ET DES MYXIGOLES SUR LES PLAGES DE R08C0PP ET DE
SAINT-POL-DE-LÉON, COTES DE BRETAGNE (FimsTÈRE).
Par Henri de LÂCAZE-DUTHIBRS De nnstitot. '
Au bas de la page XIII des Notes et Revue du 1*' fascicule imprimé comme on fa vu en juillet 1870, se trouve un renvoi où je disais : a Au moment où paraîtra ce premier numéro des Archives de Zoologie expérimentaley j'espère me rendre de nouveau à Roscoff, et cette fois en nombreuse compagnie de jeunes travailleurs, nous fouillerons ces grèves si riches, et j'entretiendrai les lecteurs des faits les plus intéressants que nous pourrons trouver* » M. Lemire, atLiché à la collection zoologique de la Sorbonne, venu une première fois en 1869 avec moi en Bretagne, MM* Perrier et d'Astre, agrégés de TUniversité, M. Giard, ancien élève de Técole normale, et moi étions à peine installés en juillet et août 1870 que les événements qui se précipitaient nous dispersèrent. Pigs tard le travail a été repris par quelques-uns d'entre nous et ses résultats seront publiés en leur temps.
Mon but en allant à Roscoff avec plusieurs de mes élèves sortis ou non de l'école normale était de faire entreprendre des travaux destinés à commencer une revue des richesses zoologiques des côtes de la France et de conduire de jeunes et zélés adeptes de la zoologie, entendue comme il a été dit dans l'introduction de ce recueil, à la publication de travaux semblables à ceux que les Anglaisent déjà depuis longtemps faits sur les mers qui baignent les côtes de la Grande-Bretagne.
La station de Roscoff que f avais appris à connaître dans deux voyages précédents (1868 et 1869) me paraissait si fertile en toutes choses, que je voulais la prendre comme type, en faire la Faune locale, puis étendre aux locjilités importantes de nos côtes cette étude et comparativement d'années en années commen* cer à faire paraître une histoire zoologique de notre littoral, histoire dans laquelle chacun de nous eût apporté sa part respective et distincte d'observations d'originalité et de travail.
Voilà vingt années bientôt que presque tout le temps dont mon enseignement me laisse la liberté de disposer est employé à visiter les côtes de France, de Calais
ArCH. de ZoOL. Exp. et GSiNEL. vol. I. 1872. B
xvfii NOTES ET REVUE
à SainWeaD-de-Lnz, je dirais mieux, de la Belgique, d'Oslende jusqu^à Saint-Sébastien en Espagne; à part quelques localités intermédiaires, j'ai séjourné à bien des reprises, sur un grand nombre de points du littoral de la Manche ou de TOcéan. Les côtes de la Méditerranée, de Villefranche, Nice, Antibes, Marseille, les Martigues, Cette, Agde, les diverses stations des Pyrénées orientales, Barceionne, les Iles Espagnoles et rAfrique, d'Alger à Tunis me sont connues ; je les ai vues et souvent habitées pendant plusieurs mois. Il m'était donc facile de pouvoir guider, et guider sûrement, une jeunesse avide du travail, désireuse de bien faire en zoologie et de laisser à d'autres ces courses, ces excursions, pendant lesquelles on dresse à la hâte des catalogues que l'on décore ensuite trop facilement du nom de Géographie zoologique. Ces énumérations, fruit de voyages rapides où les déplacements sont trop fréquents pour permettre des observations longues et continues propres à nous éclairer sur la vraie nature des êtres; ces recherches faites à pied levé ne peuvent nous fournir que des données non-seulement insuffisantes, mais encore souvent trompeuses parce qu'elles n'ont pas pour point de départ des études longtemps poursuivies. Les descriptions faites dans un cabinet au retour d'une excursion pendant laquelle on a tout au plus recueilli deçà de là quelques notes sur les lieux méoies où ont été trouvés les objets, ne nous disent presque rien sur la biologie des animaux; souvent même elles nous induisent en erreur, car ainsi qu'on le verra dans un travail étendu que je vais publier sur les Ascidies simples, quelquefois une circonstance particulière peut faire disparaître ou apparaître une espèce dans une localité, fait important qui prouve combien il est nécessaire de suivre et d'étudier les animaux vivants dans les conditions variées de leur existence. La zoologie telle que je Tentends marche moins vite; je crois et je l'ai montré par mes travaux qu'une longue étude des animaux non-seulement dans les conditions qui leur sont propres, mais encore dans les changements naturels de ces conditions, peut seule aider à résoudre les graves questions zoologiques qui s'agitent aujourd'hui.
