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SUR QUELQUES POINTS DE L'ORGANISATION DE L’ANCHYNIE

Par Lé Proresseur NICOLAS WAGNER De Saint-Pétersbourg.

C'est pendant l'hiver de l’année 1883-1884 que, pour la première fois, l'Anchynie a été observée dans les eaux du golfe‘ de Naples ; et les individus se sont trouvés très différents de ceux qu’on connaissait jusqu'à présent. Leurs corps avaient une forme parfaitement sphéroïdale, et ils ne portaient ni appendice caudal ni aucune trace d'organes génitaux (pl. VII, fig. 4).

Ces individus avaient été recueillis en abondance pendant tout le mois de novembre et de décembre aux environs de l’île de Capri; mais presque tous les exemplaires qu’on m'’apportait ne possédaient rien de semblable à un stolon. Dans deux cas seulement, j'ai vu cet organe qui, par sa grandeur aussi bien que par sa structure, ne ressemblait nullement au stolon décrit par MM. Kowalevsky et Barrois * (pl. VII, fig. 1). |

Malgré cette différence, je crois pouvoir supposer que l’Anchynie de Naples ne présente qu’un stade de développement de l’Anchynia rubra (Vogt). Quant à savoir sile stade que j'avais sous les yeux correspondait aux bourgeons nourriciers ou aux bourgeons médians de Doliolum, c’est une question à résoudre.

En général, la disposition des organes de l’Anchynie ressemble

beaucoup à celle des organes d’un bourgeon de Doliolum tels qu'ils

1 Journ. d'anatomie et de physiologie, t. XIX, janv.-févr. 1883.

sont représentés par Grobben’. Aussi l'opinion de Vogt concernant les affinités du Doliolum et de l’Anchynie qu'il propose de nommer Doliopsis?, ne peut-elle être contestée.

Tous les individus de l’Anchynie, qu’on m’apportait étaient très peu mobiles. Ils restaient sans mouvement au fond des vases ou bien se mouvaient très lentement et ne présentaient pas du tout ces bonds énergiques que possèdent les Doliolum. Je ne crois pas pouvoir admettre que cette lenteur et cette faiblesse des mouvements existent dans l’état naturel de l'animal ; mais, en même temps, je suppose que l'énergie de leur mouvement ne peut pas être comparée à celle du Doliolum. Un coup d’œil jeté sur le système musculaire du Doliolum et de l’Anchynie nous montre une différence énorme. Au lieu de sept ou neuf cercles musculaires plus ou moins fortement

développés destinés à comprimer la cavité générale du Doliolum,

l’'Anchynie n’en possède que deux paires faiblement développées

qui entourent les orifices de cette cavité. En même temps, elle a une paire de muscles bien minces qui s'étendent en lettre S sur les deux plans du corps. Evidemment avec une telle organisation musculaire on ne peut s'attendre à des mouvements rapides et énergiques.

De plus, la forme générale du corps n’est point adaptée à l’exécution de pareils mouvements. C’est un ballon qui. peut à peine être comprimé, et chaque contraction ne peut rejeter qu'une petite quantité d’eau qui, en outre, doit, avant de sortir, passer à travers vingt-trois paires d’orifices branchiaux très étroites. Chaque contraction, par conséquent, ne peut déplacer le corps de l’Anchynie que sur un espace très restreint.

Tous ces inconvénients ont disparu dans le Doliolum. Son corps

est allongé, il porte deux larges ouvertures sur les deux bouts oppo-

1 Carl GRoBBEN, Doliolum und sein Generations wechsel, 1882 (Arbeit. aus. d. Zool. Inst. zur Wien., Bd IV, Jaf. XXI, fig. 19).

2 C. Vocr, Sur les Tuniciers nageants de la mer de Nice (Mém. de l'inst. de Genève, J.11,1854).

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(ro

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sés, il est muni de fortes bandes musculaires. Avec une pareille structure, l'animal peut faire des bonds assez rapides et à grande distance. Enfin, à travers la cloison branchiale du Doliolum munie des larges ouvertures, l’eau passe plus Hbrement qu'à travers la cloison d’une Anchynie qui porte les branchies et en même temps le canal alimentaire.

