A. «ABB
qui se sont occupés de l'embryogénie des ascidiens. Us ont yu des choses différentes parce qu'ils étudiaient des espèces différentes et ils n'ont pas toujours donné à ce qu'ils observaient la même interprétation parce qu'ils partaient d'idées systématiques et fort souvent opposées pour chercher la signification des données expérimentales.
Les travaux de Kowalevsky ont porté surtout sur VA. Mamillaiay mais il a étudié aussi les A . iniestinaldê, A . menttUa et Clavellina^ espèces communes à Naples. Eupffer s'est servi de VA. Canina^ espèce trèsvoisine de la Ph. inie$iinalis dont elle n'est peut être qu'une variété abondante à Kiel.
Metschnikoff a le tort de ne pas citer l'espèce qui a servi i ses recherches : c'est sans doute encore la Ph. iniestifuUU^ espèce commune dans toutes les mers d'Europe et que Stepanoff a également étudiée sur les bords de la mer Noire.
Ganin a surtout étud ié les Didemnium et les Botryllut ; il n'indique pas quelles sont les Ascidies simples qui lui ont permis de généraliser comme il le fait les résultats de ses observations. C'est à Nice qu'il est venu chercher les éléments de son travail.
Dans un séjour de quatre mois à Roscoff sur les côtes de Bretagne j'ai pu répéter les observations des naturalistes dont je viens de parler. La richesse de cette localité sur laquelle le Prof, de Lacaze Duthiers a appelé Tattention de tous ses élèves, m'a permis de suivre le développement d'un nombre d'espèces assez considérable. On trouve abondamment à Roscoff la Phallusia intestinalis, les Asddia sfinguinolenta ([.ac. Duth.) chlorea (Lac. Duth.), villosa (1) etc., plusieurs Cynihia^ la Molgula et parmi les Ascidies composées, le Perophora, la
(1) Je doone le nom de wlîosa à ane Ascidie simple de iaiJle assez petite, (3 k 3 cent.) dont le test présente de nombreuses Tillosiiés n'agglutinant par les grains de sable. Cette espèce appartient au groupe des A. mamiUataf safkguinolenta, etc.t qu'on pourrait appeler des Ascidies pleuronectes ; dans tout ce groupe l'organisation est bien moins complexe que chez les Phallusies, les Cynthies et surtout las Molgules. Le corps de Bojanus est remplacé par des cellules spéciales identiques à celles qui remplissent en partie cet organe chez la Molgule et chez les Ascidies voisines de l'AmpuUoïdes. L'^. villosa présente trois variétés principales: le type a une tunique transparente, un Inanteau incolore et il est commun sur les pieds de Sargasses et sous les pierres à Roscoff et à l'ile de Batz. I.a Tariétt^ 01. vulnerata présente une tache sanguinolente entre les deux siphons et un pigment blanc abondant en certains points du manteau : elle est également trèscommune. La variété /I. ribesiana offre sur le manteau une pigmentation rouge uniforme : elle se trouve sur les sargasses derrière l'Ile Verte et près du rocher de Rolea; plus rarement que les précédentes. Enfin la variété y. ariMniaca d'un beau jaune abricot se troure mais très-rarement dans les ruisseaux en avant de Vile Verte. (Voyez dans le I*' fascicule la description de la plage de Roscoff.)
Clavelina lepadiformis et une variété étonnante de Boiryllus, à'Amafoucttim, etc. J'ai principalement étudié au point de vue de l'évolution, YAscidia vUtoêa^ la Phallusia inteêthialis et le Pérophora dont les embryons présentent une grande transparence, mais je n*ai pas négligé l'examen comparatif des autres espèces dans tous les points où je rencontrai quelque difficulté. Il est important de savoir pour ce genre de recherches que les diverses espèces d'Ascidies pondent à des époques différentes. On ne peut plus étudier l'embryon de la Clave^ lina après le 15 juillet; le Perophara cesse de pondre à la fin d*août; les Aseidioi sanguinolenta^ villosa^ intestinalis, vers la fin de septembre. Il en est de même pour la Molgula^ qui devient introuvable au commencement du mois d'octobre.
Le seul bût que je me propose dans ce travail est de faire connaître aussi complètement que possible les recherches publiées à l'étranger siir le développement des Ascidies en rectifiant les points qui me semblent entachés d'erreur ou d'exagération. J'espère élucider dans un prochain travail plusieurs faits intéressants de Tembryogénie et de la morphologie des ascidies composées.
Dans tout ce qui va suivre, je serai souvent obligé de porter des appréciations peut-être un peu sévères sur les observations et surtout sur les idées de naturalistes très-habiles et dont j'admire plus que personne la sagacité et le talent d'expérimentation. Qu'il me soit permis pour écarter le soupçon de tout sentiment eitra-scientifique de rapporter ici les jugements que les naturalistes dont je parle ont rendus sur les travaux de leurs compatriotes ou alliés. On verra par ces quelques lignes comment on sait se passer à l'étranger de l'urbanité que nous cherchons à mettre en France dans toutes les discussions scientifiques.
Voici l'opinion de Kupfler sur certains points des recherches de Metschnikoff, Kowalevsky etc. : Le travail de Metschnikoff^ aussi sommaire dans son exposition que catégorique dans les résultats qu'il énonce, est incompréhensible parce qu'on ne sait pas quelle espèce ce naturaliste a étudiée ni comment il oriente l'embryon (1).
Les recherches de Kovealevsky sur l'apparition du système nerveux sont loin de satisfaire le lecteur^ et les dessins schématiques qui y sont joints ne donnent aucune idée de ce qui se passe à la surface de l'œuf (2).
(1) Voy. KupvFBR. L. c. p. 136.
(3) ID. L. c. p. 131.
St8 A. OIAAD
Ste'psnott jette de la confusion dans [tout] ce qu'il décrit, etc. (t ).
Kowalevfiky de son côté déclare que :
Les travaux de Kupffer sur la formation du sillon dorsal sont trèsincomplets (sehr untestimmt) etc. (2).
Enfin d'après Ganin, beaucoup d'observations de Kowalevsky sur le développement des ascidies simples ne sont pas exactes et la plupart des processus embryonnaires qu'il a décrits n'existent pas {easistir en nieht) (3).
Les raisons théoriques de Metsehnikoff n'ont absolument aucune valeur scientifique (4).
Kupffer et Kov^alevsky ont adopté dans leurs mémoires le même ordre et les mêmes divisions. Nous conserverons dans ce travail la disposition consacrée par ces deux observateurs, ce qui rendra plus facile la lecture et la comparaison des mémoires que nous allons analyser.
L'œuf avant sa fécondation.
Tous les auteurs qui ont écrit sur l'embryogénie des Ascidies s'accordent à peu près sur la description et la signification des parties constitutives de l'œuf. Si Ton examine un ovule aussi jeune que possible on trouve :
1"* Une membrane externe amorphe (Eikapsel ou ovarium Ganin. Chorion Kupffer) (a fig. 1).
2"* Une couche épithéliale tapissant la surface interne de cette membrane; les cellules de cette couche vue de profil (^ Ôg. 1) sont fusiformes, vues de face elles sont hexagonales.
3* Un vitellus primitivement transparent ou finement granuleux et sans enveloppe vitelline (y fig. 1)-
4<* Une vésicule germinative fortement réfringente ($ fig. 1).
5^ Une tache germinative également réfringente (t fig. 1).
Enfin Stepanoff (5) signale dans cette tache, chez la Phallusia entes-
(1) Kupffer L. c. p. 135.
(2) Voy. KowALBWSKY. %• mémoire, p. 131.
(3) Ganin. L. c. p. 517.
(4) Id. L. c. p. 517.
(5) Voy. Stbpanoff. BuUetin de V Académie de Saint-Pétersbourg» T. XIU, p. 293 ; 1869.
tinaUê une ou plusieurs vaccuoles, ce qui n'est confirmé par aucun autre naturaliste.
. La couche ôpithéliale ne tarde pas à entrer en évolution et prend chez certaines espèces (PA. canina et intesfinalis) un développement des plus singuliers. Ses cellules d'abord plates deviennent cubiques ou plutôt prismatiques, puis leur protoplasma se divise en une foule de petites cloisons formant autant de vésicules filles dans l'intérieur de la cellule mère. Ces vésicules ne sont pas des cellules proprement dites, car elles n'acquièrent jamais de noyaux. Plus tard les cellules cubiques en gardant leur structure réticulée deviennent coniques et leur longueur est énorme par rapport au diamètre de l'œuf. Tout ce processus a été parfaitement suivi par Kupffer, et l'on peut s'en rendre compte en examinant les fig. 1, 2, 3 et A. Toutefois il ne m'a pas été possible de vérifier l'assertion de ce naturaliste qui prétend avoir pu isoler les vésicules avec de fines aiguilles et constater l'existence d'une paroi propre ; je crois au contraire que la paroi séparant deux vésicules voisines est commune à ces deux vésicules et l'on s'en convainc aisément, ce me semble, en observant directement d'une façon continue la transformation du protoplasma.