On comprendra maintenant quelle pensée avait inspiré la création d'un recueil nouveau de zoologie et pourquoi je lui ai donné un nom qui m'a paru en rapport avec la méthode d'observation caractérisant cette science de nos jours en même temps qu'il était une protestation contre les prétentions d'une école.
Pourrai-je reprendre mes projets tels qu ils avaient été conçus en des temps de calme, de paix, de prospérité 7 L'époque où nous vivons est trop chargée d'événements pour qu'il soit possible de répondre. Mais je le répète, le lecteur le sait déjà, j'ai conûance dans l'avenir de la France.
Je devais cette explication à ceux qui connaissent la note à laquelle il a été fait allusion.
Par le présent écrit mon dessein est de faire connaître quelques faits relatifs à la station, aux mœurs, par conséquent, à la recherche de deux magnifiques Annélides difficiles à se procurer et assez rares dans les Musées, les Chœloplères et les Myxicoles.
Des études anatomiques et physiologiques me paraissent encore à faire sur ces beaux animaux et les naturalistes qui voudraient s'y livrer pourront, je Tespère, tirer quelques profits des indications suivantes, car ils y trouveront le moyen d'avoir ces Annélides dans le plus parfait état.
Beaucoup de zoologistes ont écrit sur les Chœtoptères dont les tubes parcheminés sont parfaitement connus. Mais dans les descriptions on ne trouve guère d'indications précises sur leur station dans les eaux de la France. On le verra plus loin par quelques citations empruntées aux ouvrages des auteurs français qui, je crois, ne sont pas seuls à laisser quelque incertitude à cet égard.
NOTES ET REVUE :c ix
Je me souvieDs qu'en 1869 M. le profenear E* Grabe» de Bre8laB,:raD des iiataralisles qui a le plus étudié les Aonélidesel qui à plosieure reprises a fait des excursions sur nos côtes, étant venu d'après mes conseils passer un mois à Ros* cofT, reçut au moment où moi-même je renlevais de la grève à Saiot-PoMe-Léon, un superbe échaolillon de Cbœtoptère qui est sans doute au Musée de Breslau. D'après les conversations sur les plages pendant que je retirais Tanimal du sable robservalion paraissait toute nouvelle. Cependant M. £. Grube avait visité Saint- Vaast-la-Uouge, point de notre littoral que M. de Quatrefages indique comme présentant de nombreux lubes de Ghœtoptères roulés et apportés par la lame sur la grève.
Pourquoi faut-il qu'à ce souvenir d'un temps heureux vienne se mèier un amer retour sur le passé? une pensée pleine de tristesse! Deux années de suite, M. Grube, qui m'avait demandé de le guider, ce que j'ai fait avec le plus grand plaisir, sur les grèves de Roscoff et de ses environs, (Pouldu, Perharidi, Tile de Bass, Tizaoson, S'-Pol, etc.)f où nous avons fait ensemble les excursions les plus amicales, les plus fructueuses en même temps qu'elles étaient empreiniçs de la plus franche gaielé ; deux années de suite, dis-je, ce savant professeur avait reçu l'accueil le plus affectueux dans nos collections, dans nos excursions zoologiques, je puis dire dans notre intérieur le plus intime. Aux bords de la mer comme au Muséum, mes élèves et moi, MM. Lemire et Perrier, lui avions réservé cet accueil franc, sympathique et libéral que jamais un homme de science en France n'a marchandé à un savant étranger, quelque puisse être d'ailleurs sa nationalité. Après nos excursions sur les plages la soirée se passait à Roscoff dans l'intimité des causeries charmantes qui nous reposaient des fatigues du jour. Vn soir mime nous fûmes réunis le jour du centenaire