
antityphique.
Depuis un an et demi nous nous occupons de la vaccination d'un cheval au moyen de cultures du bacille typhique. L'immunisation, qui a commencé par des doses très faibles, se continue par des quantités considérables de cultures vivantes injectées en une fois (200 à 300 centimètres cubes). Nous avons constaté depuis plusieurs mois que le sérum de ce cheval avait acquis des propriétés agglutinantes très marquées, quand on le mélangeait à des cultures de bacille typhique. Ces propriétés sont devenues de plus en plus fortes, au fur et à mesure que nous répétions les injections. Au point où nous en étions, au commencement de 1897, V15000<> centimètre cube du sérum de ce cheval, mélangé à 1 centimètre cube de culture de bacille typhique en bouillon déterminait dans celuici, très rapidement, à la température de 31^ à 40% une agglutination qui aboutissait promptement à la clarification complète du liquide et à la formation au fond du tube d'un dépôt floconneux de bacilles. Si, au lieu de 1/15000^ de centimètre cube, on se servait de 1/20000^, l'agglutination était encore évidente, mais les grumeaux restaient beaucoup plus petits que dans le premier cas et ne tombaient plus au fond du tube ; en d'autres termes il y avait bien agglutination, mais pas de dépôt avec clarification. Des quantités plus faibles de sérum ne produisaient pas de changement au sein des cultures. Les limites suffisamment approximatives se trouvaient donc être pour l'agglutination 1/20000* centimètre cube, celles de la clarification 1/1 5000*. Ce pouvoir considérable nous a permis de déceler, dans le sang du lapin, la substance agglutinante, alors même qu'elle y parvient seulement en quantité extrêmement faible.
Mais il ne suffit pas d'y reconnaître sa présence ; puisque nous voulons étudier la valeur de Tabsorption sous-cutanée, nous devons en faire le dosage, et le seul moyen qui nous donne des renseignements quelque peu précis, est de comparer cette absorption à celle qui résulte de l'introduction directe dans le sang, comme nous Tavons fait à propos des su])stances antileucocidiques.
Chacune de nos expériences porte ici à la fois sur deux lapins auxquels nous injectons à l'un directement dans la veine, et à l'autre sous la peau des quantités de sérum proportionnelles au poids. Étant donnée la force considérable de notre sérum au point de vue de l'agglutination, ici, contrairement au sérum antileucocidique, nous n'en avons dû introduire que de très petites doses : 1 centimètre cube, 1/5 centimètre cube, 1/10 centimètre cube par kilo.
Avant, et à divers intervalles après l'injection, nous pratiquons à nos animaux une petite saignée et nous évaluons pour chaque portion de sérum ainsi obtenu, la limite extrême de son pouvoir agglutinant. A cet effet nous ajoutons dans des tubes à réaction bien numérotés, et qui renferment tous la même quantité de culture de bacille typhique (1 centimètre cube), des doses de plus en plus faibles du sérum à doser. Ces
ABSORPTION SOUS-CUTAKÉE DES SERUMS. 59
doses sont représentées par des fractions de centimètre cube. La série des tubes contenant les mélanges ainsi préparés est tenue à une température de 37^ à AO^, température qui favorise puissamment la réaction. Des observations multiples du phénomène d'agglutination nous ont amené à la conclusion que, lorsque dans ces conditions de température on ne voit pas dans l'espace d*une heure à fœH nu Tagglutination se produire, on n'en voit pas davantage au microscope, et on n'en constatera pas dans la suite pas plus que dans les tubes témoins. Nous choisissons donc au bout d'une heure les deux derniers tubes de la série où la réaction s*est produite, c'est-à-dire le dernier tube où la clarification est obtenue et le suivant où Tagglulination est encore nettement dessinée, mais sans aller jusqu'au dépôt des flocons. Nous notons les fractions correspondantes de sérum qu'il a fallu pour produire cet effet : plus cette dose de sérum est faible, plus l'absorption du sérum spécifique a été complète. Avec le sémm de lapin, obtenu avant l'injection, nous n'avons jamais pu produire de réaction agglutinante, même quand il était ajouté à la culture à parties égales.
