HISTORIQUE
Depuis les belles études de Von Siebold sur Tappareil de Taudition des Mollusques , on est d*accord pour considérer chez ces , animaux comme un oi^ne des sens destiné à percevoir les vibrations des corps, deux vésicules remplies d'un liquide au milieu duquel flottent ou tremblotent des particules calcaires et qui communiquent directement avec le système nerveux central.
Ces vésicules ont été l'objet de recherches nombreuses ; aussi leur histoire à bien des ^;ards a pu être regardée comme étant à peu près complète.
Les incertitudes des premiers moments qui suivirent leur décou* verte sont depuis longtemps passées ; nous ne sommes plus à Tépoque où on les prenait chez rembryon, qui les présente de très-bonne heure, tantôt pour des ganglions nerveux (Van Beneden) (1) , tantôt pour des yeux (ÂUmann) (2).
Dans ranimai adulte, elles ont des caractères trop spéciaux pour
(1) Voy. Atm* deê 80. nat., toI. XV, 1841, pag. 1S7, pi. I, fig. 18, 15, 17. (3) Voy. Ann. tmd mag. afnai, fttfi., toL XVI, 1846, pi. VIT , fig. 10 et II Gd. organt of Tision.), pag. 146.
donaer lieu à de pareilles méprises ; aussi Ëydouz et Souieyet (1) les avaient signalées chez les Géphalophores depuis fort longtemps en indiquant même leur fonction, mais sans trop donner de raison.
Gaudichaud et Laurent les avaient aussi vues.
Enfin Krobn, en 1839, publia dans les Archives de Mtdler un travail fort intéressant où il indiquait la forme, la position de ces organes d'une façon pssez précise dans quelques espèces, pour avoir beaucoup contribué à accroître nos connaissances.
Le mémoire le plus remarquable, le plus saillant est celui de M. Von Siebold ; il date^de 1843 et fait connaître avec beaucoup plus de détails qu'on ne l'avait fait avant lui les rapports apparents des vésicules auditives dans un grand nombre d'espèces.
Aujourd'hui la présence de ces organes ne fait plus aucun doute, et chaque fois qu'on les recherche on en constate l'existence. Aussi faudrait-il citer dans leur histoire les noms de presque tous les auteurs qui ont fait des recherches anatoaiiques sérieuses sur les Mollusques.
On peut le dire, après le mémoire de M. Von Sielt^ld, les capsules auditives trouvèrent leur place dans toutes les descriptions anatomiques,et à partir de ce moment, sauf un mémoire spécial sur l'objet, celui de M. Adolf Schmidt (2), on doit puiser les renseignements dans un si grand nombre de monographies, qu'il serait inutile et impossible de pouvoir les analyser toutes .
Je reviendrai naturellement sur plusieurs de ces travaux, soit pour appuyer quand il en sera besoin les résultats que je présente, soit pour in&rmer des opinions qui ne sont plus en rapport avec les faits nouveaux qu'on trouvera ici. »
Laissant donc décote les détails historiques, ne considérons que
(1) Voy. VInstiiui, 1838, pag. 376.
(3) Voy. GiBBBL und W. Hbint's, Ze%t$ehrift fiir diê gtÈmnmtm natu»r9%u$fu- «haf^tfiH 185S, n* XI, 989. Taf. II à IV.
oTocr^yrs» ose MoiijiUaQUEs w
les opix4(»i9 eailiaates gui resBortent de TétttdQ des travaui particuliers et dans lesquelles oa peut recueillir las dounées générfiles 4q rhistcrire de cet orgaue.