Chez les A. villosa^ A. sanffuinolenta^ etc., les cellules épithéliales du follicule subissent une transformation analogue, mais au lieu de prendre la forme de villosités coniques, elles deviennent sphériques et arrondies. D'où l'erreur prodigieuse de Van Beneden (1> qui a confondu ce processus avec le fractionnement de l'œuf chez VAscidia Ampullaides (2).
Une autre erreur non moins singulière est celle de StepanotT qui attribue aux cellules folliculaires la formation de la couche du testa.
Cette membrane qui devient plus tard la tunique du cellulose (3) de l'Ascidie se formerait d'après le naturaliste dont nous parlons par la coalescence des éléments que nous venons d'étudier. StepanofF a
(1) Yoy. Van Bbnbden. Recherches sur TEmbryogénie, Tanatomie et la physiologie des Ascidies simples. Mém. d$ VAcad, de Belgique y t. XX. 1847.-
(3) Il y a déjà plusieurs années que le Prof, de Lacazb Duthibrs a relevé dans son cours de la Sorbonne cette erreur de Van Benedbn.
(3) L'existence de la cellulose dans la tunique des Ascidies a été signalée pour la première fois en 18d5 par Schmidt. {Zur vergleicnenden Physiologie der Wirbelloêen Thiere, firaunschweig'. En 1846 un mémoire fut publié sur ce sujet dans les Annales des sciences naturelles^ par MM. Lœwig et Kolliker. (Ann. 3« sériel t. V). Enfin M. Berthelot a aussi étudié au point de vue chimique la substance cellulosique des Tunicifirs. (Comptes rendus de VAcadémie des Sciences, 1868, p. 277).
sans doute été conduit à cette fausse interprétation par ce fait que chez les Phallusia intestinalis comme chez le Ph. CatUna la couche dite du testa repose immédiatement contre la membrane du follicule. De plus, si au moment de sa formation cette couche adhère au vitellus par sa face interne elle ne tarde pas à en être séparée par une substance gélatineuse qui forme autour de la masse vitelline une atmosphère transparente : il en résulte que les cellules du testa paraissent avoir plus de rapports avec le follicule qu'avec la partie essentielle de l'œuf.
Aussi tout en repoussant cette idée insoutenable de la production directe de la couche du testa par les cellules du follicule, certains naturalistes prétendent cependant la faire dériver de Tépithélium folliculaire par une multiplication des éléments de cet épithélium antérieure ou corrélative à la formation des villosités. Nous reviendrons plus loin sur cette manière de voir. .
Cette couche du testa que nous allons étudier maintenant a reçu aussi le nom de couche verte (Ganin) ou celui de couche à cellules granuleuses (granulosa xellen). Il est facile de trouver l'origine des deux premières dénominations, quant à la 3* elle a été donnée par M. His (1) aux cellules épithéliales du follicule de Tœuf du poulet. Ces cellules qui se dilatent et deviennent transparentes forment les éléments vésiculeuz du vitellus de Tœuf d'oiseau et pénètrent dans l'intérieur de la masse vitelline principale {Arehileeithe ie His). Nous verrons que la connaissance de ces faits a porté Kowalevsky à interpréter d'une façon inexacte les apparences que Ton observe sur l'œuf des ascidies.
« Les cellules jaunes du testa, dit Kowalevsky, forment chez VA. intesiinalU une couche continue, mais une seule couche et non plusieurs comme Kupffer Ta représenté sur ses fig. 4, 5 et 6, si toutefois je comprends bien ces dessins. »
Non-seulement Kowalevsky ne comprend pas les figures de Kuplfer mais il parait avoir lu bien rapidement le travail de cet auteur où nous trouvons (p. 123) la phrase suivante : c La fig. 4 D représente les cellules du testa sur un œuf mûr encore dans Toviducte. Cette figure dessinée de façon à indiquer les creux et le relief montre
(1) V07. W. His. Recherches sur les premiers rudiments du corps chez .les vertébrés. Untertuchungen ûher dU erste AriUigc der Wirbelthierleibes, 1 vol. iu-i. 1% pi. Leipzig, 1868.
aussi que les cellules du testa constituent une capsule formée (f «ne seule couche de cellules, ï>
Mais cette membrane du testa présente des particularités plus intéressantes à noter que le nombre des couches cellulaires entrant dans sa composition. Kowalevsky remarque avec raison que chez les il. OummillataeiA, mentula les cellules jaunes sont plus éparsesque chez VA. intestinalis. Kupffer s'appuyant sur les travaux de Krohn et de Kowalevsky déclare que ces cellules ont dès le principe chez VA. mammUlata la disposition qu'on ne trouve que sur la larve chez VA. ecmna. Il en est de même comme nous avons pu nous en assurer chez les A. sanguinoletUaj A. chlorea et A. villosa. De plus, chez ces dernières la couche du testa est appliquée immédiatement sur le vitellus qu'elle suit dans sa transformation en embryon tandis que chez les A . eanina et A. inteitinaUs^ la capsule du testa est, nous l'avons dit, appliquée contre la coque de Tœuf dont elle forme en quelque sorte la doublure ; par suite la couche transparente gélatiniforme est comprise entre le vitellus et la membrane du testa dans le cas de TA. intestinale; entre la coque de Tœuf et la membrane du testa dans le groupe de i'Â. sanguinolente. Or un grand nombre de faits anatomiques me portent à considérer les ascidies de ce groupe comme moins élevées en organisation que celles appartenant au sous-genre CUma de Savigny : et l'on peut remarquer que les cynthia et les molgules dont les divers organes sont bien plus parfaits que ceux des autres ascidies ne présentent aussi que très-tard une couche du testa à grandes cellules transparentes séparées par des noyaux épars (noyaux jaunes). Le même fait s'observe chez les ascidies composées. La famille des Botrylliens qui présente une organisation très-élevée et jusqu'à présent méconnue, offre dans son développement embryonnaire plus d'un point de comparaison avec les Gynthia. La couche du testa notamment acquiert assez tard son complet développement et cela a pu conduire certains observateurs à des erreurs singulières. C'est ainsi que Ganin après avoir reconnu sur l'œuf des Botrylles une membrane cellulaire morphologiquement homologue à la couche verte {grûne Schichi) des ascidies simples n'a pas su voir la transformation de cette couche en la tunique commune, transformation que l'homologie seule lui indiquait assez. Nous lisons en effet (Le. par.* 14) qu'une transformation des cellules périphériques de la peau de la larve (peripherische Hautschicht) donne naissance à la membrane de cellulose ou tunique commune désignée par l'auteur
ÂRCa. BB ZOOL. BXP. BT GBN. Yol. I. 1873. 16
9hi A. OlâRD
SOUS le nom de couche todaUeelluloso-museulaire. Or quelques ligneis plus haut (le. par. 12) Gauin fait naître la plaque médullaire, c'està-dire le système nerveux d'une transformation de la même membrane périphérique chez Tembryon. Peut-être y a-t-il là une simple confusion provenant de l'emploi des mêmes mots dans deux sens difTérentSy car il est évident pour tout observateur consciencieux que le système nerveux n'a rien de commun dans son développement avec la tunique de cellulose; je dois dire toutefois que cette interprétation indulgente me semble assez peu probable eu égard à la tendance de l'auteur à créer des mots nouveaux pour désigner des organes depuis longtemps connus sous d'autres dénominations.
Chez les ascidies composées d'ordre inférieur, chez les Didemnium et surtout chez les espèces d'un genre nouveau que j'appellerai A^iellium (1)> la couche de testa présente au contraire de très-.bonne heure l'aspect qu'on retrouve sur la tunique commune de cellulose.
Quelle est l'origine de cette couche du testa? Kowalevsky la fait dériver des cellules épithéliales de la coque. Kupffer après avoir accepté un moment cette opinion la combat vivement dans son dernier travail. « Il est évident, dit-il, que Kowalevsky n'a fait aucune recherche sérieuse à cet égard. Au moment où le vitellus est devenu complètement granuleux, il se sépare à sa surface une couche de protoplasma transparente et tout à fait exempte de granulations; bientôt apparaît dans cette couche un commencement de division manifesté par des stries radiales : enfin ces stries devenant de plus en plus nettes on découvre des cellules distinctes et séparées (fig. 2 et 3). t
Cependant Kowalevsky dans son récent mémoire soutient encore son ancienne aflirmation confirmée par A. Babuchin, qui en 1867 publia à Trieste quelques observations sur le développement des cellules du testa. Pour répondre aux remarques de Kupffer, Kowalevsky étudie surtout l'Ascidie intestinale. Ses meilleures préparations ont été faites sur des ovaires durcis dans une solution d'acide chromique (1/2 — 1«). Les figures (2) qui représentent deux de ces préparations montrent que la couche du testa dérive des cellules de la coque par une multiplication de la couche épithéliale interne. Les cellules épithéliales après avoir fait saillie à l'intérieur du vitellus et pénétré dans la couche périphérique de la sphère vitelline se mul-
(1) Ce genre est caractérisé surtout par l'absence de tentacules buccaux externe».