de Humboldt et cordialement, chaleureu* sèment nous unîmes nos toasts à ceux du professeur prussien que nous avions reçu à bras ouverts, et qui à son tour nous fêtait en l'honneur de Tun des savants illustres de son pays, véritable ami des Français comme il aimait à le montrer et à le rappeler. La collection entière des Annélides du Muséum avait été par moi mise absolument à la disposition de M. Grubejedevraisdire à sa discrétion. Goramedu reste je Tavais fait dans d'autres parties de mon département pour MM. Oscar Sch^ midt, Kolliker, Slenka, Miklucho-Maclay et tant d'autres savants. Tontes les es* pèces d'Épongés que j'avais rapportées d'Afrique, ou que la commission de l'explo- '■ ration scientiûque de l'Algérie avait réunies ont été décrites par M. Oscar Sch- I midt, tous les Alcyonnaires recueillis dans les voyages scientifiques célèbres autour du monde ont été étudiés et toutes les Fennatules emportées à Wnrzburg ^ par M. Kolliker; j'ai cherché moi-même pour M. Haeckel des échantillons d'Éponges calcaires sur nos c6les; j'ai répondu à ses demandes comme je Fayais fait pour celtes de M. Miklucho-Maclay, son élève, qui a eu à sa disposition les Éponges ' non>calcaires qu'il a désirées, qu'il a choisies lui-même pour les étudier; pour celles < de M. Slenka, qui a complété son travail sur les Holothuries dans la collection ' du Jardin des Plantes. Je ne demandais au Muséum pour ces communications si complètes, si libérales qu'un mot servant à constater le fait sur un registre où ! l'on est heureux encore aujourd'hui de voir rapprochés les noms de ceux que la science rendait alors amis, en les réunissant dans nos grandes collections dont la I politique fut toujours bannie.
Ce registre existe encore. Il a été épargné par l'un des 85 obus dirigés sur le
I Jardin des Plantes par la pensée et Tartlllerie Prussiennes. Eh I sur les débris d'on
I laboratoire où sont venus tant de savants illustres travailler dans le cahne de
l'affection, des épanchements amicaux et scîentiilques, sur cette pièce en partie
I détruite où M. Oscar Schmidt avait de sa main étiqueté les espèces d'Ëponges
XX NOTES ET REVUE
deveonee par ses descripUons des types quil faudra bien revenir consnller aa Muséum ; oùKalliicer avait pu non seulement voir, mais encore décrire les Alcyonnaires rares rapportés par T Astrolabe, la Coquille, la Vénus; où Grube avait vu et revu les Annélides; où Slenka et Mikiucho-Maclay avaient complété leurs études; où moi-même enfin j'avais fait des dessins d'espèces et de genres inédits pour les donner à mes collègues étrangers en leur abandonnant ainsi libéralement la publication de faits nouveaux se rapportant à mes études personnelles; pas un mot» pas une pensée, pas un regret ne m*ont été adressés 1 pas une parole sympathique ne m*est arrivée pendant nos désastres (1) pour notre malheureux et antique Jardin des Plantes lacéré et bombardé i Lui qu'avaient respecté et qu'ont épargné puis les invasions les révolutions les plus terribles ainsi que le faisait observer sous la pluie des obus notre vénéré directeur M. Ghevreul 1
Une protestation au nom de la science, rien que de la science en faveur de ces archives ouvertes à tous, et qu'on sait bien être en dehors de la politique, eût pu aider à panser les plaies profondes qu'a ouvertes la guerre dans nos âmesl La douleur poignante, exquise qui nous accable et qui pénètre de plus en plus avant dans nos c<purs, eût pu trouver quelques soulagements dans un regret donné par an homme de science à un homme de science.