D'abord tous les auteurs qmi ont fait èonnaltre le Système nër^^^eux des HétérOpodes, Garltlaires et Firoles (Milne-Edwards, Hulley, Leydig^ Gegenbaut, etc., etc.), sont absolutneht d'accord sur ce pblnt : la vésicule auditive est suspendue pai* un Véritable herf, un msH acoustique, aux ganglions Sus-œsophagieiià ou ganglioiië céMbifèlde^. Le même accord se montre encore entre tous les malacotomistes quand il s'agit de quelques Nudibrancbes, de» Eolidiens (de Quatrefages, Allmann, Htocock et Embleton, etc.). Tous les naturalistes, etils sont nombreux, qui ont disséqué une espèce de ce groupe el en ont dessiné le système nerveux, admettent des rapports plus ou moins immédiats enti*e leb gànglons sus-œsophagiens et les capeules auditives.
D'un autre côté, pour la plupart des autres Gastéropodes, tout le monde admet, et les dessins comme les descriptions gù. font foi) que ces organes sont en connexion intime et directe avec les deux ganglions symétriques antérieurs qui, innervant le pied, reçoivent pour cela le nom de ganglions pédieux.
Or, en rapprochant ces deux opinions l'une de l'autre, on arrive i eette conclusion inévitable : qu'un organe des sens peut être ches les Gastéropodes indifféremment uni, et directement eh connexion immédiate avec deux centres nerveux aussi différents que les ganglions cérébroïdes et les gangtions pédieux.
Cette conclusion, on la trouve encore formulée dans un ouvrage tout récent d'anatomie comparée de M. Gegenbaur, ainsi qn'on le verra plus loin.
Moi-même, dans les monographies anatomiques de plusieurs Cas* téropodes que j'ai publiées ainsi que tous les malacologistes, j'a\ décrit et figuré les vésicules auditives comme ayant des rapports immédiats avec les ganglions pédieux.
Cependant, à priori, n'est-on pas porté à trouver étrange une pareille variation dans des rapports aussi importants que ceux d'un organe des sens et d'un centre d'innervation t
Cette réflexion m'a.poursuivi bien longtemps; aussi quand, dissé-
quant la Paludine si bien étudiée cependant par M. Leydig, j*ai rencontré les vésicules auditives éloignées des ganglions pédieux, j*ai admis à priori qu'il devait être possible de conduire le nerf jusqu'au centre sus-CBsophagien.
En faisant plus tard l'étude de l'Âncyle, et recherchant la structure du ganglion centrai cérébrolde, je trouvai une poche à parois cellulaires suspendue à ce centre par un filet grêle (1); dès lors j'entrepris la recherche d'un nerf acoustique qui, à mes yeux, devait exister; et mes prévisions se trouvèrent justifiées.
Ce qui a évidemment retardé les progrès, c'est qu*on a surtout observé d'une certaine façon et qu'on a étudié des animaux chez lesquels les rapports sont le plus difficiles à reconnaître.
Sans une méthode défectueuse d'investigation, l'erreur n'eut point été aussi prolongée et les faits nombreux qu'il faut aujourd'hui relever comme inexacts n'encombreraient pas la science. Ils n'auraient d'ailleurs pas servi d'arguments contre quelques données générales de la plus haute importance.
Pour fixer les idées tout de suite et apprécier avec toute connaissance de cause les opinions des auteurs les plus accrédités, voici quel a été le résultat des recherches entreprises pour démontrer à posteriori ce que le raisonnement conduisait logiquement à admettre ^ priori :
La position de l'organe de F audition ou poche à otolithe peut varier; mais ses connexions immédiates avec le système nerveux central restent toujours et constamment les mêmes dans les Gastéropodes^ les Hétéropodes et les Céphalopodes. Le nerf acoustique natt toujours du ganglion sus-œsophagien ou cérébroïde qui se trouve par cela même avoir sous sa dépendance un organe des sens de plus et la sensibilité spéciale, tandis que le ganglion pédieux reste plus directement attribué à la motricité.
Tels sont les faits qu'il faut prouver, car ils sont en opposition avec l'opinion de tous les auteurs.
(1) V07. Aroh. de ZooX, eocp, et gén., vol. I, pi. V, fig. 93.