(2) Voy. Kowalevsky. 2« mémoire, fig. 1 à 5.
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tiplieni au point de former autour de cette sphère un épithélium dant les éléments d'abord plats ne tardent pas à devenir cylindriques.
Voilà donc deux observateurs également habiles sans doute, qui étudiant sur des êtres presque identiques la formation d'un même élément anatomique, arrivent à des résultats tout à fait différents. Nous n^avions qu'un parti à prendre : observer avec soin de notre côté et répéter nos observations sur des types aussi variés que possible. Nous avons pu nous convaincre de cette façon de la difficulté de ce genre de recherches et du danger qu'il y a à se laisser diriger par des idées préconçues. Il est clair pour tout lecteur attentif que Kowalevsky se propose avant tout de démontrer en ce point qu'il ne peut se former librement ni cellules ni noyaux au milieu d'une matière amorphe : d'où le soin qu'il met à nier la possibilité de ces néoformations dans le blastoderme de l'œuf des Diptères que Eupfier a citô comme exemple d'un processus analogue îi celui que l'on observe chez les Ascidies.
a II est en général très-facile, comme le dit Kov^alevsky, d'admettre que le noyau qu'on ne voit pas a disparu. De même pour la production libre de cellules on ne les a pas vu se former et Ton dit qu'elles se sont constituées librement. » Mais ce sont là des arguments à deux tranchants. Gomment en effet Kowalevsky a-t-ii pu Toir les cellules se multiplier alors qu'elles sont plongées dans un vitellus complètement granuleux?
De plus, dans le cas présent, on assiste véritablement à la formation des cellules du testa dans la couche transparente qui entoure la sphère vitelline et jamais nous n'avons pu constater la prétendue pénétration de l'épithélium interne de la coque dans la masse granuleuse du vitellus. Nous nous rallions donc entièrement à l'opinion de Eupffer.
Cette formation d'une membrane de cellulose antérieure au fractionnement est un fait si particulier et si caractéristique de la classe des Tuniciers que j'ai cru devoir y insister longuement. L'on comprend facilement pourquoi Kowalevsky cherche à en diminuer l'importance et c'est aussi très-probablement pour la même raison, que Ganin est si peu explicite sur l'origine de la tunique commune des Ascidies composées. Il est en effet bien difficile de trouver une formation analogue chez les animaux vertébrés et je comprends l'embarras de Kupffer en présence de ce singulier processus qu'il a fort bien étudié d'ailleurs sur des matériaux insuffisants. Bien que j'ad-
S&& A. OIARD
mette moi-même Thomologie de plusieurs des processus qui vont suivre avec ceux que l'on observe aux stades correspondants cMez Tembry on des vertébrés, je suis forcé de reconnaître qu'il existe à ce point une lacune importante dans le parallèle que Ton cherche à établir entre Tembryogénie des deux grandes divisions du règne animal.
L'œuf fécondé.
La fécondation se fait chez les Ascidies simples hors de l'organisme maternel; chez les Ascidies composées, il y a au contraire une sorte d'ovoviviparité sur laquelle nous reviendrons dans un travail spécialement consacré à Tétude de ces animaux.
Diaprés Ganin, il n'existe chez les Ascidies composées aucun canal particulier, aucune ouverture extérieure pour Texpulsion de l'œuf hors de l'organisme maternel. Voici comment ce naturaliste rend compte de la sortie de Tœuf chez ces animaux : quand l'ovule est mûr, U arrache une partie de la membrane maternelle, l'entraîne avec lui et en demeure couvert comme d'une enveloppe externe jusqu'à Téclosion de la larve. Tout cela est parfaitement inexact. Si Ganin avait étudié les Ascidies composées vivantes d'une façon continue, il aurait pu se convaincre que jamais l'éclosion de la larve ne se fait hors du corps de la mère, qu'il y ait incubation dans un point spécial comme chez le Perophore, le Glaveline* ou que l'œuf reste constamment ôxé au poiul où il a pris naissance (Didemnium, Astellium, etc.).
Quand les spermatozoïdes de l'ascidie simple sont répandus sous forme d'un jet lactescent autour des œufs fraîchement pondus, ils se fixent bientôt en grand nombre sur la membrane externe de Tœuf, et Ton assiste alors à un spectacle très-curieux dont KupfFer a donné une excellente description. Comme il étudiait Tœuf de VA, canincy il était obligé pour suivre les animalcules spermatiques d'enlever les viltosites de la coque, ce qui d'ailleurs se fait très-aisément avec un pinceau un peu délicat. Sur l'œuf des A. sanguinolenta^ A, ehlorea^ etc., et surtout sur l'œuf de la Molgule, la coque ne présentant que de légères bosselures on peut se dispenser de toute préparation. Les spermatozoïdes après avoir quelque temps agité leur extrémité caudale dans toateâ les directious semblent coordonner leurs mouvements et les
EMBRYOGÉNIE DË6 ASCIDIES 245
diriger tous dans le même sens. Oa voit alors l'œuf tourner sur luimême avec rapidité comme s'il portait une couronne vibratile. Kupffer rapproche cette observation d'autres analogues faites par Kowa* levsky sur deso^ufs d* Annélides et d'Echinodermes. Je ne puis, pour mon compte, m'empécber de comparer cette gyration de l'œuf des Ascidies à celles des spores de fucus sous l'influence des anthérozoïdes. D'un côté comme de l'autre, la fécondation s'opère sans que l'on puisse constater la pénétration de l'élément mâle dans le vitellus et pourtant rien ne semble plus aisé que l'observation de cette pénétration si elle existait chez les Ascidies où le vitellus est entouré d'une couche épaisse gélatineuse et parfaitement transparente.
Aussitôt que l'œuf a cessé de tourner, c'est-à-dire après un quart d'heure environ, l'on voit commencer le fractionnement du vitellus. Déjà sur Tœuf mûr mais non fécondé la tache et la vésicule germinative n'étaient plus apparentes au dehors. Ces parties sont-elles disparues et le premier noyau d'où naissent ceux des deux sphères primitives de segmentation s'est-il formé spontanément? C'est là une question qu'il me parait très-diiBcile de résoudre à cause de l'état granuleux du vitellus au moment où commence ce processus. Il est probable cependant qu'il faut y repondre par l'affirmative et c'est le parti qu'ont pris tous les zoologistes qui ont étudié l'œuf des Ascidies. Ce qui me porte à Tadopter également c'est qu'après être devenu comj[>létement obscur, le centre du vitellus présente de nouveau une tache transparente, quelque temps après la fécondation, sans que son état granuleux paraisse avoir subi de modification.
Nous ne dirons rien du fractionnement qui s'accomplit avec la plus grande régularité et que tous les auteurs ont décrit d'une façon concordante; il n'est plus permis aujourd'hui de confondre ce processus avec les transformations que nous avons vues s'accomplir à la surface de l'œuf et le travail de Van Beneden ne mérite pas le plus rapide examen.
Les divergences se présentent à propos de la cavité dite de fractionnement; sur l'œuf de VAmphioxus auquel Kowalevsky ne manque jamais de se reporter» il existe, entre les 4 premières sphères du fractionnement, un espace central qui ne fait que s'agrandir à mesure que les cellules se multiplient et se disposent en couche simple, formant ainsi une cavité creuse entourée d'une paroi unicellulaire. Puis en un point de cette paroi, il se forme une invagination qui réduit à une fente la cavité primitive destinée à former plus tard la cavité
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générale du corps. Kowalevsky a observé le même mode de développement chez une Holothurie (Psolinui); toutefois il admet que chez les vertébrés supérieurs, la cavité générale se fait d'une tout autre manière et qu'il ne reste pas trace de la cavité, de fractionnement. Mais d'après ce naturaliste, les Ascidies simples suivraient la même loi que l'Amphioxus avec cette diiféi*ence que les cellules formant les parois de la cavité de fractionnement étant beaucoup plus grosses, cette cavité est elle-même plus petite (1).