Loin de moi la pensée d'adresser un reproche à ceux que dans le bonheur j'avais accueillis en amis, à qui je n'avais rien su refuser; peut-être en présence des désastres du pays où en toutes circonstances ils avaient été reçus à bras ouverts avec tant de démonstrationsd'une sincère amitié et de joie, leur silence a-t-il été celui d'une douleur, d'un chagrin partagés! j'en serais heureux, je voudrais le croire 1
Quant à moi, je n'ai pas un seul de mes actes de libéralité scientifique à regretter; ne mêlant jamais les choses de la politique à celles de la science, je laisse au temps le soin de juger ceux qui n'ont eu qu'une pensée, depuis tant d'an* nées, qu'un but : la vengeance ; ceux qui ont conservé si religieusement dans 1^ fond de leur âme les sentiments de haine profonde, que les progrès de la civilisation moderne, en nous illusionnant, avaient pu nous faire croire évanouis, pour le transmettre à une nouvelle génération qu'ils ont ainsi poussée à essayer d'écraser, de ruiner mon pauvre pays. La science a toujours été pour moi et sera toujours l'objet d'un culte auquel je ne mêlerai jamais les passions hideuses de la politique, ou la cupidité révoltante de ceux qui ne font de leurs études qu'un moyen destiné à satisfaire une ambition effrénée.
Mais laissons ces tristesses et revenons à la nature, elle du moins nous offHra le calme d'un monde où ne se rencontre pas le trouble navrant et honteux des agissements des hommes qui s'occupent de ce que l'on appelle les droits des Gens.
M. de Quatrefages, à propos du Ghœloplère de Yalenciennes dit : c Cette espèce habile à une assez grande profondeur dans la mer et doit être assez commune aux environs deSainl-Vaast, car j'ai bien des fois trouvé sur la plage les tubes rejetés par la vague. Mais ces tubes sont toujours vides et ce n'est que dans les débris rapportés par la drague que j'ai pu me procurer le Chœtoplère lui-même (2). »
Plus loin à propos de l'espèce de Sars (Ch. Sarsi) : v Cette espèce n'habite pas de régions aussi profondes que la précédente, car je l'ai recueillie à Guéttary, dans les rochers lors d'une grande marée (3). »
(l) M. Kôlliker seul m'avait écrit en Février 1871 une lettre très-affectueuse, mais toute personnelle, dans laquelle il s'offrait très-g>^néreusement, je ne sau« rais l'oublier, à adoucir autant que cela lui était possible, les souffrances des malheureux prisonniers français qui auraient pu me toucher de près.
(3) Yoy. DB QUATEiiFAGBS, — Suite à Buffon : Histoire des Annélides. t. II, pag. 219.
(3) Voy. loe, cU. id. id. pag. -214.
NOTES ET RET7UE xxr
M. Sylvain JourdaîD, professeur à la faculté de Mohtpeiyer, a publié en 1868 une notice zoologique et anatomique sur uner espèce de Ghcbtoptèrb (Çhœtoptertts Quatrefageêi) des côtes de la Manche. Il me parait intéressant de rapprocher ici les premières phrases de ce travail des faits qui vont suivre. « Les Ghœ-
loptères habitent des tubes membraneux Ces tubes sont implantés sur des
rochers à une profondeur que nous ne pouvons indiquer avec exactitude, mais qui est telle toutefois qu'ils ne découvrent jamais dans les grandes marées. Aussi le naturaliste n*a-t-il que de rares occasious d'observer les Ghœtoptères de la IManchCf et, pour s'en procurer quelques individus en bon état, laut-ii après les coups de vent explorer avec soin les tubes que la lame a rejetés sur la plage; ces tubes plus ou moins froissés et endommagés sont poussés à la côte en nombre souvent considérable, et leur abondance donne à penser que la drague, promenée sur les fonds qui les recèlent, permettrait d'en ramener de grandes quantités (1). »
En lisant que les Ghœtoptères ont leur tube attaché aux rochers, il n*est guère possible de voir là autre chose qu'une supposition et non une observation d'après ce qui suit, puisque ni la profondeur ni la nature des roches n'ont été appréciés. M. Grube, dans la relation de son voyage à Saint-Vaast-la-Hongue, est muet sur le compte du Ghœtoptère. On a vu 'cependant ce que dit M. de Quatrefages de ces plages. Il faut croire certainement que le savant professeur de Breslau a exploré avec grand soin cette localité puisqu'il a dressé un catalogue zoologiqoe et publié pour ainsi dire une faune de Saint-Vaast
En 1868, j'avais trouvé à Roscoff un tube de Chœtoptère, à Test du rocher de ROLEÂ, où j'allais recueillir des Molgules, mais pressé par un travail spécial, je n'avais pas attaché grande importance à ce fait ; plus tard je n'en ai point retrouvé dans le même endroit. L'année suivante (1869), dans les prairies marines peu basses, situées entre les Bodrguignons, riLE-YERTe, Meinanet, et au nord même tout près de RoscolT, nous retrouvâmes en cherchant des Siponcles et des Annélides MM. Grube, Lemire et moi, un tube de Ghœtoptères, mais nous n'eûmes pas l'animal. Néanmoins d'après ce s^econd fait il devenait certain qu'avec du soin on pouvait, on devait arriver à se procurer le Ghœtoptère. Voici où et comment il faut le chercher.
