UNE ÉLECTION A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
s) DANS LA SECTION DE ZOOLOGIE.
Depuis longtemps la Section de Zoologie avait à présenter à rAcadémie^des Sdences une liste de noms de savants étrangers afin qu'il pût être pourvu aux vacances des places de correspondant dans cette section.
La majorité de la Section avait placé en tète de la liste, seul en première ligne, le nom de M. Gh. Darwin.
En 1870 une présentation semblable avait donné lieu, en comité secret pendant trois séances, à une discussion longue et orageuse. Les événements étant survenus Téleclioa avait été remise.
Cette année à propos de la même présentation trois séances viennent encore d'être consacrées à la même discussion.
Le comité secret est secret. Il ne m*est donc pas possible, en qualité de membre de l'Académie et par cela même que j'ai assisté à la discussion, d'apprécier publiquement ce qui a été dit, de juger les considérations qui ont conduit au vote du 22 juillet de 1872 et qui ont causé les défaillances et les défections qu'avec non moins de peine que d'étonnement on a eu à constater.
Mais ce qui est mon droit, et je veux en user, c'est la liberté que j'ai d^exprimer après le vote public mon opinion personnelle sur un fait appartenant désormais à tous.
Bien que je sois loin de partager toutes les idées de M. Gb. Darwin, j'ai un profond regret de n'avoir vu se porter sur son nom que quinze suffrages, mais ie nombre des Académiciens, il faut l'observer, était loin d'être compleL La position considérable, les travaux nombreux, la notoriété incontestable et le dévouement sans borne à la science de I'Illustre Zoologiste Anglais pouvaient faire espérer à la plupart de ceux qui patronnaient sa candidature que la majorité serait assurée à celui dont les études si persévérantes, dont les voyageas! nombreux ont donné une impulsion indéniable et nouvelle aux recherches zoologiques.
D'autres n'ayant pas l'obligation de se taire et s'ils la connaissent diront peutêtre quelle est la nature des scrupules qui a transformé un simple vole académique en une lutte ardente, et fait perdre des voix au candidat pour lequel j'ai voté et pour lequel je voterai encore.
Arcb. db Zool. bxp. bt obn. vol. I. 1873. D
L NOTES ET REVUE
Peu de temps après rélecUon mon savant confrère et ami M. Serret m^écrivait ces quelques mots :
« Mon cher ami,
« Je regrette très-vivement l'échec de ce jour et n'ai pas besoin de vous dire c que j'ai voté aves vous pour M. Darwin.
« A vous, ,
« A« Serrit. »
On le voit, en présence des conditions exceptionnelles et des considérations toutes particulières quiont caractérisé cette élection, je ne suis pas seul à désirer que mon vote et mes sympathies soient connus.
Henri de Lacaze Duthiers,
Membre de l'Institut de France
GitÉATION D'UN LABORATOIRE DE ZOOLOGIE EXPÉRIMEN- TALE SUR LES COTES DE FRANGE.
Peu de temps après la publication du premier ^^ des Archives de Zoologie expérimentale^ de nombreuses lettres venant surtout de Tétranger me furent adressées, qui toutes en m'encourageant et faisant des vœux pour la réussite de mon entreprise, ce dont je suis heureux de remercier les auteurs, m*annonçaient la création de Laboratoires de recherches sur les bords de la mer soit à Naples, soit à Triesle, soit ailleurs. On me demandait à ce propos si la France ne ferait rien de plus que ce qu'elle avait fait jusque-là dans la voie où elle avait tant contribué aux progrès de la Zoologie.
Les lecteurs savent que M. Goste a déjà depuis longtemps installé très-largement de grands bassins et un fort bel établissement à Goncarneau où les travailleurs sont toujours assurés d'être parfaitement et très-libéralement accueillis ; qu'à Arcachon, à Boulogne et dans quelques autres localités existent des Aquariums qui, tout en satisfaisant la curiosité du public, peuvent fournir de trèsutiles moyens d'observation aux naturalistes.
Me plaçant à un point de vue particulier, il m'avait paru utile d'appeler l'attention de l'administration de Tinstitulion publique sur l'importance qu'aurait la création d'un laboratoire destiné aux recherches de Zoologie telle qu'on est en droit de les demander maintenant.
C'était en février 1872.
J'avais été conduit tout naturellement à présenter ces observations en constatant, par la correspondance qu'avaient fait naître les Archives, un mouvement scientifique nettement accusé partout à l'étranger. J'y avais été aussi conduit par des considérations d'un autre ordre se rapportant à quelques faits relatifs aux conditions de l'enseignement de la Zoologie à Paris.
Des difficultés, des embarras qu'il est sans intérêt de rappeler ici, ont retardé
NOTES ET REVUE li
plus qu'il n'était (lé8iral>le, rorganisalion de ce service nouveau. Néanmoins la campagne de celte année, été de 1872, ne sera pas complètement perdue, et les travaux qui paraîtront aux Archives de Zoologie expérimentale montreront que pour être tardive et encore très-insuffisante « très-incomplète, Torganisalion du nouveau laboratoire de Zoologie expé tiHxiiTALB sur nos côtes a Rosgopp n'en sera pas moins appelé à concourir aux progrès de la Zoologie française.