Kupffer reconnaît qu'il existe pendant le fractionnement une petite cavité centrale dont le diamètre est à peu près égal à celui des cellules de la masse framboisée, mais d'après lui cette cavité disparait au moment même où sa présence devient essentielle selon les idées de Kowalevsky, c*est-à-dire au début de Tinvagination du tube digestif. D'ailleurs cette cavité ne lui a jamais paru entourée d'une couche simple de cellules et Kupffer démontré que cela est impossible en comparant le diamètre de la cavité, celui de Tœuf tout entier et enfin celui des cellules formant la couche extérieure. 11 renvoie à sa fig. 7 qui, dit-il, représente les limites de la cavité dans leurs rapports avec la masse totale et cela avec une netteté d'autant plus grande que les cellules intérieures qui entourent la cavité sont autrement colorées que celles des couches externes.
ff Enfin si tout cela ne satisfait pas le lecteur, l'œuf est assez transparent malgré les granules pigmentaires et la coloration des cellules, pour que Ton puisse observer une couche pluricellulaire de cellules à peu près cubiques, b
KupfFer ne veut pourtant pas mettre en doute les opinions de Kowalevsky ; il professe la plus grande admiration pour l'habileté et la perspicacité de ce naturaliste et la seule conséquence qu'il cherche à tirer de ses observations personnelles, c'est que chez VAscidia canina les choses ne se passent pas comme chez VAscidia mamillaia, et que le mode de formation de la cavité générale observée chez cette dernière n'a pas assez de généralité pour pouvoir être érigé en loi fondamentale de l'embryogénie.
Malgré cette modération de langage et ces éloges si pompeux, Kowalevsky se montre très*sévère à l'égard de son contradicteur. < Quoi qu'en dise KupîTer, ou bien son microscope était mal centré ou bien il a oublié sur ses planches le dessin d'un œuf au moment
(1) V07. Archives de Zool ewp, et gén, fig. 18, Pi. IX.
où commence l'invagination. Ce qui me porte à accepter plutôt cette dernière supposition c'est surtout la remarque de Kupffer : que les cellules entourant immédiatement la cavité sont autrement colorées. Or la couleur différente indiquée sur la flg. 8 appartient seulement à la couche invaginée. Du reste les œufs de 1*^4. intestinaUs ne sont pas assez transparents pour permettre de suivre ce processus aussi nettement que sur les autres espèces d'ascidies. Mais en augmentant leur transparence par l'action de Tacide acétique fort Ton voit d'une façon évidente la cavité de fractionnement limitée par une seule couche de cellules. »
Ainsi donc Kupffer a été ou maladroit, ou négligent, ou tous les deux à la fois, et Kowalevsky espère qu'en reprenant plus soigneusement son travail, le savant professeur de Kiel se convertira à sa propre manière de voir.
Mais duasion&*nou8 nous attirer aussi toute espèce de reproches, il nous est impossible de ne pas combattre également l'assertion de Kowalevsky. Jamais sur aucune des espèces d'Ascidies simples ou composées qu'il nous a été permis d'examiner, nous n'avons rencontré d'embryons présentant l'aspect de ceux représentés dans les flg. 5, 6, 7 et 10 de Kowalevsky (1). C'est seulement plus tard au moment où l'ouverture d'invagination commence à se rétrécir que l'on aperçoit sous forme de fente très-mince la cavité qui sépare le feuillet superficiel de la couche pluricellulaire interne et jamais cette cavité ne présente une lumière aussi considérable que celle représentée sur les figures citées plus haut.
Les observations de Ganin sur les ascidies composées concordent d'ailleurs autant que j'en puis juger par le résumé qu'il en donne avec ce que j'ai vu moi-même chez le Pérophore et les Amarouques, c'est-à-dire que Ganin admet aussi que, après le fractionnement, la membrane superficielle de l'embryon provient par différenciation de la masse centrale de grosses cellules, produit de I4 segmentation. Mais cette différenciation ne s'accomplit pas aussitôt après le fractionne., ment et Ganin se trompe quand il affirme qu'elle précède la formation du tube digestif.
Quant à la petite cavité qui existe comme le dit Kupffer entre la première sphère de fractionnement, elle disparait quand les cellules
(1) V07. Arohivei de Zool. exp, et gén.y fig. IS.
ni A. OIABD
deviennent de plus en plus petites par les progrès de la segmentation et d'ailleurs elle n'existe pas chez certaines espf^ces ou les premières sphères du fractionnement sont déjà tellement pressées les unes contre les autres qu'elles ne prennent pas la forme exactement sphérique et adhèrent intimement les unes aux autres par des faces planes : c'est ce que l'on peut voir notamment sur Tœuf des Cyntbies et de la Molgule.
L'ioTigination du tube digestif. — Cavité de RaBooni.
L'ouverture d'invagination est d'abord très-large et Tœuf prend la forme d'une demi-sphère dont le bord présente en un de ses points une petite échancrure qui parait se continuer par un écartement très-léger des cellules superficielles, écartement qui diminue progressivement quand on approche du pôle opposé à l'ouverture. C'est ce que KupfTer a très-bien représenté fig. 8. Le méridien de l'œuf passant par la ligne de séparation des deux premières sphères de fractionnement est demeuré un plan de symétrie et c'est dans ce plan qu'est situé le sillon dont nous venons de parler (sillon dorsal). Quant au point où se fait l'invagination je suis convaincu quMl n'est pas situé d'une façon indifférente dans le plan de symétrie, mais je n'ai pu déterminer sa position d'une façon bien exacte et les naturalistes qui m'ont précédé ne paraissent pas s'être préoccupés de cette détermination ; l'ouverture de la demi-sphère ne tarde pas à se rétrécir plus rapidement que ne l'indique le travail de Kupffer et son pourtour forme un léger rebord qui se continue par les bords latéraux du sillon dorsal. Cest àce moment que la couche superficielle se sépare de la sous-jacente d'abord au pôle opposé à l'ouverture puis en re* montant vers cette dernière au voisinage de laquelle la séparation n'a pas lieu (fig. 10]. La séparation ne se fait pas non plus le long du sillon dorsal prolongement des bords de Touverture. Ce processus de Tinvagination du tube digestif est réellement comparable à celui que l'on a observé chez l'Amphioxus (1) et chez les Batraciens (2). La
(1) V07. KowALKVSKY. Mém, de V Académie de Saint-Pétersbourg ^ VII iérie, 1868. (î) Voy. Rkmak et surtout GoTTE. Recherches sur le développement du Bombinator igneuB. Archiv fur mikoskop Anaiomie B. V. 1869, p. 30 2 pi.
cavité primitive est la cavité dite de Rusconi et son ouverture porte le nom d'Âuus de Rusconi.
Ganin seul admet un mode de développement de la cavité gastrobranchiale qui ne concorde nullement avec ce que nous venons de décrire. Pour lui tout se passe dans Tœuf comme dans le bourgeon. Nous discuterons ailleurs ce qu'il a vu en étudiant la reproduction gemmipare des Didemnium et des Botrylles. Sur l'œuf nous savons qu'après le fractionnement le premier processus qu'il admet est la séparation de la membrane superficielle. Puis il se formerait à l'intérieur de la masse cellulaire de l'embryon une large cavité limitée par un grand nombre de couches de cellules embryonnaires. C'est la cavité gastro-branchiale primitive.
Nous ferons d'abord observer qu'il n'est pas habile de conclure de ce que l'on voit chez les Ascidies composées à ce que l'on doit voir chez les ascidies simples comme Ganin parait le faire à chaque instant. Si Ton étudie avec soin l'embryogénie des Ascidies composées on est bientôt convaincu qu'aux mêmes apparences extérieures de Tembryon chez ces dernières et chez les ascidies simples correspondent des stades tout à fait différents pour l'évolution des organes internes. Le cœur bat sur le têtard du Pérophore encore dans l'œuf et longtemps avant son éclosion et quand la larve de l'Ascidie composée sort de sa coque elle présente déjà le degré de développement rétrograde que l'ascidie simple n'atteindra qu'un jour ou deux après s'être fixée.
L'évolution embryonnaire est plus rapide chez les Ascidies composées que chez les ascidies simples et les premiers changements qui surviennent dans l'œuf sont par là même encore bien plus difficiles à suivre d'une façon continue.
De plus les œufs des botrylles observés par Ganin manquent complètement de transparence, ce qui coustitue un nouveau désavantage pour le naturaliste.