Disons d'abord que les grèves de Saint-Pol ont paru plus favorables que celles de RoscofT et cela parce que dans les herbiers il est toujours difficile de débarrasser les tubes et de creuser pour les avoir au milieu des racines de Zostères.
En parlant de Sainl-Pol on doit passer pour descendre sur la grève par le petit hameau de Pempoull, et marcher toujours directement à l'est; on trouve d'abord une grande étendue de plage plate, sablonneuse que sillonnent les ruifr* seaux d'écoulement de la marée descendante. Ges ruisseaux s'avancent au plus bas de l'eau en serpentant au milieu de prairies de zostères dont le sous-sol est vaseux. ,
Dans ces lieux le zoologiste verra aux grandes marées des pécheurs fouillant le sable pour avoir des gravètes (Nephiys margaritacœa)^ destinées à amorcer leurs lignes de fonds, des femmes promenant dans les ruisseaux leurs petits filets pour pécher la crevette, et de nombreux cultivateurs riverains récoltant le Goémon, pour engraisser leurs terres. Il ne devra point oublier d'être attentif au départ de ces personnes habituées à ces grèves très-plates sur lesquelles la marée monte assez vite quand elle est arrivée à une certaine hauteur, car il serait
(1) Yoj. SiL. JOURDAIN. — Notice soologique et anaiomique sur une eepèee deChm' ioptère, pages 5 et 6.
ixn NOTES ET REVUE
imprudent de se laisser suivre de trop près par l'eau, et surtout de traverser k ce moment les herbiers dont le fond, on Ta dit, est vaseux.
Au plus bas de Teau des grandes marées on voit s*élever au-dessus de ces grèves de nombreux tubes d*Annélides. Je ne signalerai que ceux d'une Sabelle, la Sabella pavonina, brunâtres, flexibles, commoi» et souvent rapprochés quatre, cinq ou six ensemble, circonstance heureuse qui permet d'utiliser un même travail pour avoir à la fois plusieurs individus en bon état; travail assez fatigant, car il faut creuser des trous n'ayant pas moins de quarante à cinquante centimètres de profondeur.
Les lubes de Gbœtoptères bien moins nombreux, moins saillants surtout audessus du sol, n'ayant pas la même éiasUcité que ceux des Sabelles, au milieu desquelles on les trouvera, sont plus facilement recouverts de sable par le mouvement du retrait de l'eau. De plus leur teinte bistre terre de Sienne qui les caractérise les fait méconnaître, quand ils sont 'couchés ou un peu fermés par le sable avec lequel ils se confondent presque» les rend difl9ciles à trouver.
Il est important, lorsqu'on a reconnu un tube, ayant les caractères indiqués, de ne point commencer son extraction avant d'en avoir reconnu dans le voisinage un second. Voici pourquoi.
Le Ghœloptère n'habite pas un tube fermé par un bout comme les Sabelles, les Serpules, les Térébelles, etc., -il se forme un gîte ayant la disposition d'un siphon renversé à branches égales, ou d'un véritable tube en U dont les deux extrémités s'ouvrent à la surface et à peine un peu au-dessus du niveau de la grève. Ce siphon plus large dans son milieu qu'à ses extrémités reste par sa disposition rempli d'eau et le Ghœloptère se trouve, pendant la marée basse, dans les meilleures conditions biologiques. On sait que sur le dos de la partie du corps faisant suite à la tète, ranimai a de grandes palettes agitées de mouvements alternatifs, et isochrones. Ces organes et ces mouvements remarquables sont certainement liés à l'accomplissement de la respiration ; or, par la disposition de son gtte il est abrité contre la dessication à marée basse, et il n'a pas à cesser d'agiter ses lames dorsales respiratoires puisqu'il est dans l'eau pure et limpide.