Nous avons procédé de la sorte dans une série de quatre expériences. La quantité de sérum injecté a été variable. Une colonne est affectée au lapin qui a reçu le sérum dans le sang ; une autre à celui qui a reçu la quantité correspondante sous la peau. Les heures pour lesquelles nous donnons les résultats sont celles qui correspondent à des saignées. Nous indiquons l'absence de réaction par 0. On doit comprendre cette absence de réaction dans ce sens que la culture de bacille typhique n'a pas subi Taggluti nation avec addition do son volume de sérum de lapiu. (C'est la plus forte dose de sérum que nous ayons ajoutée.) Ainsi 1 centimètre cube de culture additionné d'un centimètre cube du sérum de lapin obleoo avant l'injection ne donne pas la réaction ; nous indiquons ce résultat par O.
Quand la réaction agglutinante s'est produite, nous l'indiquons par le signe -}-. Nous donnons communément deux fractions pour les réactions — . La première des fractions, la plus grande, indique Y agglutination avec dépôt et éclaircissement du bouillon de culture ; la 2* fraction, la plus petite, indique la simple agglutination sans dépôt. Quand nous redonnons qu'une fraction, celle-ci indique cette agglutination sans dépôt, en d'autres termes elle constitue la limite extrême où le sérum est ^pable de produire de l'efTet. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, la quantité de culture sur laquelle nous avons opéré a été pour toutes k$ expériences de 1 centimètre cube.
Ejlp. VIII. — La quantité de sérum agglutinatif injectée à chacun des deux lapins a été de 1 centimètre cube par kilo.
Tableau
Sérum obtenu :
Aviot nojeciion, i/i heure après..
i6 heures après.,
lAriH injecté dans U Teioe.
Quaalité
de ton] m ajouté
à la culture.
1/200 à 1/300* ce. 1/100 à 1/îOO» ce.
Réaction obtenue.
LAPIH
injecté sous la peau.
Quantité
de tcrnm ajouté
à la culture.
1 ce.
1 ce.
i/lOà 1/lOO'oc.
Réaction obtenne.
Ainsi le sérum obtenu chez chacun des deux lapins avant rinjectio dé sérum de cheval vacciné ne produit pas d*agglutination, même quan on le mélange à volume égal aux cultures. Il en est encore de mêm pour le sérum du lapin, une demi-heure après qu'il a reçu le sérum d cheval sous la peau. Au contraire, le sérum du lapin correspondant c qui a reçu le sérum de cheval dans la veine possède à l'heure correspoc dante un très haut pouvoir d'agglutination : à la dose de l/'200 centi mètre cube, il produit l'agglutination suivie d'éclaircissement comple de la culture ; à la dose de 1/âOO centimètre cube, il produit l'aggluti nation, mais celle-ci n*est pas suivie du dépôt des grumeaux. Ce demie chiffre répond à la limite d'action du sérum du lapin injecté.
Ce n'est que dans la 3* saignée, pratiquée 16 heures après l'injecUon que nous constatons- la présence de propriétés agglutinantes dans I sérum du lapin injecté sous la peau. Encore ces propriétés n'existent-elle pas à un degré intense : 1/100 centimètre cube ne produit que l'agglu tination sans dépôt ; pour déterminer le dépôt il faut ajouter 1/10 centi mètre cube de sérum.
Le sérum du lapin injecté dans la veine produit encore le dépôt corn plet à rheure correspondante avec la dose de 1/100 centimètre cube.
. Exp. IX. — Elle est calquée sur la précédente, seulement la dose d sérum vacciné ii\jecté à chaque lapin a été de 0,2 centimètre cube pfl kilo.
Sérum obtenu :
Avant rinJeciioD 1/i heure après.
16 heures après.
LAriR
injecté dans la Teine.
Quantité
de sérum ajouté
à la culture.
1 ce.
1/40* oc.
1/40* ce.
Réact ion obtenue.
LAPIN
injecté tout U peau.
Quantité
de sérum ajouté
à la culture.
1 ce.
1 ce.
1 ce. à 1/10* oc.
Réactiof obtenue.
Exp. X. — La dose de sérum injecté à chaque lapin a été de 0,1 ce timctre cube par kilo.
ABSORPTION SOUS-CUTANEE DES SEltUMS.
obtenu : riDjection Dr« après, ires
LAPIN
îo'ectô dans la reine.
Quantité
de sérum njouté
à la culture.
1/5 à I/IO» ce.
1 ce
Réaction obtenue.
tAPIIf
injecté sous la peau.
