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MOUVEMENT SCIENTIFIQUE

Les espérances que nous avons plus d'une fois manifestées, relativement au réveil du mouvement scientifique en France, commencent à se réaliser.

On annonçait en effet au moment où paraissaient les premiers numéros des Archives de Zoologie Expérimentale la création de nouveaux recueils périodiques relatifs aux sciences naturelles.

Montpellier, qui a toujours su conserver sa tradition, son amour pour la science et sa haute position scientifique, va avoir une publication importante sur toutes les branches des sciences naturelles. —La rbvue des sciences naturelles est rédigée par une réunion de savants dont la plupart des noms est un garant certain de limportance que prendra ce nouveau recueil. Les prospectus qui avaient été déjà depuis longtemps répandus dans le public viennent d'être suivis par la publication du premier numéro dont le contenu très-varié, en mémoires originaux et ana-

NOTES ET REVUE lui

lysesde travaux, sera d'un grand secours à ceux qui désirent se tenir au courant de la science.

A Paris, M. Paul Gervais a pris la direction d'un Journal de zoologie. Nous sommes heureux d'annoncer que les trois premiers fascicules i^mplis de nombreux mémoires et de résumés de travaux importants ont déjà paru.

L^esprit et la pensée qui présideront à la direction de ce nouveau journal, n^ont pas été exposés dans un premier article. Ce ne sera donc* que plus tard qu'il sera possible de connaître les tendances générales et le but spécial de cette nouvelle publication. Mais les faits nombreux qui sont réunis dans les premiers numéros permettent cependant d'affirmer déjà que la zoologie ne peut que gagner à des travaux et à des publications de cette nature.

Une revue relative à l'histoire de l'homme vient d'être fondée par les soins de M. Broca, le savant professeur de l'École de Médecine de Paris.

L'on peut d'avance être assuré de toute l'activité qui sera apportée dans cette publication, M. Broca étant à la fois l'un des plus zélés et, l'on peut dire, l'un des plus hardis anthropofogistes de notre époque.

L'histoire de Thomme a fait de si grands progrès dans ces dernières années, surtout depuis les découvertes paléontologiques dues à l'initiative de M. Boucher de Perthes, qu'elle méritait d'être représentée chez nous par un recueil spécial : on ne saurait donc trop souhaiter la bienvenue à la publication de M. Broca.

H. de L. D.

REMARQUES SDR LA NOTE XII RELATIVE A LA NATURE DES MOUVEMENTS C1LIA1RE8.

Il est difficile de ne point fah'e une remarque sur la note publiée antérieurement page XLi.

En étudiant la marche de la science, on rencontre de loin en loin des idées générales qui^ à des époques éloignées, se repréâentent à peu près les mêmes, seulement rajeunies et mises d'accord avec l'état à ce moment des connaissances scientifiques.

Telle est, à n'en pas douler, la théorie relative à la nature des mouvements ciliaires. Le prof. Hackel n'est cerlainemcnt pas le seul qui rapporte aux mouvements du protoplasma les mouvements encore si inexplicables aux yeux de beaucoup de cbercbeurs dont l'esprit devient difficile, quand il s'agit d'accepter l'interprétation de Tun des phénomènes physiologiques les plus difficiles à expliquer. En France et à l'étranger, on a pensé, on a cru avoir découvert que les mouvements amœboides du protoplasma étaient la cause de ce mouvement

uv NOTES ET REVUE

vibratile si curieux, si important, qui se retrouve si répandu dans le monde des êtres animés. Cette théorie est-elle nouvelle ?

Dujardin avait inventé, on a dit le mot, son Sareode, Les uns avaient ri et plaisanté beaucoup ; les autres avaient trouvé dans Thisloire de cet être dimagination des faits de la plus haute importance.

Laissons l'histoire de ce9 discussions. Il importe peu ici .

A répoque où Ehrenbergh tenait le monde savant attaché à ses découvertes sur les infiniment petits, il était, sinon fort dangereux, du moins fort audacieux pour un jeune naturaliste, de soutenir qu'un infasoire n'avait pas d'estomac et n^était qu'une masse de tissu amorphe jouissant des principales propriétés qui se manifestent dans les animaux ayant des organes distincts. Aussi, que de critiques amères n^accueillirent pas la théorie du Sareode !

Plus tard , le Protoplasma arrive et Ton oublie le Sarœde, les sarcasmes qui lui furent adressés et surtout et par-dessus tout Dujardin. Au nouveau venu en qui réside la puissance créatrice, si Ton aime mieux qui a en puissance Toriginede toute chose, il n*est question ici, bien entendu, que du monde animé, on faii un sympathique accueil ainsi que la plus large part , quand il s'agii de Thistoire des animaux inférieurs ou des tissus des êtres supérieurs, et cette part représente les propriétés mêmes du Sareode qui avaient tant prêté à la plaisanterie. Sans doute, Dujardin, conune tout esprit original et innovateur, avait exagéré certaine qualité de son Sareode; majs raisonnablement, ne voyons que ce quMl faut toujours et seulement voir quand on juge une théorie, quand on veut montrer ce qu'elle peut avoir de bon.