On comprend maintenant que n'ayant eu à leur disposition que des tubes roulés de Chœtoptères ou ceux rapportés par les filets des pécheurs, les auteurs ne pouvaient faire connaître des faits que Ton ne reconnaît qu'après avoir recueilli l'animal en place.
On devine encore comment il faut agir pour se procurer TAnnélide.
Les deux extrémités du siphon étant trouvées, on fait un troua droite ou à gauche du plan vertical passant parles deux orifices; il faut ne jamais perdre ceux-ci de vue et les laisser le plus possible engagés dans la grève; le trou doit avoir ep moyenne de AO à 50 centimètres au moins de profondeur, alors le fond se remplit d'eau, et Jes éboulements se produisent, qui gênent quoiqu'ils puissent dans certains cas favoriser le travail. On doit causer ces éboulements pour mieux en limiter l'étendue et surloul en diriger la position, car la chute du tube sous le sable doit toujours faire redouter la perte d'un long et pénible travail. A deux la recherche est bien plus facile. L'une des personnes soutient les deux orifices, l'autre creuse et détermine les éboulements surtout quand le trou devient profond et se remplit d'eau. Il suflSt alors de jeter un peu d'eau du côtédu tube pour le dénuder peu è peu et faire qu'en tenant dans chacune des mains, les deux extrémités du siphon, on puisse l'enlever sans toucher au Ghœloptère lui-même. Je dis plus, sans changer témoins du monde les conditions naturelles dans lesquelles il vit.
C'est ainsi que sous les yeux de M. Grube, sur la plage de PempouU, j'avais enlevé le cbœtoptère que j'eus le plaisir (c'était en 1869) de lui offrir.
Je conserve de magnifiques éclianlilions trouvés et recueillis ainsi sur ces
NOTES ET REVUE xxiii
plages sablonneuses. En 1870, j'en ai trouvé encore à RosooiTméme dans les her^ biers placés sous les mars de la ville entre rile-Verte, Garec-ar-Yas, Garec*Legoden les Bourguignons, Meinamet, etc. (i).
Ces détails paraîtront peut-être bien minutieux; je les crois nécessaires pour guider le naturaliste qui voudrait entreprendre des travaux sur cette Ànnélidenia< gnifique et curieuse.
Les Myxicoles sont encore plus diflSciles à découvrir sur nos côtes océaniques.
On le sait le gtte de ces animaux est un tube à parois ayant souvent plus de deux centimètres d'épaisseur et dont la consistance est celle d'une gelée tremblottante et transparente. Cette nature ne lui permet guère de faire saillie au-dessus de la grève et son oriflce qui affleure à peine la surface du lieu où il est situé est par cela mênse souvent difficile à reconnaître; déplus si Tonne voit ranimai lui-même on peut le confondre avec des débris de ces masses glaireuses pondues soit par des Annéiides soit par des Acéphales.
M. de Quatrefages, dans son livre, dit que les Myxicoles ont les mêmes habitudes, la même manière de vivre que les Amphicorines, Annéiides voisines d'elles et que le savant professeur du Muséum trouvait « souvent dans les fucus des petites mares laissées par le reflux le long des chenaux de Bréhat. » (2)
Je n*ai point eu Foccasion de répéter cette observation pour les Myxicoles dans les parages de Roscoff ; je n'appellerai donc l'attention que sur ce que j'ai vu à Saint-Pol-de-Léon et dans la Méditerranée.
D abord il est difficile sinon impossible comme on vient de le voir de reconnaître le gîte seul. Le hasard et la lame aidant pourraient peut-êtrefaire découvrir une extrémité glaireuse du tube; mais il ne faut guère compter sur cette éventualité. Il est préférable d'explorer avec soin les moindres petites flaques d*eau surtout dans les points où des pierres formant un fond un peu moins meuble et plus fixe ont contribué à retenir des racines de Zostère. — Dans ces petits Ilots de prairies marines on rencontre de très-petites mares, où l'on volt s'étaler la roue gracieuse d'un violet foncé formée par les appendices céphaliques de la Myxicole. Mais il faut toujours aborder ces flaques avec un soin extrême, fori doucement, lentement, car au moindre trémoussement du sol l'Annélide prompte comme un éclair rentre dans son tube, et souvent on perd entièrement sa trace. Or il est essentiel de bien voir l'animal pour apprécier exactement l'entrée du gîte avant de commencer un travail qui sans un pointde départ précis n'aboutira presque à coup sur à rien. L'eau se troublant, l'observation devenant impossible, et le naturaliste péchant alors, il est bien permis de le dire, en eau trouble, pourra par un coup de pioche donné au hasard couper son Annélide en deux.