Quantité
de sérum ajouté
à la culture.
1 ce.
Réaction obtenue.
li nous n*avons pas pu déceler la propriété agglutinante dans le du lapin qui a reçu 0,1 ceniimètre cube de sérum de cheval sous 1 ; quant à l'autre lapin, bien qu*il eût fallu recourir à des doses um assez considérables, 1/5 a 1/10 centimètre cube, il a fourni faction manifeste à la saignée prtitiquée une demi-heure après ion.
me les expériences précédentes le démontrent clairement, il y a, pour des quantités relativement petites de sérum, des différences érables, suivant qu*on les introduit directement dans la circula- V dans le tissu sous-cutané.
de faire ressortir davantage, tant au point de vue de la quantité [>oint de vue de la rapidité, Tinfériorité de l'absorption sous-cutanée um agglutinatif chez le lapin, nous donnons encore une quatrième ence, plus complète que les précédentes, parce que les prises de nt été plus nombreuses et ont porté sur un plus grand nombre
XI. — Chacun des lapins a reçu 1 centimètre cube de sérum nant.
obtenu :
riajecUoD
tiatemeot après..
1res après
tiPIR
injecté dans la veine.
Quantité
de sérum ajouté
à la culture.
1 ce. 0
1/100 à 1/130- ce. -f
1/100 à 1/150* ce. 4-
1/100 à 1/150* ce. +
1/70 à 1/lOOe ce. -i-
Ce lapin est mort par bémorrhagie.
Réaction obtenue.
LAPIN
injecté soui la peau.
Quantité
de sérum ajollté
à la culture.
1/20 à 1/30- ce.
1/30 à 1/40- ce.
1/20 à 1/30« ce.
Réaction obtenue.
l le moment de faire une remarque au sujet des expériences conte
ans les deux premières parties.
i les lapins injectés dans la veine, nous retrouvons les substances
spécifiques dans le 9%»^ immédiatement à leur maximum. Ces subtances, après s'être tenues pendant qtielques heures ù ce degré, sont bientôt soumises à une déperdition incessaate et assez rapide. Quand le sérum acte introduit sous la peau, on no retrouve au contraire les substances spécifiques que tardivement dans la circulation, mais à partir de ce moment elles s*y accumulent d*une façon lente, il est rni^ mais ininterrompue. Cette augmentation ne peut cependant pas aller jusqu'au maximum atteint par Tintroduction directe dans le sang, car les substances spécifiques parvenues indirectement par la voie sous-cutanée dans le sang y sont soumises, tout comme celles qui y sont déposées directement, à des déperditions continuelles, et si Taugmentation pei*siste quelque temps pour la voie sous-cutanée, il arrive un moment, d'ordinaire après 34 heures, où la déperdition est aussi forte que l'absorption, et la quantité de produits spécifiques circulant dans le sang devient stationnaire, comme les expériences V et VII le démontrent. Cet état d'équilibre ne se maintient pas non plus, et les substances spécifiques diminuent dans le sang. Cette diminution se produit parfois rapidement ; ainsi dans l'expérience XI elle est déjà manifeste à la 36* heure.
m. — De la noiHibsorption des substances spécifiques du sérum après son administration par les voies digestives.
Lors des premières applications du sérum antidiphtérique aux hommes, certains auteurs ont avancé qu'on pouvait éviter bien des accidents postsérothérapiques, tels que l'urticaire, les arthralgies, etc., en introduisant le sérum dans le rectum en lavement ou même dans l'estomac. Les résultats thérapeutiques, prétendaient-ils, étaient aussi brillants que par les injections sous-cutanées.
Cette méthode est déjà jugée ; néanmoins nous avons cru apporter unenoU' velle preuve de sa non-valeur, à l'aide du procédé qui nous a permis da poursuivre pas à pas l'absorption du pouvoir antileucocidique et agglutinant de nos sérums. A cet effet, nous avons introduit chez des lapins, à l'aide de sondes, dans l'estomac et le rectum, ou dans l'intestin après laparotomie, de fortes quantités de sérum antileucocidique et de sérum doué d'un pouvoir agglutinatif très intense. De cette façon, l'absorptioa de quantités même très petites du sérum ainsi administi'é ne pouvait rester inaperçue dans le sang des lapins saignés à divei*s intervalles après l'introduction.