Cette comparaison de la forme générale du corps et du système musculaire des deux genres nous montre que l’Anchynie présente un type moins adapté aux conditions de la vie à la surface de l’eau, moins perfectionné que le Doliolum. Les données suivantes nous amènent à la même conclusion. Le Doliolum est une forme très commune, son aire de distribution est très répandue, tandis que l’Anchynie n’a été trouvée jusqu'à présent que dans le golfe de Villefranche et dans l’océan Atlantique (Anchynia Savigniana, Eschsch.). Le genre Doliolum est composé de quelques espèces avec plusieurs variétés, tandis que le genre Anchynie ne renferme que deux espèces. Elles sont comme le dernier rejeton de la série phylogénétique qui s’est conservée jusqu’à nos jours. |

‘En comparant la phase de l'Anchynie que ij'ai observée à Naples avec celle décrite par Vogt, Kowalevsky, Barrois et Korotneff, nous trouvons une différence assez considérable dans la forme générale du corps. L’Anchynie observée par Barroiïs à le corps beaucoup plus développé en hauteur, presque ovoïde, tandis que l’Anchynie de Naples représente une sphère régulière. La tunique de celle-là est beaucoup plus développée en bas du côté de l’endostyle, qu’en haut du côté du ganglion nerveux.

Dans cette partie épaisse de la tunique, nous remarquons une échancrure assez profonde qui s'enfonce dans le corps même. Dans l’'Anchynie de Naples, au contraire, la tunique a une épaisseur égale sur toute la surface du corps. Le seul endroit où la tunique manque complètement, c’est à sa partie postérieure ou terminale qui se prolonge en forme de mamelon. Kowalevsky et Barrois donnent à cette partie le nom de pédoncule.

Outre ces différences dans la forme générale du corps et l’épaisseur de la tunique, nous remarquons encore plusieurs dissemblances dans des détails. La plus frappante, c’est la présence d’un appendice caudal dans l’Anchynie de Villefranche. La partie supérieure de l’orifice antérieur possède également un appendice, mais beaucoup plus court et recourbé en arrière vers le centre du corps comme le montre le dessin donné par Kowalevsky et Barrois. Korotneff représente ce petit appendice comme étant tout droit. Dans les Anchynies de Naples, je n’ai trouvé ni l’un ni l’autre de ces deux appendices, quoique j'aie examiné plus de cent exemplaires.

Une autre particularité encore plus caractéristique pour l’Anchynie de Villefranche, c’est la présence, de chaque côté du corps, d’une grande tache composée par un amas de cellules remplies de pigment rouge. Au lieu de ces deux taches, nous trouvons dans l’'Anchynie de Naples les cellules pigmentaires couvrant en grand nombre toute la partie postérieure du corps, celle qui renferme là courbure du canal alimentaire.

Je parlerai plus loin de plusieurs autres différences qui distinguent ces deux phases de l’Anchynie rouge; pour le moment, je veux seulement attirer l'attention surune particularité quinous montre que l’Anchynie doit probablement dériver du genre Doliolum. Les dessins de Kowalevsky, Barrois et Korotneff ont beaucoup de ressemblance avec un bourgeon du Doliolum, tel qu'il est figuré par Grobben sur la planche IV (fig. 19). Même disposition de la cloison branchiale, même relation de cette cloison avec le canal digestif; enfin mêmé forme de ce canal. Les rapports de l’endostyle avec le canal digestif sont aussi très analogues, de même que la position des deux ouvertures opposées l’une à l’autre. Du reste, nous pouvons voir dans les bourgeons du Doliolum le commencement d’un appendice caudal qui est fortement développé dans l’Anchyÿnie. Ainsi, nous voyons que ces animaux ressemblent sous bien des rapports aux bourgeons du Doliolum, c’est-à-dire qu'ils représentent une

phase inférieure dans la série phylogénétique

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