TERRESTRES
Par Edmond Pbrribr (l).
Les Lombriciens exotiques ont été fort peu étudiés et Ton peut dire que leur histoire est encore à faire presque toute entière.
Quelques descriptions d'espèces ou de genres nouveaux presque toujours fondés sur le mode de disposition des soies, voilà depuis Savigny, tout ce que la science a eu à enregistrer en ce qui touche ces animaux.
Dans ces dernières années Schmarda et Kinberg ont défini uniquement par dea caractères extérieurs un certain nombre de genres. Le seul mémoire anato-
(1) Nouvelles Archivée du Muséum d'Histoire Naturelle de Parie. — Tome VIÏI, Wo.
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inique que nous rencontrions est celui de M. Léon Vaillant, sur les Perichœta, Tun des genres exotiques de Schmarda, et, tout en nous donnant d'intéressants renseignements sur Torganisation de ces animaux, il laisse encore beaucoup à faire.
Cette pénurie de documents m'avait mis dans un grand embarras, lorsque je me trouvai en face de la nécessité de disposer méthodiquement la collection du Muséum, déplacée et mise à Pabri à Tépoque du bombardement de Paris par les Prussiens, dont trois obus pénétrèrent dans les galeries de zoologie du Jardin des Plantes. Je ne pouvais avoir d'ailleurs, qu*cne confiance médiocre dans des genres établis uniquement sur des caractères extérieurs; j'entrepris donc de faire autant que possible Tanatomie des individus de la collection, afin d'être exactement renseigné sur li*s affinités d'animaux très-semblables en apparence, mais qui présentaient cependant quelques caractères extérieurs différents et dont je ne pouvais à 'priori apprécier la valeur.
C'est là l'origine du travail qui va paraître dans les archives du Muséum.
J'ai été conduit à créer parmi les Lombriciens terrestres un certain nombre de genres nouveaux, reconnaissables à des caractères extérieurs parfaitement nets, lesquels concordent avec des caractères anatomiques beaucoup plus tranchés quMl n'était possible de le soupçonner, dans une classe aussi homogène en apparence que celle dont il est ici question.
Classilication ; caractères h employer; leur appréciation, — Les caractères extérieurs auxquels j'ai dû avoir recours sont différents de ceux qui ont été généralement utilisés jusqu'ici : c'est-à-dire la disposition des soies, la forme du lobe céphalique et quelques autres pour ainsi dire exceptionnels chez les vers qui les présentaienL
Comme M. de Quatrefages, comme d'Udekem, je crois devoir considérer les Lombriciens comme formant une classe parallèle à celles des Annélides, des Géphyriens, des Hirudinées et suffisamment caractérisée par l'bermaphroditisme à peu près général des êtres qui la composent, leur mode simple de développement, la réduction de leurs organes locomoteurs à des soies diversement disposées, l'absence ou an moins l'extrême réduction de l'appareil respiratoire, qui même lorsqu'il existe — et je n'en connais un véritable que chez les Dero — a une disposition toute spéciale.
Quant aux divisions secondaires en ordres, j'avoue que malgré les objections qu'on peut lui faire au point de vue de la nomenclature, la disposition adoptée en dernier lieu par d'Udekem me parait être celle qui résume le mieux les affinités des Lombriciens. Je répartirai dès lors ces animaux dans deux sous-classes, suivant qu'ils présentent ou non la génération gemmipare. Les Agemmes comprennent trois ordres : les Lombricidées ou Lonabriciens terrestres — les Tuidfécidées, qui sont aquatiques — les Enchytricidées, qui sont terrestres. Les Gemmipares comprennent deux ordres : Naîdinées^ Chœtogastrinées.
En ce qui concerne les Lombricidées, j'ai d'abord reconnu ce fait qu'il n'était pas possible de les caractériser avec Glaparède, par la posilion de leurs orifices génitaux mAles très en avant de la ceinture.
En 1865, Kinberg, dans un mémoire trop peu connu, avait déjà vu que ces orifices peuvent être situés en arrière de la ceinture ; mais il les appelle simplement tubercules ventraux et ne parait pas s'être rendu compte de leur nature. Un peu plus tard, en 1869, M. Vaillant confirme ce même fait pour les Périchœta; mais ce n'était jusque-là qu'une exception.
Or, il semble au contraire résulter de Texamen de la collection du Muséum, que la disposition exceptionnelle soit précisément celle que présentent nos Lombrics indigènes et que Claparède croyait caractéristique de l'ordre entier deS Lombriciens terrestres.
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Seuls les vers du genre Lumhricus^ se sont montrés pourvus d'orifices mâles
lacés en avant de la ceinture. Plusieurs genres au contraire portent leurs orî-
^flces mâles en arrière de cet organe et, ce qui est encore plus nouveau, dans un
assez grand nombre d^aulres genres on trouve ces orifices sur la ceinture même,
absolument comme chez les Enchytrœéns et chez les Naïdiens.
L'existence de la ceinture parait générale, toutefois e'ie ro*a semblé manquer chez un Lombricien d*organisation très-exceplionnelle, et dont l'appareil génital était cependant assez bien développé (i).
Sans prétendre leur attribuer une prééminence définitive, que nos connaissances actuelles sont insufiisantes pour établir, j'ai cru pouvoir me servir des caractères fournis par la ceinture et ses relations avec les orifices mâles pour grouper en familles provisoires les genres que j'avais à étudier.