§ 1. — Recherche par la valeur antileucocidique.
Exp. XII. — Nous avons choisi à dessein pour cette expérience une leucocidine excessivement faible : elle était neutralisée par un ù deux volumes du sérum des lapins employés. Far contre le pouvoir antileucocidique du sérum de cheval était considérable : une partie de ce sérum était capable de neutraliser l'eflet d'environ 120 parties de la leucocidine. Il est évident que la pénétration de la plus petite trace de ce séinim dans le sang du lapin devait lui communiquer des propriétés antileucocidiques très franches. Or, comme notre expérience le démontre, quelle que fût la voie d'introduction, soit estomac, soit intestin, soit rectum,
ABSORPTION* SOUS-GUTANEB DES SERUMS.
nous De sommes pas parvenu à retrouver des traces de ce sérum dans le sang. En effet, le sérum des lapins saignés 4 heures, 10 heures ou 34 heures après Tintroduction de 40 centimètres cubes de sérum par 1,000 grammes d*animal, n'a pas montré la moindre augmentation du pouvoir antileucocidique.
§ 2. — Recherche par le pouvoir agglutinant.
Exp. XIII. — L'introduction dans les voies digestives de fortes quantités (40 centimètres cubes) d'un sérum à fort pouvoir agglutinant ne nous a jamais permis de constater dans le sang la présence de traces de cette propriété. Cette quantité de sérum est considérable, si Ton se rappelle que i/5 centimètre cube de ce même sérum injecté sous la peau s'est manifesté, en faible quantité il est vrai, mais d'une façon très nette, par l'agglutination d'une culture de bacille typhique.
Nous n'avons pas contrôlé ces expériences par l'absorption intestinale du sérum antidiphtérique. Mais l'analogie étroite qui existe ici avec le pouvoir antileucocidique et agglutinant nous permet, sans crainte de nous tromper, de conclure également à la non-absorbabilité de la propriété antitoxique du sérum antidiphtérique.
IV. — Valeur comparée de V administration intraveineuse et soas^utanée du sérum antidiphtérique.
Si les expériences avec le sérum antileucocidique et agglutinant plaident en faveur de l'introduction immédiate dans le sang, on pouvait espérer que le sérum antidiphtérique, tant au point de vue préventif qu'au point de vue curatif, donnerait des résultats tout aussi probants.
Bien que nous n'ayons plus ici un procédé de dosage comparable par son exactitude à ceux que nous avons utilisés dans les chapitres précédents, l'ensemble des résultats obtenus confirme néanmoins nos prévisions.
I 1. — Injections préventives de sérum.
Exp. XIV. — Des lapins du poids moyeu de 1,5 kilogramme reçoivent les uns sous la peau, et les autres dans la veine 1/100,000 et 1/50,000 de W poids de sérum antidiphtérique : sept heures après, chacun de ces lapins, ainsi qu'un lapin témoin, reçoit une dose mortelle de toxine <iiphtérique. Il est à remarquer que chez les lapins qui avaient reçu le sérum sous la peau nous avons toujours injecté la toxine dans le flanc opposé.
injecté dans la Tcine.
Sarvie f&nt perte de poids.
injecté sous la peau.
Lapin III 1/100,000-.
Mort après 7 jours.
Upin IV l/50,000e.
Mort après 6 joars.
LAPIR V
témoin,
Mort après 62 heares,
: Ëxp. XV. — Les doses de sérum introduites dans la veine sont les mêmes que dans rexpérience précédente ; sous la peau nous avons injecté à dessein des doses plus élevées. La dose mortelle de toxine est injntée 8 heures après le sérum.
injecta dons la veine.
' Lapin I l/100,000f.
Mort
après 9 jours
et demi.
Lapin II l/50,000«.
Survie
saos perte
de poids.
injecté sont la pean.
Upin III 1/50,000*.
Mort en 2 jours.
Lapin IV 1/10,(100«.
Sarvie sans perte do poids.
LAPIR T
lémeiB.
Mort
en 3 jours
et A heures.
Exp. XVI. — La quantité de sérum introduite sous la peau a été double de celle qui a été injectée dans la veine ; néanmoins l'avantage reste à Tintroduction intraveineuse. Les deux lapins témoins meureol après 36 et 56 heures.
dans
invn iNiBCTtf la veine 1/100,000«.