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DES VERTÉBRÉS ET DES TUNIGIERS

PAR

Alfired QIABB

La classe des Tuniciers est certainement Tun des groupes les plus curieux du règne animal ; il en est peu qui aient donné lieu à des découvertes plus intéressantes et conduit à des résultats plus importants pour la loologie générale et la morphologie des êtres organisés. Il suffit de rappeler que c'est en observant les Salpes ou Biphores que Ghamisso trouva le fait fondamental de la génération alternante. Cependant après Lamarck le fondateur du groupe, après Savigny qui du premier coup porta à un si haut degré de perfection Tanatomie de ces animaux, après Audouin et Milne-Ëdwards qui firent mieux connaître les métamorphoses des Ascidies, on sembla croire un moment que le sujet était épuisé et rien d*important ne parut en France sur ces questions jusqu'à la belle découverte du Prof, de Lacaze Duthiers sur Tembryon de la Molgule et le développement de cette espèce comparé à celui des Phallusies : travail encore presque inédit mais dont les priiicipaux points ont déjà été exposés dans les leçons de la Sorbonne et ont excité l'étonnenxent des zoologistes.

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Eq Allemagne et surtout en Russie il a paru depuis quelques aunées plusieurs mémoires très-étendus sur Fembryogenle des Ascidiens : l'un de ces travaux, celui de Kowalevsky (1), semble avoir ouvert une ère nouvelle dans ce genre d'étude en signalant i l'attention des zoologistes les ressemblances que Ton observe entre le têtard des Ascidies et l'embryon du vertébré le plus inférieur de YAmphioxus. Tandis que certains naturalistes adoptent entièrement l'idée de Kovsratevsky, Torigine ascidienne des vertébrés, d'autres au contraire la combattent avec une grande vigueur et cherchent plutôt a mettre en évidence les liens qui unissent les Tuniciers aux Arthropodes et aux Hirudinées. Parmi les premiers nous devons citer surtout Kupffer (2) et Ganin (3) qui ont essayé de compléter l'un sur les arcidies simples» l'autre sur les ascidies composées, la détaionstration ébauchée par Kowalevsky lequel vient lui-même de couronner son œuvre (4) en réfutant les objections de Metschnikoff (5), son principal adversaire. Il faut dire d'ailleurs qu'en exposant les résultats de ses recherches, Kovsralevsky ne nie pas les rapports qui existent entre le développement des hirudinées et celui des Ascidies; mais il veut avant tout démontrer qu'il y a homologie parfaite entre les différents processus embryonnaires de ces derniers animaux et ceux . des vertébrés, depuis l'œuf jusqu'à la métamorphose rétrograde qui suit la fixation du têtard des ascidies. Etablir que la larve de TAscidie présente la même disposition relative des grands systèmes organiques et le même développement qu'un embryon de vertébré : con dure de ce rapprochement l'origine ascidienne de VAmphioxus et des vertébrés ichthyoides : tels sont les résultats principaux que pensent avoir obtenu Kupffer, Ganin et Kowalevsky (6).

(1) Voy. KOWALSVSKT : Mémoires de V Académie de Saint-Pétersbourg. VII série, ♦t. X : 1866.

(2) Voy. C. KuppFBR : De la parenté entre les Ascidies et les Vertébrés : Die Stammvenoandtschaft aioischen Atcidien und Werbelthieren. {Archiv fOr mikroskopisckc Anatomie wn Max Schuîtze ; 6 Band 2 Heft) : 1870.

(3) Voy. Ganin : Faite nouveaux relatifs au développement des Ascidies. Neue Thatteken aû$ der Entioicklung geschichtc der Ascidien. {Zeitschrift f, loissenschaftl Zoologie von Siebold et KolUker, T. 20 4 Heft, P. 512-518, 1870.

(4) Voy. Kowalevsky. Nouvelles recherches sur le développement des Ascidies simples. Weiiere Stùdien iiber die Bntwicklung der einfachen Aseidien. (Archiv fût mihroskopische Anatomie von Max Schultzb. 7 Band 2 Heft, PU XI, XII et Xlll)

(5) Voy. Mbtscbnizoff. BvXUtin de V Académie imp . de Saint-Pétersbourg, T. XIII, p. 293. 1869.

(6) Il y a déjà longtemps qu'un auteur ang>ais, Goodsir^en se plaçant au point de vue purement anatomique a rapproché les Aseidies des vertébrés inférieurs. Voy.

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Ces résultats étonnent au premier abord. Ils exercent une séduction toute particulière sur les esprits audacieux qui croient trouver là le passage tant cherché entre les deux grands sous- règnes séparés depuis Aristote. Aussi Ë. Haeckel (1) s'est-il emparé immédiatement de ces faits embryogéniques pour dresser les tableaux généalogiques de son Histoire naturelle de la création et donner la phylogénie complète du groupe des vertébrés. M. Huxley lui-même ne peut se défendre d*un certain faible pour ces idées qui dans le principe lui paraissaient renversante». « J'avouerai, dit-il, que plus j'y réfléchis plus je trouve de raisons en faveur de cette opinion bien que je ne sois pas convaincu qu'il existe un parallélisme véritable entre le mode de développement du ganglion de Tascidien et celui de Taxe cérébro-spinal du vertébré. »

Pour nous il nous semble qu'il y a dans les travaux de Kupffer et de Kowalevsky à côté d'observations excellentes des interprétations exagérées et souvent critiquables provenant de ce que ces naturalistes ont voulu transporter dans Tembryogénie des Ascidies les notions quUls ont acquises par l'étude des embryons de vertébrés : Kowalevsky cherche obstinément à retrouver dans le développement de VA. Mamillata ce qu'il a vu et décrit chez VAmphioxus (2) et Kupffer en étudiant VA. eanina songe à chaque instant à ses observations sur les poissons osseux (3).

Il faut reconnaître aussi que Ton est loin d'avoir suivi le développement de toutes les espèces connues du groupe des Ascidies et des découvertes comme celle de l'embryon de la Molgule sont de nature à rendre prudents les. esprits les plus téméraires.

Enfin tous ceux qui se sont occupés de l'embryogénie des animaux inférieurs savent que s'il est souvent très-difficile de suivre un embryon, véritable protée dont les formes changent à chaque instant, il est encore plus embarrasseint d'interpréter les apparences que l'on a sous les yeux quand même elles présentent la plus grande netteté. De là deux sources principales de malentendus entre les naturalistes

GooDsiR. On the Ânatomy of Amphioxut UmeeoJatw. (Trans of the roy. Soc. Editaburgh, 1844, t. XV, p. 254;.

(1) Voj. HaCEEL. Histoire naturelle de la création. NatiirUche Schcepfungs-geBehichte. Leçons 16 à 20 et Morphologie générale. Genêrelle MorT^hologiey t. II, et III et p. 425.

(2) Voy. KowALÉTSXT. Mém. de VAcad. de Saint-Pétersbourg ^ VII série, 1868. (8) Voy. KupFrBR. Observations sur le développement des poissons osseux

Archives de Max Schultz». T. IV, p; 208-272 et 3 pi.

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