Les Lombriciens terrestres se sont ainsi trouvés divisés en quatre familles, artificielles peut-être, mais sur la valeur desquelles l'avenir peut seul décider. Ces quatre familles sont les suivantes :
i^ LoMBRictENS AHTécuTELLiENs OU à oHfices mâlcs situés en avaut de la ceinture.
2« Lombriciens ihtraclitellicns ou à orifices mâles placés sur la ceinture même.
3^ LoMBRiciEiis POSTCLiTELLXENs OU à oHfices mâlcs en arrière de la ceinture.
U^ LOMBRiGiNEs ACLiTELLiEiis OU paraissant dépourvus de ceinture.
Un autre caractère extérieur a été absolument négligé jusqu'ici, quoiqu'il ait Dpe assez grande valeur, c'est celui de la position des orifices extérieurs des organes segmentaires.
Kinberg seul en a parlé en décrivant son singulier genre GeogerUa.
On sait quelle importance Williams a attribué à ces organes chez les Annélides; on sait aussi quel rôle Glaparède leur a fait jouer dans la morphologie des organes accessoires de la génération chez les Naïdiens, tout en leur refusant une part quelconque dans la formation de ces mêmes organes chez les Lombriciens terrestres (les Terricoles).
II existe en eflet une différence fondamentale sous ce rapport entre les Nais et les Lombrics. Chez les premières les organes segmentaires disparaissent dans les anneaux qui contiennent les canaux déférents, les oviductes et les poches copulatrices qui sont considérées comme résultant de leur transformation.
Chez les Lombrics, des organes segmentaires bien développés se trouvent dans les anneaux qui contiennent déjà les organes que nous venons d'énumérer et semblent en conséquence n'avoir aucun rapport avec eux.
Toutefois M. Ray Lankester a fait observer en 1861, que les homologies admises pour les Nais pourraient être conservées pour les Lombrics, si l'on admettait que le zoonite de ceux-ci contient typiquement deux systèmes d organes segmentaires, dont Tun avorte d'une manière constante dans tous les anneaux qui ne contribuent pas à la reproduction ; ce n'était d'ailleurs là qu'une simple hypothèse, un aperçu ingénieux destiné à généraliser une loi paraissant incontestable chez un groupe voisin» aperçu que malheureusement rien ne venait appuyer.
Voici des faits qui paraîtront lui donner quelque réalité.
Habituellement les soies forment chez les Lombriciens, deux rangées de chaque
(1) Je dois dire que l'animal en question était conservé dans ralcoolet que d'ailleur l'une de ses paires de testicules était encore rudimentaire ; c'est pour lui que j'ai créé le genre Moniliga$ter,
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cAté, Tune supérieure, l'autre inférieure; dans chaque rangée les soies sont disposées par paires.
Chez nos Lombrics indigènes et chez beaucoup d'autres^ c*est en avant et un peu au-dessus de chacune des paires de soies de la rangée inférieure que s'ouvre Torgane scgmentaire.
Or, il s'est rencontré un genre chez qui les soies et les orifices segmentaires sont bien disposés comme nous venons de le dire dans la région antérieure du corps, mais ensuite les soies de chaque paire s'éloignent de plus en plus Tune de Fautre, et finalement forment de chaque côté du corps de l'animal quatre rangées longitudinales de soies isolées dans chaque rangée, au lieu de deux rangées de soies disposées par paires.
L'orifice segmen taire a suivi de son cà\é le mouvement d'écartement des soies, et il est toujours demeuré en rapport avec la soie supérieure de la paire inférieure dissociée.
Ce fait semble conduire à penser que rorifiee des organes segmentaires est lié h la soie supérieure de chacune des paires de soies formant les deux rangées latérales ventrales.
Or, chez d'autres Lombriciens, Vorifice segmenlaire est au contraire en rapport avec la soie s^tpérieure des paires de soies formant chaque rangée dorsale.
On peut donc se croire en droit de considérer les orifices occupant cette seconde disposition, comme appartenant morphologiquement à un autre système d'organes segmentaires que les premiers, et dès lors on peut considérer comme très-probable Thypothèse de Ray Lankester et dire :
Les Lombricieni terrestres possèdent typiquement dans chaque zoonite deux paires d'organes segmentaires en rapport avec chacune des paires de soies. Dans certains genres c*est le système supériewr qui avorte^ dans d^autres c'est le système inférieur.
La démonstration ne serait pourtant complète que si dans quelques cas les deux systèmes coexistaient sans modification ; je n'en connais encore aucun exemple.
Quoi qu'il en soit, on voit par ce qui précède que la position des orifices segmentaires est importante à considérer. Aussi ai-je cru devoir m'en servir comme d'un caractère de grande valeur. D'autant plus que dans les genres où les soies cessent d'être quadrisériées et deviennenltrès-nombreuses, comme chez lesPertehœta et les Urochœta^ il m'a été impossible de retrouver les orificep segmentaires dont la position devenait précisément alors indéterminée.
Ces considérations étaient nécessaires pour l'intelligence du tableau synoptique suivant, résumant les caractères extérieurs des genres que j'ai étudiés :
L LOMBRICIDÉES ANTECLITELLIENNRS OU à OrifiCCS génl-
taux mâles placés avant le clitellum.
Soies géminées et formant quatre séries symétriques deux à deux, ou bien isolées et formant alors huit séries longitudinales. — Orifices segmentaires en avant des paires inférieures de soies Lumbrieus, Lin.