A Test de PempouU, au sud de la pointe de Sainte-Anne, j'ai perdu la trace de plusieurs tubes faute de précautiouA suffisantes, et je n'ai point eu les animaux.
En général la Myxicole paraît aimer à introduire son tube eiilre les petites pierres, reliées comme les pavés par du sable, ce qui rend difficile le creusement de la grève avec un instrument. Ces conditions de station ne sont cependant pas les seules, il est certain que la Myxicole habite les grèves pure-
(1) Consultez, pour la topographie de ces lieux, les magnifiques cartes marines des environs de Roscoff où toutes les particularités de la grève sont admirablement notées. — Dans le Pilote français, grand atlas des cartes nautiques de France, 6« partie, le no 8 à grand point est surtout relatif à Roscoff, c'est le numéro 975 de la «érie des cartes publiées par le ministère de la marine; le n« 7 est pour Samt-Pol-de-Léon, il correspond au n» 950 de la même série.
(2) Voy. De Quat., loc. cil. Vol. Il, pog. 477.
XXIV NOTE» ET REVUE
ment sablonneuses, car j'ai trouvé dans des trous faits pour recuellir des chœtoptères des tubes de nature gélatineuse, glaireuse ^ par&itement reconnaissablc mais quMl était difficile de suivre sous les ébouiements.
Dans la Méditerranée, comme dans les petites flaques d*eau laissées au bas de la marée, la roue cépbalique est ce qui décèle le mieux la présence de l'animal, ici même il est plus facile de le reconnaître, car la Myxicole si elle habite, cela est évident, à de grandes profondeurs s'approche aussi beaucoup dans quelques localités du niveau habituel des plus forts aOaissements qui correspondent aux marées, dans des points abrités contre les grosses mers, là où Peau a peu de profondeur et où le fond est formé d'un amas de gros graviers ou de petites pierres. Lemoyen qui m'a le mieux réussi est celui que j'ai emprunté aux marins, mousses, matelots, aux oisifsdes ports de mers qui cherchent des Clovisses ( Venus decussala). Il est rare dans la belle saison, dans certains points de nos ports méditerranéens où l'eau a peu de profondeur, de ne pas rencontrer quelques personnes à la recherche des coquillages. Voici comment ellesfont : avec une pierre plate, un morceau de planche, la petite pelle servante étancher la barque ou bien les mains rapprochées et formant pelle, elles répètent sousl'eau un mouvement d'éventail produisant un courant d'avant en arrière au-dessus du point à explorer; bientôt en se livrant à cet exercice on acquiert comme elles une grande habileté k faire tourbillonner Peau, à en diriger les mouvements de façon à décharner les pierres, à les déraciner. De temps en temps il faut laisser s'éclaircir le fond , ce qui se fait très-vite. On suit ainsi les progrès du travail et quand on a mis à découvert soit la coquille soit le gîte d'un animal , on l'obtient facilement.
Ce mode de recherche est plus facile et plus utile qu'on ne le supposera d'abord, il peut servir beaucoup. Je l'ai employé très-souvent avec le plus grand succès pendant mes voyages dans la Méditerranée , où il m'a procuré bien des espèces et fait faire un grand nombre d'observations sur les animaux qui se terrent ; il faut bien reconnaître que dans les mers à grandes marées il sert beaucoup moins; cepend:.nt, c'est à lui que je dois des Myxicoles de Saint-PoMe-Léon.
C'est ainsi que j'ai eu le Cerianthe {Cerianthus memhranaceui) qui» de même que la Myxicole, insinue son tube entre les petites pierres au milieu desquelles il est extrêmement difficile d'aller le chercher en creusant avec un instrument. — Par le moyen que j'indique ici j'ai péché pour mon regretté ami Jules Haime bien des individus avec leur tube et je les avais absolument intacts.