Chez les Ascidies composées les œufs sont en petit nombre et tous inégalement développés sur un même animal mère. On n'a donc pas l'avantage de pouvoir observer comme chez les ascidies simples des œufs différemment placés, mais au même stade d'évolution. On ne peut arriver à ce résultat qu'en rapprochant plusieurs suites d'œufs enlevées à des animaux différents et ce procédé déjà si imparfait ne peut être mis en pratique que sur certains genres^ les Amarouques par exemple. Il peut alors rendre de grands services et éclairer
l'étude de l'embryologie des Ascidies simples en empêchant de confondre dans deux stades très-voisins Tantérieur avec son conséquent. 'Mais il faut toujours en revenir pour le début aux ascidies simples, car les genres dont nous parlons présentant des suites d'œufs inégalement développés dans un canal assez étroit, ces œufs sont comprimés et déformés les uns contre les autres ; et comment reconnaître alors la forme ou même souvent l'existence d'une cavité d'invaginatiouy d*un sillon, etc.?
Les seules Ascidies composées dont l'étude présentera sous ce dernier rapport les mêmes avantages que les ascidies simples sontiaclaveline et surtout le Pérophore. Chez ces animaux les œufs déposés i leur maturité dans une cavité spéciale ne sont pas déformés ; de plus ils sont très-gros, de sorte qu'avec un peu d'habitude on peut les retourner en tous sens sur la plaque de verre à l'aide d'un pinceau fin ou d'aiguilles montées.
En combinant les divers modes d'observation dont nous venons de parler nous avons retrouvé chez les ascidies composées les mêmes faits que nous avons décrits chez les ascidies simples avec cette différence toutefois que la cavité branchiale primitive parait relativement plus grande et conserve jusqu'à la transformation en ascidie la couleur du vitellus, elle est rose chez le Botryllus violaeeus, ardoisée chez TAmarouque élégante (n-s.)» brune chez un grand nombre d'es* pèces d'Amarouques, de Didemnium, etc.
Premiers radiments du système nerveux.
L'origine du système nerveux est, comme on le pense bien, le point capital pour les naturalistes qui cherchent à trouver chez les Ascidies un développement erabryogénique comparable de tout point à celui des vertébrés. Kowalevsky, Kupffer et Ganin arrivent à la même conclusion : l'homologie parfaite de l'embryon ascidien et de celui des vertébrés inférieurs. Mais rien n'est moins homologue que les descriptions qu'ils donnent de la formation du centre nerveux, et, chose curieuse, les travaux de Kuppfer et Ganin s'accordent bien moins avec ceux de Kowalevsky qu'avec les recherches de MetschnikofF, lequel, on le sait, compare l'embryon des Ascidiesnon à celui
des vertébrés mais à Tembryon des Hirudinées etdes Arthropodes.
Je ne dirai rien du premier travail de Kowalevsky; c le tableau qu'il y trace de la naissance du système nerveux est, comme le dit Kupffer, iort loin de satisfaire le lecteur. Ijes figures schématiques qui l'accompagnent (fig. 15, 16, 17. PI. I) ne donnent aucune idée de ce qui se passe à la surface de Tœuf. 9 Kupffèr ajoute même que ce travail n'a servi qu'à l'induire longtemps en erreur parce qu'il y est dit qu'on voit d'abord se former un double bourrelet en un point de la surface de l'œuf directement opposé à l'ouverture primitive d'invagination.
Voici ce que Kupffer a vu de son côté sur des préparations qui ofiEraient toute la netteté désirable : « Au moment où l'ouverture d'invagination est le plus largement ouverte, on observe en un certain point du pourtour de cette ouverture une échancrure assez légère qui se prolonge en un sillon sur la surface libre de l'œuf. Ce sillon n'est d'abord qu'une ligne très-déliée, et Ton ne saurait dire s'il part primitivement de l'ouverture ou s'il commence à se produire à l'extrémité opposée : peu à peu il s'élargit et devient plus profond, de telle sorte que ses bords prennent Taspect de bourrets cylindriques. Puis l'ouverture d'invagination venant à se fermer, l'œuf tend à revenir à la forme sphérique, mais il ne reprend jamais complètement cette forme, car avant que l'ouverture ait entièrement disparu, la queue commence à se former, ce qui donne à l'embryon la figure d'une poire. Plaçons l'œuf comme dans la fig. 10 de telle façon que le sillon soit vu latéralement ; il semble alors que l'ouverture buccale se continue par la fissure de ce sillon et l'on pourrait ainsi se faire une fausse idée de la nature et de la profondeur de cet organe. Mais en regardant l'embryon par sa partie supérieure on se convainc facilement que la rainure est peu profonde et ne constitue qh'une simple gouttière. Enfin quand l'ouverture d'invagination vient à se fermer, le sillon se forme aussi au point où il formait une échancrure sur le pourtour de l'ouverture buccale primitive. Le sillon parait fusiforme. La bouche se rétrécit de plus en plus et devient une ouverture très «petite, comme on le voit sur la fig. 11 où déjà apparaissent la chorde dorsale et la queue ; 4 ou 5 heures plus tard on trouve au lieu du sillon un système nerveux fusiforme, pré^pntant une lumière, située près de la surface et en intime connexion avec elle. Entre ce dernier stade et celui représenté par la fig. li, il y a un moment pendant lequel il est très-difficile de voir ce qui se passe
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à l'intérieur. On constate la fermeture de la bouche et la disparition du sillon; la surface de l'embryon présente alors une couche cellulaire uniforme et continue {Oberhaut. Kupffer). Cette couche est plus épaisse le long de la ligne occupée naguère par le sillon. Puis la couche superficielle unicellulaire se sépare de ce sillon auquel elle adhérait par sa face interne; Kupffer a souvent vu et dessiné la membrane superficielle étendue comme un pont sur le sillon encore ouvert, ce qui le conduit à admettre qu'au moment où la membrane superficielle se sépare du sillon le système nerveux n'est pas encore une cavité fermée. »
Telle est l'histoire du premier développement du système nerveux d'après le travail de Kupffer dont j'ai reproduit presque textuellement la description. Cette description faite d'après des préparations si parfaites au dire de Tauteur, n'a pas satisfait Kowalevsky qui la juge très-incomplète (sehr unbestimmt) et regarde comme postérieure l'extrémité de la larve où se trouve l'ouverture d'invagination qui pour Kupffer caractérise la partie antérieure. A part ce renversement, la description du sillon est à peu près la même. Mais son mode d'occlusion est raconté d'une façon bien différente : c Au stade représenté flg. 13, on voit très-nettement se dessiner les bords du sillon dorsal et le bord postérieur s'élève même assez haut pour couvrir la moitié postérieure de l'ouverture d'invagination déjà trèsrétrécie : quant aux rebords latéraux qui limitent le sillon (r), je les ai figurés dans mon premier travail et leur ai donné le nom de bourrelets dorsaux, mais je ne connaissais pas alors leurs rapports avec l'ouverture d'invagination (1). Ces bourrelets dorsaux s'élèvent peu à peu, mais un développement bien plus rapide est celui du bord postérieur qui, recouvrant l'ouverture, ne tarde pas à former à la parties postérieure de l'embryon une sorte de cul de sac (2) relié à la cavité générale d'invagination par l'ouverture considérablement réduite. IL ne faut donc pas supposer que lors de la fermeture les deux bords opposés du sillon vont à la rencontre l'un de l'autre, se joignent et se confondent comme cela a lieu chez les vertébrés supérieurs. C'est le bord postérieur seul qui monte vers la partie antérieure et recouvre même les bords latéraux pendant que ceux-ci continrent à s'élever (fig. 13, 15 et 18). »
(1) On se rappelle en effet que dans ce premier travail Kowalevsky faisait apparaître le sillon au pdle de l'œuf opposé à l'ouverture d'invagination.
(2) V07. Archivai de Zool. $xp, etgén. PI. IX. fig. 93, 24.
Il n'y a là, comme on le voit^ ni accotement du sillon à la membrane superficielle, ni séparation d'avec cette membrane, ni persistance à l'extérieur de l'ouverture d'invagination. Cette dernière se voit encore cependant sous forme d'une fente très-mince sur une coupe optique longitudinale, à travers le bord postérieur du sillon.
Consultons maintenant le mémoire de Ganin. Cest surtout les ascidies composées que ce naturaliste a étudiées avec soin, mais les résultats qu'il énonce, d'une façon très-sommaire du reste, sont applicables selon lui aux Ascidies simples qu'il a observées et qu'il ne cite pas. c Après la formation de la cavité générale, il se produit une modification spéciale de la membrane périphérique de l'embryon. Sur l'un des côtés originairement plus épais de la cavité primitive ^ il apparaît .une corde cellulaire longue et plate, la plaque médullaire. »
Cette plaque médullaire acquiert une cavité intérieure et se change en un canal médullaire situé sur un côlé (le côté dorsal) de l'embryon le long de la vésicule gastro-branchiale primitive. Il se forme t^nsuite^un prolongement du canal médullaire, une vésicule spéciale, qui devient t>lus tard la vésicule oculaire.