Les lecteurs des Archives connaissent par avance quelles seront la voie et la direclion dans lesquelles les travaux seront poursuivis ; si besoin était, je rappellerais à leur souvenir Tintroduction du présent volume et cela suffirait pour préciser la nature des efforts qui seront tentés.
Ordinairement, lors de la création d'un établissement du genre de celui auquel je vais consacrer tous mes soins. Ton expose les plans, les projets, l'on fait valoir les avantages que présenteront les conditions qu'on s'efforcera de réunir; Ton fait briller les espérances sur lesquelles on compte ; tous les journaux de sciences ont retenti des projets d'organisation qui ont été ou qui seront mis à exécution et des grands succès que Ton fonde sur eux.
J'agirai différemment J'ai un but bien défini, peut-être n'est-il pas le même que celui qu'on a poursuivi ou qu'on se propose d'atteindre ailleurs.
Peu importe du reste, tous mes efforts vont être dirigés dans la voie qui me parait propre à le faire atteindre. — Plus tard les résultats des recherches et des travaux entrepris seront soumis à l'appréciation des naturalistes et jugés. Ce sera d'après les faits acquis que l'on appréciera le succès ou l'insuccès de l'entreprise. Je ne veux point escompter l'avenir en parlant des projets, en faiscnt des promesses qui toujours séduisent bien plus facilement qu'elles ne se réalisent.
Travailler et travailler avec ardeur, voil<\ tout ce que je désire, tout ce que je veux; voilà tout le programme de l'institution qui s'organise.
Il est nécessaire cependant d'ajouter quelques mots sur la pensée qui avait conduite présenter à radministration de l'instruction publique des observations dont la conséquence a été l'organisation d'un laboratoire de recherches de Zoologie expérimentale auprès de ma chaire de la Sorbonne.
Nous marchons à grands pas vers la liberté de l'enseignement à tous les degrés, — ce qui peut se résumer en définitive par un seul mot : nous touchons au moment où il y aura GoNcuRRencE.
Ce n'est pas par de petits moyens comme l'on en a tant proposé que l'Université de France doit se préparer à une lutte qui sera sérieuse, peut-être grave pour elle, c'est par la connaissance et par l'étude des conditions nouvelles nées de cette concurrence qu'elle doit chercher et trouver les réformes destinées à lui conserver ce rang élevé, cette valeur incontestable et incontestée qu'elle a toujours eue.
La concurrence, conséquence nécessaire de la liberté de l'enseignement supérieur, aura pour effet d'activer et de mettre en action toutes les forces vives du corps enseignant officiel; et cette activité nouvelle dont le but, louable s'il en fut, sera, il n'en faut pas douter, une cause certaine de progrès très-nombreux, laquelle ne se manifestera que si, dans l'Université même, s'établit une autre concurrence d'un autre ordre, une émulation ardente à bien faire.
Or pour que cette émulation, cette vraie concurrence puisse exiçter, il est nécessaire que des conditions d'enseignement aussi habilement réunies que combinées disparaissent.
Sans doute, tout professeur de Zoologie (je dis de Zoologie parce que je n'en-
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lends parler que de la science qui m'est particulière, et cela dans renseignement supérieur) est libre de faire des élèves; mais n'est-ce pas une amère dérision que de proclamer cette liberté quand d'un côté TinsuflBsance absolue des moyens des locaux s'oppose à Talmission même d'un seul travailleur; quand de l'autre côté toutes les facilités accumulées, tous les moyens de travail, tout l'espace nécessaire et enfin toutes les conditions particulières des examens favorisent ou forcent la venue des élèves.
A mes yeux, disais-je dans la lettre adressée M. le Minisire de l'instruction publique, pour que des progrès réels s'accomplissent, pour que des zoologistes se forment, il faut que la liberté la plus absolue, la plus réelle, existe pour le maître de cboisir son élève, pour l'élève de choisir son maître; et qu'elle ne soit point rendue fictive par Tétat d'insuffisance notoire des moyens fournis à telle ou telle chaire, tandis que 'abondance excessive en tout se trouve ailleurs.
Ge principe élémentaire de libéralisme ne pourra être mis en pratique que le jour, où le jeune zoologiste trouvera partout égalité de moyens de travail, égalité de chance dans robtenlion des grades, enfin égalité d'appui, de soutien pour arriver à la position qu'il ambitionne, car alors il n'aura plus a s'occuper d'intriguer et de chercher un protecteur, il ne songera dès ce moment qu'à se donner un maître qu'il s'appliquera à découvrir lui-même en tâtonnant, en écoutant les leçons, en appréciant et en comparant les méthodes scientifiques, et quand il l'aura trouvé il se plaira à en suivre les préceptes.
La science ne pourra que gagner à l'établissement de cette vraie liberté, égale pour tous par cela même qu'elle sera basée sur l'égalité des conditions de travail propres à faire naître cette concurrence, cette émulation pour bien faire.
C'est dans la mesure des moyens qui seront mis à ma disposition, et en restant fidèle au principe de la liberté réciproque, absolue, rappelé plus haut que j'essayerai dans la limite de mes forces d'aider en vue de l'avenir aux progrès de la Zoologie française.
H. de L. D.