Citons quelques passages des écrits de Dujardin parlant du Sareode :

Il s'exprime ainsi : « Cette substance se montre parfaitement homogène, élas- « tique et contractile, diaphane et réfractant la lumière un peu plus que l'eau, « l'air, beaucoup moins que Phuile, de même que la substance gélatineuse ou alft bumineuse sécrétée par les vésicules séminales de plusieurs mammiC^res et que « celle qui accompagne les globules huileux dans le vitellus des œufs d*oiseaux, tt de poissons, de mollusques et d'articulés, on n'y distingue absolument aucune

« trace d'organisation, ni fibres, ni membranes, ni apparence de cellulosilé

« C'est là ce qui m'avait déterminé à donner à cette substance le nom de Sartt code indiquant ainsi qu'elle forme le passage à la chair proprement dite, ou « qu'elle est destinée à le devenir elle-même. On a dû reconnaître que dans les « embryons et dans les animaux inférieurs, le tissu cellulaire ne peut avoir en- « core les mêmes caractères que dans les vertébrés adultes, et quMl a dû être « primitivement une sorte de gelée vivante. » Et qu'on le remarque, tout cela date de 1835^ quel que soit le nom qu'on lui donne, dit M. Dujardin, « Ce sera « toujours la même substance dont on aura voulu parler. Une substance qui, daus f les animaux supérieurs, est susceptible de recevoir, avec l'âge, un degré d'or- 0 ganisation plus complexe ; mais qui, dans les animaux du bas de l'échelle, « reste toujoun une simple gelée vivanU^ contractile, extensible et susceptible de a se creuser spùntanément de cavités sphériques ou de vacuoles occupées par le « liquide environnant qui vient toujours , soit db*ectement , soit par imbibition, « occuper ces vacuoles (i).

H est impossible de nier que les passages précédents ne puissent se rapporter absolument à certains points de Thistoire du Protoplasma telle qu'on l'entend aujourd'hui, et cela quelles que soient les concessions qu'on demande de faire, soit sur certaines exagérations de Dujardin, soit sur les erreurs inséparables d'une

(I) Yoy. DojARDiN. ÂinaUt des sciences fiAturelUs, 1835, et Vhisto.re des infusotrat. Suites à BufTon, 1841. Yoy. 37 et euiv.

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théorie créée il y a bientôt quarante ans: c^est-à-dire à nne époque dont nous sommes séparés par de si nombreux progrès. Qu'on substitue le mot de Proto* plasma à celui de Sarcode et le passage pourrait iacilement être introduit dans un ouvrage moderne.

Mais allons plus loin. LMnterprétation qui semble toute nouvelle du mouvement ciliaire se trouve entièrement dans Dujardio. Il suffit de lire, pour s'en convaincre : « Les principaux organes extérieurs des infusoires sont les divers prolonge- « ments de leur substance charnue vivante; (le Sarcode I) qui, sous la forme c d*expensions ou de filaments, ou de cils, ou de soies, servent à la fois à la a locomotion et à la nutrition (1). »

a Les expansions des Amibes et des Diillugies, tantôt plus courtes, tantôt plus « effilées et enfin tout à fait filiformes simples ou ramifiées comme dans les Gro- « mies et les nhizopodes» offrent tous les passages jusqu'au long filament flagelli- « forme qui sert d'organe locomoteur aux Monades (2). »

0 Les ciles vibratiles paraissent être de la même nature que ces divers filaments (3). » Est- il rien de plus catégorique ?

<c il peut paraître surprenant que des organes aussi divers soient regardés < comme des expansions plus ou moins consistantes de la substance même qui « constitue en majeure partie le corps des infusoires : peut-être devra*t-on ad- « mettre quelque autre différence dans leur nature, puisque véritablement une « substance organisée peut être modifiée de plusieurs manières. Mais cette dif- « férence, si grande qu'on la veuille supposer, ne pourra jamais aller jusqu'à en a faire de vrais poils sécrétés par des bulbes comme ceux des vertèbres ou même « des poils cornés tubuleux, comme ceux des animaux articulés (U). »

Enfin, en résumant cette partie de son histoire de Torganisation de l'infusoire, Dujardin ajoute (5) :

« Les organes extérieurs du mouvement sont des filaments flagelliformes ou « des cils vibratiles, ou des cirrhes plus ou moins volumineux, ou des prolonge- « ments charnus, lesquels, à cela près qu'ils sont consistants, paraissent tous fortt mes de la même substance vivante, et sont contractiles par eux-mêmes dans « toute leur étendue. » •

Ainsi Dujardin établit que les cils sont des organes contractiles par eux-mêmes, qu'ils sont des dépendances de la substance commune et l'on ne cite pas l'opinion de Dujardin! Cependant on reproduit ses idées en disant de même pour le protopiasma et, puisqu'on va plus loin que lui, on peut se demander que sont devenues les critiques d'autrefois.