Voilà, comme oif le voit, une opinion bien différente des précédentes puisque, au lieu d'un sillon, nous aurions d'abord d'après Ganin une corde cellulaire à la place occupée plus tard par le système nerveux (1).
Reste enfin à exposer Topinion de Metschnikoff. Ce dernier avait cru d'abord que le système nerveux tirait son origine de certaines cellules situées à l'intérieur de l'embryon et sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heure. Il parle bien d'une rainure superficielle qui se produirait à un certain moment, mais il n'indique pas les rapports que cette rainure peut avoir avec le système nerveux et se contente de le comparer rapidement au sillon ventral des Arthro-
(1) Ganin ne parait pas d'ailleurs avoir une opinion bien arrêtée sur la formation du système nerveux car, tandis qu'en cet endroit (p. 515) il affirme que la plaque médullaire provient d'une transformation de la couche périphérique de l'embryon {eine Sonderung der ptripherischen Hautsehicht von der Embryonanlage)^ quelques pages plus loin nous trouvons le passage suivant (p. 518) : Le fait que U tyitème nerveux des ascidies ne se développe pas aux dépens du feuillet extérieur de la peau (aussere Hautplàtte, Gaoin Homhlattj Mecz) comme le décrit Kowalevsky n'est cependant pas en opposition avec l'opinion de ce dernier sur la parenté des ascidies et des vertébrés; car déjà chez les poissons, d'après les observations de Kupffer, la formation du canal médullaire se fait sous i'épiderme.
tu ^ MêMD
podes et des Hirudinées. La position qu'il donne à cette rainure est celle même que Kupffer attribue au sillon dorsal autant qu'il est possible d'en juger par ce que ce dernier dit plus loin à propos de la naissance de la queue. Metschnikoff a le tort de ne pas indiquer comment il oriente Tembryon, ce qui rend ses descriptions très-pénibles d lire, parce qu'elles ne sont pas accompagnées de figures. EnÛn dans une lettre écrite à Kowaievsky le 24 juin 1870, et citée dans le travail de ce dernier, Metscbnikoff annonce qu'après de nouvelles recherches, il a reconnu que le système nerveux dérive du feuillet superficiel, ce qui fait concorder au moins en un point les travaux de tous les observateurs que nous avons cités (excepté Ganin ?).
En présence de toutes ces assertions différentes, nous sommes malheureusement contraint d'en émettre encore une nouvelle : malgré tous nos efforts, nous n'avons pu voir rien de semblable à ce que Kowalevsky décrit avec de si belles figures, dé^sinées^ comme il le dit<t cellule par, cellule^ à la chambre claire (camerâ lucidd) : jamais le sillon dorsal ne nous a paru assez profond pour former, comme le décrit Kupffer, un canal qui se détacherait plus tard de ia membrane superficielle. D'ailleurs ce sillon disparaît très-rapidement et à l'époque où il cesse d'être visible, la dimension des celluldb de la membrane superficielle suffirait pour prouver l'impossibilité de cette formation. La vésicule dite cérébro-spinale se forme aux dépens des cellules qui sont situées sous le sillon, la membrane superficielle ne s'étant jamais séparée en ce point des parties sous-jacentes, comme nous Tavons dit plus haut. Il nous est également impossible d'attribuer ni en ce moment ni plus tard au soi-disant canal nerveux la longueur que lui donnent Kupffer et Kowalevsky. Ce canal n'est déjà plus visible sur la larve à la naissance de la queue, et j'avoue que les coupés optiques faites pour en démontrer l'existence dans cette partie de l'embryon ne m'inspirent qu'une confiance trèsmédiocre (1) après les tentatives réitérées quej'aifaitespourme convaincre de l'existence de ce prétendu système cérébro-spinal. Du reste Kowalevski n'avait rien vu de semblable lors de son premier travail et la confirmation, l'extension même qu'il donne en ce point aux observations de Kupffer est trop intéressée pour n'être pas suspecte d'exagération. Que si l'on m'accuse de chercher à nier l'existence
(1) Voy. Kowalevsky, 2« mémoire, fig, 26. — Archives de ZooU exp. et gén PI. rx, fig. 20.
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de ce que je n*ai pas vu, je trouverai dans le travail même de Kovyralevsky la justification de la mé&ance que j'éprouve pour certaines observations de ce naturaliste qui laisse trop souvent à son imagination le soin de compléter ce qu'il tient de es yeux. En parlant de la structure du système nerveux, Kowalevsky nous dit (p. 116) : je n'ai pu trouver de filets nerveux; Nervenf^der habe ich nicht finden kônnen. G est Tobservateur qui parle en ce point; mais deux pages plus loin (p. 118) dans un résumé des descriptions précédentes, le ton change tout à coup, il n'est plus question de vésicule antérieure, de canal nerveux, mais de vésicule cérébrale, de moelle épinière (Riickenmark)y enfin l'imagioation aidant, il apparaît quelques filets nerveux qui partent du second renflement et se dirigent vers les parties latérales de la larve : es schienen mir van diesem Ganglion einige Fâden zu den Seiten auszMtreten. Sans doute la formule employée {es schienen) est moins catégorique que celles dont l'auteur se sert habituellement, mais qui ne voit le danger qu'il y a pour un naturaliste à suivre ce penchant instinctif qui nous fait croire à Texistence de ce que nous désirons.
La queue et ses parties constitutives.
Ce que nous avons dit en parlant de la formation du système nerveux, fait déjà présager les discordances que nous allons rencontrer k propos de la naissance de la chorde dorsale et de la queue de 1& larve. C'est toujours l'œuf de Tamphioxus ou celui des poissons qui préoccupent Kupffer et Kowalevski. Supposons que Tœuf représenté fig. 10 soit celui de Tamphioxus au moment où le sillon dorsal est déjà constitué. Prenons pour axe de Tœuf le diamètre qui passe par rouverture d'invagination et le pôle opposé : la queue de l'Amphiozus naîtrait parallèlement à Taxe du côté gauche, et l'extrémité du sillon tournée vers l'ouverture serait l'extrémité postérieure du système nerveux. De même, prenons l'œuf d'un poisson, ou plutôt le jeune embiyon au moment où il entoure à peu près la moitié du vitellus nutritif et séparons-le de ce vitellus. L'embryon présente alors la forme d'une demi-sphère largement ouverte, et formée de deux feuillets, dont l'intérieur n'est que la continuation du superfi-
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ciel. Le long de ce dernier court le sillon dorsal, depuis l'ouverture jusqu'au pôle opposé. En orientant cet embryon comme Tœuf de la flg. 10, on voit encore la queue du petit poisson naître parallèlement à l'axe, vers la gauche, et Textrémité du sillon dorsal tournée vers l'ouverture est toujours l'extrémité postérieure du système nerveux central. Or, dès son premier travail, Kowalevski indiquait des rapports tout semblables entre les diverses parties de l'embryon de VAs, mamillata. Là aussi, la queue se dirige vers la gauche, en faisant, il est vrai, un certain angle avec l'axe, au lieu de lui demeurer parallèle.
Pour Kupffer, les choses se passent ïÂen autrement, et il ne dissimule pas le désappointement qu'il éprouve de rencontrer un processus très-différent de ce qu'il attendait, a connaissant les stades précédents et suivant là comparaison qui s'imposa^ à son esprit entre la larve des Ascidies et les embryons des Vertébrés. » L'invagination du tube digestif a pour premier résultat le refoulement des cellules du fractionnement vers la partie postérieure; puis le sillon dorsal venant à se creuser, ces cellules, pressées vers le bas, forment un petit amas dans la région infero-postérieure de Tembryon. Au sein de cet amas, on aperçoit bientôt deux cellules parallèlipipédiques, situées assez près Tune de l'autre, et distinctes de leurs voisines par leur grosseur et par leur aspect moins granuleux et pourtant plus obscur; c'est là le premier rudiment de iachorde. Plus tard, deux autres séries de cellules se séparent encore latéralement de la membrane superficielle et donnent naissance ultérieurement aux cellules musculaires de la queue. Gomme on le voit d'après cette description, la chorde dorsale naîtrait, sinon au pôle opposé à l'ouverture d'invagination, du moins du côté opposé et à l'extrémité de la diagonale menée vers l'extrémité postérieure. De plus, les cellules primordiales seraient bien plus éloignées de l'ouverture, que cela n'a lieu, d'après Kowalevsky, chez VA, mamillata. En ce point, les observations de Metschnikoff concordent avec celles de Kupffer, pour ce qui a trait à la direction dans laquelle naît la queue, car, pour le reste, il parait plutôt, comme nous allons le voir, fournir des arguments à Kowalevsky.