En visitant Arcachon, il y a quelques années, sous la jetée de bois qui existait alors en dedans du bassin pour aborder au cap Ferret, aller au phare et ou se trouvaient près des pilotis de petites flaques d'eau, j'avais cru voir une Actinie à forme particulière, elle était terrée. J'employai le moyen indiqué ici, et je pus recueillir un Cerianthe dont la présence n'avait pas été signalée dans cette station.
Dans une récente publication (20 d'août 1871) de M. A Lafont, « note pour servir a la Faune de la Gironde (i ) » à l'arlicle Zoophytes, je ne vois pas que le Cerianthe soit indiqué* —Je serais heureux à cette occasion d'appeler l'attention des zoologistes sur la présece de cet animal intéressant dans nos eaux, particulièrement sur ce point de la faune d' Arcachon.
H» de L. D.
(IjYoj. A. Lafokt. — Actes de 1& Société scientifique linnéenne de Bordeaux, t. XXVIII, 2« livraison 1871 .
^ NOTES ET REVUE xxv
LES ORGANES LUMINEUX ET LA LUMIÈRE DE LA PENNATULE (GU orsaai Inmlnosl 6 la luce dalle pennatiUe (1).)
Di professore Paolo Pangeri, in Napoli.
La phosphorescence des animaux est run des phénomènes naturels qui occupe et occupera longtemps encore les naturalistes.
M. Paolo Panceri, professeur d'anatomie comparée à l'université royale de Maples, a porté son attention sur les organes lumineux et la lumière des Pennatules et, dans un mémoire étendu sur la matière, il a résumé lui-même ainsi que suit les principaux résultats de ses observations.
« 1. — Dans les Pennatules et les genres alliés {PtéroUdes, Funiculina, Veretil' lum) et yraisemblablement dans toutes les Pennalulaires phosphorescentes» la lumière émane exclusivement des polypes et des zooldes (polypes rudimentaires) (2).
« II. Les organes phosphorescents des Pennatules sont constitués par huit cordons [Cardoni luminosi)^ lesquels sont adhérents à la surface externe de Testomac des polypes et des zoldes el se continuent dans chacune des papilles buccales des uns et des autres.
« IIL Ces cordons sont constitués principalement par une substance contenue dans des vésicules ou des cellules , laquelle a tbus les caractères de la matière grasse, depuis celui de ne pas se décomposer rapidement après la putréfaction des polypes. Il s*y ajoute des cellules multipolaires et granuleuses, albumineuses. Chez la P. phosphorea on trouve en plus une substance minérale, blanche, granuleuse indéterminée.
« IV. Cette matière grasse est appelée à devenir éclairante, dans le polype et le zooîde non-seulement pas les stimulants qui agissent sur ce polype et sur le zoolde directement, mais encore par les stimulants qui agissent aussi dans un point éloigné du polypiei; (3). Dans ce dernier cas les courants lumineux qui dans les différents sens peuvent parcourir la phalange des polypes et des zooldes, représentent évidemment la direction et la rapidité de la propagation de Texcitation. - « La rapidité de transmission dans les nerfs, se compare à celle de la foudre. Dans les Pennatules la marche de l'excitation est dévoilée par Tillumination des polypes. Sa rapidité et la marche sont Tune et Tautre mensurables.
« V. La matière lumineuse peut être excitée directement et appelée à briller. hors des polypes et des zooides par les chocs, les frïctions, Teau douce, le courant électrique, le réchauffement, non-seulement à peine extraite des polypes vivants , mais aussi bientôt après le$phacèle de ceux-ci.
« VI. Admettant que la phosphorescence des substances grasses soit un phénomène qui accompagne leur oxydation lente, il est très-vraisemblable que ce
(1) Mémoire» avec une planche. — Extrait du vol. V. — Degîi atti delîa R.' Accademia deUe scieriMe Fiiiche et Matematiche, 14 octobre 1871.
(2) Ce que je nomme les BiastozoYtes. H. L. D.
(3) Ce que je nomme le Zoanthodème. H. L. D.