En relisant, au suyet de ces réflexions, les travaux de Dujardin, j'ai été de nouveau frappé de la valeur des observations nombreuses dues à ce naturaliste éminenl, et j'f.i été peiné de voir combien parmi nous il est peu cité. Dans un article fort intéressant de M. Ch. Martins, publié par la Revue des Deux-Mondes, on trouve des choses que Dujardin avait déjà indiquées et cependant il n'estguère question de lui.

Peut-être cette forme particulière de la narration des travaux scientifiques qu'on appelle la vulgarisation nécessite-t-elle quelques simplifications dans l'exposé historique, mais cependant les faits ne peuvent être autres qu'eux-mêmes et puisque, dans cet article, M. Martins présente la science française sous un jour si peu favorable, il aurait pu cependant faire remarquer que ces êtres rapportés

(1) Voy.

Dujardin. Loc. cit., p

(2) Voy.

id. p. 43.

(3) Voy.

id. p. 46.

(4) Voy.

id. p. 47.

15) Voy.

id. p. 114.

Lvi NOTES ET REVUE

da fonds des mers de /iOOO, de 8000 mètres, qui, par cela même, paraissent d'autant plus nouveaux et plus intéressants, offrent au moins quelques-uns des carac< tères qui, indiqués par Dnjardin alors qu'il combattait les descriptions hypothétiques de Ehrenberg, lui valurent de si amères et acerbes critiques. Ces êtres dont M. Martins rapporte Thistoire qui paratt d'autant plus singulière que dans son écrit, ils semblent n'avoir été obtenus qu'à des profondeurs excessives, seraient composés uniquement « d'dlbumine sans aucune enveloppe et sans aucune trace éTorganisation » (1) : mais c'est exactement ce que dit Dujardin : « Les infusoires « les plus simples, comme les Amibes, les Monades, se composent uniquement au «moins en apparence d'une substance charnue glutineuse homogène, sansor- « ganes visibles, mais cependant organisée puisqu'elle se meut en se contractant « en divers sens, qu'elle émet divers prolongements (2). »

Plus loin : c Les expansions des Amibes, des Diffiugies et des Arcelles, comme 0 celle des Rhizopodes, ne sont formées que d'une substance glutineuse vivante, « sans Gbres, sans membranes extérieures ou intérieures, » — Le fait de l'absence de la membrane extérieure est si frappant que Dujardin revient sur lui plusieurs fois, et dit que la découverte date de 1835 et qu'en 1836 M. Peltier (3) a publié des observations à cet égard.

Or, à cette époque, dire qu'un animal infiniment inférieur était une masse de substance sarcodique sans enveloppe et sans organisation, c'était s'exposer aux sarcasmes des admirateurs de lorganisation si variée, si cx)mpUquée qu'on décrivait alors dans les infiniment petits. Aujourd'hui on répète ces choses et on les donne comme nouvelles.

Ces noies ne sont point destinées à la vulgarisation et par conséquent la plupart des lecteurs de la Revue des Deux-Mondes ne sauront pas que le Monère (on aurait pu croire que c'était un groupe et non une espèce), ne vit pas seulement et exclusivement à 8000 mètres. Car le savant prof. Hâckel explique lui-même que c'est en cherchant l'animal des Spirules dont la coquille flotte en grande abondance à la surface de (a mer et est rejetée à la côte dans les lies Canaries qu*il a rencontré l'une des espèces de Monères qu'il a appelé Protomyxa aurancfAGA, et dont il a fait connaître 1 histoire curieuse.

Mais les eaux douces nourrissent aussi des Monères, et depuis que l'attention des naturalistes est appelée sur ces groupes, les journaux de microscopie et de zoologie ont publié plusieurs mémoires sur ces nouvelles espèces.

En résumé Dujardin avait bien vu la plupart des propriétés et des caractères de la substance fondamentale constituant les organismes inférieurs. — il avait nommé c^tle substance autrement qu'on ne la nomme aujourd'hui; et il en avait fait une histoire qui était en rapport non-seulement avec l'état des connaissances générales de la microscopie à son époque^ mais encore avec les progrès ultérieurs de celte science.

J'ai cru devoir rappeler à quels résultats la théorie du Sarcode avait conduit Dujardin ; sans doute les progrès dus à l'étude et à la connaissance du protoplasma sont considérables et extrêmement profitables à la marche des études zoologiques; mais il m'a paru que si en partant d'un autre point de vue on était arrivé à bien peu de choses près à des opinions très-rapprochées de celles de Dujardin, il était juste de revendiquer pour lui, la part qui lui était due.

(1) Voy. Ch. Martins. Revue des Deux-Motides, 15 décembre 1871. -^La créa^ tion du monde organisé d'après les naturalistes anglais et allemands de la nouvelle école. Pag. 10 du tirage à part.

(t) Voy. Dujardin, pag. 36.

(3) Voy. p. 27.

NOTES ET REVUE lvii

£o tout cas il ne peat manquer de paraître curieux que ce soit sur le terrain même où Ton avait si vivement critiqué Fauteur de la théorie du Sarcode que Ton semble se rencontrer aujourd'hui avec lui.

H. de L. D.

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