Ce dernier, en effet, loin d'abandonner son ancienne manière de voir, y revient et la développe dans son nouveau travail. Kupffer s'était efforcé d'indiquer la canse possible de son erreur : a Sans doute, dit-il, l'ouverture d'invagination se ferme plus rapidement
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chez VA. mamillaia que chez la eanina. Or, c'est seulement quand cette ouverture est largement ouverte que Ton peut déterminer les rapports de la queue avec le système nçrveux. Que cette observation présente de grandes difficultés, c'est ce que j'ai suffisamment éprouvé, mais elle doit être presque impossible là où l'ouverture d'invagination disparaît plus rapidement. »
Kowalevsky repousse cette planche de salut. Il reconnaît qu'il a commis une erreur importante en croyant voir la trace de l'ouverture d'invagination persister à l'extrémité postérieure du sillon dorsal, pour former plus tard l'ouverture anale. Mais il a soin d'atténuer cette erreur, en citant l'opinion également erronée de Metscbnikoff : « Comme je ne vois jamais disparaître l'ouverture d'invagination, et que c'est précisément à la place où elle se trouve qu'apparaît, plus tard, l'ouverture buccale, il me paraît très-vraisemblable que cette dernière provient directement de l'ouverture primitive d'invagination. »
C'est, comme le dit Kov^ralevski, une erreur singulière ; mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que, malgré l'opinion de KupfFer, qui croit trouver dans le travail de Metschnikoff la négation de presque tous les résultats de Kowalevski, ce dernier semble au contraire profiter du vague laissé dans les descriptions de son compatriote pour en tirer une confirmation de ses vues personnelles. C*est ainsi que Metschnikoff, ayant décrit, avant l'apparition du sillon, la naissance d'un ensemble de cellules qu'il nomme appareil en fer à cheval et d'où naîtraient, suivant lui, la chorde et le système nerveux, Kowalevsky répète, en la développant, cette observation et en tire des conclusions radicalement opposées aux faits que Kupffer a exposés.
« Si l'on observe du côté dorsal, l'embryon au stade fig. 9, on voit à la partie superficielle une couche de cellules tout à fait uniformes, c'est le feuillet supérieur; mais, si l'on change de points on remarque que les cellules du feuillet inférieur, qui entourent l'ouverture d'invagination, s'écartent un peu des autres cellules de ce feuillet; dans une coupe longitudinale, les deux cellules situées à la partie antérieure de l'ouverture, s'inclinent et s'écartent légèrement de leurs voisines. Tel est l'appareil dit en fer à ehevai. » Au stade fig. 9, il se compose de douze cellules, six de chaque côté de la ligne médiane. La fig. 11 représente une coupe de cet appareil, passant par le plan de l'ouverture d'invagination, elle est renversée à tort dans les
Arch. db Zool. bxp. vt okn. vol. I. 1872. 17
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planches de Kowalevsky, et fort mal décrite par ce naturaliste.
Pendant la fermeture du sillon dorsal, et même avant cette fermeture, sur un certain nombre d'œufs, les douze cellules de Tappareil se rapprochent et en même temps se multiplient, de façon à former un disque régulièrement ovale. Ce disque de cellules est, comme l'avait déjà dit MetschnikofF, le rudiment de la chorde dorsale.
MetschnikofT ayant renoncé à l'idée de faire naître également de ce disque le système nerveux central, doit par suite abandonner le parallèle quUl cherchait à établir entre ses observations et celles de Rathke, sur les Hirudinées. Chez ces animaux, la bandelette primitive, formée aux dépens du feuillet inférieur, se divise pour donner naissance au système musculaire et au système nerveux.
Nous reconnaissons volontiers Texistence de ce disque ovalaire qui, en se transformant, forme réellement la chorde dorsale de la larve; mais nous n'avons pas observé Tappareil en fer à cheval et ne . pouvons que confirmer les observations de Kupffer, sans vouloir mettre en doute l'exactitude des recherches beaucoup plus minutieuses de Kowalevsky.
Aux stades suivants, Kowalevsky considère l'embryon comme formé de feuillets bien distincts, destinés à former les différents systèmes d'organes de la larve. Le feuillet supérieur forme la couche épithéliale qui enveloppe Tembryon de toutes parts et se prolonge directement dans le sillon dorsal. Ce feuillet dérive immédiatement de ce que nous avons appelé antérieurement feuillet supérieur primitif, lequel peut être suivi jusque sur les fig. 5, 6, 7 (bcd) (1); c'est la couche unicellulaire du blastoderme transformée et ayant subi, d'un côté, l'invagination dont nous avons parlé. Quant aux parties internes de l'embryon, elles sont constituées par le feuillet gastroglandulaire (Darmdrûsenblatt), qui forme, à la partie antérieure, la première portion du tube digestif (Vorderdarm) et qui, à la partie postérieure, se continue jusqu'à l'extrémité de l'embryon par une double série de cellules (dd, dd'). Sur la double série de cellules gastroglandulaires, se trouve la chorde dorsale, sous-jacente elle-même au système nerveux ; enfin de chaque côté de la chorde, les cellules du feuillet médian ou musculaire, décrites pour la première fois par MetschnikofT, qui en a reoonnu la nature et les propriétés. Kowalesky reconnaît avec raison que Ton s'est trompé (et lui-même avait
(1; Voj. Archives 50. Zool eœp. et gen» PI. IX, 6g 18.
donné Pexemple de cette erreur) en attribuant à la queue une direction oblique. Cette partie garde, au contraire, une symétrie parfaite, par rapport au corps de la larve.
Kowalevsky est le seul qui ait décrit le prolongement caudal de ce qu'il appelle le feuillet gastroglandulaire (en langage ordinaire : tube digestif primitif). Ce prolongement jouerait, selon lui, dans la suiie un rôle très-important, car ses cellules, transformées, deviendraient les globules du sang de la larve; nous n'avons rien vu de semblable chez les espèces d'ascidies simples ou composées que nous avons étudiées. Or, conune chez plusieurs de ces espèces, le système branchio-digestif embryonnaire possède une coloration différente des autres organes, il nous parait dif&cile qu'un prolongement de cette nature ait échappé à nos investigations.
VU
La peau et ses organes.
La peau est formée par la membrane externe unicellulaire. Les seuls organes intéressants qui y prennent naissance sont les papilles adhésives décorées par Ganin du nom d'organes médusiformes ou soies tactiles (Tasthaaren). KuptTer prétend aussi que les papilles de la larve de VA. canina sont garnies de soies courtes et raides. Je ne puis partager cette manière de voir car je n'ai rencontré cette disposition chez aucune des larves de diverses espèces que j'ai examinées, et ce qui a fait croire à la présence de soies n'est qu'une apparence due à la structure striée de la substance contenue dans le renflement terminal. Les capsules papillaires sont des glandes ainsi que Kov^alevsky l'a parfaitement reconnu bien qu'elles ne dépendent pas de son feuillet gastro-glandulaire. Au moment où la larve se fixe la substance gélatineuse fortement condensée dans le renflement terminal s'échappe brusquement et forme une sorte de Quage sur la plaque de verre où l'on a placé le têtard. C'est ce qu'on peut observer avec la plus grande facilité sur les larves très-curieuses d*un genre nouveau d'Ascidies composées, les Astellium, Les papilles sont constamment au nombre de trois chez toutes les Ascidies à larves en têtard dont j'ai examiné les embryons. Une seule fois j'ai trouvé quatre de de ces organes sur un têtard S! Astellium^ mais c'était là évidemment
i^ A. CfrIABD
un cas teratologique. Les papilles reposent sur un renflement (1) particulier de la membrane superficielle qui est parfois supportée par un long pied destiné à le rattacher à la larve (Claveline). Ce renflement présente chez la Claveline lépadiforme Tapparence d'un sabot.
Comme dépendance de la peau nous devons encore citer les prolongements que Ganin a appelés organes en pelottes et qu'il a observés chez les Didemnium où en effet ils méritent ce nom. Ces organes sont en nombre variable suivant les espèces et même chez une espèce unique on peut en compter plus ou moins sur divers embryons. Ce sont des espèces de bourgeons qui naissent en différents points de la masse cellulaire centrale non encore différenciée et toujours colorée comme le vitellus : masse que Ton désigne comme nous l'avons dit plus haut sous le nom de système gastrobranchial primitif.
Les organes en pelotte sont situés à la partie antérieure des larves des Didemnium^ des Leptoclinum^ des Astellium et de quelques espèces d'Àmarouques : ils alternent ^vec les papilles d'adhérence avec lesquelles M. Edwards les avait confondues autrefois sous le nom à'appendices frontaux.
Ces appareils méritent à peine un nom spécial car ce sont simplement les représentants chez la larve de ce que Savigny appelait tubes marginaux chez les Botrylles et voilà pourquoi on ne les rencontre que chez les ascidies composées, les seules qui se reproduisent par bourgeonnement. L'étude de ces organes a cependant un certain intérêt et l'on en peut tirer un bon parti pour la classification, car si leur nombre varie, leur forme est très-constante pour une même espèce et très-différente dans les différents groupes d'ascidies composées. En effet les tubes portent des renflements sphéroïdes, fusiformes, renif ormes, etc. ; ils peuvent être simples ou ramifiés (2). Chez
(1) C'est un organe analogue à ce renflement qu'on a décrit naguère comme un cloaque commun sur les larves des Botrylles.
(3) La disposition des tubes marginaux permet de former chez les Ascidies composées de grandes, divisions qui sont confirmées du reste par beaucoup de faits anatomiques. 1* Ces tubes peuvent former des stolons partant de la partie inférieure de l'Ascidie mère et portant les bourgeons. C'est la section des Ascidim catenata (Clavelines, Perophore, Botrylles, etc.) 2" Les tubes gemmifères peuvent se, produire sur la partie ovarique de l'Ascidie mère et former directement des blastozoites : c'est la section des Asddim ghmerata (Amarouques, Polyclinés, etc.) 3» Enfin ces tubes peuvent naître à la région pylorique de l'individu mère : c'est la section des Ascidim reticulatsB (Leptoclinum, Didemnium, Astellium). Le groupe des Ascidies sociales n'a pas la moindre valeur zoologique et se relie d'une façon immédiate aux types de notre première division des Ascidies composées.
une Âmarouque très-intéressante que j'ai pu étudier à RoscofF, et que je crois nouvelle, les tubes se séparent de la masse centrale et forment de petites masses isolées à la partie antérieure comme une couronne de perles dont chaque grain devient plus tard une Ascidie; chez une autre espèce appartenant au genre Polyclinum il part en deux points du corps des sortes de rameaux feuilles qui sont les origines des systèmes composés de l'animal adulte.
Nous retrouvons pour le développement de ces appendices, la loi générale dont nous avons déjà parlé. Plus une Ascidie est placée à un rang inférieur dans le groupe , plus la métamorphose rétrograde est rapide et précoce chez le têtard. H en résulte que chez Jes Ascidies composées les plus élevées (Glaveline, Pérophore, Botrylles), les prolongements radiciformes ou organes en pelotte, ne se produisent que sur la larve déjà fixée tandis que chez les Amarouques, les Didem» nium^ ils existent déjà sur la larve mobile. Enfin chez les Ascidies tout à fait inférieures comme les AstelUum^ ces prolongements sont déjà transformés en autant de sacs branchiaux sur le têtard à peine fixé et encore muni de son appendice caudal.
Il faut bien se garder de confondre avec les organes dont nous venons de parler d'autres prolongements qui se produisent surtout chez certaines Ascidies simples et présentent dans leur ensemble de véritables mouvements amœboïdes. Ces prolongements ont été signalés par Van Beneden sur le têtard de VA$. AmpuUotdes. Ils existent également sur celui d'une Ascidie du même groupe mais beaucoup plus petite et que l'on trouve communément à Roscoff au milieu des touffes de Cynthia rustica qui tapissent le dessous des rochers. Les ascidies de ce groupe sont transparentes, possèdent un foie séparé du tube digestif et un organe de Bojaous. Elles forment le passage du genre Gynthie au genre Molgule auxquelles elles se relient par une espèce intéressante également commune à RoscofT sur les pieds des sargasses et qui doit, je pense, former un genre nouveau . C'est une Ascidie de petite taille (volume d'un pois environ), présentant les orifices et la branchie de la molgule dont elle a aussi le test agglutinant, mais au lieu d'être libre cette espèce est fixée et son corps de Bojanus est complètement rempli par une concrétion réniforme solide présentant l'aspect et la cassure d'un morceau de cire d'Espagne d'un brun rougeâtre.
Le têtard de cette espèce possède un appendice caudal à peine égal au tronc et très*peu persistant, il nage pendant un temps très-court :
M} A. OIARD
mais une fois adhérent à un corps solide il peut se déplacer à la surface de ce corps au moyen des prolongements amœboldes fort nom* breuz qu'il présente. On sait que chez le Molgule, comme l'animal adulte n'est pas fixé la larve n'a pas de queue et possède seulement les appendices dont nous venons de parler.
Système nerreui du têtard.
Dans son premier travail Eowalevsky représente et décrit sous ce nom, une vésicule à peu près sphérique, située vers le milieu du corps, à parois amincies antérieurement, épaissies postérieurement et du côté ventral. Il place le tube digestif entre cette vésicule et la queue. Pour Kupffer, la larve de VAs. eanina possède outre cette vésicule un prolongement funiculaire dont la terminaison est difficile à voir, mais qui se prolonge visiblement assez loin dans la queue. C'axe de cordon nerveux est creusé d'un canal très-délié; visible seulement mais alors très-nettement à un grossissement de 200 diamètres, ce canal (p) débouche à la partie inférieure de la grosse vésicule cérébrale (1).
Excité par cette découverte, Kowalevsky décrit dans son nouveau mémoire un système nerveux constitué par deux renflements successifs et un canal médullaire s'étendant jusqu'à Textrémité de la chorde. Il constate en outre une communication de la cavité du système nerveux avec le tube digestif sous-jacent et une autre ouverture située à la partie antérieure et mettant le système nerveux en communication avec l'extérieur au point où doit se former plus tard l'ouverture buccale. Cependant cette dernière ouverture se ferme à un certain moment tandis que la première persiste sur la larve ; Kupffer a quelquefois observé Tapparence d'une ouverture du système nerveux sur la membrane superficielle au point indiqué par Kowalevsky, mais ce n'était qu'une apparence. Sur plusieurs embryons de Pérophore, j'ai vu aussi une ouverture extérieure du système nerveux mais du côté opposé à celui où on l'a observé précédemment, c'est-à-dire entre la vésicule nerveuse et la queue, et je crois que cette ouverture n'est pas le reste du sillon dorsal mais bien une formation nouvelle. La vésicule dite nerveuse ou cérébro-
spinale me paraît remplie d'un liquide que la larve peut expulser à volonté par les contractions de cet organe, contractions qui ne s'expliqueraient pas sans l'existence de l'ouverture en question. Quant à la communication entre le tube digestif et le système nerveux, je n'en ai pas vu de traces et ici encore je suis porté à croire que Kowalevsky s'est trop laissé conduire par les travaux publiés soit par lui-même, soit par ses amis sur l'embryogénie de l'Amphioxus (1), des Plagiostomes (2), des Acipenserides (3), de l'Axolotl (4) et des Poissons osseux (5).
Voici au reste comme les choses se passent d'après Kowalevsky ; quelques temps après la fermeture de l'ouverture antérieure du système nerveux, dernier reste du sillon dorsal, on voit la vésicule cérébrale former un léger prolongement antérieur, a Les cellules de la peau situées au-dessus de ce prolongement se disposent en disque et se distinguent de leurs voisines par la présence à leur intérieur de certaines vésicules très-fines. Puis la partie centrale du disque s'invagine et se met en rapport avec le prolongement antérieur de la vésicule des sens. La couche cellulaire du disque et celle de la vésicule se confondent et il se forme ainsi une ouverture immédiate de cette vésicule à l'extérieur. Mais en même temps la partie antérieure du tube digestif s'est notablement allongée vers le haut : elle atteint * bientôt Tinvagination de la peau et se soude également avec elle. Lorsqu'ensuite l'ouverture de la partie invaginée devient la bouche , l'ouverture du système nerveux persiste un peu plus dans la profondeur et devient le disque vibratile bien connu ou commence le sillon ventral également vibratile. Kupflér a vu cette ouverture et il en parle à la page 40 de son mémoire, mais il n'a pas suivi sa formation. »
J'ignore si, dans une nouvelle édition de son travail, Kupffer a décrit quelque chose de semblable , mais je ne trouve rien de pareil
(1) Nouvelles recherches sur le développement de l'Amphioxus par Kowalevskt. Zapiski, de la société des naturalistes de Kiew, t. I. p. 305, pi. XTV.
(3) KowALBVSKT. ~ Contributions à l'embryogénie des Raies et des Squales d'après des recherches sur le Mustellus lœvis et l'Acanthias vulgaris. Zapiski, etc. t. 1. p. 163. PI. VIT, fig. 17 et 18.
(3) Etudes sur le développement de l'Esturgeon par A Kowalbvskt, Owsianni- Kow et N. Wagner, BulleUn de l'Académie imp, des Se. de S. Péterbourg, t. VII, 1869, p. 176.
(4) Recherches inédites de Bobrbtskt.
(5) Recherches inédites de Kqwal£vs.kt sur les œufs de Platessa passer, Lota vulgaris, etc.